Christian Pérez : « Notre force, c’était d’aller de l’avant »
Rouage essentiel de l'attaque pailladine, la meilleure de france lors de la saison 1987/88, Christian Pérez avait été à l'image du MHSC durant cet exercice historique du club : étonnant et détonnant ! Formé à Nîmes, où il passa de nombreuses saisons, l'ex-international revient sur son parcours dans les deux clubs et sur les derbies MHSC-Nîmes Olympique.
Christian, vous avez été beaucoup plus nîmois que pailladin en terme de saisons jouées durant votre carrière de joueur mais vous avez quand même vécu un exercice 1987/88 fabuleux sous nos couleurs à la Mosson…
Ah oui, cela reste un très joli souvenir à Montpellier. C’est vrai que je ne suis resté qu’un an, alors, oui, je suis plus nîmois que pailladin évidemment. Nîmes, c’est ma formation, c’est 11 ans, donc ce sont également des souvenirs.
Comment s’était fait votre arrivée à La Paillade ?
Et bien cela s’est fait discrètement car j’arrivais d’un club de Ligue 2, Nîmes. Je suis donc arrivé sur la pointe des pieds et je crois que c’est Michel Mézy qui a été l’instigateur de mon transfert avec monsieur Louis Nicollin aussi qui connaissait tous les joueurs. Je pense que je ne les laissais pas insensible. Je suis arrivé dans une équipe où il y avait de supers joueurs. On a fait une très, très belle saison, inespérée je crois après une montée en 1ère division la saison qui précédait mon arrivée.
Quelles étaient vos attentes personnelles et collectives en début de saison ? Vous ne vous attendiez certainement pas à une qualification en Coupe UEFA…
En début de saison, comme disait le regretté monsieur Nicollin, c’était « le maintien ». De toutes les manières, je l’ai toujours entendu parler de maintien mais c’est vrai que quand on vient de monter en 1ère division, l’objectif principal est toujours le maintien. Et puis de fil en aiguille, écoutez, on a pris goût, on gagnait tous nos matchs à La Mosson et on ne se débrouillait pas trop mal à l’extérieur. Petit à petit l’oiseau fait son nid et on est allé au bout.

Quelle était la force de cette équipe qui a fait rêver beaucoup de gens à l’époque ? Au point de faire dire à Philippe Sers que c’était « Carnaval de Rio tous les 15 jours à La Mosson »…
(Rires) Oui on marquait beaucoup de buts ! Il y avait de tout dans cette équipe : des gens de fort tempérament, des Lucchesi, Jean-Claude Lemoult qui – le pauvre – avec sa cheville avait fait une grande saison, Pascal Baills, Laurent Blanc même si ce dernier avait été pas mal blessé. Et puis vous aviez un Roger Milla qui était insaisissable, Patrick Cubaynes qui n’avait peur de rien. Donc vous voyez qu’il y avait un mix de joueurs qui faisait qu’on était assez complet.
Quelle était votre secret à la Mosson pour arriver à terrasser nombre d’équipes dont certains cadors de la L1 ?
Notre force, c’était d’aller de l’avant. Tout simplement. Quand on rentrait sur le terrain, on pensait à marquer des buts avant de défendre et c’est vrai que, de ce côté-là, l’entraîneur Pierre Mosca ne nous bridait pas. Ça a donné du plaisir au public, je l’espère en tout cas.
Etait-ce une surprise d’un point de vue personnel d’atteindre ce niveau qui a été le vôtre sur l’ensemble de la saison ?
Je ne vais pas être prétentieux en vous disant que je savais que j’allais réussir. Maintenant, mon premier match en 1ère division, je l’avais fait à l’âge de 17-18 ans, je pense, contre Laval avec Nîmes. Il y avait encore Margueritte, Luisinho, Boissier etc. donc vous voyez cela remontait à loin. A Montpellier, j’étais motivé, peut-être un peu sûr de moi, je n’en sais rien, mais j’y suis allé par la petite porte et quelques mois après je suis devenu international. Cela voulait donc dire que j’avais fourni du travail et que je n’étais pas tout à fait mauvais.
Vous étiez vif, technique…
Voilà, plutôt vif que rapide, un ailier gauche de formation qui alimentait très bien les attaquants. Quand je jouais avec Patrick Cubaynes, qui était plutôt fonceur, c’était du pain béni.
En parlant de cette saison 1987/88 du MHSC à domicille, Thierry Laurey, votre ancien coéquipier, expliquait que cela était grisant, le summum même, d’avoir une telle confiance à domicile et le sentiment d’être sûr de gagner un match avant même d’entrer sur le terrain. Vous confirmez ?
C’est le summum d’être persuadé de gagner, oui. Pour un sportif de haut niveau, la confiance et le mental sont quelque-chose de très important, 60% d’un résultat. Et quand vous rentrez comme cela, pratiquement sûr de gagner, c’est quelque-chose que je souhaite à tous les joueurs. Il n’y a pas mieux.

Un souvenir d’un match en particulier d’un point de vue personnel et collectif ?
Peut-être contre le Matra Racing où on gagne 6-1 à la Mosson. De mémoire, j’avais marqué un but ou deux dont un en partant de très loin. Et je me dis « Qu’est-ce qu’il se passe ? » car cela paraissait facile. Cela m’a marqué. Et puis au match retour où on avait fait un bon résultat à Paris, match nul ou gagné (victoire 2-0, but de Pérez et Laurey, NDLR), en tout cas je me rappelle des discours négatifs d’avant-match car il y avait beaucoup de joueurs importants qui n’étaient pas dans le groupe à Paris. « Cela va être très, très compliqué » etc. Mais en fait on a fait un super match.
Le souvenir d’un joueur en particulier ?
Thierry Laurey avait fait une super saison mais j’avais quand même été impressionné par Roger Milla. Sincèrement, à son âge, il était phénoménal. C’était quelque-chose d’impressionnant.
Comment se passe votre départ (prêt ?) au PSG la saison suivante ?
C’est un prêt, oui. Là, ce n’est pas de mon ressort, j’ai été prêté et j’en ai été surpris. Bellone est arrivé, Bruno, que je connais très bien… ce sont les aléas du football. Donc je pars à Paris, déçu au départ, puis ensuite heureux d’être là-bas. Montpellier souhaite me récupérer en fin de saison mais j’annonce que je n’étais plus d’accord. Et puis c’était aussi une opportunité pour le président, on ne parle pas de 20 ou 40 millions d’euros, mais de petites sommes qui n’étaient pas négligeables pour l’époque. Quand on achète un joueur 60 000 ou je ne sais plus combien, et qu’on le revend 100 fois plus, on fait aussi une belle opération financière. Alors, oui, au départ cela était une déception de partir de Montpellier, puis après les choses se sont bien enchainées.
La belle saison avec Montpellier puis votre parcours avec le PSG vous avait ouvert de grandes portes…
En ce temps-là, pour être international en évoluant dans des petits clubs, c’était compliqué. Aujourd’hui peut-être aussi mais on voit que le petit Camavinga de Rennes a été appelé par Deschamps par exemple. Cela aurait pu être à double tranchant en partant de Montpellier, si je me vautre à Paris, cela aurait pu être compliqué pour la suite. Mais j’étais super bien et je suis peut-être arrivé dans une équipe qui n’était pas très forte, qui risquait de descendre la saison d’avant. De toute manière, je pense qu’ils ne m’auraient pas recruté s’ils avaient fait une grande saison. Ils auraient pris d’autres joueurs. Cela a été une chance et il en faut aussi dans ce métier. J’étais très heureux, au bout de 4 ans je devais re-signer. Canal+, avec qui j’ai fait une première saison en finissant européen, arrive et puis Michel Denisot veut me refaire signer mais j’ai été naïf. Je ne me suis pas rendu compte que l’intérêt de mon agent n’était pas que je continue à Paris mais de me faire signer à Monaco. On s’aperçoit toujours des choses une fois qu’on a signé. On est moins naïf, on est moins « dedans », puis on a compris … Donc voilà.

L’équipe de France…
On manque de peu la qualification pour le Mondial italien de 1990. Premier match, premier but en Yougoslavie pour moi, on mène mais on perd quand même. Puis on laisse filer la qualification en Norvège où j’ai l’impression qu’on n’a pas envie de gagner ce match alors qu’on a tous les atouts pour… Finalement on s’aperçoit qu’un point par ci et un point par là qui auraient dû être gagnés facilement…et ben non. Ça, c’est énervant. J’ai eu la chance de faire un championnat d’Europe mais pas un Mondial, malheureusement.
Vous n’avez pas joué de derby en 1987/88 contre Nîmes mais d’autres peut-être, si vous voyez ce que l’on veut dire…
C’était fabuleux, ces derbies, car j’en ai également connus ça en Coupe Gambardella. Là, Louis Nicollin mettait la pression à ses joueurs, c’était génial, car il y avait de l’engagement et c’était un derby plein de couleurs en tribunes, c’était fabuleux. J’en ai joué en 2ème division avec Nîmes avant de venir à Montpellier, à l’ancienne Mosson où ce n’était pas facile car il y avait des joueurs de tempérament à Montpellier, à Nîmes aussi d’ailleurs. Et puis, évidemment, j’ai joué cette demi-finale de Coupe de France aux Costières plus tard avec le président monsieur Nicollin qui avait cette façon de parler que j’adorais et qui avait dit « Il rentreront à cheval s’ils perdent » ! Ce n’était pas des choses à dire, peut-être ! Et on a gagné ce match avec Nîmes, ce n’était pas forcément logique dans l’absolu mais c’est le charme de la Coupe de France.
Avec à la clé une équipe de National en finale de Coupe de France et pour vous, peut-être quelque-chose d’inespéré en fin de carrière ?
C’était inespéré dans la mesure où je suis arrivé au départ de la saison à Nîmes avec l’intention de me préparer, mais pas d’y signer. J’étais proche de monsieur Barlaguer, qui est hélas décédé, et comme à la fin je n’avais pas de club, il m’a demandé de rester. Cela a été dans la douleur au départ, car le club souffrait, l’équipe avait souffert au départ, il y avait très peu de joueurs et il n’y avait pas de groupe. Petit à petit on a fait quelque-chose de fabuleux, c’était génial.
Qu’est-ce qui avait fait gagner Nîmes sur la fameuse demi-finale de 1995 ?
C’était l’engouement. Vous savez, la Coupe de France, c’est particulier. Des petits clubs sont capables de hausser leur niveau. On l’a fait. Après, l’expliquer, c’est tenter d’expliquer l’inexplicable. On en a vu d’autres, avec Calais et d’autres équipes très moyennes qui sont arrivées en finale. Il n’y a que dans le football qu’on voit cela de toutes les manières.
Il y a eu beaucoup de passages de joueurs d’un club à l’autre entre Montpellier et Nîmes ou dans le sens inverses, comment ressentait-on l’opinion des entourages des clubs à l’époque ? Y réfléchissait-on à deux fois avant de le faire ?
Il y avait beaucoup moins de cinéma qu’aujourd’hui. Nous, on n’embrassait pas l’écusson pour partir 6 mois après dans le club adverse. Très sincèrement, une carrière, c’est court. Donc si mon club, en l’occurrence Nîmes, était en Ligue 2, je vais me priver de joueur en Ligue 1 car c’est Montpellier qui me demande ? J’ai fait 11 ans à Nîmes, j’y ai été formé, qu’est-ce que je fais ? Je « casse » ma carrière en ayant l’espoir que le club me garde pour une reconversion, et encore ce n’est pas garanti ? C’est débile. Non, les derbies, c’est fabuleux, mais quand je vois la haine chez certains, je me dis qu’ils se font presque une mode de détester le club rival, ça n’a pas de sens. Les joueurs ne doivent pas tomber dans ces travers-là. Qu’il y ait de l’animosité avant les matchs, c’est normal, de l’engagement pendant la rencontre, c’est aussi normal, mais de là à faire ce qui se passe parfois, moi je trouve cela débile. Mais bon, après… On n’a plus l’âge.

Dimanche, le derby se jouera sans spectateurs…
Cela sera difficile. Pour un joueur de foot, jouer sans public, cela n’a pas la même saveur. Encore plus pour un derby comme cela qui déchaîne les foules. Mais c’est comme ça, il faut d’abord penser à se protéger par rapport à la situation sanitaire actuelle.
Comment auriez-vous préparé ce match sans public si vous l’aviez joué ?
J’ai quand même joué deux ans à Monaco (rires) ! Sans être trop désagréable, pour moi, sans public, c’était très sincèrement compliqué. Comme tous les joueurs, j’adorais quand les stades étaient pleins à craquer. Dimanche, il y aura quand même une motivation supplémentaire car il y a l’enjeu de gagner la ville voisine, tout simplement. Donc on se prépare comme un professionnel se prépare, c’est à dire pour gagner le match.
Que gardez-vous de votre carrière ?
J’en garde que des bons souvenirs. Avec des si, on fait beaucoup de choses, mais avec des si j’aurais peut-être fait d’autres choix comme celui de Paris et Monaco. C’est fini, on ne peut plus y revenir. J’ai fait une carrière honorable, j’aurais pu faire plus, c’est comme ça.
Que devenez-vous aujourd’hui ?
Je vis dans le Sud-ouest à côté de Mimizan et je suis dans l’immobilier à Biscarrosse. Ça se passe très bien et c’est très agréable comme métier. Pour le foot, je suis un spectateur, quand il y a du beau jeu. Là, j’ai regardé Lorient-Lyon, bon et bien je me suis fait chier. A partir du moment où les joueurs n’ont pas envie de marquer ou si les deux équipes se promènent, cela ne m’intéresse pas. La deuxième mi-temps de Nîmes face à Lens m’a plu, ça allait de l’avant, le début de saison du MHSC me plait… mais quand je vois certains de l’OM qui se réjouissent de la défaite de Paris en finale de Ligue des Champions, on se dit que c’est complètement débile.
Que regard portez-vous sur les deux clubs sudistes au plus haut niveau ?
Je trouve que c’est génial d’avoir les deux clubs, Montpellier et Nîmes, au plus haut niveau. Après, on dit souvent que Nîmes a dû rater quelque chose car, très sincèrement, entre les deux clubs, cela a toujours été Nîmes le vrai fief de football régional. On disait toujours que le public de Montpellier était un petit peu bourgeois, même si très passionné et que ce soit un endroit très compliqué où jouer. Nîmes, le public a toujours été passionné par son équipe, mais ils ont toujours vécu dans le passé, les Nîmois. J’ai toujours entendu parlé de Skiba ou de Ujlaki au lieu d’aller de l’avant. Et monsieur Nicollin a fait un travail extraordinaire, il a eu cette intelligence, peut-être, de garder certains anciens, que d’autres clubs ont envie de faire partir. C’est ce que je ne comprends pas. Alors évidemment quand on n’a pas de compétence, on part, mais dans tous les grands clubs du monde, les grands anciens sont dans le club. Pas tous, mais beaucoup. Il y a d’autres clubs où on a envie que plus rien n’existe concernant certains joueurs. Moi, j’aurais aimé rester au Nîmes Olympique quand j’ai fini ma carrière. Avant d’aller en Chine, je l’avais proposé au club mais cela ne les intéressait pas. Alors voilà, c’est comme ça. On regarde toujours les résultats des clubs où on est passé, le reste on s’en fiche.
Rester dans le foot, dans quelconque autre position, dans les médias, ce n’était pas envisageable ?
Les médias, de mon temps, n’étaient pas importants. Rester dans un club, oui, j’aurais aimé, car le foot c’était ma passion. Et puis en voyant comment se comportent certains dirigeants, j’y ai renoncé. Moi, sincèrement, avec mon caractère et ma façon de me comporter dans la vie, je pense que je n’aurais pas forcément été très heureux.



