Histoire

Kader Ferhaoui : « Chaque match est une finale »

5ème joueur le plus capé de l’histoire du club (349 matchs joués avec le MHSC), l’ancien milieu de terrain international algérien revient sur sa riche carrière, marquée par des aventures majeures à Montpellier (son club formateur), comme à Saint-Etienne, sans oublier d’évoquer le football féminin qu’il connait bien

Que deviens-tu aujourd’hui ?
J’essaie de récupérer des problèmes de santé auxquels je dois faire face depuis un an. Tout rentre progressivement dans l’ordre. Ça va de mieux en mieux.

Quand on te dit que le MHSC a 50 ans, ça représente quoi pour toi ?
Beaucoup de choses. C’est là où j’ai commencé et où j’ai tout appris. Forcément, quand on y repense, ça fait remonter beaucoup d’émotion. Un demi-siècle, ce n’est pas rien. Il y a eu des hauts et des bas mais, quand on fait le bilan, je trouve qu’il y a eu plus de hauts que de bas et c’est beau. À ce titre, ça m’a fait énormément plaisir de participer à la journée des 50 ans du club. Ça te permet de te remémorer le parcours que tu as fait en retrouvant les joueurs avec lesquels tu as évolué ; et de repenser aussi à ceux qui ne sont malheureusement plus là aujourd’hui.

Louis et Jeanine Saez étaient aux petits soins pour nous. Nous avons vécu comme si c’était une grande famille

Tu fais aussi partie des pionniers du Centre de Formation du club…
La première génération était constituée notamment de Massol, Christol et Gérald Passi et vivait dans des préfabriqués à proximité du Stade de La Mosson. Pour ma part, je fais partie de la deuxième génération, qui arrive juste après et qui s’installe dans le Château de Grammont. Il y avait Laurent Blanc, Pascal Baills, Gérald et Franck Passi, Guédé, Gomez, Garcia, Jean-Yves Hours… Nous étions tous issus de la Région Languedoc-Roussillon. Quand je repense à ces premières années, ce ne sont que des bons souvenirs.

Nous étions une quinzaine à peu près, nous vivions ensemble 24 heures sur 24 et je peux vous dire que nous vivions très bien, sous la protection bienveillante des parents de Jean-Louis Saez (actuel directeur Sportif de l’équipe féminine, NDLR), Louis et Jeanine, qui nous a malheureusement quitté il y a bientôt deux ans. Ils étaient aux petits soins pour nous. Nous avons vécu comme si c’était une grande famille.

Raconte-nous ton 1er passage pro au club (1985-1993)…
Avant de parler de l’arrivée chez les pros, je me souviens d’abord de nos deux épopées en coupe Gambardella où nous avions été battus deux fois en finale (en 1984 par Laval et en 1985 par Auxerre, NDLR). Ce sont des super souvenirs.Ensuite, il y a eu cette première période en équipe fanion qui, à mon sens, correspond à mes meilleures années. À l’époque, le club avait quelques soucis financiers et avait misé sur son Centre de Formation et sur des cadres venus de l’extérieur qui nous ont remarquablement bien guidés comme Jean-Claude Lemoult, Gérard Bernardet ou Nenad Stoijkovic.

Quel est ton meilleur souvenir de cette époque-là ?
Les épopées en Gambardella sont inoubliables et je pense que tout part de là parce qu’ensuite, on monte en D1 avec cette génération-là comme ossature de l’équipe. Le match contre Lyon (1987), qui est en quelque sorte une finale pour la montée, avait forcément une saveur particulière quand on connaît l’attachement du Président Louis Nicollin à l’Olympique Lyonnais et au fait que ce soit Robert Nouzaret sur le banc rhodanien. Je n’oublie pas non plus l’épopée qui nous a amenés jusqu’à la 3ème place de D1 la saison suivante (1987-1988), puis la victoire en Coupe de France (1990) et l’épopée en Coupe des Coupes l’année suivante. Toute cette époque était magnifique.

A Saint-Etienne, le ballon rond est au cœur de toutes les conversations. Si le football ne marche pas…

Et ton 2ème passage (1996-1998)…
Je sortais de 2 belles saisons à l’AS Cannes où nous avions disputé la Coupe d’Europe et j’ai eu l’opportunité de revenir à Montpellier. C’était forcément dans un rôle différent puisque, cette fois, je faisais partie des cadres, mais je me suis régalé avec en point d’orgue ce match de coupe d’Europe contre le Sporting Portugal où je marque à l’aller à La Mosson (1-1), et où nous nous inclinons 1-0 au retour avec le fameux maillot jaune.

Quel regard portes-tu sur tes années stéphanoises (1998-2000) ?
J’étais en fin de contrat à Montpellier et l’AS Saint-Étienne me proposait un challenge sur deux ans pour aider le club à remonter en D1. On avait senti dès le stage de préparation qu’il y avait quelque chose de très bien à faire avec cette équipe, entraînée par Robert Nouzaret. On partait de loin puisque le club avait failli descendre en National la saison précédente. En début de saison, il n’y avait pas grand monde au stade, puis, l’engouement est revenu petit à petit. Je me souviens même d’une fois où nous avions disputé 3 matchs consécutifs à domicile durant une même semaine avec un match de coupe au milieu et que nous avions fait une affluence de 3 fois 33000 personnes. Au final nous sommes remontés en D1 à l’issue d’une première saison où j’ai pris énormément de plaisir. On avait un super groupe, qui vivait très bien ensemble, et qui ressemblait d’ailleurs un peu à ce que j’avais vécu à Montpellier, même si j’ai été dans un rôle de ‘’papa’’, qui était forcément différent.

Je tiens à remercier du fond du cœur la famille Nicollin qui m’a tendu la main à chaque fois que j’ai été en galère

Tu avais été sacré meilleur joueur de D2, à l’issue de cette saison 1998-1999…
Oui. Pour moi, c’était une grande fierté et une forme de reconnaissance parce que j’ai dû me battre pour avoir tout ce que j’ai eu. J’en étais très heureux.

Que représentent les Verts dans la Région de Saint-Etienne ?
Il faut le vivre ! Ce serait peut-être un peu trop dur de dire qu’à Saint-Étienne il n’y a rien après le foot, mais disons que le ballon rond est au cœur de toutes les conversations. Si le football ne marche pas, la ville et le département sont ‘‘morts’’. Par contre, si ça marche, c’est fabuleux ; Tout le monde suit, dehors les gens sont enragés… Ce qui est particulier aussi, c’est que ce club à des groupes de supporters partout en France et que, quand on se déplaçait, on retrouvait toujours 200 ou 300 supporters de Saint-Étienne qui vivaient dans les alentours et qui venaient supporter l’ASSE.

Je suis très heureux que Judith Coquet, Lola Gstalter, Rosalie Chaine et Elisa Rambaud évoluent régulièrement en équipe première. C’est très bien pour le club et sa formation

Comment ton retour au MHSC, en tant qu’éducateur cette fois, s’est-il concrétisé ?
Après mon départ de Saint-Étienne, j’ai joué quelques mois au Red Star, alors en National, puis j’ai mis un terme à ma carrière. Je suis venu une première fois au Centre de Formation du MHSC lors de la saison 2007-2008 où je découvrais le métier avec les U13, aux côtés de l’éducateur en place. Je passais mes diplômes d’entraîneur en parallèle, tout en démarrant les entraînements spécifiques pour les attaquants du Centre de Formation. J’ai vécu quelques aventures ensuite, puis je suis revenu au MHSC lors de la saison 2016-2017, en tant qu’entraîneur spécifique des attaquants au sein du Centre de Formation

Ensuite, j’ai passé le diplôme de formateur. En parallèle, j’ai entraîné les U19 féminines du MHSC durant 4 saisons. Avec le Directeur Sportif, Jean-Louis Saez, nous avons contribué à mettre en place le Centre de Formation féminin. Ça n’a pas toujours été facile parce qu’il a fallu gérer l’année du Covid et que j’aurais espéré obtenir de meilleurs résultats avec cette équipe ; nous avons manqué de réussite à certains moments, mais ça reste une super expérience. Après de belles années, j’ai décidé d’arrêter de mon propre chef suite à des problèmes de santé en 2023. Je tiens d’ailleurs à remercier du fond du cœur la famille Nicollin qui m’a tendu la main à chaque fois que j’ai été en galère.

Avoir côtoyé le foot féminin et masculin fait de toi l’interlocuteur idéal puisqu’en lever de rideau du match de Ligue 1 du jour, l’équipe féminine du MHSC reçoit aussi l’ASSE…
C’est une très belle initiative. Lorsque j’ai démarré, il y avait toujours des matchs d’ouverture et c’est très bien de pouvoir renouer avec cette tradition des lever de rideau ; d’autant plus face à un adversaire commun. Je suis persuadé que les spectateurs vont se régaler.

Quel regard portes-tu sur la rencontre d’Arkema Première Ligue ?
Les filles ont retrouvé le chemin de la victoire à Reims, lors de leur dernier match de championnat (4-2). De son côté, Saint-Etienne reste sur une bonne dynamique puisqu’ils sont encore en lice en Coupe de France. Ça promet un bon match parce que les Montpelliéraines vont vouloir prendre des points pour rester dans la course aux playoffs tandis que les Stéphanoises doivent encore en gratter pour se maintenir. De plus, il y a beaucoup d’anciennes Montpelliéraines dans l’effectif stéphanois ; ça rajoute quelque chose en plus. Plus globalement, je regarde que le MHSC féminin a plus misé sur sa formation cette saison en réduisant un peu la voilure au niveau de l’équipe première et je suis très heureux de voir que Lola (Gstalter), Rosalie (Chaine) et Elisa (Rambaud) que j’ai toutes eu le plaisir de diriger en U19 évoluent aujourd’hui régulièrement en équipe première, sans oublier Judith Coquet qui vient d’inscrire un triplé. Elles ont prouvé qu’elles avaient de la qualité et je suis vraiment content pour elles. C’est très bien que des joueuses issues de la formation montpelliéraine puissent gagner du temps de jeu en équipe fanion et s’y imposer au fur et à mesure.

Tout le monde a intérêt à ce que le MHSC reste en Ligue 1. Le club a besoin des supporters et les supporters ont besoin du club aussi. Il faut rester humain. On peut se tromper, on peut rater des choses, mais tant qu’on se bat, il faut être à fond derrière l’équipe. La base, c’est l’union sacrée

Quel regard portes-tu sur la situation de l’équipe masculine cette fois ?
Ça me peine beaucoup parce que j’ai l’impression que tout est contre nous : les blessures, la malchance, les poteaux… Je pense que c’est une année noire. Cela dit, il faut garder espoir et ne pas baisser les bras car il reste encore des matchs. Si tu fais un résultat contre Saint-Étienne ce dimanche, tout peut se passer. Le championnat n’est pas fini. Si tu arrives à accrocher les barrages, tout est possible

Pour conclure, comment aborderais-tu un match comme celui-ci qui est une confrontation directe très importante en vue du maintien ?
C’est difficile de donner des conseils. Je connais assez Jean-Louis (Gasset) pour savoir qu’il fait son maximum pour trouver la bonne solution tactique et remobiliser tout le monde. Ce n’est pas facile non plus pour le Président Laurent Nicollin qui s’investit à 200 %. Quant aux supporters, ils doivent aider les joueurs. Tout le monde a intérêt à ce que le MHSC reste en Ligue 1. Le club a besoin des supporters et les supporters ont besoin du club aussi. Il faut rester humain. On peut se tromper, on peut rater des choses, mais tant qu’on se bat, il faut être à fond derrière l’équipe. La base, c’est l’union sacrée. Après, c’est comme un match de coupe. De toute façon, désormais, chaque match est une finale. C’est comme ça que nous avions fait pour nous maintenir en 1990 alors que le club était dans une situation difficile… et nous y étions parvenus.

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