Devoir de mémoire sur fond de maintien
Le 27 avril 2002, le MHSC de Michel Mézy reçoit le FC Nantes pour le compte de l'avant dernière journée de L1. À deux journées de la fin de saison, il manque encore un point aux Pailladins pour assurer définitivement leur maintien. Ce jour-là, ils commémorent aussi la mémoire d'une des plus illustres figures du MHSC.
De retour parmi l'élite après un passage éclair en L2, le MHSC fait du neuf avec des « vieux » à l'intersaison 2001/02. Serge Blanc, Bruno Carotti et Jean-Christophe Rouvière sont ainsi revenus au bercail et ce mélange d'anciens joueurs du club avec les jeunes pousses pailladines du centre de formation permet au MHSC de flirter un temps avec les places européennes. Mais notre équipe connait quelques « nids de poules à mi parcours » – dixit son entraîneur – et à quelques longueurs du poteau d'arrivée, le MHSC est encore englué en queue de peloton, sans être certain de pouvoir franchir la ligne dans les délais impartis. Lors de cette fin de saison sur fond de rumeur d'un possible départ de Michel Mézy vers Marseille, le Montpellier Hérault accueille le FC Nantes d'Angel Marcos. Température printanière, terrain bien roulé, un seul être vous manque : Bernard Gasset. Celui qui avait créé le club en 1974 avec Louis Nicollin a subitement quitté le peuple pailladin alors qu'il fêtait une victoire de ses amis de la boule lyonnaise au Mas Saint-Gabrie, juste après avoir appris de la bouche de Colette Nicollin que le MHSC venait de tenir l'OL en échec à Gerland. Quinze jours pour digérer cette triste nouvelle avant un nouveau match de championnat et ce MHSC-FCN du 27 avril. Montpelliérains et Nantais discutent tranquillement en bord de terrain tout en regardant le match de lever de rideau. De chaque côté, il y a tout de même un enjeu. Les Canaris, après avoir pointé à la dernière place du classement de D1 pendant quinze journées, peuvent encore se qualifier pour la Coupe intertoto. Côté MHSC, le gardien de but Rudy Riou veut terminer sur une bonne note : « Le maintien n'est pas encore totalement assuré, il nous manque un point et on va essayer de l'assurer ce soir. Il faut aussi finir une saison qui a eu des hauts et des bas du mieux possible pour donner une bonne image de nous. » Donner une bonne image au 20 000 spectateurs, c'est ce que va faire le MHSC tandis qu'il faudrait cependant un concours de circonstances plus qu'exceptionnelles pour que se présente le risque de la relégation. Après une minute de silence en mémoire de Bernard Gasset, les Pailladins se signalent rapidement avec Fodé Mansaré qui s'échappe côté droit pour démarquer Cédric Barbosa au cœur de la surface de réparation nantaise. Le milieu de terrain héraultais est stoppé de justesse au point de penalty par le portier nantais. Roberto Assis, le frère de Ronaldinho, adresse ensuite un coup franc enroulé depuis la gauche pour Bruno Carotti. La tête du capitaine pailladin frôle le montant droit de Grondin. Côté Canaris, leur seule action de but intervient juste avant la mi-temps avec un cafouillage dans la surface sur un centre venu de la droite. Olivier Quint reprend et Rudy Riou touche le ballon. Pas assez, mais Bruno Carotti, à la lutte avec une Nantais, sauve sur sa ligne !

0-0 au repos et Michel Mézy prépare l'avenir en lançant Thierry Gathuessi et Habib Bamogo, deux jeunes du centre de formation. Ce dernier se trouve à la réception d'un centre dos au but. Il contrôle le ballon et le remet en retrait pour Roberto Assis. Le Brésilien envoie une puissante reprise en demi volée qui oblige Grondin à boxer le ballon des deux poings. De son côté, Fodé Mansaré pèse toujours sur la défense adverse et sur un long ballon en profondeur il prend le dessus épaule contre épaule sur l'Argentin Nestor Fabbri avant d'aller butter de près sur Grondi. Djemba Djemba est alors sanctionné d'un deuxième carton jaune après un tacle sur Bruno Carotti à 60 mètres de ses buts. Avec cette expulsion à une demi-heure du terme de la rencontre conjuguée à la rentrée des deux jeunes pousses pailladines, les Nantais vont finir par craquer. Une première fois suite à une belle action collective menée par Roberto Assis. Après s'être avancé avec le ballon au cœur du milieu de terrain, il décale Barbosa côté gauche. Dans la surface, celui-ci glisse le ballon à ras de terre vers le second poteau entre le gardien et le dernier défenseur. Habib Bamogo peut alors marquer dans le but vide d'un tacle rageur (1-0, 76ème). À presque 20 ans, l'attaquant inscrit là son 2ème but après être souvent entrée en cours de jeu cette saison. Sa course folle le long de la ligne de touche pour aller taper au passage dans les mains des joueurs et dirigeants pailladins sur le banc restera dans les mémoires. Le MHSC est euphorique dans ce dernier quart d'heure. Depuis le rond central, Jean-Christophe Rouvière sert sans contrôle Pascal Fugier dans la profondeur. Parti à la limite du hors-jeu, « Fugigoal » s'avance jusqu'au gardien, feinte de frappe et but du droit au ras du poteau (2-0, 81ème). Le vétéran de 33 ans peut pointer les deux index de ses mains vers le ciel avant de tomber dans les bras de ses coéquipiers. Finalement, Fodé Mansaré (20 ans) est lui aussi récompensé de ses efforts et enfonce le clou d'une superbe frappe pleine lucarne qui laisse le gardien immobile. Willy Grondin regarde passer l'avion, gamelle (3-0, 85ème) ! Ola du public, alors que sur le terrain Cédric Barbosa a enlevé son crêpe noir pour le pointer en direction des tribunes. Certainement à l'attention de la famille Gasset.

Le MHSC a honoré de la meilleure des manières la mémoire de Bernard et sur cette soirée-là de football, il aussi montré qu'il méritait vraiment la L1. « Dans ce match, on a résumé notre saison, en alternant le bon et le moins bon, mais en faisant preuve d'un état d'esprit remarquable. Ce soir, je leur tire encore un grand coup de chapeau car ce n'était pas évident, et puis terminer sur 3-0 chez nous, c'est formidable », explique Michel Mézy à la fin de la rencontre face aux micros tendus. Peu de temps auparavant, le président Louis Nicollin lui était tombé dans les bras en bord de pelouse pour une franche accolade accompagnée d'une bise et de quelques mots. Le MHSC peut aller disputer l'esprit tranquille son dernier match de la saison au Stade Vélodrome une semaine plus tard. À écouter l'entraîneur et le président pailladin, la piste qui devait mener le premier à l'OM est de moins en moins d'actualité. « Je suis là ! Et heureux d'être là », assure le technicien. « Michel sera toujours montpelliérain, entre nous je ne vois pas ce qu'il irait foutre à Marseille ! », conclu un Louis Nicollin qui aurait certainement mal vécu de « perdre » ce lieutenant historique. Quelques semaines seulement après avoir vu partir un des personnages vénérés de la grande famille pailladine avec qui il avait partagé tant de joies et de peines plus de 30 ans durant, il ne pouvait pas en être autrement.
Feuille de match
MHSC 3-0 FC Nantes – Samedi 27 avril 2002 au stade de La Mosson. 33ème journée L1. Spectateurs : 19 658. Arbitre : Philippe Kalt. Buts : Habib Bamogo (76ème), Pascal Fugier (81ème) et Fode Mansaré (85ème) pour le MHSC. Avertissement : Paulo Sergio (64ème) et Guillaume Moullec (76ème) au MHSC ; Eric Djemba Djemba (20ème) au FCN. Expulsion : Eric Djemba Djemba (72ème).
Montpellier HSC : Rudy Riou, Nenad Dzodic, Bruno Carotti (capitaine), Guillaume Moullec, Aliou Cissé (Thierry Gathuessi 67ème), Pascal Fugier, Cédric Barbosa, Jean-Christophe Rouvière, Roberto De Assis (Geoffrey Doumeng 77ème), Paulo Sergio (Habib Bamogo 67ème), Fodé Mansaré. Non utilisés : Vercoutre, Lefèvre. Entraîneur : Michel Mézy
FC Nantes : Willy Grondin, Nestor Fabbri (capitaine), Nicolas Laspalles, Nicolas Gillet, Mauro Cetto (Goran Rubil 78ème), Sylvain Armand, Nicolas Savinaud, Eric Djemba Djemba, Olivier Quint, Stéphane Ziani, Pierre-Yves André (Hassan Ahamada 46ème). Non utilisés : Landreau, Yepes, Bilayi-Ateba. Entraîneur : Angel Marcos.



