
Steve Mounié : « Chaque joueur est libre de jouer avec ses qualités »
Parti de Brest vers Augsbourg cet été, l’ancien attaquant du MHSC était l’interlocuteur rêvé pour nous présenter cette rencontre. Il évoque ses aventures en Languedoc et en Bretagne, tout comme sa nouvelle vie en Allemagne.
Comment se passe ta nouvelle vie en Allemagne ?
Augsbourg est un peu dans la lignée de tous les clubs pour lesquels j’ai joué, c’est à dire des clubs familiaux où tout le monde se connaît. Par exemple, ici, après les entraînements, les joueurs mangent au même endroit que les salariés du club. Après, en termes de mentalité, c’est l’Allemagne. Quand on te dit A, c’est A. Il y a beaucoup de rigueur. Côté ville, je n’ai pas encore eu le temps de la visiter, mais elle se situe à 40 minute de Munich. Du coup, beaucoup de gens qui travaillent à Munich y ont élu domicile. Comme Brest, Augsbourg a été détruit pendant la guerre et a été totalement reconstruit. C’est une ville de taille moyenne, calme et tranquille, avec tout ce qu’il faut pour vivre et un peu d’animation. C’est un endroit que j’apprécie.

J’ai eu envie de découvrir la Bundesliga car ça a toujours été un championnat où les attaquants ont su s’exprimer
Comment cela se passe-t-il, sportivement ?
Personnellement, j’ai vécu un début de saison assez compliqué avec des problèmes personnels et des petits soucis de santé, ce qui m’a tenu écarté des terrains pendant la pré-saison et lors des premiers matchs. Aujourd’hui, je reviens progressivement, j’essaie de retrouver mon niveau optimal et de gagner ma place dans cette équipe. Collectivement, notre début de saison est un peu en dents de scie, même si notre belle victoire face à Dortmund il y a 2 journées nous a donné de la confiance. Nous sommes au milieu de tableau (11ème). Il faudra à mon avis attendre le mois de décembre pour voir où se situer et ce que l’on peut jouer d’ici la fin de saison. Les matchs qui vont suivre vont être déterminants.
Comment trouves-tu la Bundesliga ?
Je n’ai démarré qu’un seul match en tant que titulaire pour l’instant, mais j’ai retrouvé un peu l’intensité de la Premier League anglaise. Dès que tu récupères, c’est contre-attaque, ça va dans tous les sens, contrairement au championnat français où il y a parfois des temps de possession, où à ce que j’ai connu à Brest aussi récemment, où on avait beaucoup plus de maîtrise, sans être toujours dans la transition. Pour moi, c’est là que se situe la plus grosse différence.

Qu’est-ce qui t’avait séduit dans ce défi-là, alors que tu pouvais jouer la Ligue des Champions avec Brest ?
Il faut d’abord savoir qu’en allant en Allemagne, je deviens le premier joueur Béninois à avoir évolué dans 3 grands championnats européens (France, Angleterre et Allemagne, NDLR). C’était quelque chose qui me motivait, même si jouer la Ligue des champions représentait aussi un grand accomplissement pour tous les Béninois. Cela dit, même si la perspective de jouer la Ligue des Champions m’a fait hésiter, après 4 belles années à Brest, j’avais envie de découvrir un nouveau challenge. Je ne voulais pas faire la saison, de trop.
Le recruteur d’Augsbourg, qui travaillait à l’époque pour Fribourg, avait déjà tenté de me faire venir en 2017, mais comme mon rêve était de découvrir la Premier League, j’avais opté pour Huddersfield. Là, quand il m’a rappelé pour me faire venir à Augbourg j’ai senti que le club me voulait vraiment et ça m’a donné envie de venir. De plus, j’ai eu envie de découvrir la Bundesliga car ça a toujours été un championnat où les attaquants ont su s’exprimer. C’est attirant.
Le beau parcours du Stade Brestois en Ligue des Champions ne me surprend absolument pas

Justement, le MHSC affronte le Stade Brestois ce dimanche 10 novembre. Comment décrirais-tu cette équipe bretonne ?
C’est une équipe qui sait gagner des matchs. La saison dernière, pour parler de ce que j’ai vécu, avec les joueurs qu’on avait, on ressentait un capital d’expérience incroyable. Le coach et le staff savaient mettre en valeur les qualités de chaque joueur. Ils ne vont pas t’inventer un style de jeu qui n’est pas le tiens. Chaque joueur de cet effectif, quand il est sur le terrain, est libre de jouer avec ses qualités. Le coach ne cherche pas à te dénoter, à jouer dans le style du coach, mais il préfère mettre en valeur les qualités des joueurs, ce qui permet à chacun d’exprimer son plein potentiel. Ensuite, c’est une équipe qui a faim. Quand les Brestois rentrent sur le terrain, c’est pour ‘’tuer’’ l’adversaire. Pour toutes ces raisons, leur beau parcours en Ligue des champions ne me surprend pas et je suis même certain qu’ils vont passer au prochain tour en étant dans le top 8 de la 1ère phase.
Le MHSC est un club qui a marqué l’histoire du football français
Qu’est-ce qui fait la force de cette équipe brestoise ?
Même si beaucoup de joueurs ont été recrutés à l’intersaison, quand tu arrives à Brest, on t’intègre d’une façon formidable et, automatiquement, tu te mets au diapason pour l’équipe et tu t’intègres dans le moule. C’est une équipe qui ne lâche rien, avec un Directeur Sportif, Grégory Lorenzi, qui travaille très bien et qui fait chaque année des miracles avec les moyens dont il dispose. Les gens voient Brest comme une surprise, mais pour moi qui ait vu l’évolution de ce club pendant 4 ans, ça a été un travail de longue haleine et la dynamique actuelle ne me surprend absolument pas.

Ça me fait vraiment très mal de voir le MHSC dans cette situation
Quel regard portes-tu sur le MHSC d’aujourd’hui ?
Ça me fait vraiment très mal de voir le MHSC dans cette situation. Quand j’ai vu l’arrivée du coach Gasset, ça m’a fait plaisir parce que je l’ai connu en 2016-2017 lorsqu’il avait mené à bien une opération maintien en fin de saison et j’avais trouvé mon plein potentiel avec lui. Je trouve que son arrivée est une bonne chose pour le club. Il est très important que le MHSC reste en Ligue 1. Cette saison, notamment avec les histoires de droits télé, je sais que ce n’est pas facile mais j’ai confiance. Je pense qu’avec cet effectif, le MHSC est capable de se maintenir et de mettre 2 ou 3 équipes derrière lui au classement. Ils vont le faire !
Quel est ton meilleur souvenir lors de ton passage chez nous ?
L’année du titre (2012) était fantastique. En plus, j’étais au Centre de Formation et nous avions aussi été sacrés Champions en U19 cette année-là. J’étais aussi dans les tribunes lors du 1er match du MHSC en Ligue des champions face à Arsenal. C’était exceptionnel. J’ai eu des frissons en entendant cette musique… Côté terrain, je retiens nos victoires à La Mosson lors de la saison 2016-2017 face au PSG (3-0,
passe décisive de Steve pour Paul Lasne, NDLR) et 3-1 face à l’OM lors duquel j’avais marqué. Je garde aussi un souvenir ému de mon 1er but en pro avec mon club formateur, face à Saint-Etienne à Geoffroy-Guichard.
Cette saison marque les 50 ans du club. Qu’est-ce que cela t’inspire ?
Cinquante ans, c’est déjà un bel accompagnement. Ça montre que le club travaille bien et qu’il a su résister dans les moments difficiles. C’est beau ! J’espère que le MHSC pourra tenir encore des centaines d’années parce que c’est un club qui a marqué l’histoire du football français et un des rares qui n’est pas encore détenu par une multinationale. C’est un club du terroir, si je peux dire, et je pense que la Ligue 1 a besoin de club comme celui-là, qui est parti du plus bas du football français pour atteindre les sommets. Je souhaite un très bon anniversaire au MHSC. Restez soudés. Il faut que tout le monde, et bien sûr les supporters, soit derrière l’équipe. C’est important quand on joue le maintien.



