Histoire

Mapou Yanga-Mbiwa : « Ne pas être résigné »

Élément-clé du titre de Champion de France de 2012, Mapou Yanga-Mbiwa s’est livré au jeu de l’interview des 50 ans avant la réception du PSG. Non sans une certaine émotion

Que deviens-tu aujourd’hui ?
Je vois grandir mes enfants, je les dépose à l’école, je passe du temps avec ma famille, avec des amis, chose que je n’ai pas eu le temps de faire quand j’étais pro. Je joue encore au foot, à Istres, en National 2. Ça me permet de m’entraîner, de jouer et de garder le goût de la compétition. C’est un bon compromis.

chaque année a constitué quelque chose de grand. Le maintien en Ligue 2, la reconstruction, la montée en L1, la qualification européenne un an après avoir été promu, le finale de la Coupe de la Ligue, le titre, la Ligue des Champions…

Quand on te dit que le MHSC a 50 ans, ça t’inspire quoi ?
Ce n’est que du bonheur ! (sourire). Quand on m’évoque ce chiffre, je repense à tout ce qu’il s’est passé depuis mon arrivée au club, à l’âge de 14 ans, jusqu’à aujourd’hui… et on espère que ça va continuer ! Je repense aux bons moments, aux victoires, aux défaites, aux émotions… C’est beaucoup de souvenirs et de sentiments en même temps.

Comment ton arrivée au club s’est-elle concrétisée ?
Je suis arrivé au MHSC à l’âge de 14 ans…, à l’Institut, chez les sœurs. Le club m’avait repéré à Martigues, club où je jouais et qui se situait à 10 minutes du domicile familial, à Port-de-Bouc. C’était la période où, soit je continuais l’école, soit je tentais l’expérience du foot avec Montpellier. Ma famille disait qu‘il fallait arrêter le ballon et ne se consacrer qu’aux études, mais mon ancien coach a réussi à convaincre mes parents que je devais tenter l’expérience à Montpellier. Il leur a dit : « Le petit va faire un an là-bas et, si ça ne marche pas, il revient pour se consacrer à 200% à ses études. » De mon côté, je ne voulais pas revenir car mon souhait était de faire du foot et d’aller le plus loin possible dans cet objectif. J’ai tout donné pour ça et j’y suis parvenu.

Que retiens-tu de tes années au Centre de Formation ?
Nous étions des gamins qui n’aspiraient qu’à une chose : jouer au foot et devenir professionnels. C’est rêver et voir ses rêves se réaliser au fur et à mesure que l’on gravissait les étapes chaque année. Je repense aussi à plein de bêtises qui nous ont formé et forgé en tant que adultes. En tant que parents aujourd’hui, j’aimerais que mes enfants connaissent ces choses-là. Ce n’était que du bonheur et de l’insouciance.

En tant que parents aujourd’hui, j’aimerais que mes enfants connaissent ces choses-là. Ce n’était que du bonheur et de l’insouciance.

Te souviens-tu de ton 1er match en pro ?
Je m’en rappelle comme si c’était hier. On n’était pas bien en championnat et arrive ce match de Coupe de France contre Uzès (fin 2006, NDLR). Je ne comprenais pas vraiment ce qui m’arrivait mais, une fois que j’étais sur le terrain, dans ma bulle avec les anciens qui m’ont guidé, tout s’est bien passé.

On a tous des rêves qu’on veut réaliser, mais les atteindre et les réaliser de cette manière-là, tu ne t’y attends jamais

Quel regard portes-tu sur ton parcours pro au MHSC ?
Franchement, chaque année a constitué quelque chose de grand. Le maintien en Ligue 2, la reconstruction, la montée en L1, la qualification européenne un an après avoir été promu, la finale de la Coupe de la Ligue, le titre, la Ligue des Champions… Je me rappelle de tout par cœur et quand je réouvre cette parenthèse-là, je suis plein de joie et de bonheur.

Il faut que cette relégation serve de leçon pour remonter et s’installer à nouveau 15, 20 ans ou plus dans l’élite

De tous temps, chez les jeunes, en réserve ou en pros, tu as toujours été guidé par cette exigence. Parfois, il fallait même te demander d’arrêter de travailler…
Ça a toujours été mon crédo et ça continue aujourd’hui, même en National 2 avec Istres. Si le coach dit qu’on doit s’entraîner plus, je suis toujours partant. J’aime travailler ; le football c’était mon métier et c’est toute ma vie, donc tant que je peux jouer, courir, je vais le faire parce que je sais que, plus tard, je n’aurai plus ces capacités. Je ne veux rien avoir à regretter et me dire : « là, je n’ai pas assez fait. »

Être Champion de France et jouer la Ligue des Champions avec son club formateur, c’est quoi comme sensation ?
C’est le Graal ! On a tous des rêves qu’on veut réaliser, mais les atteindre et les réaliser de cette manière-là, tu ne t’y attends jamais. Passer pro avec mon club formateur, être sacré Champion de France et jouer la Ligue des Champions, que demander de plus ? Ce club est une famille. Je pense à tous mes éducateurs, aux dirigeants et aux gens qu’on ne voit pas. Même si c’est leur travail de nous préparer, de nous former, de faire des démarches pour nous, ils le font avec beaucoup d’investissement et de cœur. J’ai voyagé un peu, j’ai fait pas mal de clubs et de pays différents et, Montpellier, c’est autre chose. C’est la famille et tu peux te battre jusqu’à ton dernier souffle pour le club. C’est ce que le Président Louis Nicollin a inspiré et ça continue aujourd’hui. Le mot famille, c’est ce qui convient le mieux pour définir le MHSC.

Quel regard portes-tu sur la triste situation du MHSC aujourd’hui ?
Ça fait mal au cœur. J’ai reçu plein de messages à ce sujet-là d’ailleurs. Après, ça nous pendait au nez depuis quelques temps mais la relégation mathématique a quand même mis encore un coup parce qu’avant ce couperet-là, tu espères toujours accrocher un résultat et que ça va repartir dans le bon sens ; donc tu fais des calculs, tu as de l’espoir parce que tu ne veux pas les voir descendre… Tu regardes même le match sur ton téléphone quand tu n’es pas chez toi. Après, même si c’est très dur, ce n’est pas une fin en soi. Il faut se remobiliser, reprendre les choses à la base, reprendre les fondamentaux et revenir dans l’élite. C’est comme quand tu fais un bon château, que tu le regardes et que, soudain, il s’écroule. Même si on ne s’y attend pas forcément, ça peut arriver. Le club a quand même tenu plus de 15 ans dans l’élite, donc c’est très bien et il faut que cette relégation serve de leçon pour remonter et s’installer à nouveau 15, 20 ans ou plus dans l’élite. Je suis triste, oui, mais pas résigné, d’autant que le Président Laurent Nicollin est là. Il connaît le métier et comment ça marche. Il a toutes les armes et toutes les qualités pour revenir plus fort et durer.

le Président Laurent Nicollin est là. Il connaît le métier et comment ça marche. Il a toutes les armes et toutes les qualités pour revenir plus fort et durer

Ce soir, le MHSC reçoit le PSG à La Mosson pour le dernier match à domicile de la saison. Le PSG à La Mosson, c’était aussi l’affiche du retour du club pailladin en Ligue 1 le 8 août 2009, match auquel tu avais participé…
C’est un match que je ne suis pas près d’oublier. Nous étions surexcités de monter en Ligue 1 et de jouer contre Paris. On concède l’ouverture du score, on se retrouve à 10 contre 11 et on égalise en toute fin de match. C’était une sensation énorme. D’ailleurs, avec le recul, à chaque fois que nous avons joué contre le PSG, nous avons livré de sacrées batailles. Parfois on gagnait, parfois on perdait, parfois on faisait match nul, mais on ne leur laissait pas faire ce qu’ils voulaient. Ces matchs-là nous faisaient vibrer et on voyait que le stade vibrait avec nous. C’était incroyable !
Concernant le match de ce samedi, classement ou pas, relégation ou pas, quand le club et le Président te donnent tout pour être dans les meilleures conditions, pour le public qui a toujours été là, la moindre des choses, c’est de donner le maximum et de ne pas être résigné… En espérant que le MHSC soit de retour en Ligue 1 le plus rapidement possible.

Comment t’es-tu senti quand tu as rejoué avec le maillot du MHSC sur les épaules à la Mosson lors du match des 50 ans ?
J’étais comme un gosse ! Le temps a passé mais pouvoir rejouer avec des potes, des amis et des frères comme eux, ça fait toujours plaisir. Le gens qui étaient là, que ce soit les membres du staff, la direction, les fans, les supporters, c’était un moment extraordinaire

Pour conclure, quel message adresserais-tu aux supporters et aux membres du club qui sont malheureux aujourd’hui ?
Je leur dirai qu’il ne faut pas se résigner, ne pas abandonner, reprendre les fondamentaux et un peu d’élan pour mieux rebondir. Le club a déjà vécu une descente, donc c’est possible de remonter. Il faudra mettre les bouchées doubles pour revenir plus fort et s’établir à nouveau dans la durée dans l’élite.

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