Équipe pro masculine

Nicolas Damont met le cap au Sud

Arrivé dans le sillage de Zoumana Camara en avril dernier, le jeune technicien de 42 ans, Parisien pur sucre, découvre un nouveau monde avec humilité, envie et détermination. Rencontre

Ayant grandi à Torcy, en Seine et Marne, à quelques encablures de Disneyland et de la ville nouvelle de Marne-la-Vallée, Il eut été facile pour lui de se rêver en personnage de dessins animés, voire même en star de ciné… Mais après avoir fait un peu de judo – « Ma mère en avait marre des bagarres avec mon petit frère les mercredis après-midi », sourit-il – Nicolas Damont s’est vite tourné vers le ballon rond. Un premier tournant suivi d’un second, quelques années plus tard, alors qu’il était en sport étude entre le collège et le club de foot de Torcy : « En 4ème et 3ème, une fois par mois, on devait aller entraîner des débutants les mercredis après-midi et ça m’a plu tout de suite », raconte-t-il. Au point de prendre une équipe en charge dès l’âge de 15 ans, tout en poursuivant sa carrière de joueur… Avant de devoir faire un choix. « J’ai joué jusqu’en R2, mais, à un moment donné, c’était devenu trop difficile d’allier les deux. » Sa passion du coaching est alors suffisante pour le pousser à raccrocher les crampons à l’âge de 26 ans pour se consacrer pleinement à une carrière d’éducateur. Il prend successivement en charge les 14 ans fédéraux de Torcy, en 2008-2009, puis les U15 régionaux avant de passer 9 saisons, sur le banc des U17 nationaux.

« Humainement, ça s’est tout de suite bien passé (avec Zoumana Camara), avec un peu cette impression de déjà se connaître alors que je le connaissais évidemment plus que ce qu’il pouvait me connaître moi, notamment grâce à son passé de joueur

C’est là qu’un prestigieux voisin nommé Paris Saint-Germain le repère et qu’un certain Bertrand Reuzeau, en quête d’un adjoint pour les U17 du club phare de la capitale, le contacte, en juin 2019. D’abord adjoint de Stéphane Moreau et Hervé Guégan, sa carrière connait un nouveau coup d’accélérateur pendant la période Covid. Nommé coordinateur sportif du Centre de Formation parisien après avoir fait partie du staff de l’équipe première, Zoumana Camara doit suppléer Stéphane Moreau, souffrant.

Entre les deux hommes, le feeling est immédiat et, un an et demi plus tard, le nouveau coach montpelliérain propose à Nicolas de devenir son adjoint avec les U19 nationaux du PSG. Ensemble, ils atteindront les 8èmes de finale de la Youth League (défaite contre Dortmund aux tirs au but) et échoueront de peu une première fois en finale du championnat de France avant de remporter le titre national en fin de saison suivante. « Humainement, ça s’est tout de suite bien passé entre nous, avec un peu cette impression de déjà se connaître alors que je le connaissais évidemment plus que ce qu’il pouvait me connaître moi, notamment grâce à son passé de joueur », sourit Nicolas Damont, au moment d’évoquer son entente avec Zoumana Camara. « Au niveau terrain, nous étions assez complémentaires dans le sens où lui avait sa très grande expérience de joueur et celle d’avoir accompagné des coachs de très haut niveau ; et moi j’entraînais depuis l’âge de 15 ans donc j’avais déjà plus de 20 ans d’expérience de séances d’entraînement. Ajoutez à ça une forme de loyauté et l’amitié qui est venue au fil du temps et ça a créé une complémentarité qui, je l’espère, fait notre force ».

La saison dernière, tandis que ‘’Papus’’ s’était mis en retrait en attendant une opportunité, Nicolas Damont est retourné travailler auprès de l’équipe réserve du PSG… avant que son téléphone ne sonne le 7 avril dernier. Au bout du fil, Zoumana Camara lui propose de le suivre dans son nouveau défi montpelliérain :

Je ressentais un peu de stress mais surtout de la fierté de rejoindre un club historique du foot français

« C’est quelque chose dont on avait discuté en amont. Il m’avait dit que s’il avait une opportunité dans une équipe professionnelle, il aimerait que je l’’accompagne, donc je n’étais pas surpris de son appel », admet l’entraîneur adjoint montpelliérain. « Après, tout s’est fait très vite. Le lundi, Papus m’a appelé juste avant ma séance vers 15h, pour me dire qu’il avait une visio dans la soirée avec Montpellier. Le soir même, il m’a dit : ‘’Demain, on se rejoint à 11h à Montpellier ; à 12h on mange avec le Président, à 13h on signe les contrats, conférence de presse à 14h et, à 16h, il faut être sur le terrain avec l’équipe’’. »

« Mettre en place le système d’entraînement en partant du projet de jeu et des attentes du coach, construire et animer les séances en concertation avec l’ensemble du staff. »

Un changement de vie ultra rapide qui ne l’a pas franchement effrayé : « Je vous avoue quand même que je n‘ai pas super bien dormi dans la nuit de lundi à mardi », tempère. « Je ressentais un peu de stress mais surtout de la fierté de rejoindre un club historique du foot français et de voir que Zoumana Camara m’avait fait confiance en me permettant de le suivre ici. Je tiens aussi à remercier le Président et les dirigeants du MHSC pour leur confiance, ainsi que ceux du PSG d’avoir accepté de me libérer. »

Pour moi, le rôle d’adjoint, c’est être curieux par rapport au travail de l’entraîneur et de mettre l’exigence par rapport à ce qui se qui met en place. Ça va de paire avec confiance et loyauté. Cette dimension-là doit, à mon sens, être centrale dans la manière de travailler.

Le voilà donc dans le grand bain avec plein de premières au menu : chez les pros, en Ligue 1, mais aussi pour la première fois loin de Paris, même si, ses grands-parents venant de Lozère, il « connait le MHSC depuis tout jeune ». Et comme si cela ne suffisait pas, il fallait y rajouter un contexte très difficile sportivement : « Les dirigeants ont été assez clairs avec nous et nous ont tout de suite dit qu’à moins d’un grand miracle, le club allait descendre en Ligue 2 », détaille Nicolas. « La demande était d’abord de faire le point sur l’effectif et le fonctionnement global. De notre côté, nous avons été exigeants sur ce qu’on voulait voir en termes d’engagement et de contenu par rapport à notre projet de jeu. Être arrivé en fin de saison nous a permis de gagner du temps pour cette année. »

Au cœur d’un staff élargi cet été comme jamais dans l’histoire du club – « Nous avons mis certaines choses en place et il est important de remercier le Président et les personnes du club qui nous ont suivies dans nos demandes » – Nicolas Damont, père de 3 enfants, est plus spécifiquement chargé « de mettre en place le système d’entraînement en partant du projet de jeu et des attentes du coach, de construire et d’animer les séances en concertation avec l’ensemble du staff. » L’occasion de demander à notre interlocuteur sa vision du rôle d’adjoint : « La posture d’adjoint dépend forcément du numéro un », explique-t-il. « L’avantage avec Zoumana, c’est que, comme il a connu ce rôle et de par sa mentalité aussi, il me laisse beaucoup de libertés et je me suis tout de suite bien senti. Pour moi, le rôle d’adjoint, c’est être curieux par rapport au travail de l’entraîneur et de mettre l’exigence par rapport à ce qui se qui met en place. Ça va de paire avec confiance et loyauté. Cette dimension-là doit, à mon sens, être centrale dans la manière de travailler. » L’occasion aussi de lui demander quel genre d’entraîneur est Zoumana Camara : « C’est quelqu’un de très calme, avec des convictions fortes qu’il essaie d’amener petit à petit. Il a sa vision du jeu et sa manière de manager. Il a ce fonctionnement de manager qui regarde un petit peu comment ça fonctionne partout. C’est quelqu’un qui est capable de prendre du recul et qui dégage une force tranquille. »

Une force tranquille dont le MHSC, propulsé favori du championnat par certains de par son histoire mais encore convalescent et en reconstruction, risque d’avoir bien besoin en ce début de saison : «  Il y a eu pas mal de changements, donc je pense qu’il va falloir un petit peu de temps pour que tout s’imbrique correctement mais je suis convaincu que nous avons des bons joueurs dans toutes les lignes et une fois qu’ils auront un peu plus d’expérience partagée et qu’ils auront compris exactement quelles sont nos attentes, nous pourrons jouer la première partie de tableau, voire mieux. L’idée, c’est de remettre le MHSC à la place qui doit être la sienne, c’est-à-dire en Ligue 1, d’ici 2 ans », détaille Nicolas Damont, dont le parcours universitaire axé sur la sociologie des Centres de Formation et la formation au métier de footballeur et qui aime tout ce qui touche aux questions des sciences sociales, pourrait aussi s’avérer précieux. « Nous savons aussi que nous serons beaucoup plus jugés sur les résultats et plus seulement sur le développement des joueurs, même si ça fait aussi toujours partie de nos objectifs, notamment parce que l’effectif a été rajeuni et que la formation fait partie de l’ADN du club. C’est un travail important que nous nous attelons à mettre en place. », admet Nicolas, qui a retrouvé dans l’Hérault Christopher Jullien, qu’il a coaché à Torcy quand il avait 11 ans.

je suis convaincu que nous avons des bons joueurs dans toutes les lignes et une fois qu’ils auront un peu plus d’expérience partagée et qu’ils auront compris exactement quelles sont nos attentes, nous pourrons jouer la première partie de tableau, voire mieux

La transition est toute trouvée pour évoquer le début de saison et particulièrement le premier match contre le Red Star. « Je regrette un peu cette première demi-heure où je trouve que nous n’avons pas montré l’image qu’on a pu dégager sur les matchs de préparation. Nous n’avons pas joué de manière assez libérée au départ, ce qui peut se comprendre, notamment en termes d’appréhension », analyse Nicolas. « La pause fraîcheur nous a permis d’ajuster certaines choses et les garçons ont montré du caractère en revenant au score. A la mi-temps, le 1-1 est plutôt bien payé pour nous, mais, sur la 2ème mi-temps, on mérite de l’emporter. Je tiens aussi à souligner le soutien des supporters qui a été important. Quand ils nous portent, ça change tout. Je les remercie pour l’accueil que nous avons eu sur ce premier match et par rapport à leur présence. Pour en avoir discuté un petit peu avec Robin (Gasset) et des anciens du club, j’ai entendu parler de l’ambiance quand la Mosson était pleine. Mon souhait le plus fort serait de vivre un match dans ces conditions, même si la capacité d’accueil du stade n’est plus tout à fait la même. J’aimerais vivre un match comme ça et je pense qu’eux aussi. J’espère qu’on arrivera à le faire avant la fin de saison. » Un tel finish serait comme une sorte de happy end à la Disney…

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