Equipe pro féminine

« Ici, on va à la guerre et on est reconnaissant de ce qu’on a»

Dans une interview poignante, Marion Torrent évoque son attachement au club et à ses valeurs, en ce week-end des festivités du cinquantenaire

Quel effet ça fait de se dire que la Paillade a 50 ans ?
J’ai eu la chance de vivre les 40 ans, il y a tout juste 10 ans. C’était déjà un événement, ça te permet de t’intéresser à l’histoire du club, mais 50 ans, c’est encore plus symbolique. Quand on voit d’où le club est parti, les échelons gravis, le palmarès construit, tu te dis : « Wow ! c’est incroyable ! » Je me dis aussi que je me rappelle des 40 ans comme si c’était hier et que le temps défile vite. Il y a eu des hauts, des bas…On est plutôt sur un bas en ce moment mais, quand on aime un club, c’est pour tout ce qu’il est, donc il faut continuer de le soutenir. J’espère qu’on va le surmonter puis fêter les 60 ans, les 70 ans et bien plus encore.

Parfois, on s’engueule, ça part fort, mais ce n’est pas pour autant qu’on ne s’aime pas

Tu es arrivée au club à l’âge de 12 ans, qu’est-ce qui t’avais poussé à rejoindre le MHSC à l’époque ?
La réputation du pôle féminin du MHSC était excellente. C’était un des meilleurs clubs féminins de France, chez les pros mais aussi au niveau de la formation. J’habitais à Aix-en-Provence, il n’y avait pas forcément d’équipe de très haut niveau dans cette Région et signer à Montpellier me permettait de ne pas être très loin de mes parents. Quand je suis venue visiter les installations, voir la qualité des terrains, le fait que tout le monde soit habillé pareil, avec les équipements, la couleur orange et bleu, ça m’a marquée et ça m’a vraiment donné envie de venir.

Ça fait 20 ans que tu es ici. Qu’est-ce qui, pour toi, font les spécificités du MHSC ?
Quand on parle de famille, certains peuvent dire que ça fait ‘’déjouer’’, mais moi, je retiens que, dans une famille, les choses peuvent être dites à un moment donné, qu’elles soient bonnes ou mauvaises, mais au final on sait qu‘on peut compter l’un sur l’autre. C’est ce que je retiens en premier dans ce club. Parfois, on s’engueule, ça part fort, mais ce n’est pas pour autant qu’on ne s’aime pas. Dans les moments de grande joie, on est tous ensemble pour les fêter, quand ça ne se passe pas très bien, on a quand même une tape sur l’épaule qui va te remettre dans le droit chemin. Des jeunes jusqu’aux pros, je suis aussi profondément imprégnée des valeurs de Grinta qui font la force de ce club : s’arracher sur tous les ballons, ne rien lâcher… Au MHSC, même si l’équipe d’en face est meilleure, avec le cœur, on peut la battre. Il ne faut jamais oublier cette phrase. C’est ça l’ADN du club.

Tu es la seule joueuse de l’effectif qui a vécu la mort du Président Louis Nicollin et l’avènement de Laurent…
Oui. Le jour de son décès j’étais en équipe de France et le rassemblement avait lieu à Montpellier, ce qui est très rare. C’était une de mes premières sélections en Bleue et Loulou m’avait appelé quelques jours plus tôt pour m’informer de ma convocation. Quand j’ai appris son décès, à 74 ans, le jour de son anniversaire, que des chiffres ‘’symboliques’’ ça m’a profondément marquée. Le jour de ses obsèques, c’était comme un membre de ma famille. J’en ai pleuré. Je voyais passer Laurent avec ses enfants… C’était dur. Ensuite, Laurent a repris les rênes et il s’investit énormément pour le foot féminin et masculin, dans son club mais aussi pour le foot français dans son ensemble via Foot Unis et l’association des Présidents de clubs de foot féminin. Au niveau mentalité, c’est un peu comme son papa : il te dira les choses cash mais il a bon cœur et il est profondément sincère.

Même si l’équipe d’en face est meilleure, avec le cœur on peut la battre. C’est ça l’ADN du club

Ton meilleur souvenir avec le MHSC ?
J’en ai plein, mais le plus marquant, c’est ma première campagne de Ligue des championnes (2009-2010), lorsque nous avions affronté le Bayern Munich car j’ai toujours suivi ce club quand j’étais gamine chez les garçons. Ce mercredi-là, je finissais les cours puisque j’étais encore au Lycée, et je n’attendais qu’une chose : partir au foot pour jouer ce match à La Mosson.

« Ici, on ne va pas t’en vouloir de rater un match mais on va t’en vouloir si tu ne te donnes pas à fond »

Et le plus mauvais ?
Il y a la défaite en finale de la Coupe de France contre Saint-Etinne en 2010, mais je reviens sur cette campagne de Ligue des Championnes dont je parlais précédemment. On se fait sortir en quart de finale par les Suédoises d’Umeå à la dernière minute sur un but d’une certaine Sofia Jakobsson. Une désillusion énorme. Le lendemain, je recevais des messages de félicitations de gens qui étaient partis avant la fin, qui n’avaient pas vu ce but et qui pensaient que nous étions qualifiées. Quand Sofia a signé chez nous quelques années après, je lui ai dis : « Pourquoi tu as fait ça ? »

La situation de l’équipe professionnelle masculine m’affecte

En quoi la section féminine du MHSC a-t-elle évolué depuis ton arrivée ?
D’abord les installations. Nous avons nos propres vestiaires, notre salle de musculation, on a vu arriver les GPS… Le club à mis des moyens pour pouvoir améliorer tes performances. Il y a aussi les terrains. Quand j’ai commencé, on s’entraînait sur le terrain de rugby de Grammont ; Aujourd’hui, notre terrain de match, c’est une galette et l’une des meilleures pelouses du championnat. Il y a eu l’apparition des contrats, l’évolution des jeunes joueuses. Il ne faut pas minimiser tout ça.

Tu as aussi vécu le titre de Champion de France des garçons, la remontée en D1, la Ligue des Champions. Comment perçoit-on ces événements quand on est capitaine de la section féminine ?
Ce sont de grandes joies qui te donnent un certain vécu à transmettre aux recrues et aux plus jeunes pour leur faire comprendre que le MHSC n’est pas un club comme les autres. Ici, on ne va pas t’en vouloir de rater un match mais on va t’en vouloir si tu ne te donnes pas à fond. C’est ce message qu’il faut impérativement faire passer. Ici, on va à la guerre, on se met le cul par terre et on est reconnaissant de ce qu’on a.

Qu’est-ce que ça fait d’être l’emblème de la section féminine du club ? C’est un plaisir, une pression ou les 2 ?
Je ne le ressens pas comme une pression, mais comme un plaisir et une fierté. Je suis fière d’avoir vécu la montée des garçons en Ligue 1 contre Strasbourg et d’être descendue sur le terrain ce soir-là, d’avoir vécu le titre de Champion de France, d’être allée fêter ça sur la Place de La Comédie ; d’avoir gagné le Challenge de France avec les Féminines, d’avoir fait la Ligue des championnes. Je n’ai pas d’autres mots que de dire que j’en suis fière. Aujourd’hui, on peut peut-être me reprocher de « ne pas me mettre en danger » en allant dans un autre club, mais j’ai envie de répondre : « Quand tu as vécu des moments où tu étais l’une des équipes les plus fortes du championnat, qu’au fur et à mesure du temps, ce n’est plus le cas et que tu dois te battre encore plus, c’est aussi une preuve de caractère de rester et de dire : moi, je veux être là pour continuer à maintenir le club au meilleur niveau ». C’est aussi une preuve de loyauté. Je vais plus mettre en avant ces valeurs-là que partir et les laisser dans la merde.

Comment abordes-tu les festivités des 50 ans qui ont lieu ce week-end ?
La situation de l’équipe pro masculine m’affecte. Ça fait beaucoup réfléchir parce que le club ne va pas bien, que tu y es attachée et que tu as de l’amour pour ce club. Ce n’est pas forcément la bonne période pour faire la fête, mais, en même temps, ça ne va rien changer. On prend aussi cet événement comme un remerciement pour toutes les personnes qui ont créé et fait évoluer ce club. On se doit d’être présentes pour ces personnes-là.

Pour moi, Nantes est un promu qui n’en est pas vraiment un

Revenons sur l’actualité. Comment as-tu vécu ta longue suspension qui t’a privée de la fin de saison dernière et du début de celle-ci ?
Elle a été très longue. Je me suis armée de patience mais je ne l’ai pas digérée parce que je pense qu’elle a été trop sévère par rapport à ce qui s’est réellement passé. Je trouve qu’en foot féminin, la durée des sanctions est trop élevée proportionnellement au peu de matchs que nous avons à disputer. Je ne vais pas rester sur ça, c’est du passé. Si c’était à refaire, je ne réagirai pas comme j’ai réagi. Le foot et la compétitions m’ont manqué. Quand tu sais que tu es apte, que tu t’entraînes toute la semaine, que tu n’as qu’une envie, c’est de jouer mais que tu ne peux pas, c’est encore plus frustrant.

Comment abordes-tu le match du jour contre le FC Nantes ?
Pour moi, Nantes est un promu qui n’en est pas vraiment un. C’est une équipe assez complète qui a fait des bons résultats. Il y a de bonnes joueuses qui connaissent la D1 et même la Coupe d’Europe pour certaines. Le championnat est tellement serré et même aléatoire par moments qu’il faut se méfier de tout le monde, y compris de nous-même. On l’aborde donc comme un gros match.

Quel regard portes-tu sur ton début de saison et sur celui de l’équipe ?
A titre personnel je n’ai fait que 3 matchs donc je dirai simplement que ça fait plaisir de retrouver le terrain (sourire). Collectivement, on a remporté les matchs qu’il fallait, excepté Strasbourg où on concède le nul à la maison. Nous avons déjà affronté tous les gros dont 2 d’entrée et j’ai un regret sur le match du PSG car je pense qu’il y avait la possibilité de les accrocher. Pour moi, ce n’est pas le même PSG qu’avant ; Lyon est quand même au-dessus. Nous concernant, notre équipe a été rajeunie mais pour certaines, cela fait déjà pas mal de temps qu’elles s’entraînent avec nous. Il faut qu’elles continuent à prendre un maximum d’expérience et les minutes ou les matchs qu’on leur donne pour s’exprimer au maximum et amener leur pierre à l’édifice. L’apport de chaque joueuse est important pour faire avancer l’équipe.

Pour conclure, quel est ton message pour les supporters et les amoureux du club à l’aube de ce weekend des 50 ans ?
Je leur dirai que s’ils aiment le club, ils doivent continuer d’être là et de soutenir le MHSC qui vit, nous le savons toutes et tous, une période compliquée. Tout le monde a son opinion sur le pourquoi du comment on en est arrivé là, mais si tu aimes le club, tu te dois de continuer à être là malgré les mauvais résultats. Aujourd’hui, l’équipe pro masculine a besoin d’aide et la seule aide qu’on peut leur apporter, c’est notre soutien. Garçons ou filles, on a le même écusson sur le maillot et on a besoin du même soutien.

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