Khalil Fayad, la promesse future qui se conjugue désormais au présent
Lancé en pro il y a 3 saisons, le jeune milieu de terrain formé au MHSC (20 ans), s’impose peu à peu dans son club de cœur. Chronique en 7 thèmes d’une éclosion lente mais porteuse d’espoirs.
Dans les coulisses du Domaine de Grammont, son nom a longtemps été sur toutes les lèvres et a occupé de nombreuses conversations. En garçon bien élevé qu’il est, ce n’était pas pour des questions de discipline mais bel et bien en raison de son talent hors du commun selon ses formateurs. Seul joueur formé au club de la génération 2004 à être passé pro (Lucas Mincarelli est passé par Istres avant de terminer sa formation chez nous, NDLR), Khalil Fayad a été lancé par Olivier Dall’Oglio lors du déplacement au Parc des Princes le 13 août 2021. Joueur à la technique et à la vision du jeu bien au-dessus de la moyenne, l’enfant qui a grandi dans le quartier des Sabines, à proximité de la Croix-d’Argent, arrivé au club à l’âge de 8 ans venait de réaliser son rêve de porter le maillot de son club de cœur en Ligue 1. Un rêve qui s’accompagnait de multiples promesses.

L’IMPACT DES BLESSURES
Si ses qualités intrinsèques ne sont plus à démontrer, Khalil a vu sa progression ralentie par plusieurs blessures qui l’ont tenu éloigné des terrains un certain temps, que ce soit cette saison ou lors de l’exercice précédent. Pour preuve, il n’a participé qu’à 63 matchs depuis ses débuts en pro sur 99 possibles. Un passage forcément difficile à vivre mais dont l’intéressé a su faire une force :

Quand tu vois les autres enchaîner et que toi tu restes chez le kiné, tu prends un coup sur la tête
« Ce n’était pas une période facile, c’est certain », reconnait-il. « Quand tu vois les autres enchaîner et que toi tu restes chez le kiné, tu prends un coup sur la tête. Cela dit, je pense que ça a été bénéfique pour moi parce que je me suis remis en question ; j’ai regardé ce qui n’allait pas autour de moi et ce que je devais changer. Aujourd’hui, tout cela a été fait et, d’un point de vue personnel, je me sens plus pro aussi. »

PETIT MAIS COSTAUD
Dans un football français de plus en plus axé sur le potentiel physique, Khalil Fayad n’est évidemment pas, du haut de son mètre 72 et de ses 61 kg sur la balance, le plus baraqué des joueurs de l’élite. Cela ne l’empêche pas pour autant d’être un des joueurs montpelliérains qui récupère le plus de ballons par match en moyenne depuis le début de la saison (6,1/90 min, seul Jordan Ferri fait mieux avec 6,7) : « Je suis peut-être baraqué finalement alors, non ? », répond-t-il avec beaucoup d’humour. « Plus sérieusement, cette statistique est plutôt flatteuse et je suis content que mon nom ressorte dans ce genre de données. J’essaie de compenser ce déficit physique entre guillemets par de l’anticipation et de l’intelligence de jeu. A mon poste, l’intelligence de jeu n’est pas seulement offensive mais aussi défensive. »

UNE POLYVALENCE SALUTAIRE
Capable de jouer n°6, n°8 ou n°10, Khalil Fayad a aussi évolué sur un côté la saison passée. Une position pas forcément en adéquation avec ses qualités naturelles mais qui lui a permis de se remplir en termes d’intensité physique et de marquer quelques buts comme contre l’OM à La Mosson lors du dernier exercice. Aligné le plus souvent en n°8 cette année, l’international U20 marocain a alterné entre le poste de relayeur, comme contre Lens et celui de n°6, comme plus récemment à Strasbourg. Une polyvalence qui pourrait s’avérer précieuse, pour lui comme pour son club :

Ce que j’aime, c’est mettre une empreinte sur le jeu, donner le tempo et rendre les autres meilleurs
« Le fait que je sois réaxé à mon poste me permet d’être plus influent comme je l’ai été auparavant au centre de Formation ou en sélection de jeunes. Physiquement aussi, je reviens bien et me sentir mieux sur cet aspect-là a évidemment une influence positive sur mes prestations. » Et lorsqu’on lui demande pourquoi il est plus à l’aise dans l’axe que sur un côté, le milieu de terrain de 20 ans avance des arguments plus que crédibles : « Je ne suis pas forcément un joueur rapide mais plutôt un joueur explosif sur les premiers mètres qui va pouvoir se sortir du marquage de cette façon-là pour ensuite délivrer une passe et donc être plus influent dans le jeu », explique-t-il.
« En étant dans une position plus axiale, on est plus dans la technique, dans la vision du jeu et ça représente plus mes qualités, celles en tout cas grâce auxquelles je suis passé pro. De plus, même si je suis parfois quelque peu désaxé, le coach veut toujours que je reste influent dans le cœur du jeu », poursuit le jeune pailladin. « Cela dit, quand il m’a positionné en n°6 à Strasbourg, ça m’a vraiment plu et ça m’a permis de montrer ce que je savais faire aussi dans l’axe. Ce que j’aime, c’est mettre une empreinte sur le jeu, donner le tempo et rendre les autres meilleurs. »

PATIENCE, INTELLIGENCE ET ÉVOLUTION POSITIVE
S’il n’est plus un jeune premier après 2 saisons et demie (et bientôt 3) chez les pros, Khalil Fayad est rentré en jeu 7 fois depuis le début de la saison pour seulement 5 titularisations. Un aspect qui pourrait le frustrer mais que le jeune homme comprend avec beaucoup de recul et d’intelligence : « Si on m’avait posé la question en début de saison, j’aurai peut-être répondu différemment, en étant un peu plus déçu, mais là, vu que j’ai été blessé pendant de longs mois, c’est une étape par laquelle je suis obligé de passer pour reprendre du rythme »,

J’ai appris à mieux me connaître et à bien connaître la Ligue 1
argumente-t-il. « Nous en avons d’ailleurs parlé avec le coach. Le fait que j’ai connu quelques titularisations ces derniers temps, notamment à Strasbourg, montre que ce rôle de joker était une étape importante pour que je me remette en forme parce que rien ne remplace le rythme des matchs… et cela commence à porter ses fruits. »
Voilà qui nous amène à évoquer plus spécifiquement son évolution depuis ses débuts chez les pros. De toute évidence, le garçon s’est rempli et a gagné en maturité sans perdre pour autant ses qualités techniques : « Ces presque trois années ont été très enrichissantes en termes d’expérience », explique-t-il. « Il y a eu des hauts, des bas, mais je vois vraiment ça comme une sorte de progression car, en l’espace de 3 ans, j’ai beaucoup appris ; je me suis forgé mentalement aussi, notamment avec les blessures. J’ai appris à mieux me connaître et à bien connaître la Ligue 1 parce que c’est important de bien comprendre le championnat dans lequel on évolue. Je suis content parce que j’ai vraiment progressé ». En termes d’évolution, Khalil Fayad estime avoir progressé « au niveau de l’impact physique, dans la récupération du ballon, la méchanceté dans le bon sens du terme ainsi que dans le fait d’être plus influent dans le jeu. » Du côté des axes à améliorer, le n°22 montpelliérain évoque le fait « d’être plus influent dans les 20 derniers mètres. »

C’EST LA FIN DU BAL…
… qu’on paie les musiciens dit l’adage. Alors Khalil Fayad reste prudent lorsqu’on lui demande d’évaluer sa saison personnelle : « Elle n’est pas terminée donc il est trop tôt pour tirer des conclusions. Mais jusqu’à présent je dirai que j’ai beaucoup appris », argumente-t-il. Sa saison sera forcément marquée par ce match à Lyon où il a raté l’occasion d’ouvrir le score en faveur des Pailladins au Groupama Stadium en janvier dernier avant d’être, bien malgré lui, impliqué dans l’improbable ouverture du score rhodanienne dans le temps additionnel de la partie : « Les premiers jours qui ont suivi ont été difficiles », reconnait Khalil. « Après, le foot est une remise en question constante et j’ai vite dû me remettre en question justement parce qu’un autre match arrivait rapidement derrière. Ça fait partie d’une carrière ».
Le joueur de 20 ans tient d’ailleurs à saluer chaleureusement son entraîneur, Jean-Louis Gasset, qui l’a défendu dès la fin de la rencontre et l’a aidé à relever la tête : « Je l’en remercie. Il m’a beaucoup parlé après cette action et ça m’a fait du bien de sentir qu’il était là pour me soutenir. Il a joué un grand rôle dans ma remise en question », dit-il avant d’ajouter : « Même s’il y a eu ce couac à Lyon, je dirai que je me sens globalement mieux par rapport à mes deux saisons précédentes. Je me sens mieux physiquement déjà, et ça me permet de mieux m’exprimer sur le terrain. Après, comme je l’ai dit, il reste encore 11 matchs, on ne pourra tirer des conclusions qu’à la fin, mais j’ai senti une vraie progression. »

Cette volonté de « ne pas tirer de conclusion trop vite » se prolonge d’ailleurs lorsque Khalil étend son analyse, non plus seulement à sa saison personnelle mais à celle de son équipe : « Notre saison est très compliquée, c’est certain mais, comme je l’ai dit au sujet de ma saison personnelle, on ne peut pas tirer de conclusion trop vite. Il reste 11 matchs, ce sera 11 finales et nous allons tout faire pour atteindre cet objectif du maintien. Je suis persuadé que nous avons les qualités pour l’atteindre. » Il ajoute : « Dans le foot, rien n’est fixé. On ne sait jamais ce qu’il peut se passer. On peut gagner un ou 2 matchs et après, la série est lancée. Je vois les joueurs tous les jours à l’entraînement et il y a vraiment de la qualité dans ce groupe. Si on arrive à reproduire ça en match, ça ne pourra qu’aller bien. »

LA PAILLADE DANS LE SANG
Comme Téji Savanier, Khalil Fayad est né et formé à Montpellier. Un aspect qui rajoute encore plus à ce sentiment d’appartenance et à cette pression de vouloir sauver ‘‘son’’ club : « Représenter ma ville en jouant dans mon club de cœur me rend très fier », reconnait-il. « Quand tu joues devant tes parents, devant ta famille, dans un stade que t’as toujours fréquenté et où t’as toujours rêvé de jouer, c’est que c’est vraiment quelque chose d’extraordinaire. Au début, je sentais un peu plus de poids entre guillemets. Maintenant, avec l’expérience, si l’amour du club est toujours intact, je ne ressens pas d’autre pression que de la fierté et la volonté de bien faire. Je suis concentré sur ma performance et rien de plus. Je sais qu’il y a des attentes, mais c’est une fierté, pas une pression. »
Il reste 11 matchs, ce sera 11 finales et nous allons tout faire pour atteindre cet objectif du maintien
L’occasion aussi d’évoquer cette paire de milieux de terrain défensifs formés au club qu’il forme de temps en temps aux côtés d’un autre enfant de Grammont, Joris Chotard : « L’histoire, est belle et ça fait plaisir, d’autant que Joris est un très bon joueur. Quand on pense que Téji, Montpelliérain lui aussi, peut évoluer dans ce secteur de jeu, c’est un beau symbole », estime Khalil.

Le fait d’avoir été supporter du club – et de l’être toujours – avant de porter le maillot du MHSC en Ligue 1 en fait en tout cas un des mieux placés pour comprendre la frustration et la déception des supporters pailladins auxquels il tient à adresser un message : « Je les comprends à 100%, », souligne-t-il. « Après, d’un point de vue interne, ce n’est pas forcément facile. On aimerait donner ce que les supporters ont envie de voir ; on travaille au quotidien pour cela, pour ramener des points mais, comme je l’ai dit, la saison n’est pas finie. On va tout faire pour les rendre fiers. Je suis convaincu que nous pouvons faire tourner la roue du bon côté. »

LE MATCH DE DIMANCHE CONTRE RENNES
Pourquoi pas dès ce soir contre Rennes à La Mosson ? : « Le Stade Rennais a beaucoup investi pendant le mercato hivernal et l’effectif a beaucoup changé par rapport à celui de la phase aller », analyse Khalil Fayad. « C’est une équipe de qualité qui est rodée pour jouer le haut du tableau. Maintenant, nous avons su battre Monaco et Brest à la Mosson. On aime bien jouer les grosses équipes et notre objectif sera de prendre les 3 points parce que, nous aussi, nous avons une bonne équipe. »
Impossible pour notre interlocuteur de ne pas conclure cet entretien sans évoquer les retrouvailles avec Mousa Tamari, encore Pailladin fin janvier et qui sera ce dimanche dans le camp d’en face : « Le foot est fait de changements constants mais ce sera un plaisir de le retrouver car, en dehors du terrain, Mousa est une très bonne personne. Je suis très content que ça se passe bien pour lui à Rennes mais j’espère que ça se passera bien après notre match. » (sourire) Amis avant et après un match, jamais pendant…



