Équipe pro masculine

Bećir Omeragic, les pieds sur terre, un regard vers le ciel

D’un naturel assez discret en dehors des terrains, le défenseur international suisse a accepté de se révéler quelque peu avant ce dernier match à domicile de 2024 face à l’OGC Nice. Un instant rare, rempli de sincérité où il évoque notamment l’influence de son père, récemment disparu

Ce matin-là, un vent glacial balaie les terrains de Grammont. Emmitouflé dans sa doudoune, Jean-Louis Gasset scrute de son regard bleu acier et toujours avisé l’entraînement de ses hommes. Parmi eux, Bećir Omeragic n’est pas celui qui souffre le plus de la température, bien moins fraîche que celle en vigueur dans sa confédération helvétique natale à cette époque de l’année. Au contraire, à l’intérieur du défenseur suisse de 22 ans, c’est le feu sacré qui domine et la joie de retrouver la compétition après en avoir été éloigné durant plusieurs rencontres à la suite d’une blessure à l’ischio : « Retrouver les terrains me fait vraiment du bien », sourit-il. « J’aime profiter de mon équipe quand elle gagne, mais j’aime aussi souffrir avec mes coéquipiers et être auprès d’eux quand on perd. Quand tu es blessé, tu ne peux pas les aider, tu es impuissant, et ça c’est vraiment dur. »

La blessure au ménisque qu’il avait subi à tout juste 19 ans et qui l’avait éloignée des pelouses pendant 6 mois l’a heureusement aidé à mieux supporter cette période d’inactivité forcée : « J’ai tout fait pour me préparer au mieux pour un retour », assure-t-il, le regard à la fois apaisé et déterminé.
S‘il n’est pas mécano, Bećir Omeragic est donc ravi de pouvoir à nouveau mettre les mains dans le cambouis pour aider à réparer une défense en difficultés depuis l’ouverture du championnat, tandis que son nouvel entraîneur est, lui, ravi de pouvoir compter à nouveau sur cet ‘’outil’’ de choix dans un secteur décimé par les blessures depuis des mois. « La saison de l’équipe n’est pas évidente mais je sens qu’il y a du mieux. On le voit de jour en jour », estime le défenseur montpelliérain. « L’important c’est d’être solidaire, d’aller tous dans la même direction et je suis persuadé qu’on peut s’en sortir tous ensemble. Je crois au maintien. »

CLASSE à tous les niveaux

Une quête qui se fera donc avec un nouveau guide puisque Jean-Louis Gasset a succédé à Michel Der Zakarian sur le banc héraultais fin octobre. Un moment forcément « particulier » pour Bećir, qui évoque ensuite l’apport déjà indéniable du nouveau technicien héraultais : « L’arrivée de Jean-Louis Gasset a marqué le début d’une nouvelle ère. Il a donné de l’oxygène et apporte beaucoup d’énergie », détaille le n°27 montpelliérain. « Il nous parle beaucoup et essaie toujours de trouver les meilleures solutions pour l’équipe. Il amène beaucoup de bonne humeur. Il est chambreur et positif, mais cela ne l’empêche pas d’être dur quand il le faut et de nous dire les choses en face sur ce qui ne va pas. Dans sa philosophie, l’équipe passe avant tout. »

L’important c’est d’être solidaire, d’aller tous dans la même direction et je suis persuadé qu’on peut s’en sortir tous ensemble. Je crois au maintien

Une équipe qui sera assurément plus forte avec un Bećir Omeragic au top de sa forme. Arrivé il y a bientôt un an et demi sur les bords de La Mosson, l’international suisse a réalisé une première saison pleine dans l’Hérault. Archétype du défenseur moderne, il est avant tout un bon relanceur : « C’est quelque chose que l’on m’a appris dès mon plus jeune âge lorsque j’étais au Centre de Formation du Servette de Genève », confie-t-il. « Je dois être ce joueur qui peut amener un plus offensivement. Dans le football actuel, on a besoin de ça pour pouvoir casser certaines lignes adverses et amener le surnombre, mais cela n’empêche pas qu’il faut aussi être solide dans les duels et c’est ce que j’essaie de faire au maximum pour aider l’équipe. »

A cela s’ajoute une lecture du jeu très au-dessus de la moyenne comme en témoignent ses nombreuses interceptions réalisées au cours des matchs : « J’aime cet aspect du jeu », poursuit-il. « Maintenant, le plus difficile, c’est qu’il ne faut pas trop anticiper non plus pour ne pas se faire piéger. Ça passe aussi par connaître comment mon adversaire direct se déplace pour essayer de comprendre ce qu’il va faire. » Le tout lui permet de compenser de belle manière un gabarit plutôt moyen mais qui ne l’empêche pas d’être efficace : « Je prends toujours l’exemple de mon idole de jeunesse : Sergio Ramos. Ce n’est pas un défenseur de très grand gabarit, tout comme Marquinhos et ça ne les empêche pas d’être efficaces », argumente-t-il. « Cela dit, je sais que je peux encore améliorer mon jeu de tête et je m’entraîne au quotidien pour ça. Depuis mon arrivée à Montpellier, j’ai aussi beaucoup insisté sur la nutrition. Notre corps est notre outil travail et nous devons en prendre soin »

LEADER SANS ÊTRE ABOYEUR

A seulement 22 ans, l’international suisse a même porté le brassard de capitaine du MHSC à quelques reprises, fait rare pour un joueur récemment arrivé. Un aspect qui montre que, derrière sa timidité apparente, Bećir Omeragic peut aussi être un leader : « J’ai toujours été quelqu’un qui n’aime pas trop parler en dehors. Quand je parle, c’est sur le terrain, pour aider mes coéquipiers », explique-t-il. « Sur ce point comme sur d’autres, je me suis beaucoup inspiré de mon papa qui, lorsqu’il était joueur, était quelqu’un de très discret en dehors mais qui aimait beaucoup s’exprimer sur le terrain. »

La place de Montpellier est en Ligue 1 et c’est à nous de l’y maintenir. On se doit de remettre le club là où il doit être

Voilà qui nous amène à évoquer cet épisode douloureux, lorsqu’il a dû quitter le groupe durant le déplacement à Rennes, mi-septembre, pour se rendre au chevet de son père, disparu quelques jours plus tard. Et alors qu’il venait tout juste de lui dire un dernier adieu, Bećir a tout de même choisi d’être sur le terrain lors de la réception d’Auxerre le 22 septembre dernier.

Une sacrée preuve de caractère, de courage et d’implication : « Mon père aimait me regarder jouer à la télé et je me suis dit qu’il aurait été fier en me regardant de là-haut face à Auxerre. Même si c’était une période très compliquée, c’était aussi une belle manière de lui rendre hommage », se souvient Bećir. « En plus, l’équipe n’était pas dans une bonne phase donc je me devais d’aider mes coéquipiers. Je tiens aussi à dire que le MHSC est vraiment un club familial et qu’à aucun moment, quelqu’un m’a mis la pression pour que je joue ce match. Je l’ai fait pour mon père, pour le club, le groupe et le coach. Je me devais d’être là. Je l’ai fait avec le cœur et c’était aussi une façon de m’aérer la tête. »

LA TÊTE SUR LES ÉPAULES

Devenu un défenseur complet, Bećir Omeragic a forcément fait l’objet de sollicitations l’été dernier, mais il a choisi de rester au MHSC : « J’ai toujours pensé que le plus important était de jouer et de s’établir durablement dans le club dans lequel on est », explique-t-il : « Une saison, pour moi, ce n’était pas suffisant. Je me devais de rester ici pour confirmer et pour aider l’équipe. J’ai fait cinq saisons à Zurich et ce n’est que ma deuxième ici. Pour moi, la régularité est quelque chose d’important, à la fois pour apprendre mais aussi pour garder le rythme, surtout pour un jeune joueur comme moi. C’est pour cela que j’ai privilégié de rester ici. Partir pour partir ce n’était pas mon but. »

Certes, mais n’a-t-il pas eu peur que le statut peu enviable de pire défense d’Europe, longtemps affiché par le MHSC nuise à son image ? : « Je n’irai pas dans ce sens-là », tempère-t-il. « Mais quand tu es défenseur d’une des pires défenses d’Europe, tu ne peux pas bien le vivre. Je me suis beaucoup remis en question. Le fait d’être blessé m’a permis d’avoir plus de temps pour me consacrer à l’analyse de mes matchs et des erreurs que j’avais pu commettre et de voir ce sur quoi je devais m’améliorer. Depuis que je suis revenu de blessure je me sens mieux physiquement et mentalement. J’espère continuer sur ce chemin-là pour apporter un maximum à l’équipe. »
Il poursuit : « Pour gagner un match, il faut marquer un but de plus que l’adversaire et quand tu en encaisses 5 ou 6 par match, ce n’est pas possible de gagner. C’est pour ça qu’il nous faut d’abord tous bien défendre pour ne pas prendre de but et, après, nous aurons toujours des occasions avec la qualité que nous avons devant pour marquer au moins un but. À nous de continuer à travailler pour retrouver cette solidité défensive. »

Et pourquoi pas dès ce dimanche contre l’OGC Nice à La Mosson ? : « Avec Lille, Lens et Nice, notre calendrier n’était pas évident ces dernières semaines mais je suis persuadé que, si on met la même envie et la même solidarité que celle affichée contre Brest et Lille, il y a moyen de faire un résultat contre cette équipe niçoise. De toute façon, je reste convaincu qu’il faut plus se focaliser sur nous que sur nos adversaires », analyse l’international suisse. « Petit, quand j’étais à Genève, je regardais souvent la Ligue 1 et j’ai toujours connu le MHSC dans l’élite du football français. Je l’ai même vu être sacré champion de France. La place de Montpellier est en Ligue 1 et c’est à nous de l’y maintenir. On se doit de remettre le club là où il doit être. »

Dans le sillage de ce discours aussi mobilisateur que sincère, le joueur helvète adresse d’ailleurs un message aux supporters pailladins : « Je leur promets qu’on va tout donner pour essayer de prendre un maximum de points et les rendre fiers. Quand on voit que, malgré la situation, ils nous ont poussés jusqu’à la 100e minute du match contre Lille et à quel point c’est important pour nous, j’espère qu’on va leur rendre ce soutien avec de bons résultats dans les jours et les semaines à venir. »
Pour conclure, lorsqu’on demande à Bećir Omeragic s’il a déjà vécu une saison aussi difficile, sa réponse est aussi surprenante que pleine d’espoir : « Oui. J’avais 19 ans et je jouais à Zurich. Nous avions lutté toute la saison pour ne pas descendre en 2ème division et, la saison d’après, nous avions terminé champion. La clé pour se sortir de là, c’est la solidarité. Il faut rester unis, ne pas se disperser, et je suis convaincu que nous pouvons nous maintenir. »
On n’ira pas jusqu’à penser au titre l’an prochain, mais un maintien dans l’élite serait déjà un beau cadeau. Avec son talent, sa mentalité exemplaire et un petit regard vers le ciel comme supplément d’âme, Bećir Omeragic semble armé pour relever ce défi.

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