Équipe pro masculine

Enzo Tchato un lion peut en cacher un autre

Lancé dans le grand bain en fin de saison dernière, le jeune défenseur montpelliérain enchaîne les prestations de qualité depuis l’ouverture du championnat. L’occasion de partir à sa rencontre pour le découvrir, avant la réception de l'AC Ajaccio ce mercredi (19h)

De Roger Milla à Henri Bedimo en passant par Valéry Mézague, Marcel Mahouvé ou Ambroise Oyongo, le MHSC a toujours entretenu un lien très fort avec les joueurs camerounais. Lancé en professionnel par Olivier Dall’Oglio lors de la venue de Brest, le 3 avril dernier au Stade de La Mosson, Enzo Tchato est donc venu enrichir cette belle histoire commune entre le club montpelliérain et les Lions Indomptables… mais son histoire personnelle a un petit quelque chose en plus… Enzo est, en effet, le fils de Bill Tchato, défenseur international camerounais passé entre autres par Caen, Nice, Kaiserslautern et Strasbourg et qui a porté le maillot montpelliérain à 69 reprises entre 2000 et 2002. Un héritage familial important dont Enzo Tchato parle avec bonheur et sans aucune pression. « Depuis que je joue foot, on m’assimile souvent à mon père, ce qui est normal vu sa riche carrière, explique Enzo. Après, je ne dirai pas que c’est dur à assumer, mais plutôt que c’est une chance. Il est passé par là, il connaît le métier, il peut me donner des conseils et ça m’aide au quotidien. Je ne l’ai pas beaucoup vu jouer dans un stade, excepté lorsqu’il évoluait à Strasbourg (en National lors de la saison 2010-2011 NDLR). Cela dit, j’ai regardé pas mal de ses matchs en vidéo. De son côté, il regarde tous mes matchs, on s’appelle il me dit ce qui a été bien, ce qui n’a pas été bien. C’est en cela aussi que je dis que l’avoir à mes côtés est vraiment une chance. »

Depuis que je joue foot, on m’assimile souvent à mon père, ce qui est normal vu sa riche carrière. je ne dirai pas que c’est dur à assumer, mais plutôt que c’est une chance

Si on osait faire un trait d’humour, on dirait que le fiston a piqué tous les cheveux de son père et que le patriarche a donné à son rejeton un bon pied droit, sans lui offrir la belle patte gauche qui faisait sa force. Pour le reste, leur jeu se ressemble : les deux sont défenseurs, partagent des qualités de puissance et d’explosivité, une bonne facilité dans les centres et un goût certain pour les duels. De quoi ravir les supporters pailladins. « J’ai démarré le foot avec mon père. On l’a beaucoup suivi en famille et j’ai pas mal voyagé du coup : en Allemagne, au Qatar, à Paris…, détaille Enzo. Concernant le poste, j’étais défenseur central jusqu’en U15 à peu près. Ensuite, j’ai commencé à jouer latéral, notamment en raison de mes qualités de vitesse… et au fur et à mesure, je suis devenu plus régulièrement latéral… Mais bien sûr pour moi c’est à droite vu que je suis droitier, alors que mon père jouait à gauche (sourire). »

Fini les comparaisons. Après ses nombreux voyages, la famille Tchato s’est installée à Montpellier en 2008 et Enzo y a tracé sa route, avec le calme qui le caractérise mais aussi une détermination indéfectible ; jusqu‘à cette première apparition en pro contre Brest en avril dernier. Pour rajouter une dimension supplémentaire à cet événement, Enzo est devenu à cette occasion le deuxième joueur après Sacha Delaye, à avoir joué dans toutes les catégories de jeunes du MHSC, de l’école de foot jusqu’aux pros : « C’est une fierté car nous sommes au club depuis tout petit Sacha et moi. On a joué dans les mêmes équipes, on a évolué dans la même génération, on a vu le club grandir et on a grandi nous-mêmes avec le club. En plus on s’entend très bien en dehors, donc c’est top de partager cela. »

Si sa première prestation face aux Bretons avait laissé entrevoir de belles perspectives, Enzo a cependant dû faire une croix sur la fin de saison dernière et attendre le début de celle-ci pour retrouver le doux parfum de la Ligue 1, en raison d’une blessure aux adducteurs. « Je suis passé du tout au tout, raconte-il. Je suis passé de la joie de vivre mes premières minutes en Ligue 1, ce qui était un rêve pour moi, (à fortiori avec le maillot du MHSC sur les épaules, et au Stade de La Mosson), à la déception de ne pas pouvoir enchaîner tout de suite derrière parce que je m’étais blessé aux adducteurs. Ça m’a mis un coup mais je me suis dit que quand j’allais revenir, j’aurais l’occasion de montrer de quoi j’étais capable. Avec le recul c’est un mal pour un bien. »

C’est vrai qu’il y a pire que d’inscrire son 1er but au Parc des Princes ! (sourire)

De là à dire qu’il s’attendait à être titulaire dès le 1er match de la saison contre Troyes, il y a un pas que ce fan de shopping (et de chaussures en particulier) ne franchira pas… mais la joie, elle, était en revanche bel et bien là « Quand j’ai vu que j’allais débuter cette rencontre, j’étais impatient, excité mais je ne me suis pas mis plus de pression que cela. Je me suis dit que c’était un match de foot et que j’en avais joué déjà pas mal, même si ce n’était pas forcément au même niveau, que je me devais d’être attentif mais aussi de prendre du plaisir. C’est ce qui s’est passé. »

Sa bonne prestation d’ensemble face aux Aubois a ensuite permis au jeune homme de 19 ans d’enchaîner une seconde titularisation consécutive au Parc des Princes. Un événement qu’il a fête de la plus belle des manières en inscrivant le 2ème but de son équipe sur une passe de Khalil Fayad : « C’est vrai qu’il y a pire que d’inscrire son 1er but au Parc des Princes, sourit Enzo. Sur le coup, Khalil (Fayad) me met un super ballon. Je fais le bon appel, au début, je regarde un peu au centre, je vois qu’il n’y a personne, que Donnarumma ne sort pas trop et qu’il laisse un petit angle, alors je tente et ça rentre. Vu que le score était en notre défaveur, je n’ai pas célébré ce but mais j’étais forcément très heureux », avoue-t-il avant d’ajouter : « En plus, le fait que ce but soit sur une passe de Khalil Fayad montre que la formation du club marche bien et qu’on peut nous faire confiance. L’émotion venait aussi de là, d’autant qu’on jouait ensemble en National 2 la saison passée et que je connais Khalil depuis tout petit puisqu’il a l’âge de mon frère. »

Quand tu passes dans le monde professionnel, tu joues tous les week-ends contre de grands joueurs ; ça va plus vite, ça joue plus juste, il faut être prêt tactiquement

Admirateur de Sergio Ramos, Dani Alves ou bien encore Trent Alexander-Arnold, Enzo Tchato estime que « beaucoup de choses changent entre les jeunes et les pros. Même si c’était déjà le cas en National 2, cette fois on évolue exclusivement contre des adultes et plus seulement contre des joueurs de notre catégorie d’âge, ce qui est un changement important. De plus, quand tu passes dans le monde professionnel, tu joues tous les week-ends contre de grands joueurs ; ça va plus vite, ça joue plus juste, il faut être prêt tactiquement. »

S’il reconnait devoir « encore progresser tactiquement justement », le jeune Montpelliérain estime que son début de saison est plutôt « encourageant ». « Si on m’avait dit il y a trois mois que je disputerais les deux premiers matchs de championnat en tant que titulaire, je ne l’aurais pas forcément cru, reconnaît-il. La victoire contre Troyes nous a vraiment fait du bien car nous avions vécu des matchs de préparation compliqués, sans en gagner un. Après, à titre personnel, c’était ma première victoire, donc c’est forcément marquant. Désormais, il faut enchainer. » A commencer par aujourd’hui contre l’AC Ajaccio. « C’est une équipe qui vient de monter et qui est donc forcément sur une bonne dynamique. L’ACA va jouer avec ses armes ; c’est une équipe bien en place qui prend peu de buts. C’était d’ailleurs leur force la saison dernière. Ça va être un bon test pour nous mais, vu la qualité de notre effectif, je suis convaincu que nous avons les moyens de l’emporter. »

je suis encore jeune et que, dans ce genre de période où les matchs s’enchaînent, il y a forcément du temps de jeu à grappiller

Ce soir, le Montpelliérain de naissance va aussi découvrir les spécificités d’une rencontre le mercredi soir en même temps que celles d’une semaine à 3 matchs : « Je l’aborde plutôt bien et je me dis que c’est une bonne chose car je suis encore jeune et que, dans ce genre de période où les matchs s’enchaînent, il y a forcément du temps de jeu à grappiller. »

Une réflexion qui nous amène forcément à évoquer ses objectifs pour cette saison : « Le plus important, c’est de progresser et continuer à découvrir le haut niveau et ses exigences tout en essayant bien évidemment de gratter le plus de temps de jeu possible. Ça passe avant tout par le travail, souligne-il. Pour ce qui est des objectifs collectifs, je pense que nous avons un bon effectif et que nous pouvons faire de belles choses ensemble. »

J’ai envie de montrer de quoi je suis capable et de donner le maximum pour ce maillot

Fan de Formule 1 – de Lewis Hamilton en particulier – et amateur de Basket NBA, Enzo Tchato est donc parti très vite et très haut, ce qui est plutôt raccord avec ses deux autres passions, mais on sent dans sa voix une certaine volonté de ne pas s’enflammer, y compris lorsqu’on évoque une éventuelle sélection A avec le Cameroun, dont il a déjà porté le maillot en U17 et en U20 « Les Espoirs puis, peut-être un jour, pourquoi pas les A, font évidemment partie de mes objectifs. C’est vrai que j’y pense, mais si cela doit venir, ça viendra. Ça dépendra avant tout de la qualité de mes performances en club. »

Reste à évoquer la perspective de voir son frère Ryan, d’un an son cadet et qui joue en National 3  au MHSC, porter un jour, à ses côtés le maillot montpelliérain. Histoire de perpétuer encore un peu plus cette belle histoire de famille et de rendre encore plus fier leur père Bill : « Je suis un pur produit du MHSC. J’ai été formé ici, mon père a joué ici, mes amis et mes proches sont ici et je ressens une réelle fierté de jouer au MHSC. J’ai envie de montrer de quoi je suis capable et de donner le maximum pour ce maillot, conclut-il. Concernant mon frère Ryan, ce serait magnifique pour notre famille que l’on puisse jouer ensemble un jour à La Mosson. En tout cas, il travaille pour ça… Et comme il évolue au même poste que moi, ce serait une sacrée concurrence » (rire). Les Lions indomptables du Cameroun ont décidément toujours un bon sens de l’humour… Mais qui sait ? Ce rêve deviendra peut-être un jour réalité… 

À lire aussi