
Ifeoma Onumonu à l’assaut de l’Europe
Née aux Etats-Unis de parents nigérians, la nouvelle attaquante du MHSC veut aider sa nouvelle équipe à retrouver les sommets et se faire un nom sur le Vieux Continent.
Comme elle le dit elle-même, Ifeoma Onumonu aurait pu passer l’intégralité de sa carrière footballistique aux Etats-Unis où elle est née il y a tout juste 30 ans, mais elle « avait besoin d’un nouveau challenge » et les Jeux Olympiques de Paris, disputés cet été avec le Nigeria, ont achevé de la convaincre que la France serait un endroit idéal pour vivre ce nouveau défi : « Les JO constituaient une aventure extraordinaire même si je regrette que nous n’ayons pas pu jouer à Paris et découvrir cette magnifique ville », raconte celle que l’on surnomme Ify. « C’était une expérience magnifique et cela m’a aussi donné envie de venir jouer en France et d’être ici aujourd’hui. »

« Les JO ? C’était une expérience magnifique et cela m’a donné envie de venir jouer en France et d’être ici aujourd’hui »
En quête d’un renfort offensif d’expérience au sein d’une attaque largement renouvelée à l’intersaison (Robert, Mondesir, Gejl et Gordon sont notamment parties), les dirigeants montpelliérains ont flairé le bon coup. Il faut dire que si elle découvre l’Europe pour la première fois de sa carrière, Ifeoma Onumonu dispose néanmoins d’une solide expérience du haut niveau. Née en Californie, Ify a grandi dans la banlieue calme de Los Angeles, à une heure de route du centre de la Cité des Anges.

Ses deux parents, nés au Nigeria, avaient rejoint les USA pour y terminer leurs études avant de s’y installer et d’y fonder une famille de 4 enfants dont Ify est la seule fille. « Le Nigeria étant très attaché au football, mon père a sans doute dû y jouer dans sa jeunesse, mais jamais au haut niveau », sourit notre interlocutrice. « Pour ma part, j’ai commencé à y jouer aux environs de l’âge de 8 ans près de l’endroit où je vivais, en mixité. Ensuite, je suis passée à un club exclusivement féminin, puis j’ai joué à l’université (aux California Golden Bears, NDLR).» A cette époque-là, Ify est à la croisée des chemins. Soit elle poursuit ses études de médecine et suit les traces estudiantines de ses parents (son père est ingénieur, spécialisé dans la construction des réseaux routiers, tandis que sa mère est pharmacienne), soit elle se lance dans le périlleux défi de devenir footballeuse professionnelle : « C’était en 3ème année de fac », se souvient la nouvelle numéro 11 montpelliéraine. « Je venais de me remettre d’une grosse blessure au genou gauche et, quand je suis revenue et que je me suis sentie capable de rejouer pleinement, j’ai décidé de tenter l’aventure du sport professionnel. »
Dans la foulée, Ifeoma intègre la prestigieuse ligue nord-américaine et évolue successivement aux Boston Breakers, aux Portland Thorns, au Reign FC, au NJ/NY Gotham et aux Utah Royals.
« Je suis heureuse du potentiel de l’équipe, d’autant qu’elle est très jeune »

A peine arrivée à Grammont début septembre, que cette attaquante axiale mais polyvalente dispose déjà du statut de leader au vu de son expérience et de la jeunesse du secteur offensif montpelliérain (Lola Gstalter 19 ans, Elisa Rambaud 18 ans, Nina Ngueleu 20 ans, Esther Mbakem-Niaro 22 ans). Un statut de cadre – déjà – qui n’effraie pas l’intéressée : « Je suis prête à cela », assure-t-elle. « J’aime apprendre et faire partager mon expérience. J’espère apporter un maximum à mes nouvelles coéquipières et à ma nouvelle équipe et apporter ma rage de vaincre. Je suis heureuse du potentiel de l’équipe, d’autant qu’elle est très jeune. J’ai d’ailleurs été assez impressionnée par les ‘’teenagers’’ que ce soit Lola Gstalter ou Rosalie Chaine. Lola est une joueuse qui a énormément de talent et que l’on doit arriver à mettre dans de meilleures positions pour terminer les actions parce qu’elle a une bonne frappe et la possibilité, à mon sens, de marquer des buts. J’ai vraiment pris du plaisir à évoluer avec elle. Quant à Rosalie, je suis surprise par sa faculté à garder la balle sous la pression malgré son jeune âge, comme elle a su le faire face au PSG. C’est assez impressionnant quand on a tout juste 17 ans. »
« Je ne suis pas ‘’seulement’’ une buteuse, même si cela fait partie de ma panoplie »
Apparue pour la première fois lors de la réception de Reims il y a 15 jours, l’attaquante nigériane (qui a participé à la dernière Coupe du Monde en Australie durant l’été 2023) a déjà montré de belles qualités dans un registre complet : « J’aime faire des appels dans l’espace, jouer entre les lignes ou bien garder le ballon en pivot, dos au jeu, pour permettre au bloc de remonter et faire jouer mes coéquipières », explique-t-elle au moment de décrire son style de jeu. « Je trouve que le jeu en France est beaucoup plus posé qu’aux États-Unis. Il y a moins de phases de transition, on prend plus le temps de garder la balle mais, en même temps, je n’ai joué que 2 matchs, donc c’est difficile de me faire une opinion définitive. Une chose est sûre, je sens un bon groupe même s’il est évident que j’ai encore besoin d’affiner mes automatismes avec mes coéquipières pour avoir une meilleure connexion avec elles et donc être plus performante. De plus, je ne peux pas encore pleinement profiter de ma nouvelle vie en France que ce soit sur le terrain ou en dehors puisque je ne parle pas français ce qui m’empêche de comprendre toutes les subtilités de votre langue mais j’y travaille » (sourire).

pourquoi pas, nous qualifier pour la prochaine Ligue des championnes. L’objectif ultime c’est vraiment de participer à cette compétition
Déjà comblée par son nouveau cadre de vie montpelliérain qu’elle « trouve magnifique », Ifeoma sait aussi qu’elle est attendue comme LA buteuse d’une équipe en manque de réalisme offensif depuis de longs mois et qui peine dans la finition. Mais pas question pour elle de se mettre de pression excessive ou de se voir comme le messie avant l’heure : « Je ne suis pas ‘’seulement’’ une buteuse, même si cela fait partie de ma panoplie. Je ne suis pas focalisée
sur les chiffres, même si c’est toujours ce que l’on regarde en premier chez une attaquante. Ça fait partie du jeu. Mon but est d’apporter un plus à l’équipe, que ce soit en marquant bien sûr mais aussi en créant des espaces pour mes coéquipières ou en délivrant des passes décisives », explique-t-elle. « Pour ce qui est d’une éventuelle pression, je ne le ressens pas comme ça. Je vis une première saison en Europe avec un challenge très excitant, je suis une recrue et je pars avec l’objectif d’apporter ce que je peux apporter et de donner le maximum. Je veux simplement prendre du plaisir et gagner le plus de matchs possible. C’est ce qui est le plus important pour l’équipe. »


L’équipe justement, Ifeoma (qui a joué pour l’équipe U23 des USA avant d‘opter pour la nationalité sportive nigériane), estime qu’elle a « beaucoup de potentiel. On doit aussi apprendre à mieux contrôler le match et à concrétiser nos actions parce qu’on a très bien vu contre Reims il y a 15 jours que mener 1-0 n’est jamais une situation confortable. Il faut arriver à se mettre à l’abri et c’est ce que nous allons essayer de faire dans les matchs à venir. »
J’ai été assez impressionnée par les ‘’teenagers’’ que ce soit Lola Gstalter ou Rosalie Chaine

A commencer par ce samedi contre Strasbourg, nouvelle étape d’une saison que cette fille calme et assez introvertie hors des terrains et dont le passe-temps principal est la lecture, espère couronnée de succès : « Ce serait bien de terminer dans les quatre premiers et participer aux playoffs en fin de saison pour, pourquoi pas, nous qualifier pour la prochaine Ligue des championnes. L’objectif ultime c’est vraiment de participer à cette compétition la saison prochaine et je suis convaincue que ce serait possible ici à Montpellier. C’est une compétition que nous ne connaissons pas aux États-Unis et que j’aimerais vraiment disputer. Ce serait une expérience magnifique. » Des étoiles du drapeau américain à celle de la Ligue des Championnes, Ifeoma Onumonu rêve de conquérir l’Europe.


