Le MHSC au bout du suspense au Vélodrome !
Au printemps1994, le MHSC se rend au stade Vélodrome pour y affronter l'OM en quart de finale de la Coupe de France. Au bout de l'effort et de 120 minutes de jeu, le grand OM n'a pas réussi à terrasser le MHSC et sa « classe biberon » qui l'emporte finalement aux tirs au but.
En ce 4 mai 1994, quasiment un an après son sacre en Ligue des Champions à Munich face au Milan AC, l'OM et le Vélodrome se sont préparés à une rencontre digne de ses plus chaudes soirées européennes. Mais la bombe est désamorcée par l'enthousiasme et la juvénile insouciance des Montpelliérains. Indirectement, ils sont les fossoyeurs de l'OM des Deschamps, Boli, Barthez, Völler ou autre Stojkovic – excusez du peu ! – et du dernier projet de grandeur de Bernard Tapie, son « boss » en disgrâce. Ce soir-là, à la même heure, se dispute la finale de la Coupe des Coupes entre Arsenal et Parme à Copenhague alors que des émissaires de la Juve sont en tribune pour observer Didier Deschamps dont le transfert chez les Bianconeri est imminent. Après l'affaire VA-OM et une rétrogradation annoncée en D2 la saison suivante, l'OM doit remplir ses caisses et dégraisser en fin d'exercice. Les supporters pailladins sont plus d'un millier à être venus en bus, en voiture personnelle ou en train, pour assister à cette rencontre dans la Mecque du football français de l'époque. Une large banderole « Champions d'Europe » ornée du trophée s'étend d'ailleurs sur tout le long du virage sud en face d'eux. Les Phocéens ont envie de prouver qu'ils existent encore avant d'être rayé de la carte. Ils devaient mettre le feu et le MHSC devait être emporté comme un fétu de paille. Mais le football n'aime pas trop les choses rationnelles. Ni les triomphes trop programmés. C'est monsieur Quiniou qui a été désigné pour diriger ce choc, l'homme en noir effectuera d'ailleurs sa 3ème coupe du monde aux USA quelques semaines plus tard. Juste avant qu'il donne le coup d'envoi de la rencontre, une minute de silence est ordonnée en la mémoire de Ayrton Senna dont les obsèques ont lieu le même jour à Sao Paulo au Brésil. D'un côté il y a les stars marseillaises, de l'autre ce sont les minots montpelliérains, sept au coup d'envoi sur le rectangle vert! « Avant à Marseille ou Bordeaux j'étais le pilote d'une formule 1 à qui on donnait les moyens de gagner. À Montpellier, je suis à la fois concepteur, metteur au point et pilote-essayeur d'une équipe qui a tout l'avenir devant elle », révélait Gérard Gili avant la rencontre. C'est lui, l'enfant de la Canebière alors entraîneur du MHSC, qui, avec Louis Nicollin père spirituel de la Paillade et Jean-Louis Gasset l'homme de la synthèse ayant permis le ménage à trois, donnèrent naissance à ce « baby boom » de la saison 1993-94.

En l'absence du capitaine Michel Der Zakarian en défense centrale, Thierry Laurey est aligné comme libéro avec deux stoppeurs devant lui : Serge Blanc et Manuel Thétis. Trois mois après avoir été titulaire pour la dernière fois, c'était à la Mosson face à l'OM, et une semaine après avoir joué avec l'équipe réserve du MHSC contre Châteauroux en championnat CN2, Thétis va museler l'attaquant révélation de la saison, un Sony Anderson alors supervisé par le Real Madrid. Le stoppeur pailladin sort un gros match car du côté pailladin, le match avait tactiquement été minutieusement préparé. Deux rideaux défensifs et un quadrillage très serré. L'OM court après le ballon et le MHSC remonte le cuir à petites touches de balle. La défense phocéenne est empoisonnée toute la soirée par un Rizzetto des grands soirs et on n'en finit pas d'énumérer les effets bénéfiques du coup de jeune soufflant sur l'équipe héraultaise. Carotti, Blanc, Bonnissel, Alicarte, Rizetto, Sanchez, Lefèvre et Rouvière (en fin de rencontre) vivent une jeunesse dorée au Vélodrome. L'OM sort bien de sa réserve sur quelques coups de génie de son N°10 serbe Dragan Stojkovic et sur certains tirs d'Anderson qui laissent craindre un réveil marseillais. Mais incapables de construire et de prendre à défaut l'organisation montpelliéraine, les Marseillais s'énervent à l'image d'un tacle assassin de Di Meco sur Laurey – qui a la bonne idée de sauter – qui provoque un échauffourée entre les joueurs lors du premier acte. William Prunier ou Pascal Fugier (futurs montpelliérains) doivent souvent sauver l'OM en mode désespéré et à la mi-temps ce sont bel et bien les jeunes pailladins qui ont des allures de vieux briscards. On se prend cependant à regretter qu'ils n'aient pas pu convertir un de leurs nombreux jolis mouvements collectifs. Au retour des vestiaires, Rudi Völler est l'ennemi public N°1 et sème la panique mais les Héraultais ne sont pas en reste. Lefèvre, Carotti ou Sanchez manquent juste de lucidité dans le dernier geste. Ils obligent cependant l'OM à signer pour 30 minutes supplémentaires et une prolongation dont les dix dernières sont marseillaises.

Barrabé se couche avec brio dans les derniers instants sur un tir de la mort de Di Meco. L'OM n'aurait pu s'imposer que sur un exploit individuel et il ne lui reste plus qu'à espérer corriger le tir lors de l'épreuve fatidique des tirs au but. Cela avait déjà été le cas deux fois en Coupe de France cette saison-là lors des tours précédents ! À Brive et à Monaco, également après 120 minutes sans but. Alors comprenez que les Phocéens sont favoris lors de cette ultime séance. Mais les échecs initiaux d'Anderson (poteau) et de Prunier (arrêt de Barrabé), donnent du baume au cœur aux joueurs du MHSC. C'est Bruno Carotti qui s'élance le premier avec réussite avant que Bonnissel ne voit sont tir s'écraser sur la barre. Au bout de l'effort, Périlleux et Laurey apportent finalement les dernières pierres à un sacré morceau de bravoure et c'est Asanovic qui met fin au supplice à l'insoutenable séances des tirs au but. Il est 23h22, Montpellier vient d'éliminer l'OM. Dis Loulou, pourquoi tu pleures ? Le boss pailladin, libéré au bout de ce formidable suspense, peut se jeter dans les bras de son N°10 croate alors que tout un stade vient de réaliser qu'il avait couru 120 minutes durant derrière un rêve d'un autre temps. Quand Aliocha Asanovic a donné la qualification au MHSC, l'ère Tapie est même allée mourir dans le coin gauche du filet de Fabien Barthez. L'OM ne renaîtra pas de ses cendres quelques jours de plus. Le stade Vélodrome se vide avec le silence d'une marée qui aurait emporté dans son ressac les ultimes résidus d'une époque dorée. Les supporters pailladins, qui n'ont cessé de donner de la voix 120 minutes durant, sont quant à eux remerciés par Thierry Laurey et ses coéquipiers. Une partie d'entre eux aura l'immense bonheur de retrouver les joueurs pailladins lors du chemin de retour sur l'autoroute. Fumigènes à l'appuis, la qualification sera fêtée une nouvelle fois comme il se doit sur une aire d'autoroute. Le lendemain, le Midi Libre peut titrer « Chapeau les minots ! » en référence à ce qui reste un des plus grands exploits réalisé par le MHSC dans son histoire en Coupe de France.
Feuille de match
Olympique de Marseille 0-0 (3 tab 4) Montpellier HSC Quart de finale Coupe de France Mercredi 4 mai 1994 au stade Vélodrome Spectateurs : 35 000 Arbitre : Joël Quiniou. Cartons jaunes : Eric Di Meco à Marseille ; Claude Barrabé à Montpellier. Tirs au but :
OM : Fabien Barthez – Basile Boli, William Prunier, Jocelyn Angloma, Eric Di Meco – Pascal Fugier, Didier Deschamps, Daniel Dutuel (Jean-Philippe Durand 73ème), Dragan Stojkovic (Fabrice Henry 91ème) – Sony Anderson. Entraîneur : Marc Bourrier
MHSC : Claude Barrabé – Bruno Alicarte, Serge Blanc, Jérôme Bonnissel, Bruno Carotti, Thierry Laurey – Philippe Périlleux, Jean-Manuel Thétis, Franck Rizzetto (Aljosa Asanovic 104ème), Fabien Lefèvre (Fabrice Divert 113ème), Christophe Sanchez. Entraîneur : Gérard Gili



