Équipe pro masculine

Théo Sainte-Luce, une question de foi

Pas épargné par les blessures depuis son arrivée au MHSC en juillet 2022, le jeune défenseur montpelliérain (26 ans) fait partie de ces ‘’recrues internes’’ qui pourraient donner un second souffle au club pailladin. Rencontre

Son parcours montpelliérain est aussi tortueux et semé d’embuches que ses sprints dans le couloir gauche sont limpides, rapides et rectilignes. Ainsi va la vie car le football n’est plus à un paradoxe près. Après des débuts tonitruants en orange et bleu, marqués par un but dès son 1er match officiel sous le maillot pailladin (contre Troyes à La Mosson en août 2022), Théo Sainte-Luce a plus souvent vu l’ombre que la lumière. Une rupture du ligament croisé du genou à la fin de ce même été 2022, un souci au mollet peu après son retour sur les terrains en mars 2023, puis une première déchirure à l’ischio jambier durant la préparation estivale de la saison dernière sont venus retarder son retour sous les projecteurs. Revenu en septembre 2023, il s’est ensuite fait une entorse en novembre 2023. A nouveau à la disposition du groupe depuis janvier 2024, il a ensuite effectué quelques apparitions avant de se blesser, à nouveau à l’ischio jambier cet été. Un long chemin de croix que l’intéressé, très croyant, préfère voir du bon côté : « Sur le moment, ça a été compliqué. Tu essaies de te projeter dans le futur en te disant qu’à un moment donné, tout rentrera dans l’ordre et que tout ira bien mais, quand il y a une rechute, tu te dis que tout le travail que tu as fait pour revenir est gaspillé parce que tu dois encore repasser par une période où tu vas être en soins. Tu vas devoir refaire une préparation pour revenir encore une fois », reconnait-il d’emblée quand on lui demande comme il a vécu ces longues périodes loin des terrains. « Cela dit, avec du recul, de telles périodes te forgent mentalement et te rendent plus fort. Ça te permet aussi de voir qui tu es vraiment. Ça te donne du courage et ça t’oblige aussi à voir la vie et ton métier autrement. Pa exemple, même si j’ai toujours été assez sérieux, ça m’a permis de voir que je ne faisais peut-être pas tout bien et d’améliorer certaines choses. On va donc dire que c’était peut-être un mal pour un bien. »

FRAÎCHEUR ET AMBITION

Une véritable leçon de résilience à l’heure où certains veulent peut-être trop, trop vite et peut-être même tout, tout de suite. Un apprentissage de la patience aussi, forcé peut-être, mais pas seulement : « Pour moi, la vie est écrite, donc c’est le destin. Si c’est arrivé, c’est que ça devait arriver tout simplement », analyse Théo Sainte-Luce avec une maturité bluffante. « Ces blessures sont arrivées dans un moment où j’étais en pleine ascension. Aujourd’hui, je suis peut-être un peu plus vieux – il n’a cependant que 26 ans – mais j’espère que c’est juste un retard dans le processus. J’aspire toujours à progresser et à devenir le meilleur possible, à pouvoir enchaîner les matchs et les saisons. Je ne suis pas fataliste par rapport à ça. »

Si je suis amené à être sur le terrain, que ce soit 90 minutes, 20 minutes ou même 5 minutes, je donnerai tout ce que j’ai pour aider le collectif

qu’il tire de son parcours, là aussi assez sinueux, traversé jusqu’à sa signature au MHSC. En effet, avant cela, Théo Sainte Luce a dû gravir les échelons, en passant notamment par le National, puis la Ligue 2 : « Peut-être que jouer en Ligue 1 est arrivé plus vite que je l’espérais, alors je me satisfait de là où je suis aujourd’hui et c’est pour ça que je continue à bosser et que je suis reconnaissant de ce que j’ai ».

Cela ne l’empêche pas d’être ambitieux et de vouloir plus. Revenu de blessure fin septembre, il a fini par revoir la lumière en décembre dernier lorsqu’il a inscrit le but égalisateur contre Nice au Stade de La Mosson (2-2), quelques secondes seulement après son entrée en jeu. « Sur le coup, je fais un appel car je pense que Wahbi (Khazri) va me mettre le ballon dans la course car je vois que leur latéral est haut et qu’il n’y a personne », se souvient le n°17 montpelliérain. « Finalement, il sert Mousa (Tamari), les 2 défenseurs qui restent sont allés sur lui et au final je me suis retrouvé seul au second poteau. Quand le ballon arrive, j’essaie de le mettre fort au sol mais il se lève un petit peu. Au final, quand je vois le ballon au fond, je ressens à la fois du soulagement et un très gros sentiment de joie. J’ai essayé de profiter au maximum de cet instant, notamment lors de ma célébration avec mes coéquipiers et les supporters. C’est sans doute ma plus forte émotion après avoir marqué un but Ça faisait longtemps que je n’avais pas été heureux comme ça. »

RETROUVER LA CONFIANCE

Un moment de joie figé dans le temps qui contraste avec la saison extrêmement compliquée que traverse le MHSC, actuelle lanterne rouge de Ligue 1. « Tout le monde sait à quel point cette saison est difficile », reconnait l’ancien joueur du Red Star et du GFC Ajaccio : « Jusqu’à aujourd’hui, nous n’avons pas réussi à rattraper notre mauvais début de saison et, à mon sens, c’est plus quelque chose d’ordre mental que sur le plan du niveau footballistique à proprement parler car ce groupe a beaucoup de qualités. »
Voilà qui nous ramène directement à la réalité du moment. Comment le MHSC peut-il produire une prestation aussi séduisante face à Lyon au Groupama Stadium et se liquéfier dès le début du match contre Angers à La Mosson, comme si le ballon lui brûlait les pieds ? : « Je ne sais pas », répond Théo. « Peut-être parce que, sans dire que c’était une finale car il reste encore beaucoup de matchs à jouer, c’était un moment important de la saison où on aurait pu enfin basculer dans une bonne spirale et ne plus être à la dernière place du classement. C’est peut-être ça qui nous a mis une pression en plus… Je dis bien peut-être… »

EXTRÊMEMENT MOTIVÉ

Elle est peut-être là la chance de Théo Sainte-Luce et, par voie de conséquences, celle de son équipe. Absent depuis de longs mois, Théo peut en effet être cette ‘’recrue interne’’ qui amène sa fraîcheur et son envie, sans ressentir le poids des derniers mois longs et difficiles connus par ses coéquipiers : « Bien sûr ça peut être une chance », sourit timidement Théo. « Je n’ai pas vécu le début de saison de l’Intérieur, c’est vrai, mais j’étais quand même impacté par les résultats et la dynamique du groupe. Aujourd’hui, tout ce que je peux amener, c’est ma fraîcheur et mon envie par rapport au faible temps de jeu que j’ai pu avoir les saisons précédentes. Si je suis amené à être sur le terrain, que ce soit 90 minutes, 20 minutes ou même 5 minutes, je donnerai tout ce que j’ai pour aider le collectif. » Une énergie décuplée par le fait de redevenir acteur et non plus seulement un spectateur, frustré par une forme d’impuissance inhérente à ses blessures : « C’est sûr qu’on se sent toujours un peu ‘’con’’ parce qu’on a l’impression qu’on aurait pu changer les choses si on avait joué alors que, si ça avait été le cas, ça n’aurait peut-être rien changé », détaille notre interlocuteur. « Plus globalement, ça fait mal de ne pas pouvoir être dans la vie de groupe comme quand on est apte ; que ça soit les mises au vert, être dans le bus pour aller au stade ou en reconnaissance pelouse avant le match. Toutes ces choses-là m’ont manqué, et je suis extrêmement motivé à l’entame de cette 2ème partie de saison. »
S’il n’occulte en rien la situation comptable de son équipe et le coup sur la tête reçu après la défaite contre Angers la semaine passée – « Nous sommes tristes du résultat final, encore plus quand on joue contre une équipe de ‘’notre’’ championnat contre laquelle nous nous devions de prendre les 3 points. Ça fait mal, forcément » – Théo Sainte-Luce se refuse d’abdiquer : « Tant qu’il y a une lueur d’espoir, on est obligé d’y croire. Et moi, je suis le premier à y croire », assène-t-il. « Quand on joue dans un club et qu’on est dans cette situation, si on n’y croit pas, ça ne sert à rien de mettre les pieds sur le terrain »

SE LÂCHER

Sur le terrain ce soir, c’est un pensionnaire du podium du championnat, l’AS Monaco, qui va venir poser ses crampons. Pas forcément l’adversaire idéal pour se relancer me direz-vous, mais y en a-t-il vraiment un ? « Monaco est une très bonne équipe du championnat », reconnait Théo. « Cela dit, quand on regarde notre match aller à Louis II, nous n’avions pas été ridicules (défaite 2-1 à la 98e minute, NDLR) et je pense qu’on méritait mieux qu’une défaite ce soir-là, comme à Lyon il y a 15 jours d’ailleurs. Nous savons ce que nous sommes capables de faire face à ce genre d’équipe. A nous de tout donner pour y parvenir. » Malgré son jeune âge, Théo Sainte-Luce n’hésite d’ailleurs pas à exhorter ses coéquipiers à se lâcher face au club princier : « C’est peut-être la chose qui pêche », détaille-t-il. « Vis-à-vis de la situation et de l’engrenage qu’il y a par rapport aux résultats et aux défaites, peut-être qu’on se met une pression excessive. Je suis convaincu que si on avait joué libérés à 100% depuis le début de saison, nous ne serions pas à la place qui est la nôtre aujourd’hui. »
Un message positif et rassembleur auquel il tient à associer les supporters pailladins : « Nous savons que ce n’est pas facile pour eux. Nous en sommes conscients. Quoi qu’il arrive, nous donnerons tout sur le terrain, même si parfois ils peuvent dire le contraire. On espère qu’ils sont toujours derrière nous et qu’ils ne nous lâcheront pas parce que s’ils ont besoin de nous pour venir au stade, nous nous avons besoin d’eux pour qu’ils nous supportent ». L’union sacrée face à l’adversité…

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