Équipe pro masculine

Zoumana Camara, c’est déjà demain

Dans un entretien plein de sincérité, le nouvel entraîneur montpelliérain revient sur le beau parcours qui l’a façonné et sur son bonheur de diriger le MHSC. Le tout avec raison et ambition

Il y a parfois des liens invisibles et des connexions qui paraissent comme une évidence une fois qu’ils sont enfin effectifs. Le premier souvenir qui relie le MHSC à Zoumana Camara remonte à la finale de la Coupe de France 1990. « Je suis né et j’ai grandi à Colombes et j’ai passé une partie de ma formation au Racing Paris », se remémore-t-il. « J’avais 11 ans ce soir-là et je savais qu’en cas de défaite, le Racing, déjà relégué en D2, perdrait son statut professionnel et descendrait en D3, faute de qualification européenne. Je me souviens de ce tir croisé de Kader Ferhaoui qui offre la victoire à Montpellier. »

Au moment de ce coup de fil, j’ai d’abord ressenti de la fierté car le MHSC reste un club mythique où sont passés beaucoup de très grands joueurs, dont Laurent Blanc que j’ai bien connu au PSG

Plus de 20 ans plus tard, à l’été 2011, Zoumana Camara aurait pu poursuivre sa carrière dans l’Hérault, comme joueur cette fois. A l’époque, le PSG était en train de passer entre les mains du Qatar et l’international français (une sélection) ne savait pas de quoi son avenir serait fait : « A ce moment-là, j’ai eu des discussions avec Montpellier et j’ai failli venir, avant que le PSG ne décide de me garder et de me prolonger », reconnait l’intéressé. « Mais derrière ça, les relations ont toujours été bonnes avec le MHSC. »

Les deux parties se sont donc retrouvées 15 ans plus tard, le 8 avril dernier, lorsque le Président Laurent Nicollin a choisi de confier son 1er poste d’entraîneur d’une équipe première au jeune technicien de 46 ans. Cette fois, pas de rendez-vous manqué : « Au moment de ce coup de fil, j’ai d’abord ressenti de la fierté car le MHSC reste un club mythique où sont passés beaucoup de très grands joueurs, dont Laurent Blanc que j’ai bien connu au PSG », avoue Zoumana.

Entretemps, celui que l’on surnomme Papus – « Mon prénom, c’est Zoumana, mais c’est aussi le nom de mon grand-père maternel. Du coup, ma mère, comme c’était le nom de son papa, m’appelait Papus. Ça m’a suivi à l’école et, par la suite, dans le monde du foot » – s’est forgé une carrière riche et solide. Repéré par l’AS Saint-Etienne alors qu’il jouait au Racing Paris, dans sa ville natale de Colombes, ce jeune défenseur central promis à un grand avenir, débute en D2 à 17 ans, sous la direction de Pierre Mankowski : « Je me suis retrouvé dans un club et une ville ouvrière, avec des valeurs, qui respire et qui vit football. J’ai fait mes classes là-bas, des équipes de jeunes jusqu’à intégrer l’équipe pro. » Puis, à l’été 1998, il fait partie de la vague de jeunes joueurs français prometteurs recrutés par des clubs de Série A, alors meilleur championnat du monde, bien loin devant la Premier League.

L’Inter ? C’est quelque chose qui m’a fait rêver et c’était dur de refuser. Ça a été une belle expérience. J’ai vite vu ce qu’était le haut niveau et l’exigence

Avec les espoirs tricolores d’alors Sébastien Frey (Cannes), Ousmane Dabo et Mikaël Silvestre (Rennes), il rejoint l’Inter Milan et son effectif 5 étoiles où figuraient – entre autres, excusez du peu – Youri Djorkaeff, Roberto Baggio, Diego Simeone, Ivan Zamorano et le Brésilien Ronaldo. « C’est quelque chose qui m’a fait rêver et c’était dur de refuser. Ça a été une belle expérience. J’ai vite vu ce qu’était le haut niveau et l’exigence », raconte notre interlocuteur. Pas trop impressionnant Zoumana ? « J’avais 19 ans donc, au départ, si, forcément, mais on fait partie de ce monde puisque j’étais un joueur donc je ne pouvais pas rester spectateur. Au début, on a les yeux grands ouverts, on regarde tous ces grands joueurs, puis quelque part, ils sont d’une telle simplicité qu’ils vous considèrent comme un collègue. C’était une période riche dans ma carrière. »

Au début, on a les yeux grands ouverts, on regarde tous ces grands joueurs, puis quelque part, ils sont d’une telle simplicité qu’ils vous considèrent comme un collègue. C’était une période riche dans ma carrière

La suite le mena d’abord à Empoli puis à Bastia sous forme de prêt « qui m’ont donné du temps de jeu ». Vinrent ensuite des épopées à l’OM – « J’y ai découvert l’engouement. Toute une ville qui vit pour le club » – la chaleur du Nord, son public, le stade Bollaert et la Ligue des champions du côté de Lens, « l’intensité, l’agressivité, l’ambiance et la proximité entre les joueurs et le public parce que le stade et les supporters derrière les buts étaient très proches. » du côté de Leeds, en Angleterre, et, enfin, deux retours très symboliques. Le premier à Saint-Etienne, à l’été 2004 « J’avais quitté le club en D2. J’étais jeune et là je le retrouve quand il remonte en D1 », explique Zoumana Camara. « J’y ai vécu 3 saisons pleines en L1. C’était un ‘‘retour à la maison’’ parce que c’était mon club formateur. » Le second, plus au nord, lui fera rejoindre le PSG en 2007, dans cette région parisienne où il a grandi et tapé ses premiers ballons : « Je suis né et j’ai grandi à Colombes dans le 92. C’était le retour ‘’chez moi’’, là où j’ai toute ma famille mais il y avait aussi de gros objectifs sportifs », se remémore-t-il. « On me parle souvent de cette année où on a failli descendre et le fameux Sochaux / PSG qu’on a vécu, mais derrière ça, je retiens aussi mes 2 premières finales, une perdue en Coupe de France contre Lyon (2008), l’autre en Coupe de la Ligue remportée contre Lens la même année. »

Le but c’est de gagner du temps alors que, si je m’étais mis d’accord avec le club cet été, j’aurais découvert des choses plus tard et peut-être même trop tard

Taulier, emblème, cadre du vestiaire, personnage apprécié de ses coéquipiers et des supporters, Papus accumule les casquettes en même temps qu’il remplit son armoire à trophées, dans le style qui lui colle à la peau. Celui d’un homme solide, droit, respectueux et respecté sur qui on peut toujours compter : « J’ai pu voir l’évolution du PSG, notamment au moment de la passation entre Colony Capital et QSI », raconte-t-il avant de porter, à notre demande, un regard plus global sur sa riche carrière : « J’ai eu la chance d’évoluer dans des grands clubs, des clubs avec des histoires, de grands stades et de grand public, de connaître l’Angleterre et l’Italie en plus de la France. Je ne sais pas si on peut parler de satisfaction mais, en tout cas, d’une carrière bien remplie où j’ai pu gagner des trophées. A la fin d’une carrière, ce qui reste c’est ça : les titres et les souvenirs. Mon seul regret ? J’ai été convoqué plusieurs fois en équipe de France et laisser le compteur sur une seule sélection, c’est un peu dommage. »

Derrière chaque aventure en club se cache un ou plusieurs entraîneurs. D’Antonetti à Ancelotti en passant par Baup, Kombouaré, Hasek, Laurent Blanc et Jean-Louis Gasset, Zoumana Camara en a côtoyé suffisamment pour se faire un aperçu du métier et trouver son inspiration « Certains coéquipiers me disaient que je finirai entraîneur mais, quand tu es joueur, tu es vraiment dans le présent. Il y a une telle exigence que tu as du mal à te projeter… mais ça a fini par venir », raconte le nouvel entraîneur montpelliérain. « J’ai pour habitude de prendre le bon chez les gens et, tous à leur manière, avec un état d’esprit, une méthodologie, m’ont un peu inspiré. »
Façonné durant une décennie en tant qu’adjoint du duo Blanc-Gasset au départ puis d’autres coachs ensuite et, enfin, à la formation du PSG, il dirigeait les U19 du club de la capitale jusqu’en juin 2024. Le voilà désormais dans le grand bain du monde pro. Pas un cadeau quand on connait la situation actuelle du MHSC, mais, comme toujours depuis son arrivée, Zoumana Camara essaie de voir du positif dans chaque élément qu’il décrit : « On ne va pas m’appeler si tout va bien et que les victoires s’enchaînent », sourit-il. « C’est la logique du métier d’entraîneur et j’en avais conscience mais je me suis dit : ‘’Puisque je m’inscris dans l’avenir, je viens maintenant et ça me permettra de voir ce qu’il faut conserver, dans le travail et dans l’organisation, et de prendre note de ce qu’il faudra modifier pour pouvoir redresser tout ça’’. Le but c’est de gagner du temps alors que, si je m’étais mis d’accord avec le club cet été, j’aurais découvert des choses plus tard et peut-être même trop tard. »

Si ses premières impressions sont bonnes – « Le centre d’entraînement est fonctionnel, les infrastructures sont bonnes, les personnes veulent travailler et sont investies, je sens qu’il y a du travail mais je suis content d’être là » – Zoumana Camara se retrouve face à de multiples défis : redonner de l’élan à une équipe déjà reléguée, sachant que l’effectif est appelé à évoluer à l’intersaison et essayer d’imprimer des principes qui, eux, seront encore présents la saison prochaine : « Depuis le début, le classement est pesant et cela a peut-être induit une perte de confiance. Mon objectif depuis mon arrivée est d’essayer de mettre un cadre et des principes de jeu, de redonner le plaisir de travailler et de souffrir ensemble pour finir la saison la tête haute. »
Plutôt adepte de la possession – ce qui transpire de ses 4 premiers matchs à la tête du MHSC – Zoumana Camara refuse cependant de se montrer dogmatique. Il veut faire évoluer les choses sans pour autant faire table rase du passé. Un discours entre ambition, raison et humilité qui mérite d’être souligné : « Il faut savoir modifier certaines choses tout en sachant s’adapter », souligne-t-il. « J’aime ressortir de derrière par exemple, mais si les joueurs n’ont pas confiance pour le moment, il faut peut-être effectuer cette possession un peu plus haut sur le terrain et essayer d’aller trouver des ballons un peu plus longs sans les dégager, mais dans une zone où ils se sentiront plus à l’aise de pouvoir jouer, alors que proche du gardien, il peut encore y avoir un peu de crainte. Il ne suffit pas de dire : ‘’J’ai un projet, je veux le mettre en place, moi je faisais ça ailleurs, vous devez le faire’’. » Il ajoute : « J’ai énormément de respect pour la profession d’entraîneur et pour les coachs qui m’ont précédé ici cette saison et qui sont deux personnes que je connais et que j’apprécie. Je ne m’estime pas meilleur qu’eux, je m’estime différent. Ce n’est pas la même chose. »

Les supporters ont vécu une saison pesante, difficile mais ils ne doivent pas perdre espoir et je tiens à ce qu’ils sachent que nous mettrons tout en œuvre pour qu’il y ait des jours meilleurs et qu’ils retrouvent le plaisir de suivre leur équipe et qu’ils se reconnaissent à travers les valeurs que les joueurs véhiculeront tout au long des saisons à venir

L’autre question réside dans la faculté de notre nouvel entraîneur à pouvoir transmettre sa philosophie dans un tout autre contexte que celui du Paris Saint-Germain. Mais, là-aussi, Zoumana Camara n’a pas peur de cet éventuel décalage : « Il faut avoir ce recul avec un œil indulgent et prendre en compte, à la fois les moyens financiers, les infrastructures et les ressources humaines. Montpellier ne sera jamais le PSG à ce niveau-là, mais d’un autre côté, j’ai la chance d’être resté longtemps au haut niveau et je dois avoir cette exigence de vouloir apporter le maximum possible à ce Montpellier Hérault là. Aujourd’hui, c’est mon objectif »,  explique-t-il avec conviction. « Je ne sais pas combien de temps je serai là mais je souhaite laisser un héritage dans les procédés et que, dans quelques temps, ce soit naturel dans le mode de fonctionnement et que ça reste. Pour moi, ce serait la plus grande satisfaction, en plus des résultats sportifs, bien entendu. »

Sportivement justement, il reste un dernier match à domicile à disputer et pas des moindres puisqu’il s’agit de la réception du Paris Saint-Germain, ce samedi à La Mosson. Un match forcément particulier pour Zoumana Camara qui, toutes fonctions confondues, a passé 16 ans dans le club phare de la capitale : « Je suis très marqué PSG, je le sais et ce n’est pas péjoratif », sourit cette personne d’un naturel calme et posé hors des terrains. « Ce sera forcément particulier mais ça reste un match de de Ligue 1 où il faudra montrer que, malgré la saison difficile qui s’achève, les joueurs étaient capables de faire mieux, face justement à ce qui se fait de mieux en France et en Europe. Il faudra montrer un beau visage. » Avant de conclure cet entretien, l’ex défenseur central tient à adresser un message aux supporters : « Quand j’étais joueur, venir à La Mosson n’était jamais une partie de plaisir. On y vivait des matchs difficiles, accrochés, rugueux et c’est ce que j’essaie d’inculquer aux joueurs. Il faut que le MHSC redevienne une équipe difficile à jouer, notamment à la maison » conclut-il. « Les supporters ont vécu une saison pesante, difficile mais ils ne doivent pas perdre espoir et je tiens à ce qu’ils sachent que nous mettrons tout en œuvre pour qu’il y ait des jours meilleurs et qu’ils retrouvent le plaisir de suivre leur équipe et qu’ils se reconnaissent à travers les valeurs que les joueurs véhiculeront tout au long des saisons à venir. » Avec Zoumana Camara, vivement des lendemains qui chantent…

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