
Benjamin Lecomte : « même si on doit gagner 4-3 ou 5-4… »
Revenu à Montpellier il y a tout juste deux ans, durant le mercato d’hiver 2023, le gardien montpelliérain se livre sans tabou sur la saison difficile que traverse le MHSC, sans jamais perdre de vue une seule seconde l’objectif du maintien

Cela fait tout juste deux ans que tu es revenu au club. Quel regard portes-tu sur ce second passage après une 1ère période réussie entre 2017 et 2019 ?
Je suis tout de même assez satisfait parce qu’à mon poste, j’ai la sensation de rester un élément important, même si, comme toujours dans une carrière, il y a des moments plus compliqués que d’autres. La saison en cours est de loin la plus difficile, la plus dangereuse et la plus compliquée que ce soit collectivement ou personnellement. Il y a un beau challenge à relever, celui du maintien. Il me semble largement réalisable mais il va falloir beaucoup de choses pour y parvenir.
Comment expliques-tu ces moments plus difficiles justement ?
Cela va avec les difficultés financières qu’éprouvent le club. Durant mon premier passage, il n’y avait pas ces difficultés-là. Sans porter préjudice à qui que ce soit, l’équipe me semblait être d’un autre niveau. Aujourd’hui, on doit énormément mixer entre les jeunes et quelques anciens qui restent pour arriver à faire une équipe solide. C’est un virage important pour le club et pour tout le monde d’un point de vue de carrière aussi. Le covid a beaucoup impacté le MHSC, les droits TV continuent de beaucoup l’impacter aussi… il faut se rendre à l’évidence que, d’un point de vue économique, c’est compliqué pour le club. Il faut l’accepter et, croyez-moi, avec nos moyens, on fait tout ce qu’on peut sur le terrain. Nous savons aussi que la situation économique du club n’impacte pas que les footballeurs et pas seulement l’équipe. Il y a aussi toutes celles et ceux qui travaillent dans les bureaux. Ça nous attriste parce qu’on entend tout ce qu’il se passe et c’est quand même difficile à vivre. Le seul message que j’ai, c’est que, si à des moments, ils peuvent penser que l’on ne se bat pas assez, pourtant on donne tout. De toute façon, il reste 13 matchs et, que ça marche ou non, on continuera à tout donner. Il y aura des victoires, des défaites aussi mais on ne se croit ni sauvé après une victoire, ni abattu après une défaite. Il faut espérer faire mieux que les autres devant pour se sortir de là, être au minimum barragiste et, au mieux, au-dessus de la zone rouge en fin de saison.

Il y a un beau challenge à relever, celui du maintien. Il me semble largement réalisable mais il va falloir beaucoup de choses pour y parvenir
Trois saisons à jouer le maintien, on imagine que c’est dur…
Bien sûr que oui, c’est très dur et je ne vais pas vous cacher que je ne suis pas revenu pour vivre ça. C’est difficile de comprendre tant qu’on ne l’a pas vécu. Jouer l’Europe, c’est fatiguant mais ça a un côté positif parce que tu as plus de victoires que de défaites donc, du coup le ‘‘mood’’ à l’entraînement et dans ta vie de tous les jours, est complètement différent. Ce n’est pas du tout la même épée de Damoclès que quand tu joues le maintien même si cette épée est toujours importante dans les deux sens étant donné que tu as des objectifs. Quand on joue le maintien comme c’est le cas actuellement, ça impacte énormément d’éléments dont beaucoup qui nous dépassent. Ça rend les choses très compliquées à vivre et à accepter mais ça fait partie de notre métier.
Pour revenir sur la saison en cours, quels sont les leviers sur lesquels vous pouvez travailler pour essayer de décrocher ce maintien et surtout éviter certains scénarios qui se répètent, notamment les buts pris en début de match…
Ça, c’est la grosse frustration, d’autant plus pour moi parce que tout le monde sait à quel point un gardien déteste prendre des buts. Maintenant il faut, sans être fataliste, se rendre à l’évidence que la saison est peut-être écrite comme ça, que les clean-sheets, il faut peut-être les oublier et que l’essentiel, c’est de gagner en marquant un but de plus que l’adversaire. Le plus important, c’est de prendre des points, même si on doit gagner 4-3 ou 5-4. Le collectif doit prendre le dessus sur l’aspect individuel.

On imagine que ce n’est pas quelque chose que tu vis bien de savoir que le MHSC n’a pas encore réalisé de clean-sheet de cette saison ?
Je ne le vis pas bien du tout. Je ne vais pas dire que c’est toujours le cas mais cette frustration est décuplée par le fait que ce sont souvent des buts sur lesquels je ne peux pas faire grand-chose. C’est ce qui rend la situation encore plus amère. A des moments, on se demande quand est-ce que ça va s’arrêter de jouer contre nous, mais c’est comme ça. Ce sont les aléas de cette saison et il faut faire avec, tout en continuant à donner le maximum pour s’améliorer. À nous de marquer un but de plus que l’adversaire est de faire preuve d’une énorme solidarité comme nous l’avons fait contre Monaco ou à Toulouse.
faire preuve d’une énorme solidarité comme nous l’avons fait contre Monaco ou à Toulous

Tu as aussi été mis sur le banc à un moment donné. Est-ce que tu as douté ?
Non. Je ne suis pas comme ça. C’était la décision du coach, que je respecte. Est-ce que je suis d’accord ? Ça me regarde mais c’est sa décision. Que le problème vienne de là ou d’ailleurs, comme dans n’importe quel sport collectif où on a un poste important comme le gardien de but, quand on prend des buts, on se dit : ‘‘c’est le gardien de but’’. Mais il ne faut jamais oublier qu’il s’en passe des choses avant que le ballon arrive sur nous en tant que gardien. Collectivement, on doit avoir cette faim, cette dalle de garder notre cage inviolée.
Aujourd’hui, il faut laisser de côté la première partie de saison. Nous avons été mauvais, ça n’a pas fonctionné, c’est comme ça. Désormais, il faut se battre pour faire la meilleure phase retour possible et je suis convaincu que c’est faisable

On a aussi l’impression que vous jouez avec la peur parfois…
Ce n’est pas mon cas parce que ça fait maintenant quelques années que je suis dans le milieu mais, pour plein de jeunes qui jouent avec nous, je peux le comprendre. Quand on descend, il y a beaucoup de choses qui se passent. Il y a une réalité économique, une réalité sur ta carrière de savoir si tu vas rester en Ligue 2, si tu vas retrouver un club de Ligue 1 ou est-ce que ta carrière va être terminée en fin de saison parce que tu es en fin de contrat et que tu n’as pas été assez bon sur cette année-là. Il y a énormément de choses qui se passent et une carrière, c’est court. Oui, nous faisons un métier qui fait rêver mais il y a plein d’aspects à prendre en considération et, sur des années aussi compliquées que celle-là, ça peut être difficile à vivre..
Tu as déjà vécu une saison compliquée avec Lorient juste avant d’arriver chez nous (2016-2017). Quels sont les points communs et les différences avec cette aventure morbihannaise ?
C’est toujours difficile de comparer les saisons et les équipes. Ce que je retiens, c’est qu’à l’époque on s’était retrouvé barragiste à la 94ème minute du dernier match parce que le Stade Malherbe de Caen avait marqué un but au Parc des Princes face au Paris Saint-Germain. Quand notre match était terminé, vu que nous avions eu moins de temps additionnel qu’eux, nous étions sauvés. Cela avait été d’autant plus difficile que c’était la première année de remise en place des barrages Ligue 1 / Ligue 2. Nous avions perdu 1-0 à Troyes avant de faire 0-0 à domicile au match retour et donc de descendre en L2. Aujourd’hui, je croise les doigts pour que nous arrivions en barrages et j’y crois ! Certes, il y a un écart au classement mais il n’est pas énorme non plus. On a la chance de beaucoup recevoir en seconde partie de saison et notamment nos concurrents directs. Nous avons très bien démarré la phase retour avec deux victoires en quatre matchs. Je suis plus gêné d’entendre certaines personnes dire : « ils ont perdu contre Lens ils sont retombés dans leurs travers ». Il ne faut pas oublier que Lens est une très bonne équipe qui n’est pas du tout classée là où elle devrait être. C’est une équipe qui est taillée pour jouer l’Europe. De notre côté, nous avons battu Monaco qui est un des cadors du championnat, Toulouse qui fait une très bonne saison… Aujourd’hui, il faut laisser de côté la première partie de saison. Nous avons été mauvais, ça n’a pas fonctionné, c’est comme ça. Désormais, il faut se battre pour faire la meilleure phase retour possible et je suis convaincu que c’est faisable.

Il faut rester dans la course de notre mini- championnat et, pour y arriver, il nous faudra une solidarité totale
Le calendrier qui s’annonce n’est pourtant pas simple avec la venue de Lyon ce soir puis des confrontations avec Nice, Rennes et Lille…
Ce sont les cadors, oui, mais ensuite nous jouons contre des rivaux directs à l’image de Saint-Étienne et du Havre que nous aurons la chance de recevoir. À nous d’être encore à leur contact au moment où nous les recevrons. Il faut rester dans la course de notre mini- championnat et, pour y arriver, il nous faudra une solidarité totale. Si on rate quelque chose, ce n’est pas grave, il faut qu’on défende comme des chiens comme on l’a fait à Toulouse. Même si on prend un but, il faudra tout donner pour renverser le match comme nous l’avons déjà fait. J’aimerais vraiment que nous arrivions à nous maintenir.

Tu as aussi vécu tes premiers matchs en tant que capitaine du MHSC. Quel a été ton ressenti ?
Ça peut paraître paradoxal de dire ça mais Téji (Savanier) reste le capitaine à mes yeux. Certaines personnes ne vont pas être d’accord parce qu’il s’est passé ce qu’il s’est passé, et je n’ai pas de souci avec ça. De plus, il y avait aussi Jordan (Ferri) devant moi. Il a été expulsé et j’ai récupéré le brassard ; mais, aujourd’hui, pour moi c’est secondaire. Ce que je veux, c’est faire en sorte que l’on se maintienne. On est là pour prendre des points. Je n’ai pas besoin du brassard pour me sentir un peu capitaine ou leader. En tant que gardien, c’est déjà un peu naturel parce qu’on a ce rôle-là de par notre position sur le terrain.
Qu’as-tu ressenti à l’issue de ton très gros match lors de la victoire contre Monaco ?
Ça interpelle parce que j’ai fait beaucoup d’arrêts mais quand je le regarde à nouveau, ce que je fais pour tous les matchs, on se rend compte que quand on arrive à m’aider sur certains détails comme sur ‘’comment se placer’’, ‘’essayer d’orienter l’adversaire’’ ou des tas de petites choses comme ça, même si c’est subtil, c’est plus facile pour moi de faire des arrêts. En revanche, quand tu es livré à toi-même comme lors des deux buts contre Lens, tu ne peux pas faire d’arrêt, ce n’est pas possible. C’est ça qui me frustre parce qu’à 1-0 je fais quand même deux autres arrêts importants. Ça nous permet de rester dedans mais, quelques secondes après, se déroule la même situation et cette fois on prend le but. C’est frustrant parce que ce sont des choses que nous n’arrivons pas et que je n’arrive pas à corriger d’un point de vue défensif et à mettre assez en alerte l’équipe par rapport à ces situations de jeu. Il y a certaines choses que l’on ne peut corriger que par le travail sur le terrain.

Quel regard portes-tu sur le match de ce dimanche face à Lyon ?
Que ce soit à domicile ou à l’extérieur, c’est toujours un match particulier par rapport à l’histoire qui lie le MHSC à Lyon. C’est toujours une rencontre très ouverte où il y a beaucoup de monde au stade. L’OL est une très belle équipe mais je suis persuadé que nous sommes capables de les ‘’enquiquiner’’ à La Mosson. Ça va être un match similaire à celui de Monaco où il va falloir être solide, défendre comme des guerriers et peut-être qu’avec un peu de réussite cette fois, c’est nous qui allons marquer ce but de la délivrance à la 94ème minute.
Chaque match est un combat ; il n’y a que comme ça qu’on va y arriver, en étant ensemble.

En résumé tu espères un scénario inverse à celui du match aller ?
Quel que soit le scénario, j’espère avant tout des points parce que ce qui fait le plus de bien, c’est de faire tourner le compteur points et d’avancer.
Pour conclure, quel message adresserais-tu aux supporters avant cette rencontre ?
Je comprends très bien qu’ils aient la rage et qu’ils soient déçus. Maintenant, il faut juste qu’ils se rendent à l’évidence sur le fait que cette saison est comme ça et qu’on a besoin d’eux, parce que c’est la stricte vérité. Je me souviens de la réception de Rennes lorsque je suis revenu où nous avions gagné 1-0 à 10 contre 11 dans les dernières secondes de la partie. On avait subi, beaucoup subi, mais le public nous poussait tellement que nous n’avions pas l’impression d’être en infériorité numérique. Que ce soit nous sur le terrain ou dans les tribunes, il faut que nous ayons tous le sentiment d’avoir tout donné. Chaque match est un combat ; il n’y a que comme ça qu’on va y arriver, en étant ensemble.



