Julien Laporte : « Une saison cohérente »
Avant ce dernier match à domicile de la saison régulière, le capitaine montpelliérain a pris le temps de se poser pour porter un regard sur l’exercice 2025-2026 qui touche à sa fin. Une analyse toute en sincérité, à la fois lucide et pleine d’espoir.
Presqu’un an après ton arrivée, est-ce que l’image du MHSC correspond à celle que tu t’en étais faite ?
Oui. Que ce soit sur la mentalité des gens autour, sur l’ambiance au stade, les supporters, même sur l’aspect club. Sur ce dernier élément, il y a eu pas mal de choses à mettre en place et à réinstaller en termes, je pense, de mentalité de travail, ce qui a été bien fait de la part du staff technique, médical et même des joueurs. Je trouve qu’on s’est bien mis au travail. A titre plus personnel, je suis content de ma première saison ici. Je fais partie d’un bon groupe et j’ai pris énormément de plaisir à venir tous les matins ; Ça, c’est fondamental dans notre métier.

Pour moi, le MHSC se doit d’avoir l’ambition de jouer la montée directe
Tu as été champion de France de Ligue 2 la saison dernière avec Lorient et tu as choisi de relever le défi du MHSC. A deux journées de la fin de la saison régulière, quel est ton bilan ?
Si on arrive à accéder aux barrages, je pense qu’il sera plutôt correct et cohérent. Pour moi, le MHSC se doit d’avoir l’ambition de jouer la montée directe. Si on n’arrive pas à le faire cette année, il faudra y parvenir la saison prochaine parce que c’est un club qui doit évoluer en Ligue 1 et pas en Ligue 2,
tout simplement.
Notre saison 2025-2026 a été jalonnée de pas mal de rebondissements et de péripéties. La Ligue 2 est un championnat difficile. Nous avons peut-être mis un peu de temps à prendre conscience de tout ce que ça demandait en termes d’efforts et de régularité. Quand on descend de Ligue 1, on croit toujours que la Ligue 2 c’est plus facile, mais ce n’est pas le cas ; Remonter est quelque chose de très compliqué. La saison est quand même cohérente. Je trouve que nous avons réussi à redonner une image positive de l’équipe. Voir les supporters qui nous encouragent comme ça, même après des contre-performances et qui sont toujours avec nous, je trouve que c’est positif. Ils voient notre investissement et que nous essayons de faire du mieux possible. Le but maintenant, c’est d’avoir de l’ambition pour cette fin de saison et aussi pour la suite parce que c’est important d’en avoir ; Montpellier doit en avoir.

Tu l’avais connu à Lorient, descendre en Ligue 2 est un virage toujours délicat. Est-ce que le MHSC l’a bien négocié selon toi ?
Oui, déjà parce qu’on a pu repartir et faire une année correcte ; ce qui n’est jamais gagné d’avance. Il n’est pas rare de voir des clubs enchaîner deux descentes de suite ou, du moins, deux saisons galères d’affilée. Je pense notamment à Clermont qui a sauvé sa place en L2 lors des barrages la saison passée et qui était encore en L1 il y a un peu moins de deux ans. Ce n’est jamais facile d’amortir une descente, surtout pour un club comme Montpellier qui est resté très longtemps dans l’élite. On prend d’autres habitudes avec d’autres moyens ; la mentalité est aussi différente en L1 et en L2 donc, de ce point de vue-là, la transition est réussie, c’est certain.
Ce n’est jamais facile d’amortir une descente, surtout pour un club comme le MHSC qui est resté très longtemps dans l’élite. De ce point de vue-là, la transition est réussie

Comment analyses-tu la saison de l’équipe ? On a l’impression qu’à chaque fois qu’il y a eu un tournant pour basculer du bon côté, on l’a un peu manqué…
En première partie de saison, je pense qu’on a mis un peu de temps à prendre conscience qu’on était capable de faire de belles choses et de pouvoir accrocher les barrages. J’espère que ça ne nous coûtera pas ces 4-5 points qui pourraient nous manquer sur la fin de saison. D’un autre côté, on a un groupe très jeune et il fallait du temps pour que chacun comprenne l’exigence de la Ligue 2 ; déjà d’un point de vue athlétique, car il y a beaucoup d’impact et de duels, peut-être même plus qu’en Ligue 1. Il fallait assimiler ça. Une fois qu’on l’a fait, on a eu un mois de janvier un peu compliqué. Je pense que le mercato nous a pas mal perturbés, mine de rien. Le groupe est jeune et quand on a 20-21 ans et qu’on sait que, potentiellement, tous les joueurs peuvent être vendus, forcément, ça perturbe. Il y a aussi le départ de Bećir (Omeragic), fin janvier, qui nous a fait quand même du mal. Malgré-ce, je trouve qu’on a bien réagi puisque, depuis le mois de février, nous sommes très performants.
Même si nous avons raté deux ou trois tournants, je trouve qu’on a répondu présent. C’est ce qui me fait dire que nous avons bien évolué
Le petit regret, c’est qu’il y a eu pas mal de matchs qui se sont joués sur des décisions arbitrales qui ont été contraires pour nous. L’erreur fait partie du jeu, même pour les arbitres, mais j’ai quand même en tête deux matchs à domicile qui ont été deux tournants majeurs et qui se jouent là-dessus : le match de Reims où on a un but refusé à Alex (Mendy) qui est totalement valable et le scénario du match contre Troyes où on doit être à 3-1 ou 4-1 pour nous et au final on est à 2-1 et on se refait remonter à 2-2. Même si nous avons, nous aussi, raté deux ou 3 autres tournants, je trouve qu’on a répondu présent et c’est ce qui me fait dire que nous avons bien évolué sur cette deuxième partie de saison. Des matchs comme Reims, Le Mans, Guingamp ou Troyes à domicile sont là pour en attester.

L’état d’esprit de ce groupe est top. Les plus jeunes comme les plus anciens, tout le monde tire dans le même sens
Le MHSC possède aussi la meilleure défense du championnat. On imagine qu’en tant que défenseur central, cette statistique doit être une vraie satisfaction…
A titre personnel, c’est un petit challenge parce que l’année dernière j’ai fini meilleure défense avec Lorient, donc finir deux fois meilleure défense, ça serait valorisant (sourire). Au-delà de ça, ce genre de stat est révélatrice d’un état d’esprit positif car c’est le travail de toute une équipe. Ce serait trop facile de dire que ce sont juste le gardien et les quatre ou cinq défenseurs qui font que nous sommes performants défensivement. Le gros travail effectué par les garçons de devant nous soulage énormément. Le coach est un ancien défenseur. Il a une manière de nous faire défendre qui est intéressante et qui nous permet d’être solides. Bien défendre, ce sont les fondations très importantes et nous savons qu’être performant défensivement pourra nous amener à prendre des points. Il faut qu’on continue comme ça.
Qu’est-ce qui fait la force de ce groupe ?
Nous avons de bons joueurs mais je dirai d’abord l’état d’esprit. On a un groupe qui est sain, qui travaille, qui est à l’écoute ; Il n’y a pas de mauvaise personne et c’est ce qui nous permet d’avancer. On construit des bases solides pour la suite. Maintenant la suite, que sera-t-elle ? On verra comment ça va se passer. Quoi qu’il en soit, l’état d’esprit de ce groupe est top. Que ce soit Mathieu (Michel) ou Téji (Savanier) qui sont les plus anciens, ou bien Naoufel (El Hannach) et Yanis (Issoufou) qui sont parmi les plus jeunes, tout le monde tire dans le même sens. On partage des choses en commun, donc c’est intéressant.
A l’inverse, qu’est-ce qui a le plus manqué ?
Par moments, cette mentalité un peu de ‘’tueur’’ mais je n’aime pas trop ce terme. Je dirai plutôt d’être capable de sanctionner les équipes sur nos temps forts. A Reims, par exemple, tu fais un bon match et au final, tu perds 2-0 alors que si tu es un peu plus mature dans ton jeu, tu les punis et tu gagnes 3-0. C’est ce qui nous a manqué par moment, surtout en première partie de saison : valider nos temps forts. C’est important d’y parvenir dans un championnat où tout le monde peut lâcher des points contre tout le monde. A chaque match, c’est du 50/50 et si tu punis l’adversaire et que tu engranges des points, c’est ce qui fait la différence à la fin.

Quelque part, le MHSC n’a-t-il pas payé pour apprendre ?
Si, forcément. On savait qu’on était en phase d’apprentissage. C’est pour ça aussi que le coach n’a cessé de répéter sur la première partie de saison que nous étions en reconstruction. Dans une telle période, tu es obligé d’apprendre parce que si tu arrives avec beaucoup d’ambition mais beaucoup trop d’ego, tu te fais vite rattraper et le danger est là, au lieu de restructurer le club et de repartir sur des bases saines, tu peux très vite te retrouver à lutter pour le maintien, même si tu as une bonne équipe. Je pense que les choses ont été faites dans l’ordre. On va voir où ça nous mène en cette fin de saison.
J’espère aider à ramener le MHSC en Ligue 1. Ce serait une grande fierté pour l’équipe et pour moi

Comment juges-tu ta saison personnelle ?
Je pense réaliser une des meilleures saisons de ma carrière. Sur le plan sportif, hormis la blessure et le carton rouge contre Boulogne qui sont un peu dommageables, le reste a été positif. Je suis content parce que je me suis vite acclimaté à une nouvelle façon de jouer, à mon environnement, à la découverte d’un nouveau club, parce que ça faisait quand même 6 ans que j’étais à Lorient, donc c’était un grand changement de vie pour moi. Je suis content de l’image que j’ai montrée et surtout des relations que j’ai nouées avec ce groupe.
Tu as aussi été capitaine, ce qui est assez rare pour une recrue…
C’est une fierté et une reconnaissance. J’en suis très heureux mais j’aurais préféré ne pas avoir le brassard et que Bećir (Omeragic) reste avec nous. Après, par rapport au rôle de capitaine, le fait que j’ai le brassard ou pas, ça ne change pas tant que ça ma façon d’être parce que je suis quelqu’un qui parle et qui a un côté un peu leader… De par ma position déjà, mais aussi par mon jeu. Je suis quelqu’un qui a besoin de connecter les joueurs autour de soi pour être performant. Le fait que le groupe soit très jeune et que nous soyons quelques anciens, fait que ça vient naturellement aussi.

Quel est ton regard global sur le championnat, même si la saison n’est pas tout à fait terminée ?
Troyes a été l’équipe la plus régulière. Sans être incroyable à certains moments à l’image de leurs succès contre nous au match aller alors que nous étions en infériorité numérique où ils m’ont pas non plus fait forte impression (1-0). Ils ont quasiment toujours marqué des points. C’est une équipe qui a fait peu d’erreurs et qui a laissé peu de choses à ses adversaires, ce qui lui a permis de franchir les caps. Après, j’ai trouvé le championnat homogène, comparé à l’année dernière où je trouvais qu’il y avait vraiment trois voire quatre équipes qui sortaient du lot. C’est un championnat très serré, exigeant avec beaucoup de qualités athlétiques et de densité. Chaque match est un combat où il faut faire preuve d’une grande maîtrise.
Les supporters nous ont toujours soutenu du début à la fin, peu importe les résultats, donc un grand merci à eux

Comment abordes-tu le match du jour contre Clermont ?
C’est un match à enjeux, pour nous comme pour eux parce que, même si c’est bien engagé, les Clermontois n’ont pas encore mathématiquement validé leur maintien. De notre côté, nous savons que nous sommes ‘‘obligés’’ de remporter les deux derniers matchs pour espérer accrocher les barrages. Comme la semaine dernière à Amiens, je m’attends à un match très difficile. J’espère que nous allons être efficaces et gagner pour accrocher les barrages car cela récompenserait une belle fin de saison et, pourquoi pas, espérer plus ensuite. A nous de bien aborder la rencontre de ce soir, d’être très sérieux et de rééditer nos bonnes performances de ces dernières semaines, notamment à domicile.
Clermont, ça représente quoi pour toi ?
C’est le côté cœur. J’y ai évolué de 2011 à 2019, c’est le club qui m’a lancé en professionnel, qui m’a donné ma chance à un moment où je pensais que le monde pro commençait à s’éloigner pour moi, donc j’en suis très reconnaissant. J’ai même joué avec le coach actuel, Sébastien Mazeyrat. J’ai commencé avec lui en équipe réserve, donc, forcément, il y a des attaches. Bien sûr, le groupe a changé, mais j’ai toujours une affection particulière pour Clermont.
Pour conclure, quel est ton message pour les supporters ?
Bravo à eux parce que c’est dur de gérer une descente et de repartir en Ligue 2, aussi bien pour le personnel administratif que pour les supporters. Nous, les joueurs, nous sommes au cœur de l’action, donc c’est un peu différent, mais c’est sûr que, pour les personnes qui sont très proches du club mais, en même temps, sont un tout petit peu extérieur, c’est parfois difficile. Pour en revenir aux supporters plus spécifiquement, ils nous ont toujours soutenu du début à la fin, peu importe les résultats, donc un grand merci à eux, franchement. J’espère aider à ramener le MHSC en Ligue 1. Ce serait une grande fierté pour moi et pour l’ensemble de l’équipe. Si ce n’est pas cette année, j’espère que ce sera à l’issue de la saison prochaine. En tout cas, j’ai vu que la Butte Paillade 91 et le Club Central des Supporters avaient fêté leurs anniversaires, donc, joyeux anniversaire à eux !



