Équipe pro masculine

Julien Laporte défenseur rassembleur

Champion de France de Ligue 2 en titre avec Lorient, Julien Laporte a fait le pari de rejoindre le MHSC cet été. Un pari osé pour un garçon humble et déterminé dont le parcours force le respect. Rencontre

On dit souvent qu’une part de l’être humain est forgée par sa terre et ses racines. Si tel est le cas, Julien Laporte en est la parfaite illustration. Né dans le Cantal, à Aurillac, son parcours ressemble à celui de sa terre natale : il fut besogneux et vallonné pour mieux atteindre les sommets. Parti en centre de préformation à Vichy dès l’âge de 12 ans, il y a passé 2 saisons avant de revenir terminer sa formation à Aurillac. C’est là que Clermont l’a repéré, d’abord pour intégrer les U19, puis l’équipe réserve et enfin les pros, avec lesquels il a disputé son premier match sur le terrain de l’AC Ajaccio en mars 2013, alors qu’il n’avait pas tout à fait 20 ans : « J’ai dû passer pas mal d’étapes », se remémore le nouveau défenseur pailladin en jetant un coup d’œil dans le rétro. « Il y a eu un gros pas en avant quand j’ai intégré le centre de préformation, mais derrière, une fois que je vois que je n’intègre pas de centre de formation et que je reviens jouer avec mes copains à Aurillac, je sors un peu du parcours classique. Ensuite, même une fois arrivé à Clermont, tout n’a pas été simple au début. »

Si les gens voient qu’on est investi et qu’on défend fièrement nos couleurs, avec les résultats je pense que ça va créer un engouement

Les redescentes de pros l’empêchaient même parfois d’évoluer en réserve, et c’est avec l’équipe 3 du club auvergnat qu’il devait batailler pour prouver sa valeur : « Ce n’était pas des moments faciles, mais c’est à mon image. Je me suis accroché », dit-il avant de synthétiser sans fard : « Sur la ligne de départ, je n’étais peut-être pas le plus talentueux ni le plus clinquant on va dire, mais, par contre, j’ai eu une grosse force mentale pour ne jamais lâcher, toujours travailler et donner le maximum. Je pense que c’est ça qui m’a toujours fait avancer et qui continuera encore à me pousser jusqu’à la fin de ma carrière. »

Une carrière jusqu’ici plutôt sympa où, après avoir été lancé par Corinne Diacre puis installé durablement en charnière centrale par son successeur sur le banc de Clermont, Pascal Gastien, il s’est ensuite envolé pour Lorient en juillet 2019. « Je sentais que j’étais arrivé au bout d’un cycle à Clermont », explique celui qui a passé 6 mois en commun avec un certain Gaëtan Laborde du côté du stade Gabriel-Montpied. « J’avais 24-25 ans et je pense que c’était le moment de franchir un cap et d’aller voir autre chose. » Pari gagnant. Champion de Ligue 2 dès sa 1ère saison en Bretagne, il passe 3 belles saisons dans l’élite et, même si la 4ème est plus difficile, il reste et devient un élément-clé de la remontée immédiate du club morbihannais la saison dernière.

C’était sans doute la plus belle des façons de terminer son bail breton, avant d’enfiler une autre tunique parée d’orange, celle du MHSC. Un choix surprenant de prime abord, mais très réfléchi quand on y regarde de plus près. « La proposition montpelliéraine est arrivée très tôt, en fin de saison dernière, alors que j’étais en fin de contrat », raconte Julien. « Je connaissais la situation globale du foot français et je savais que le marché allait être tendu. Le projet présenté par le coach et la direction, le fait de reconstruire, de repartir sur un projet neuf avec un état d’esprit et des valeurs… Tout cela a fait que je me retrouvais dans ce projet qui, en plus, sur ce que je vois aujourd’hui, correspond à ce qu’on m’avait présenté. »

Je me retrouvais dans ce projet du MHSC qui, sur ce que je vois aujourd’hui, correspond à ce qu’on m’avait présenté

Il poursuit : « Je n’ai évolué que dans 2 clubs pros et je ne voulais pas repartir sur un projet d’un an et redéménager ensuite. En dehors du terrain, je suis quelqu’un de tranquille, d’assez casanier. J’adore passer des moments avec ma femme et ma fille. En signant ici, j’aurais aussi plus de moments à partager avec ma famille qui n’est qu’à 3 heures de route de Montpellier. Ça a aussi compté dans ma décision de de venir. Pour moi, la famille c’est important. »

Dans une défense, ce n’est pas un défenseur central ou un latéral qui va faire la différence, mais le fait qu’on fonctionne ensemble

Son profil de joueur complet doté d’une très bonne lecture du jeu et à l’aise dans la relance, associée à une âme de leader, cochait beaucoup de cases au moment de dresser le portrait-robot de la recrue idéale en charnière centrale. Mais la vision de Julien Laporte dépasse clairement l’aspect individuel. « Je pense que ma plus grande force c’est de pouvoir réussir à connecter tout le monde », dit-il au moment de détailler son style de jeu.  « Je pars du principe que, dans une défense, ce n’est pas un défenseur central ou un latéral qui va faire la différence, mais le fait qu’on fonctionne ensemble. Il faut qu’on soit une équipe, un groupe, parce que si nous ne sommes qu’une somme d’individualités, ça ne marche pas. Le plus bel exemple pour moi, c’est le PSG. Ils avaient beau avoir les meilleurs joueurs au monde, ça ne marchait pas ; par contre, dès qu’ils ont trouvé un collectif, ils ont fait une saison exceptionnelle. Mon état d’esprit, c’est celui-là : essayer de rassembler pour qu’on soit  vraiment connecté les uns aux autres afin de réaliser de belles choses. »

Je me retrouvais dans ce projet du MHSC qui, sur ce que je vois aujourd’hui, correspond à ce qu’on m’avait présenté

Et lorsqu’on lui demande si repartir en Ligue 2 ne lui a pas fait peur, sa réponse est sans équivoque : « Au contraire, c’est un challenge excitant ! L’année dernière, avec Lorient, je me suis pris au jeu de vouloir remonter vite et d’avoir cette ambition. Si les gens voient qu’on est investi et qu’on défend fièrement nos couleurs, avec les résultats je pense que ça va créer un engouement, que les gens vont accrocher et on peut vivre de bons moments. En tout cas, rejouer en Ligue 1 avec Montpellier, c’est très clairement l’objectif ! »

Pour y parvenir, le nouveau n°15 pailladin connait la recette mais surtout le contexte : celui d’une équipe qui, comme Lorient la saison passée, descend de Ligue 1, avec ses traumatismes de la saison dernière en bandoulière et la cible dans le dos – à la fois, flatteuse et inhibante –  d’une équipe favorite du championnat de par son passé récent dans l’élite : « Il faut déjà laisser passer le mercato parce que, dans une équipe qui descend, les effectifs sont toujours un peu instables. Il y a des réductions de salaire, des éléments économiques qui impactent l’ensemble du club, tout le monde est un peu sonné… Il faut déjà laver les têtes, essayer d’effacer un peu ce qu’il s’est passé et repartir sur une nouvelle dynamique », souligne Julien. « Je trouve qu’on va dans ce sens. Je sens un club qui est en train de se restructurer, qui a tiré les conclusions de l’échec de l’année dernière et veut mettre de nouvelles choses en place. C’est intéressant et c’est un signal aussi positif parce que ça montre que le club a fait un bilan, s’est vite réorienté et a vite voulu repartir de l’avant. Le coach a bien insisté là-dessus. La saison dernière est terminée. Ce qui est fait est fait ; on ne reviendra pas dessus et il faut regarder devant. Chaque match sera un combat et il faut être bien prêt à ça. Il n’y a que le temps et les résultats qui vont faire qu’on tournera définitivement la page. »

Pour cela, il faut apprivoiser un nouveau championnat que le MHSC n’avait plus côtoyé depuis 16 ans : « La Ligue 2, c’est totalement différent. Toutes les équipes sont dures à jouer ; il n’y a ni petits ni gros, ça bataille dans tous les matchs. C’est un long championnat, un marathon avec son lot de surprises. » Mais, là encore, notre interlocuteur se montre optimiste, tout en restant réaliste : « ça va secouer. Il ne faut pas croire qu’on va gagner tous nos matchs 4-0. C’est une utopie ; ça n’arrivera jamais ! Ce qui me rassure, c’est la force mentale qu’on est en train de dégager. On fait une mauvaise entame contre le Red Star, on est mené mais on réagit pour revenir au score. Au Mans, on se fait égaliser dans le temps additionnel et on trouve la force de caractère pour aller marquer ce 2ème but et l’emporter. Ça montre que nous sommes sur la bonne voie et si on garde cette cohésion de groupe, on pourra faire de belles choses. L’effectif global est intéressant, avec de bons joueurs mais surtout une bonne mentalité. Or, le plus important si on veut performer, c’est d’avoir tout le monde qui tire dans le même sens.  On se construit, chaque match nous apporte son lot d’enseignements et de choses à améliorer. On voit qu’on est encore perfectible dans le jeu, mais par contre, la base c’est d’avoir l’état d’esprit et ça on l’a donc, à partir de là, j’ai confiance en l’avenir. Si on garde cet état d’esprit on pourra faire un bon championnat. »

La base c’est d’avoir l’état d’esprit et on l’a donc j’ai confiance en l’avenir. Si on garde cet état d’esprit on pourra faire un bon championnat

Prochaine étape vendredi soir avec la venue d’Amiens à La Mosson : « Les Picards font un bon début de saison, un peu inattendu parce qu’ils ont eu pas mal de départs », analyse l’ancien Clermontois et Lorientais. « C’est une équipe typique de L2 avec de bons joueurs capables de faire la différence individuellement, un collectif qui a l’air soudé et un coach qui est là depuis longtemps aussi. Ce sera un adversaire difficile à jouer pour finir ce premier bloc de matchs avant la trêve internationale. Ce serait bien qu’on arrive à prendre les 3 points pour enclencher une bonne dynamique à la maison. »

Personnage à double facette, assez discret et pas le plus expressif dans la vie, mais plus expansif et directif parce que « pour moi, le terrain c’est la guerre et que je défends ma maison », Julien Laporte ne pouvait terminer cet entretien sans évoquer sa découverte du public de La Mosson dans la peau d’un joueur pailladin :

On va donner le maximum pour redonner des couleurs à la Paillade. C’est un très beau défi que je suis heureux de relever

« J’ai beaucoup aimé l’accueil que nous avons eu face à Red Star, parce que je ne savais pas trop à quoi m’attendre par rapport à ce qui s’était passé la saison dernière », reconnait-il. « On n’a pas réussi à le montrer sur les 20 premières minutes mais, pour en avoir discuté avec l’équipe, leur soutien nous a touchés. Si on veut faire de belles choses cette année, il nous faudra réaliser un gros parcours à domicile et, pour cela, nous aurons besoin de notre public. » Une phrase aussi connue qu’importante qui se prolonge par un appel à l’union sacrée : « Après une descente de Ligue 1, on pense toujours que ça va être morose, mais si on arrive à fidéliser le public et à le ramener avec nous, on peut vivre un truc très sympa. Venez au stade ! De notre côté, nous allons tout faire pour vous rendre fiers et essayer de remettre Montpellier à sa place. C’est un objectif qui va nécessiter beaucoup d’énergie et beaucoup de solidarité dans tout le club parce que la saison va être longue et difficile, mais on va donner le maximum pour redonner des couleurs à la Paillade. C’est un très beau défi que je suis heureux de relever » Ça donne envie !

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