Équipe pro masculine

Enzo Molebe, prêt à rugir

Considéré comme l’un des plus gros potentiels français de sa génération, l’attaquant prêté par l’OL arrive dans l’Hérault avec humilité, ambition et la volonté de s’aguerrir tout en aidant sa nouvelle équipe.

Il a rejoint cet hiver la liste des nombreux joueurs (22 au total), qui ont porté le maillot du MHSC et celui de l’Olympique Lyonnais, club auquel il appartient et qui l’a prêté au club pailladin jusqu’en juin prochain. De Fleury Di Nallo à Rémi Vercoutre, en passant par Jean-Marc Valadier, Henri Bedimo ou Anthony Mounier, la liste est longue et prestigieuse, sans compter Robert Nouzaret et Laurent Blanc, qui se sont tous les deux assis sur le banc rhodanien. Pourtant, c’est un autre joueur qui a surpris Enzo Molebe. « L’autre jour, en levant la tête après avoir lacé mes chaussures, j’ai vu une photo de Daniel Congré, ça m’a fait bizarre », sourit le nouvel attaquant montpelliérain. « Du coup, je me suis renseigné et j’ai appris qu’il avait longtemps joué ici. Il faut que je l’appelle. »
Si l’on souhaite à Enzo la même réussite que l’ancien joueur du MHSC et actuel coordinateur sportif de l’OL (325 matchs sous nos couleurs), le contexte sera forcément différent. D’abord parce qu’il ne s’agit que d’un prêt de 6 mois et ensuite parce qu’Enzo Molebe préfère largement martyriser les défenses adverses que solidifier la sienne.

Mes années de formation à Lyon ont été incroyables

A la recherche d’un joueur de rupture supplémentaire et fin connaisseur du marché des jeunes joueurs à fort potentiel depuis son passage avec les U19 du PSG, l’entraîneur pailladin Zoumana Camara avait coché depuis longtemps le nom d’Enzo sur la liste des joueurs qu’il aimerait diriger et qui étaient susceptibles d’apporter un plus au MHSC par sa vitesse, sa qualité de dribbles et un instinct du buteur déjà très développé pour son âge.

Il faut dire que le jeune homme fait partie des joueurs les plus prometteurs de la génération. Né à Evry-Courcouronnes, dans l’Essonne (comme un certain Elye Wahi), Enzo Molebe a tapé ses premiers ballons au RC Arpajonais, puis dans les équipes de jeunes du Paris FC, avant de passer quelques mois à l’ACBB lors de la saison interrompue par la crise du covid. Toujours attentif aux prospects dont regorge l’Île de France, l’Olympique Lyonnais saute sur l’occasion et enrôle cet attaquant pouvant évoluer dans un couloir comme dans l’axe, dès l’âge de 13 ans, sans que celui-ci ne passe par Clairefontaine. « Ces années de formation à Lyon ont été incroyables », raconte notre interlocuteur. « J’ai connu des top coachs qui m’ont fait progresser d’année en année. »

A l’OL, Enzo Molebe est surclassé dans toutes les catégories de jeunes, tout en étant sélectionné, en parallèle, au sein de toutes les équipes de France de jeunes, dans une génération 2007 où figurent pourtant des éléments très prometteurs tels que Quentin Ndjantou (PSG), Robinho Vaz (ex-OM aujourd’hui à la Roma), Daryl Bakola (ex-OM, transféré à Sassuolo cet hiver) ou bien encore son compère du Centre de Formation de l’OL, Khalis Merah. « Nous avons grandi ensemble avec Khalis », raconte Enzo Molebe. « Je suis allé un peu plus vite que lui au début, mais maintenant c’est lui qui est en haut. Kalys, c’est comme un frère pour moi »

Comme on gagnait 4-0 à l’extérieur à ce moment-là (4-1 au final, le 28 novembre 2024, NDLR), je me suis dit que ce serait relativement facile mais j’ai vite compris que non. Qu’est-ce que j’ai couru ce jour-là !

Un peu plus vite en effet puisque le néo-Pailladin a découvert le monde pro lors de la saison, 2023-2024 ; Pierre Sage lui offrant même ses premières minutes chez les pros lors de la victoire lyonnaise à Qarabağ, en Europa Ligue ; un moment forcément particulier : « J’avais 16 ans à l’époque. J’avais fait pas mal de groupes, mais sans jamais rentrer donc, quand on m’a envoyé à l’échauffement, je me disais : ’’Sois réaliste un peu, tu ne vas pas rentrer. C’est comme ça, c’est la hiérarchie. Il y a des joueurs avant toi’’ mais quand le staff m’a fait signe de rentrer, le stress est monté d’un coup », se souvient Enzo. « Comme on gagnait 4-0 à l’extérieur à ce moment-là (4-1 au final, le 28 novembre 2024, NDLR), je me suis dit que ce serait relativement facile mais j’ai vite compris que non. Qu’est-ce que j’ai couru ce jour-là ! C’est là que j’ai compris ce qui séparait les équipes de jeunes du haut niveau. » Depuis, durant ces 18 derniers mois, pendant que son pote Khalis Merah a gagné du temps de jeu sous la direction de Paulo Fonseca, Enzo Molebe a vu le sien se réduire comme peau de chagrin sous les ordres du technicien portugais : « Honnêtement, c’était dur », reconnait le jeune homme de 18 ans. « Quand tu t’entraînes tous les jours et que tu sais que tu ne vas pas jouer, tu commences à te poser des questions et à te demander su tu as vraiment le niveau. Je commençais à jouer en équipe réserve – une étape que je n’avais jamais connue jusque-là – mais mes performances n’étaient pas bonnes parce que j’étais en baisse de confiance. C’était compliqué, mais j’ai pu compter sur mes proches qui ont été là pour moi. »

A Montpellier, j’ai découvert des bonnes personnes, sur comme en dehors du terrain, à l’image d’Alexandre Mendy ou de Téji Savanier pour ne citer qu’eux. Cela ne fait que 4 semaines que je suis là, mais je me sens déjà comme si ça faisait plus longtemps. Mes nouveaux coéquipiers m’ont super bien intégré et ils sont top avec moi.

Dès lors, la solution du prêt pour gagner du temps de jeu a semblé la plus profitable aux deux parties et Enzo Molebe a rejoint le MHSC avec une motivation décuplée : « Je ne connaissais pas vraiment l’équipe, mais je n’ai pas hésité une seule seconde et je peux vous assurer qu’à aucun moment je ne regrette mon choix », assure Enzo. « A Montpellier, j’ai découvert des bonnes personnes, sur comme en dehors du terrain, à l’image d’Alexandre Mendy ou de Téji Savanier pour ne citer qu’eux. Cela ne fait que 4 semaines que je suis là, mais je me sens déjà comme si ça faisait plus longtemps. Mes nouveaux coéquipiers m’ont super bien intégré et ils sont top avec moi. Quand je rate, ils m’encouragent ;Ils me disent de continuer, de persévérer, que ça va le faire… Franchement, ce sont de bonnes personnes. »

De son côté, le MHSC – et particulièrement son entraîneur, désireux depuis de nombreuses semaines de récupérer un joueur du profil de Tanguy Coulibaly, parti en Turquie – sont tout heureux de l’accueillir et de récupérer un des plus grands espoirs français de sa génération à son poste, capable d’apporter de la vitesse et de jouer dans un couloir offensif comme dans l’axe. « Je ne vais jamais dire non car, peu importe où on me met, je donnerai le maximum, mais j’aime jouer dans l’axe, ou dans le couloir gauche, en faux pied, pour pouvoir rentrer à l’intérieur ou être en bord de ligne pour centrer pied gauche », explique Enzo Molebe au moment de décrire son profil. « J’aime aussi beaucoup jouer dans l’axe avec un deuxième attaquant. Ici, Alexandre Mendy effectue un travail remarquable. Ce n’est pas un attaquant que tu vas voir dribbler mais il joue vraiment pour l’équipe. Ce n’est jamais facile de garder les ballons dos au jeu mais il le fait extrêmement bien, tout en étant très efficace devant le but. Jouer avec lui devant, tourner autour de lui et prendre la profondeur, ça pourrait être très sympa car garder les ballons dos au jeu, c’est plus compliqué pour moi. » Un constat plein de lucidité et d’humilité qui nous amène à évoquer les axes d’amélioration de notre nouvelle recrue : « Je dois moins me précipiter et savoir faire les bons choix au bon moment », souligne l’intéressé. « Je dois aussi gagner en souffle et en cardio. » Un aveu étonnant que le jeune homme explique sans tabou et avec une sincérité qui l’honore : « J’ai quasiment toujours été surclassé chez les jeunes et j’ai beaucoup joué sur ma qualité technique et ma puissance, parce que j’étais, je pense, supérieur dans ces domaines à ce moment-là et que j’étais plus grand et plus costaud que les autres, ce qui rendait parfois les choses plus faciles », détaille-t-il. Et quand on lui demande si c’était une erreur d’être toujours surclassé, celui-ci ne veut pas aller jusque-là. « Je ne vais pas dire que c’était une erreur mais c’était une étape, et, encore une fois, ce n’est que mon point de vue. Je pense que j’aurais pu moins me précipiter, parce que j’ai vraiment sauté toutes les étapes. Quand je suis passé directement des U19 aux pros, sans passer par la case réserve, ça m’a fait un choc car je ne savais pas ce que c’était de jouer contre des adultes… et c’est ce que je dois apprendre aujourd’hui, même si j’ai fait quelques apparitions en N3 avec l’OL depuis le début de saison. »

Une découverte du ’’football des grands’’ qui a débuté lors de sa première apparition avec les pros du MHSC à Geoffroy-Guichard – beau clin d’œil pour un joueur formé à Lyon – avant de se poursuivre lors de la venue du Mans puis celle de Reims. « Mes premières sensations sont bonnes, je me sens de mieux en mieux mais je suis conscient d’avoir encore besoin d’un peu de temps pour me sentir au top », reconnait-il. « Même si, peu avant mon arrivée, je commençais à enchaîner les matchs et les buts avec la réserve de l’OL, je sens bien qu’en Ligue 2, ce n’est pas le même niveau d’intensité. Même si je n’ai que très peu joué en Ligue 1, je sens bien que la Ligue 2 est un championnat différent, où il te faut réfléchir vite et jouer vite si tu veux éviter de te faire rentrer dedans. » Il poursuit : « Tu as moins de temps pour prendre ta décision. Honnêtement, le niveau m’a surpris. Quand tu sors de Lyon, tu te dis peut-être que ça va être un peu plus facile, mais pas du tout en fait. A cela s’ajoute la dimension athlétique, comme je l’ai évoquée précédemment, mais nous effectuons un gros travail avec les préparateurs depuis mon arrivée ici afin que je sois prêt le plus rapidement possible. Je fais du travail en plus, des courses, du vélo et ils me disent de mettre beaucoup d’intensité, même durant les petits jeux aux entraînements, et j’espère que tout cela va finir par porter ses fruits. »

Je fais du travail en plus, des courses, du vélo et ils me disent de mettre beaucoup d’intensité, même durant les petits jeux aux entraînements, et j’espère que tout cela va finir par porter ses fruits

Si tel est le cas, Enzo Molebne devrait continuer à gagner de plus en plus de temps de jeu lors des matchs à venir, à commencer par le déplacement à Nancy ce vendredi (20h, 26ème journée de championnat). Une bonne fin de saison lui permettrait de poursuivre son apprentissage du haut niveau et de postuler à une place dans la liste des U19 tricolores convoqués pour le championnat d’Europe de la catégorie, dont la phase finale est prévue du 28 juin au 11 juillet prochain au Pays de Galles. « Cela fait partie de mes objectifs, tout comme celui de gratter du temps de jeu et de gagner en expérience en jouant contre des adultes, ici à Montpellier. Je le répète, je suis ravi d’être ici. Pour moi, même s’il a été relégué en Ligue 2 au printemps dernier, le MHSC reste un club de Ligue 1, avec un bon coach, de très belles installations et un super projet. Certes, nos derniers résultats sont un peu irréguliers mais j’aime l’intensité et ce que dégagent mes nouveaux coéquipiers. Ce sont vraiment des travailleurs. »

Personnage assez casanier hors du terrain, qui aime jouer à la Playstation mais surtout passer du temps avec sa famille, sa copine et ses amis – « A certaines périodes de ma vie, si je ne les avais pas eu à mes côtés, ça aurait été compliqué », reconnaît-il – Enzo Molebe est en tout cas très heureux de vivre sa nouvelle aventure montpelliéraine : « Je tiens à remercier le club, le coach, le staff et mes coéquipiers pour la confiance qu’ils m’ont donnée en me permettant de rejoindre le MHSC cet hiver. Comme j’ai dit précédemment, je suis là depuis peu mais on dirait que ça fait beaucoup plus longtemps », assure-t-il avant d’adresser un message aux supporters pailladins : « La découverte du Stade de La Mosson m’a surpris. Sur le banc, tu penses que c’est normal, mais plus le temps passe, plus tu vois que les gens sont chauds et que les supporters sont à fond derrière leur équipe. Du coup, tu ne veux pas les décevoir », ajoute-il avant de conclure :

e suis ravi d’être ici. Pour moi, même s’il a été relégué en Ligue 2 au printemps dernier, le MHSC reste un club de Ligue 1, avec un bon coach, de très belles installations et un super projet

« Je demande un peu de patience aux supporters mais je vais me battre pour cette équipe et, je l’espère, apporter un maximum et rendre les gens heureux. J’ai envie de marquer, de montrer aux supporters, à mes coéquipiers et aux dirigeants du club que je ne suis pas venu pour rien. Collectivement, je suis convaincu que ce groupe a le potentiel pour atteindre les barrages et j’espère que nous y parviendrons tous ensemble. » Ce serait sans doute la meilleure des manières de prouver que le prêt d’Enzo Molebe au MHSC a tout du deal gagnant-gagnant.

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