Équipe pro masculine

Cap 150 matchs avec le MHSC franchi pour Téji Savanier

Il y a 15 jours contre Strasbourg à La Mosson, notre capitaine a disputé son 150e match sous le maillot du MHSC. L’occasion d’un entretien entre chiffres, lettres et émotion.

La rage exprimée lors de sa joie extatique après son but de l’égalisation contre Strasbourg il y a 15 jours tranche avec le calme et le sourire qui illuminent son visage ce matin-là. A 2 jours d’aller défier le PSG au Parc des Princes, Téji Savanier s’est posé dans les salons du Centre d’entraînement Bernard-Gasset, à Grammont, pour évoquer les caps passés face au club alsacien. Apaisé et détendu, il s’est prêté volontiers au jeu de l’interview, qui est pourtant loin d’être son terrain de prédilection. Il préfère largement transversales, petits ponts et passes laser à des discours ciselés, préparés ou calculés. Mais cela ne l’empêche pas d’avoir, dans ses yeux bleus, un regard avisé sur ses 150 matchs montpelliérains et sur la saison de son équipe.

150 MATCHS AU MHSC : « UNE REVANCHE SUR MOI-MEME »

Contre le Racing, Téji Savanier a donc atteint la barre des 150 matchs sous le maillot du MHSC toutes compétitions confondues. « 150 matchs avec mon club formateur, mon club de cœur, ma ville, c’est d’abord et avant tout une fierté. En plus, ça ne pouvait pas tomber mieux puisque je marque lors de cet ‘’anniversaire’’ c’est un plaisir pour moi. » D’autant plus un plaisir que ce penalty transformé est déjà important puisqu’il a permis au MHSC de prendre un point dans une rencontre, à priori, mal engagée. « Ce penalty nous remet dans le match, à un but partout. Malheureusement, nous ne sommes pas arrivés à marquer le 2e qui nous aurait permis de l’emporter ; mais l’équipe a tout de même réussi à arracher le point du match nul. »
150 matchs en orange et bleu… Un chiffre symbolique que le gamin de la cité Gély était sans doute loin de penser atteindre lorsqu’il a quitté le Centre de Formation montpelliérain, sans être conservé, à l’été 2010. Revenir et effectuer 150 matchs toutes compétitions confondues, est-ce un rêve de gosse ou une revanche, Téji ? « Je dirai d’abord un rêve de gosse car j’ai toujours rêvé de jouer à La Mosson devant ma famille, comme je l’ai toujours dit. », explique-t-il avant d’ajouter « Ne pas avoir été conservé et être revenu ici pour m’y imposer c’est une petite revanche, mais une revanche uniquement sur moi-même, pas sur le club », tient-il à préciser. « A l’époque, c’était de ma faute. Je me suis dit que je n’étais pas assez fort pour jouer en professionnel et je me suis mis en tête que je devais tout faire pour avoir un autre niveau et revenir jouer ici. J’y suis parvenu et j’en suis très heureux. Être revenu c’est déjà beau mais avoir franchi la barre des 150 matchs ici, c’est quelque chose de magnifique. »

STRASBOURG, SA PROIE FAVORITE

Ironie du sort, ce chiffre des 150 matchs est arrivé contre Strasbourg, l’équipe face à laquelle Téji a été le plus souvent décisif sous le maillot du MHSC (8 fois – 4 buts, 4 passes décisives). C’est aussi contre les Alsaciens qu’il a délivré le plus de passes décisives (4). Du côté des buts, le FC Lorient reste cependant sa proie favorite (5 réalisations), dont un magnifique coup-franc direct, poteau rentrant durant l’exercice 2022-2023.

COUPS DE CANON ET PRÉCISION

L’occasion d’évoquer son amour particulier pour les coups-francs directs, lui qui en a inscrit 5 depuis son arrivée au MHSC en 2019, soit le meilleur total en Ligue 1 sur l’ensemble de la période, toutes équipes de l’élite confondues « Celui de Lorient est sympa, c’est vrai », sourit Téji. « Mais je me souviens d’un marqué à Metz qui était beau. Il y a aussi celui inscrit à Nice qui est plutôt cool, mais, ce soir-là, on en avait pris 4 il me semble… Quoi qu’il en soit, c’est toujours un plaisir de marquer de jolis buts. »
Mais au fait Téji, d’où te vient ce savoir-faire sur les coups-francs et les coups de pied arrêtés en général ? « Je m’entraînais à Arles-Avignon avec Fabien Campioni », se souvient-il.
« Il s’occupait des gardiens, mais, en même temps, il s’occupait de moi. On enchaînait les frappes encore et encore. A cette époque, j’ai fait des efforts sur plusieurs choses, ce qui me permet aujourd’hui de pouvoir réaliser certains gestes. Il y a une part d’instinct mais du travail aussi. »
La tentation est grande alors d’évoquer les ressemblances et différences dans cet exercice avec l’ancien Lyonnais Juninho, maître ès coups de pied arrêtés de ces 20 dernières années en Ligue 1. « J’ai beaucoup regardé ses coups-francs à la télé », raconte Téji. « Pour moi, il n’y a pas meilleur tireur de coups-francs au monde que Juninho. Ses ballons étaient presque téléguidés. Il les mettaient toujours en lucarne ou là où le gardien ne pouvait pas la bloquer et ça faisait but. (sourire). Je n’ai pas du tout la même façon de frapper que lui mais c’est un modèle. »

PUISSANCE ET PRÉCISION

jeu, Téji Savanier marque souvent des buts depuis l’extérieur de la surface grâce à de magnifiques frappes lointaines. Une ‘’anomalie’’ car sa puissance de frappe n’est pas forcément en adéquation avec un physique hors-norme : « Beaucoup de personnes me disent que quand ils me voient en dehors du terrain, dans la rue, ils ne trouvent pas que j’ai un physique à frapper fort », explique-t-il. « Après, j’ai beaucoup travaillé ma frappe de balle depuis tout petit. Aujourd’hui, quand je frappe, je ne me pose pas de question. J’essaie de cadrer, de frapper à l’endroit qu’il faut et après, c’est du 50-50. L’essentiel c’est de cadrer. »
Une arme de la frappe de loin qui peut se montrer très précieuse, surtout face à des blocs bas comme il y en a souvent en Ligue 1. « C’est relatif car beaucoup de défenseurs commencent à me connaitre et n’hésitent pas à monter vers moi quand je m’apprête à frapper, du coup, je dois varier pour surprendre mes adversaires. Même à 32 ans, il faut toujours apprendre, s’améliorer et travailler pour ça », glisse-t-il dans un regard malicieux.

TROISIèME MEILLEUR BUTEUR DE L’HISTOIRE DU CLUB EN LIGUE 1

Quoi de mieux pour fêter un chiffre symbolique que d’en atteindre un autre symbolique ? C’est en tout cas ce qu’a fait Téji puisqu’il a marqué lors de ce 150e match montpelliérain son 41e but avec le MHSC en Ligue 1, ce qui fait de lui le seul 3e meilleur buteur de l’histoire du MHSC dans l’élite derrière Souleymane Camara (52) et Laurent Blanc (47). Cela le place désormais dans ce classement juste devant un certain Andy Delort (40). « Je vais l’appeler pour le chambrer », rigole Téji. « Plus sérieusement, je n’étais pas du tout au courant et c’est vraiment une grande fierté pour moi de monter sur le podium des meilleurs buteurs de l’histoire du MHSC en Ligue 1. Il m’en reste 7 pour dépasser Laurent Blanc… Pourquoi ne pas essayer de le faire mais il ne faut jamais oublier que tous les buts sont difficiles à marquer en Ligue 1
et c’est déjà beau d’être dans les 3 premiers. »

DES STATISTIQUES ASSEZ INCROYABLES

L’influence de Téji Savanier sur le jeu montpelliérain prend encore plus de sens si l’on évoque son implication sur les buts de son équipe en cumulant les buts et les passes décisives. Rien qu’en Ligue 1, ce chiffre atteint 65 unités (41 buts, 24 passes décisives). Notre n°11 se place ainsi dans le top 5 des joueurs les plus décisifs sur l’ensemble de la Ligue 1 depuis son arrivée au club en 2019, tandis qu’à Montpellier, seul Souleymane Camara s’est montré plus décisif depuis 2006-2007 (52 buts, 25 passes décisives). Des chiffres assez impressionnants qui viennent couronner un jeu châtoyant fait de petits dribbles chaloupés, de déviations astucieuses et de transversales diaboliquement précises. Une preuve vivante que l’on peut associer le beau à l’efficace, sans avoir le défaut du ‘’dribbler pour dribbler’’, la tête dans le guidon, ou le plus souvent dans l’herbe : « Quand je rentre sur le terrain, c’est un peu un terrain de jeu. Quand je réalise un joli geste, c’est à l’instinct, ce n’est pas réfléchi du tout, mais quand j’essaie quelque chose, je me dis toujours que ça peut passer et que ça doit apporter un plus à l’équipe. Si je tente pour tenter et rater derrière, ça ne sert strictement à rien. En fait, j’essaie toujours de me mettre dans les meilleures dispositions et de donner à mes partenaires les meilleurs ballons possibles », explique -t-il.
Un sens du collectif qui se rapproche des meneurs de jeu à l’ancienne, plus occupés à faire jouer les autres qu’à se focaliser sur leurs propres statistiques individuelles : « Je ne regarde pas du tout mes statistiques. A part peut-être celle du 3ème meilleur buteur du MHSC en Ligue 1, je n’étais pas du tout au courant de tous les chiffres que tu viens de me citer. Franchement, c’est un truc que je ne regarde pas du tout. ». Son objectif à lui, c’est de jouer, s’amuser, gagner…. « Surtout gagner », surenchérit Téji. « ça m’est arrivé de faire des mauvais matchs et d’être content parce que l’équipe avait gagné à la fin. Je connais des joueurs qui, quand l’équipe gagne mais qu’ils n’ont pas amélioré leurs stats, ne sont pas contents. Pour moi, c’est la gagne avant tout. »

LA SAISON DE L’ÉQUIPE

Entre la réalisation de cette interview et son jour de parution, nul ne sait, à l’heure où nous écrivons ces lignes, comment aura évolué le mercato montpelliérain. Une chose est sûre, l’effectif va être rajeuni ; conséquence directe, notamment, de la baisse des droits télé. S’il n’est pas homme à prendre la parole à tout bout de champ, Téji Savanier en voit encore plus renforcé son rôle de cadre du vestiaire héraultais : « Il y a beaucoup de jeunes avec nous cette année, c’est certain. J’ai beaucoup parlé avec eux durant le stage d’avant-saison en Espagne. Même aux entraînements, je parle beaucoup et j’essaie de les mettre dans les meilleures conditions possible. On aura besoin d’eux cette anné », souligne notre capitaine avant de revenir sur la situation globale du MHSC. « On est un club à part, avec ses spécificités et ses moyens. Pour l’instant, nous n’avons pas pu recruter cette année, mais nous avons des joueurs avec lesquels ça s’est bien passé la saison dernière et je ne vois pas pourquoi ça ne se passerait pas bien cette année. En tout cas, on va se donner les moyens pour faire une grosse saison. »
Pas question donc de céder à la panique, ni à la sinistrose : « ça va être très compliqué, on le sait très bien, mais, même si beaucoup de personnes nous voient descendre en Ligue 2 en dehors du club, on va tout faire pour leur prouver qu’ils ont tort. Ça doit être une motivation supplémentaire. » Et quand on lui demande si ce maintien est une affaire d’orgueil, Téji ajoute
« Non. Je constate juste que certains nous enterrent avant même que le championnat n’ait commencé, mais on va voir que nous, on ne nous enterre pas facilement. On va se donner tous les moyens pour faire de gros matchs et essayer de maintenir le club en Ligue 1. L’idée, c’est de garder tout le monde concerné, c’est le plus important. »

LE MATCH CONTRE NANTES

Voilà qui nous amène à évoquer le match du jour contre Nantes, ce samedi à La Mosson : « A l’heure où l’on se parle, cette équipe nantaise n’a pas beaucoup bougé en termes d’effectif, mais je m’attends, comme tous les ans, à un match compliqué face aux Canaris car ils ont de bons joueurs. J’espère un match ouvert et surtout que nous allons parvenir à décrocher un premier succès à la maison cette saison qui nous ferait beaucoup de bien. » Impossible enfin pour notre capitaine de terminer cet entretien sans évoquer les supporters du MHSC : « Lors du 1er match de la saison contre Strasbourg, ils étaient présents avec nous. Il y avait beaucoup de monde au stade et j’espère qu’ils seront encore plus nombreux ce samedi soir face à Nantes et tout au long de la saison. Nous comptons sur eux et nous avons besoin d’eux. »
Le message est passé.

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