
Pays – Issoufou : Faux ailiers, vrais atouts
Jokers en début de saison et pas forcément attendus dans le positionnement tactique qui est le leur aujourd’hui, Nicolas Pays et Yanis Issoufou symbolisent ce MHSC qui a su se réinventer… Rencontre
Vous n’étiez tous les 2 pas titulaires en début de saison. Comment avez-vous vécu cette période ?
Nicolas PAYS : Je revenais d’une blessure contractée en fin de saison dernière. Il fallait que je prenne mon mal en patience et que je continue à travailler. J’avais la conviction qu’avec la patience et le travail, j’allais réintégrer l’équipe petit à petit. Le fait d’avoir été sorti du groupe à un certain moment a forcément été spécial parce que, quand on est joueur, on a toujours envie de jouer, mais je me suis réfugié dans le travail et ça a porté ses fruits.

Je me suis réfugié dans le travail et ça a porté ses fruits
Yanis ISSOUFOU : Même si je ne jouais pas beaucoup au départ, j’étais quand même à l’entraînement avec le groupe pro, je travaillais beaucoup et j’ai aussi pu retrouver du temps de jeu et des sensations de match avec l’équipe réserve.
Le fait d’avoir commencé à faire des stats en N3 m’a mis en confiance, puis, le coach Camara m’a donné ma chance et, depuis, tout se passe plutôt bien pour moi. Pourvu que ça dure (sourire).
Aujourd’hui, vous êtes parmi les 4 joueurs qui ont disputé le plus de matchs depuis le début de l’année civile 2026 (10). Quel a été, pour vous, le match déclic et comment vivez-vous ce retour au premier plan ?


Yanis : La victoire à Metz en Coupe de France m’a beaucoup aidé mentalement. Ça m’a remis en jambes, en confiance aussi, et depuis ce match-là, je me sens plus libéré dans le jeu. Je suis très content de cette statistique concernant le temps de jeu en 2026. Je ne pensais pas avoir autant joué comparé à d’autres. Ça fait du bien d’enchaîner les matchs.
En pointe, tu as l’habitude d’avoir le défenseur derrière toi. Sur le côté, la notion d’un-contre-un est quelque peu différente
Nicolas : Si je devais désigner un match déclic pour moi cette saison, ce serait la victoire à Laval (8ème journée, le 27 septembre, NDLR). Collectivement d’abord puisque c’est la victoire qui lance notre première belle série de la saison et, personnellement, puisque je retrouve une place de titulaire et je tape le poteau. Ensuite est venue la victoire contre Nancy, un mois plus tard, au cours de laquelle j’ai inscrit mon 1er but chez les pros. Un moment forcément particulier (sourire). Concernant mon temps de jeu en 2026, ça fait vraiment plaisir. Ça montre qu’on trouve un bon équilibre entre nous deux, Yanis et moi. Ce qui fait notre force aussi, c’est qu’on prend du plaisir sur le terrain. Il faut continuer comme ça.
Vous partagez tous les deux le point commun d’évoluer dans des couloirs offensifs d’un 4-1-4-1, sans être des ailiers de formation. Comment vivez-vous ce changement de poste, plutôt réussi finalement ?

Nicolas : J’ai vécu une période à ce poste lors de mon passage au Centre de Formation de Clermont mais, hormis ce temps-là, j’ai toujours joué n°10, que ce soit avant mon passage en Auvergne au lors de mon retour au Puy, juste avant de rejoindre le MHSC, en janvier 2025.
J’aime bien ce poste d’ailier parce que ça me permet de rentrer sur mon pied gauche et d’avoir tout le jeu devant moi. Quand on évolue dans l’axe, le jeu est forcément différent car tu cherches la passe, tu es parfois dans l’évitement et la recherche d’espaces. Sur une aile, il y a un rapport de force, vu que tu dois prendre le dessus sur le défenseur latéral adverse. Il faut provoquer le un contre un, tenter d’éliminer, de marquer, de faire des passes décisives. C’est un poste que je trouve plaisant.
Sur une aile, il y a un rapport de force, vu que tu dois prendre le dessus sur le défenseur adverse et tenter d’éliminer
Yanis : Mon poste naturel est celui de n°9 mais j’apprécie d’évoluer en position d’ailier. Ça me permet de mettre en valeur plusieurs de mes qualités, dont la vitesse et la répétition des efforts ; donc je n’étais pas non plus totalement perdu à ce poste. Il m’a juste fallu un petit temps d’adaptation mais je m’y sens bien. Concernant les différences avec le poste d’avant-centre, il est certain que, quand tu es attaquant de pointe, tu as plus l’habitude d’avoir le défenseur derrière toi et de devoir le fuir, trouver l’espace ou te faire oublier. Sur le côté, la notion d’un contre un est quelque peu différente.
Si vous deviez vous décrire l’un – l’autre sur le terrain, comment le feriez-vous ?


Je dois aussi améliorer mon taux de réussite dans les un-contre un que je provoque
Nicolas vu par Yanis : L’aspect qui marque d’entrée chez Nico, c’est sa première touche et sa facilité à éliminer l’adversaire. Je pense aussi à son pied gauche qui est très précis. Je ne le connais que depuis un peu plus d’un an, mais je trouve qu’il a beaucoup amélioré son pied droit, lui le pur gaucher. Il court beaucoup et répète bien les efforts aussi… Mais moins que moi quand même ! (rire) Ce qu’il doit améliorer ? Il est un peu parfait non ? Je dirai son jeu de tête quand même (sourire). Un joueur qui lui ressemble en Ligue 1 ? Je dirai Florian Thauvin.
Yanis vu par Nicolas : Yanis va vite. C’est quelqu’un qui répète les efforts, qui est capable d’emmener de la percussion et de la fraîcheur. Il met beaucoup de ballons dans le but donc, forcément, quand on est autour, ça fait plaisir car il peut te délivrer de bons ballons. S’il me fait penser à un joueur en particulier ? Je dirai Leroy Sané quand il était à Manchester City.
Quelle qualité prendriez-vous chez votre interlocuteur et quel défaut vous ne prendriez pas ?

Nicolas vu par Yanis : Pour sa qualité, je dirai sa facilité à enrouler au second poteau. Et son défaut, son jeu de tête (sourire)
Yanis vu par Nicolas : Je prendrai sa vitesse, sans hésitation. Ce que je ne prendrai pas ? son pied droit (éclat de rire)
Si vous deviez vous décrire l’un l’autre hors-terrain, comment le feriez-vous ?
Nicolas : Je dois améliorer mon efficacité dans les 30 derniers mètres ; être plus juste dans mes choix ou dans mes passes pour amener soit une passe décisive, soit une avant-dernière passe décisive. Je dois aussi m’améliorer dans le dernier geste et être plus efficace dans la finition.
Yanis : Je dirai à peu près la même chose me concernant, en y ajoutant plus de la sérénité dans mes choix au moment où j’ai la possibilité d’être décisif. Je dois aussi améliorer mon taux de réussite dans les un contre un que je provoque.
Parmi vos statistiques les plus parlantes, vous êtes les deux dans le top 3 des joueurs du MHSC qui tentent le plus de dribbles, qui réalisent le plus de sprints à haute intensité, qui tentent le plus de duels et qui touchent le plus de ballons dans la surface adverse…

Yanis : Concernant les pressings, nous sommes capables de les répéter et de bien les effectuer, ce qui nous permet aussi de récupérer des ballons hauts et pouvoir se créer encore plus d’occasions. Ça rejoint la stat sur notre grand nombre de ballons touchés dans la surface. Il faut qu’on trouve cette efficacité pour pouvoir ‘’stater’’ encore plus en termes de buts ou de passes décisives. Ça montre aussi qu’on se trouve dans la surface, qu’on s’y projette. C’est une bonne chose et j’espère que ça va finir par encore mieux payer, pour nous mais surtout pour l’équipe.
A nous de tout donner devant notre public pour poursuivre notre belle série à domicile
Nicolas : Concernant les sprints à haute intensité, cela fait partie des choses demandées par le coach et le staff. C’est un aspect que nous sommes capables de tenir tous les deux ; Yanis encore plus que moi d’ailleurs. Ça fait partie de l’équilibre de l’équipe et de ce que nous sommes ‘’obligés de faire’’ entre guillemets… Mais c’est ce qui nous emmène à des victoires aussi. Pour le reste, Yanis a très bien résumé. Cette stat prouve que nous sommes dans la surface et c’est déjà un bon point. Après, comme je l’ai dit précédemment, c’est notre efficacité dans le dernier geste qui nous permettra de passer un cap.
Vous n’êtes pas parmi les plus gros gabarits de l’équipe, mais vous faites partie des joueurs qui gagnent le plus de duels…. Quel est votre secret ?

Nicolas : Je pense que Yanis a, peut-être, toujours eu ce physique un peu frêle. De mon côté, j’étais un peu plus petit que les autres, j’ai grandi plus tard et je suis convaincu que le fait de jouer contre des plus grands gabarits que soi, ça forge. On est obligé de compenser par autre chose, de voir avant, d’anticiper ou tout simplement de s’adapter. Quand on y est régulièrement confronté, c’est quelque chose qui devient presque naturel.
Nous avons la possibilité de vivre quelque chose de très positif sur cette fin de saison
Yanis : Cette statistique montre l’engagement et la détermination que nous mettons tous les deux. Ce n’est pas qu’une question de physique ; ça se joue aussi dans la tête, il ne faut pas avoir peur, il faut y aller, se dire qu’on va récupérer le ballon. Comme Nico l’a dit, ça se compense aussi par d’autres qualités, notamment celle de ‘’voir avant’’ pour avoir un temps d’avance qui nous permet de gagner un duel.
Comment analysez-vous votre saison personnellement et collectivement ?

Nicolas : Je suis très content. J’ai pu participer beaucoup à la saison. Il y a beaucoup de moments cette année où j’ai pris du plaisir ; entre la Coupe de France et le championnat. J’espère que ça va continuer et que ça va être beau jusqu’à la fin de saison. J’ai l’impression d’avoir passé quelques caps mais je sais que, dans le foot, tout va très vite. Un coup, on est en haut, un coup, on est un peu plus en bas. C’est la raison pour laquelle il faut continuer à travailler pour maintenir de bonnes performances. Collectivement, on se retrouve aujourd’hui dans un sprint final pour atteindre les places de barragiste. C’est quelque chose auquel on s’est donné le droit d’accéder et j’espère que nous serons dans cette lutte le plus longtemps possible.
Je dois augmenter mon efficacité dans les 30 derniers mètres
Yanis : Personnellement, je suis très content de ma saison, mais elle n’est pas encore finie (sourire). C’est vrai que j’ai vécu des saisons précédentes qui étaient assez difficiles et aujourd’hui, ça me met de bonne humeur. Je prends du plaisir à jouer et à enchaîner les matchs. Mon expérience personnelle avec les blessures passées me fait prendre conscience que tout peut aller très vite, dans un sens comme dans l’autre, mais j’essaie de ne pas y penser. Je vis au jour le jour. Si j’ai la chance de jouer, je prends du plaisir à disputer ce match et à donner le maximum pour l’équipe.
Comment analysez-vous la saison de l’équipe qui, comme vous, après des débuts timides et irréguliers, semble monter en puissance ?

Yanis : Le groupe a beaucoup évolué l’été dernier et nous avons a appris à nous connaître au fur et à mesure. Nous avons un bon groupe qui vit bien ensemble. Même dans les moments plus difficiles, nous avons su rester soudés, unis, solidaires, et c’est aussi ce qui fait notre force sur le terrain.
Mon expérience personnelle avec les blessures passées me fait prendre conscience que tout peut aller très vite, dans un sens comme dans l’autre
Nicolas : Je suis très content de l’équipe. Je trouve qu’on a vraiment appris à se découvrir. Ça a vraiment évolué par rapport au début de la saison. Il y a plein de joueurs qui sont concernés. Si on prend l’exemple de Yanis et moi, on ne jouait pas au début de la saison et maintenant, au final, on s’est mis à jouer et on apporte notre pierre à l’édifice. On prend beaucoup de plaisir, on s’entend tous bien et je pense que c’est ce qui fait notre force aujourd’hui.
Comment abordez-vous la venue du leader troyen, ce samedi à La Mosson ?


Yanis : Je pense que ça va être un bon match. La trêve nous a permis de recharger les batteries tout en continuant à travailler. Nous avons pu nous projeter sur cette rencontre et nous avons hâte d’y être. A nous de tout donner à La Mosson, devant notre public et nos supporters pour poursuivre notre belle série à domicile. Nous avons quelque chose à jouer sur cette fin de saison ; à nous de prendre le maximum de points possible et ne pas en laisser filer bêtement.
Nous avons un bon groupe qui vit bien ensemble. Même dans les moments plus difficiles, nous avons su rester soudés, unis et solidaires. C’est ce qui fait notre force.
Nicolas : La victoire en fin de rencontre lors de notre dernier match à domicile contre Laval, montre que tout le monde est concerné, que ce soit ceux qui commencent le match ou ceux qui le terminent. On prend tous du plaisir et chacun met sa patte dans ce collectif. Cette confrontation avec le leader devant nos supporters s’annonce très intéressante à jouer. Ce sera forcément un match difficile mais nous avons toutes nos chances. A nous de continuer à faire ce qu’on sait faire. Que ce soit individuellement ou collectivement, nous avons la possibilité de vivre, potentiellement, quelque chose de très positif sur cette fin de saison. C’est une phrase bateau mais il faut prendre match après match, continuer à se faire plaisir et surtout à donner du plaisir aux gens qui viennent nous soutenir. C’est avec cette philosophie-là que nous pourrons, peut-être, aller chercher quelque chose de beau en fin de saison.


