Équipe pro masculine

Axel Guéguin, made in Paillade

Champion d’Europe U17 en 2022 aux côtés de Désiré Doué et Mathys Tell, le milieu offensif montpelliérain a ensuite connu une longue traversée du désert, avant de ressurgir depuis janvier. Itinéraire d’un joueur pour qui performance rime avec résilience

La vie n’est pas un long fleuve tranquille dit l’adage. Elle est plus souvent faite de hauts et de bas. Pour Axel Guéguin, ce fut d’abord le haut, voir même le très haut. La Paillade ? Il est tombé dans la marmite quand il était petit ; à l’âge de 7 ans très exactement lorsque son père l’amena participer à une journée portes ouvertes, un mercredi après-midi au Domaine de Grammont. Le coup de foudre fut réciproque et Axel n’a plus quitté le MHSC depuis. Presque 14 ans d’une passion commune qui le vit franchir toutes les étapes, intégrant notamment le collège Georges Brassens de Lattes dès la 4ème puis l’école technique privée de Grammont durant toutes ses années lycée jusqu’au baccalauréat, tout en poursuivant son apprentissage footballistique. Plus qu’un destin, une vie en orange et bleu que l’intéressé évoque avec passion et respect « Madame Jarlot (Directrice de l’école technique privée du MHSC) et Enzo Rizzoli (Responsable de la scolarité), m’ont suivi au fil des années et sont un peu comme ma famille. J’ai toujours pu m’appuyer sur eux et je ne les remercierai jamais assez pour leur soutien et pour les valeurs qu’ils m’ont inculquées. »

Combien de gamins ont la chance de jouer en pro avec le maillot de leur club formateur et celui de leur ville sur le dos ? C’était simplement un bonheur parce que j’ai toujours voulu jouer ici et aujourd’hui j’y suis… Et ce n’est pas quelques pépins physiques qui vont gâcher ce bonheur-là

Côté footballistique, la progression de cet ailier au petit gabarit vif et percutant, capable de déborder comme de rentrer sur son pied gauche tout en faisant parler sa technique et sa vision du jeu, a toujours été linéaire, au point de taper dans l’œil du giron fédéral. Sélectionné pour prendre part à l’Euro U17 avec les Bleuets en mai 2022, il est titulaire au sein de l’équipe sacrée championne d’Europe, aux côtés, notamment d’Elyesse Ben Seghir, Mathys Tel et Désiré Doué : « C’était un moment incroyable », se souvient Axel. « Quand tu gagnes une compétition comme celle-là, tu n’as qu’une seule envie : en gagner d’autres et revivre des moments aussi forts ».

Il en vivra un nouveau quelques semaines plus tard, le 2 octobre 2022, lorsqu’Olivier Dall’Oglio lui offrit ses premières minutes en pro, en Ligue 1, lors d’un déplacement à Toulouse : « C’était comme dans un rêve », raconte Axel. « Tu rentres sur le terrain, tu vois les joueurs de près, tu sens l’adrénaline qui monte, tu cours partout, tu ne gères pas tes émotions ni tes efforts… J’ai dû jouer une quinzaine de minutes, mais honnêtement, j’étais K.O. à la fin du match (rire). J’attendais ce moment depuis tout petit. C’était quelque chose d’énorme. » Ce jour-là, Axel Guéguin est devenu, à 17 ans et 192 jours, le plus jeune joueur de l’histoire à porter le maillot du MHSC en Ligue 1*. Un record, une ascension et un passé déjà riche chez les jeunes tricolores qui ne faisaient qu’accroître les attentes placées en lui et les espoirs d’un futur radieux. Mais tout ceci a-t-il créé une certaine forme de pression autour de lui ? « Absolument pas », répond l’intéressé.
« Les partenaires avaient confiance en moi, j’avais confiance en eux et je ne ressentais pas de pression particulière. C’était avant tout une fierté parce que tu joues dans un club depuis tout petit, tu rêves d’y évoluer en pro un jour et quand ce jour arrive, c’est le top. Pourquoi aurais-je eu de la pression ? Combien de gamins ont la chance de jouer en pro avec le maillot de leur club formateur et celui de leur ville sur le dos ? C’était simplement un bonheur parce que j’ai toujours voulu jouer ici et aujourd’hui j’y suis… Et ce n’est pas quelques pépins physiques qui vont gâcher ce bonheur-là. »

Le graal avant la chute et une « période sombre » comme la définit notre interlocuteur. Le premier coup dur intervient juste après l’Euro, durant la préparation estivale. Une déchirure au quadriceps qui entraîne à peu près 6 semaines d’arrêt. De retour dans le groupe, il joue peu en pro mais redescend en réserve et en U19. C’est dans cette dernière catégorie qu’il est victime d’une rupture du ligament croisé du genou, en 2023. « Pourtant, c’était une période où je me sentais bien », se remémore-t-il. « Je  »me fais le croisé’’ comme ça, sur un appui banal comme on en vit tous les jours à l’entraînement et je ne sais pas pourquoi, ce jour-là, ça a craqué, ça ne s’explique pas. »

« Je  »me fais le croisé’’ comme ça, sur un appui banal comme on en vit tous les jours à l’entraînement et je ne sais pas pourquoi, ce jour-là, ça a craqué, ça ne s’explique pas. »

A son retour, la volonté de jouer, de croquer dans ce ballon rond qui lui a tant manqué, est tellement forte qu’elle se fait désirer : des blessures musculaires repoussent son retour avant un accident bête, en U19 face à l’OM : « Dans le jeu, j’ai pris un coup qui a créé un décollement de la plèvre puis un pneumothorax. Sur le coup, j’avais mal, mais j’ai quand même fini le match parce que ça faisait longtemps que je n’avais pas joué. »

j’ai eu beaucoup de pépins physiques ces dernières saisons mais, malgré-ce, le Président, les dirigeants, le club et le staff m’ont toujours fait confiance et m’ont permis d’être là où je suis aujourd’hui. Je leur en suis très reconnaissant.

Le lendemain, après une nuit sans sommeil, le verdict est implacable et une nouvelle absence longue durée s’impose. Le moral en prend un coup mais Axel Guéguin ne lâche pas et veut s’accrocher à son rêve. « La famille a été importante parce qu’à certains moments, tu te sens seul, tu te passes 1000 images, 1000 idées dans ta tête pour essayer de comprendre, pourquoi c’est tout le temps sur toi que ça tombe. Heureusement, le club et mes proches ne m’ont jamais laissé tomber. J’avais toujours dans la tête cette envie de revenir et de tout donner sur un terrain. »
En début de saison, ce jeune garçon d’un naturel assez solitaire, qui « aime bien rester tranquille, jouer à la Playstation ou passer du temps avec ses amis » a pourtant dû pousser la réflexion pour ne pas rechuter : « J’ai toujours tout donné, à chaque entraînement et chaque match, sans me gérer, tout simplement parce que je ne sais pas faire autrement. C’est peut-être aussi pour ça que ça ne tenait pas », analyse-t-il. « Avec le staff, le coach et les kinés, on s’est posé puis on a pris la décision de prendre vraiment le temps, de bien travailler, de bien renforcer et de reprendre petit à petit les entraînements, tout en gestion au départ, pour monter en puissance ensuite. Depuis décembre, ça a l’air de bien fonctionner. Je touche du bois », sourit-il.

C’est une question d’envie et d’état d’esprit. Si tu es petit, fin et que tu te dis que tu n’y arriveras pas parce que les autres font deux fois ma taille ou mon poids, forcément tu n’y arriveras pas, mais, pour moi, ce n’est qu’une excuse car tous les bons joueurs, peuvent s’adapter

Entretemps, Axel Guéguin a reçu une autre marque de confiance, celle de parapher son 1er contrat professionnel, alors même qu’il était encore en convalescence et que le flou régnait sur sa date de reprise. Un geste fort de son club que l’intéressé n’a pas oublié et qu’il tient à souligner :

« Signer ce 1er contrat pro a été un vrai soulagement », reconnait le n°22 montpelliérain. « Le staff et les dirigeants m’ont assuré qu’ils comptaient sur moi et qu’ils me donnaient le temps de revenir. J’ai ressenti une immense fierté de signer ce 1er contrat avec mon club formateur et celui de ma ville natale ; c’était la concrétisation d’un rêve, mais à tout cela s’associait un grand sentiment de reconnaissance ». Il poursuit : « Dans chaque catégorie où je suis passé, de l’école de foot jusqu’aux séniors, j’ai vécu des super moments aux côtés de personnes qui m’ont accompagné avec bienveillance. On dit que le MHSC est un club familial mais, avec tout ce que j’ai vécu, je vous assure que le mot n’est pas galvaudé. Que ce soit les éducateurs, les bénévoles, les membres des staffs sportifs ou autour du sportif, chacun a tout fait pour me mettre dans les meilleures conditions pour que je progresse le plus possible et que je réussisse. Mon attachement au club n’en est que plus fort, d’autant que j’ai eu beaucoup de pépins physiques ces dernières saisons mais, malgré-ce, le Président, les dirigeants, le club et le staff m’ont toujours fait confiance et m’ont permis d’être là où je suis aujourd’hui. Sans eux, je ne sais pas où je serais. Je les remercie chaleureusement pour cela et je leur en suis très reconnaissant. Ils ont compté sur moi même dans les moments où j’étais au plus bas et je ne l’oublie pas. »

Après presque 2 ans de galère, Axel Guéguin a donc retrouvé le chemin des pelouses professionnelles et ne cesse d’enchaîner les entrées en jeu convaincantes, dont l’une ponctuée d’une passe décisive pour Alexandre Mendy, lors de la victoire à Nancy : « C’est une fierté personnelle car je suis profondément heureux de reprendre du plaisir sur un terrain, mais aussi et surtout une fierté collective », précise-il. « Le groupe m’a beaucoup aidé à revenir, m’a beaucoup soutenu et j’ai pu discuter avec des joueurs plus expérimentés de l’équipe qui m’ont beaucoup apporté. Cette cohésion m’a fait énormément de bien et je trouve d’ailleurs qu’elle se ressent collectivement sur le terrain. Pour moi, c’est une des clés de notre belle saison. » Une saison « de reconstruction, avec beaucoup de jeunes joueurs qui découvrent la Ligue 2 » comme le rappelle notre interlocuteur et que ce dernier espère récompensée par une présence en barrages en fin de saison. « Nous allons tout faire pour y parvenir, pour le club, le groupe, et nos supporters qui sont restés fidèles malgré la relégation », insiste Axel Guéguin. « Même si on aurait pu gratter quelques points supplémentaires sur quelques matchs, je pense qu’on fait une bonne saison. Avec le coach, et le staff, on s’est fixé des objectifs à court terme tout au long de la saison pour valider des paliers et on sent bien que tout avance positivement. Aujourd’hui, il nous reste 4 matchs et tout le monde est déterminé pour que nous arrivions, tous ensemble, à décrocher les barrages. »

Le groupe m’a beaucoup aidé à revenir, m’a beaucoup soutenu et j’ai pu discuter avec des joueurs plus expérimentés de l’équipe qui m’ont beaucoup apporté. Cette cohésion m’a fait énormément de bien et je trouve d’ailleurs qu’elle se ressent collectivement sur le terrain

Une quête durant laquelle l’apport d’Axel Guéguin pourrait être déterminant, tant son profil casse les codes d’un football actuel parfois trop formaté. Axel compense en effet son petit gabarit par une vivacité et un sens du jeu qui lui permettent de bien se placer entre les lignes et de faire des différences en un contre un, dans son couloir comme en position de n°10. Un profil aussi polyvalent qu’atypique dont ce gaucher très technique compte bien faire une force : « Le football évolue ; il y est de plus en plus question de puissance et de vitesse et, même si je suis assez rapide, je dois utiliser ma technique pour m’adapter, notamment en prenant vite l’information pour gagner du temps dans mon placement. J’ai même joué piston gauche lors de ma première titularisation en pros, à Brest. Tant que je joue, je m’adapte et je donne le maximum pour l’équipe. »

Lorsqu’on lui demande si son profil peut encore exister au haut niveau, celui qui a grandi en regardant avec des yeux émerveillés le face à face à distance entre Cristiano Ronaldo et Lionel Messi – avec une petite préférence pour le Portugais quand même – assure que oui : « Pour moi, c’est quelque chose qui se travaille tout au long de la saison, à l’entraînement, avec les coéquipiers. C’est une question d’envie et d’état d’esprit. Si tu es petit, fin et que tu te dis que tu n’y arriveras pas parce que les autres font deux fois ma taille ou mon poids, forcément tu n’y arriveras pas, mais, pour moi, ce n’est qu’une excuse car tous les bons joueurs, peuvent s’adapter », souligne-t-il. « Regardez dans notre équipe : tout le monde n’est pas grand et costaud, chacun apporte ses qualités et c’est ce qui fait notre force. Il suffit de voir les performances de joueurs comme Téji (Savanier) ou Nathanaël (Mbuku), pour comprendre qu’on peut exister au haut niveau en mettant en valeur des qualités footballistiques différentes. »

J’avais toujours dans la tête cette envie de revenir et de tout donner sur un terrain

Au rayon de ses axes d’amélioration personnels, Axel Guéguin cite néanmoins « la rapidité de ses prises d’information avant de recevoir le ballon », ses « changements de rythme » et bien évidemment « la répétition d’efforts pour pouvoir enchaîner les performances et être décisif pour l’équipe chaque week-end. »
S’il atteint cette régularité et que son corps le laisse tranquille, Axel Guéguin pourra peut-être atteindre l’un de ses rêves, celui de retrouver la Ligue 1 avec son club formateur : « Ce ne sera peut-être pas pour cette année mais la cohésion de groupe et l’entente entre le staff et les joueurs sont excellentes et c’est ce qui fait notre force aujourd’hui », conclut-il. « J’aimerais vivre une montée en Ligue 1 avec ce groupe, les dirigeants, les supporters et ma famille. Ce serait exceptionnel. »

Un rêve qui parait peut-être lointain aujourd’hui mais qui prend plus d’épaisseur et de relief quand on regarde le parcours d’Axel. Après tout ce qu’il a traversé, beaucoup auraient sans doute abandonné ; mais avec cette force mentale en bandoulière qui lui a permis de franchir tant d’obstacles, le jeune homme d’à peine 21 ans a prouvé qu’avec travail, persévérance et résilience, tout était possible. Sa trajectoire force en tout cas franchement le respect.

* Entré en jeu lors d’un Nantes vs MHSC le 22 octobre 2023, Yanis Issoufou a succédé à Axel Guéguin au palmarès du plus jeune joueur de l’histoire du MHSC à évoluer en Ligue 1. Yanis détient désormais ce record, à 16 ans et 359 jours.

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