
Cyrielle Blanc : « Si tu réfléchis trop, tu ne t’en sors plus »
De retour à la compétition après une rupture du ligament croisé du genou, la jeune milieu de terrain montpelliéraine – qui fête ses 22 ans ce jeudi – revient sur cet épisode douloureux dont elle a tiré de nombreux aspects positifs et une énergie qui force le respect. Rencontre avant la réception du Havre ce dimanche en 8ème de finale de Coupe de France (14h30 à Grammont)
Tu as retrouvé la compétition lors du déplacement à Strasbourg en championnat le 8 janvier dernier, 6 mois après ta blessure au genou. Comment as-tu vécu cette période loin des terrains ?
Ça faisait plus exactement 7 mois et une vingtaine de jours. Je peux vous assurer que je comptais ! (sourire). Comme pour chaque ligament croisé, tous les joueurs et toutes les joueuses vous diront que c’était dur. Ça l’a été mais ça s’est quand même assez bien passé dans le sens où, oui c’est une blessure longue, mais je m’étais fixé des objectifs de passage au cours de cette période de convalescence, ce qui a rendu la chose un petit peu plus attrayante. Les objectifs de mi-parcours notamment m’ont permis que ça me semble un peu moins long. En accord avec le staff médical du MHSC, j’ai également pu effectuer un séjour de rééducation à Clairefontaine. Ça m’a permis de couper un peu de ma routine. J’ai bien travaillé là-bas et ça m’a fait beaucoup de bien. Pour résumer, c’était dur, c’était long mais c’est quand même passé… et c’est ce qui compte le plus ! Le plus important, c’est qu’il me semble que j’en sors un peu plus forte quand même.

Il restait peut-être une minute de séance et Bim ! ça a lâché à ce moment-là…
Le fait que tu ais subi cette blessure après le dernier match de la saison, dans une séance d’entraînement qui s’incluait dans une semaine supplémentaire a-t-il rajouté une certaine forme de frustration ?
Je m’en souviens comme si c’était hier. Après la victoire à Fleury lors du dernier match de championnat, nous avions eu 4 jours de repos et nous avions enchaîné par un entraînement du lundi. Il restait peut-être une minute de séance et Bim ! ça a lâché à ce moment-là… Ça ne sert à rien de réfléchir. Si tu réfléchis trop, tu ne t’en sors plus. Quand tu te blesses, il y a toujours une forme de frustration mais ça fait partie de la vie. La blessure est comme elle est. Je me suis blessée toute seule, sur un appui, et je pense que, de toute façon, ça serait arrivé. Si ça n’avait pas été là, ça aurait été une autre fois.
La frustration n’est pas venue par rapport au côté bête de la blessure, mais au fait que c’était la fin de saison, que je commençais à enchaîner les matchs, à être régulière et performante et que je m’étais dit que si je continuais sur cette lancée-là, j’allais m’imposer au début de la saison actuelle. C’est plutôt le fait de voir cette progression freinée d’un coup qui a été frustrante. Ensuite, tout est allé très vite : je me suis faite opérer le 17 mai et je suis restée ici jusqu’au 15 juin. J’ai pris 15 jours de vacances en famille, chez moi, en Auvergne, puis je suis revenue le 30 juin. Je n’ai pas trop coupé mais c’était une volonté de ma part. Je voulais revenir au plus vite et ne pas perdre de temps.

Quelles sont tes sensations depuis ta reprise ?
Je suis agréablement surprise car je ne pensais pas avoir d’aussi bonnes sensations aussi rapidement. Le genou réagit bien, je n’ai aucune appréhension, que ce soit sur mes appuis ou sur les duels. Que ce soit physiquement ou avec le ballon, je me sens prête. Moralement aussi ça fait vraiment du bien de jouer. J’avais bien disputé quelques oppositions à l’entraînement mais ça n’a jamais la même saveur que les matchs.
J’avais bien disputé quelques oppositions à l’entraînement mais ça n’a jamais la même saveur que les matchs

Tu as toujours eu un jeu basé en partie sur ton potentiel physique. Penses-tu que cette blessure va changer ta manière de jouer ?
Je ne pense pas. Que ce soit à l’entraînement ou sur le peu de matchs disputés depuis ma reprise, si je dois aller au contact, je n’hésite pas à y aller. J’y vais aussi fort qu’avant et peut-être même plus (sourire). Ce n’est pas de la méchanceté bien au contraire mais juste parce que j’ai encore plus envie qu’avant car le football m’a manqué. Je suis rentré dans le temps additionnel à Strasbourg en championnat puis, ensuite j’ai joué 70 minutes en étant titulaire contre Bourges lors du tour précédent de coupe de France (succès 4-0 du MHSC). Pour l’anecdote, j’étais un petit peu frustrée en sortant du terrain parce que j’espérais jouer encore un petit peu plus, mais le coach a souri en me disant que c’était ma première titularisation et que je devais y aller progressivement. J’ai tout de suite compris sa réaction (sourire).
Nous avons parfois des résultats en dents de scie mais je pense que ça va en partie avec la jeunesse de l’effectif, même si ce n’est bien évidemment pas le seul facteur qui peut expliquer certaines contre-performances
Quel regard portes-tu sur la saison de l’équipe que tu as été contrainte de suivre jusqu’ici depuis les tribunes ?
Quand je le pouvais, je venais en tribune assister aux rencontres mêmes si je n’ai pas pu venir voir tous les matchs. Je trouve que l’équipe joue bien, avec ses armes. Aucun objectif chiffré ne nous a été fixé en début de saison mais, dans nos têtes, nous sommes des compétitrices et nous espérons évidemment aller le plus haut possible. Ça ne nous empêche pas d’avoir de l’ambition. Par rapport à l’année dernière, le groupe a été rajeuni mais l’ambiance me semble meilleure. Même si parfois, sur le terrain, c’est un peu compliqué puisque nous avons commis quelques faux pas, je pense que cette équipe a du potentiel et que tout viendra avec le temps. Nous avons parfois des résultats en dents de scie mais je pense que ça va en partie avec la jeunesse de l’effectif, même si ce n’est bien évidemment pas le seul facteur qui peut expliquer certaines contre-performances.

même si le HAC a fait un très bon match, nous n’avons pas été au rendez-vous de notre côté
Comment as-tu vécu la défaite à domicile contre Le Havre la semaine passée en championnat (1-3) ?
C’est un revers compliqué encaisser. Avant toute chose, je tiens à dire que nous n’avons pas sous-estimé cette équipe avant le match, au contraire. Nous savions très bien que, malgré le classement, Le Havre est une équipe de qualité, avec de bonnes joueuses. Il faut aussi dire que même si le HAC a fait un très bon match, nous n’avons pas été au rendez-vous de notre côté. On ne peut que s’en mordre les doigts mais le score est logique. Défensivement, on prend deux buts où on n’est pas en place et, offensivement, on a parfois manqué d’idées. Pareil pour les duels où on a, là aussi, été en dents de scie. Parfois on y allait, parfois on n’y allait pas. Il faut à la fois en retenir les leçons de ce match et l’oublier pour passer à autre chose avec cette nouvelle confrontation face à cette même équipe du Havre, ce samedi en Coupe de France.

Justement, cela rajoute-t-il un petit esprit de revanche à cette rencontre de Coupe ?
Ça c’est sûr ! On a envie de mieux faire et de montrer un autre visage que celui que nous avons affiché la semaine dernière. Nous sommes toutes persuadées que nous sommes capables de faire mieux. De toute façon, nous devrons faire mieux. On ne peut pas aligner deux contre-performance pareilles deux week-ends d’affilée. On doit montrer qu’on vaut mieux que ça !
C’est rare de jouer deux fois le même adversaire consécutivement à une semaine d’intervalle ?
Rare oui et non ! (rires) La preuve, c’est que ça nous est arrivé la saison dernière avec Lyon il y a deux ans face au Paris Saint-Germain. Quelque part, quand ce genre de configuration arrive, on a un peu l’impression que c’est un match retour alors qu’en fait, pas du tout puisque ce sont deux compétitions différentes. En plus, la Coupe de France, a un autre goût que le championnat. Nous avons à cœur de nous qualifier, déjà parce qu’il est hors de question de privilégier un objectif plus que l’autre, que ce soit le championnat ou la coupe. Ensuite parce que cela fait des années d’affilée que nous sommes éliminées prématurément de la Coupe de France et que nous aimerions aller le plus loin possible dans cette compétition cette saison.

Quels sont tes objectifs personnels et collectifs sur cette deuxième partie de saison ?
Personnellement, c’est d’abord de bien revenir, de retrouver toutes mes sensations et d’enchaîner les matchs avec évidemment pour volonté de m’imposer durablement dans l’équipe et d’être performante. Collectivement, j’espère simplement que nous terminerons le plus haut possible, en championnat comme en Coupe. De toute façon, il faut gagner le plus de matchs possibles et, ensuite, on verra où cela nous mènera.
il est hors de question de privilégier un objectif plus que l’autre, que ce soit le championnat ou la Coupe de France

Sept mois se sont écoulés entre ton dernier match la saison passée et ton retour. Entre-temps beaucoup de cartes ont été redistribuées au milieu de terrain avec de nouvelles joueuses qui sont arrivées (Ella Palis), des départs (Charlotte Bilbault), l’éclosion de Judith Coquet, le repositionnement de Celeste Boureille un cran plu bas aussi… Comment abordes-tu cette nouvelle concurrence ?
Le milieu de terrain a toujours été un secteur très concurrentiel depuis que je joue à Montpellier. C’est à moi d’essayer d’être la plus performante possible pour jouer. Je sais que, si je suis performante, je jouerai. C’est vrai qu’il y a eu du mouvement et des nouvelles joueuses qui ont intégré ce secteur de jeu comme et Ella Palis qui est arrivée de la Juventus ou Judith Coquet qui a gagné plus de temps de jeu cette saison. Je n’oublie pas non plus que Sonia Ouchene peut évoluer un peu plus bas sur le terrain. Cela nous offre beaucoup de possibilités et c’est tant mieux pour l’équipe.
Pour conclure, notre capitaine, Marion Torrent, a annoncé l’arrêt de sa saison pour la plus belle des raisons puisqu’elle est enceinte. Comment l’équipe a-t-elle accueilli cet événement ?
Comme l’ensemble de l’équipe, je suis ravie pour elle et son copain. J’espère que la fin de sa grossesse va bien se passer et qu’elle va bien profiter de son bébé. Son absence va forcément laisser un vide dans le vestiaire mais, connaissant Marion et son caractère, je suis persuadée qu’elle reviendra sur les terrains. C’est sûr et certain ! (sourire)


