
Robert Malm : « Ne pas être impatient »
Spécialiste de la Ligue 2 qu’il commente sur BeIN Sports depuis 14 ans, l’ancien attaquant du MHSC (2006-2008), décrypte un championnat que le club pailladin redécouvre ce samedi, 16 ans après son dernier passage. Une analyse plus qu’enrichissante
Quel effet cela te fait-il de revenir au Stade de La Mosson en tant que commentateur ?
Je suis déjà revenu une fois. J’étais en bord terrain avec Christophe Josse et Daniel Bravo, lors d’un derby face à Nîmes (succès 3-0 du MHSC en novembre 2018). Là, je reviendrai certainement plus en tribunes dans le rôle de commentateur, mais, quoi qu’il en soit, c’est toujours agréable de revenir ici. La manière dont je suis accueilli par le public et les gens du club me fait énormément plaisir. Quand je reviens à Montpellier, c’est toujours un bonheur et beaucoup de souvenirs qui remontent à la surface.

Malgré les résultats sportifs, j’ai vécu de très belles choses humainement au MHSC et j’ai gardé de supers contacts
Avec le recul, quel regard portes-tu sur tes années de joueur du MHSC (juillet 2006-janvier 2008) ?
C’est toujours un plaisir d’évoquer cette période, même si, sportivement, elle n’a pas été facile pour le club. J’ai adoré mon passage au MHSC. Humainement, j’ai rencontré des personnes de grande qualité, que ce soit des joueurs ou des salariés administratifs du club et, bien sûr, la famille Nicollin.
Quand je repense à notre effectif de l’époque avec Bruno (Carotti), Fred (Mendy), Lolo (Pionnier), Cédric Cambon, Nicolas Godemèche, l’éclosion de Geoffrey (Jourdren), Mehdi Taouil, Philippe Delaye… On avait l’effectif pour jouer le haut de tableau, mais une saison se joue vraiment à pas grand-chose. Le premier match à Grenoble, on perd 3-2 alors qu’on mène 2-0 ; on ne doit jamais le perdre… Mais ce qui nous a fait encore plus mal, c’est le match de la semaine suivante à La Mosson :
Je touche la transversale, on a plein de situations, puis Gueugnon passe 3 fois le milieu du terrain, on prend 3 buts et on perd 3-0. A partir de là, une saison qui aurait dû être agréable et très intéressante s’est transformée en une saison galère sur le plan sportif où on se sauve in-extremis. Je suis frustré de ne pas avoir pu rendre aux Présidents Louis et Laurent Nicollin la confiance qu’ils m’avaient témoignée. Peut-être qu’ensuite, à quelques mois près, j’aurais pu faire changer d’avis Rolland (Courbis, le coach NDLR) et rester, mais ça ne s’est pas passé ainsi (il est parti à Nîmes en janvier 2008, NDLR).

Tu es récemment revenu à l’occasion des 50 ans du MHSC. Qu’as-tu ressenti ?
Beaucoup de joie car, comme je l’ai dit précédemment, malgré les résultats sportifs, j’ai vécu de très belles choses humainement au MHSC et j’ai gardé de supers contacts avec tout le monde. C’est un vrai régal. Même les supporters, et c’est assez rare quand on a joué dans les 2 clubs (à Montpellier et à Nîmes / sourire). Je me suis fait un peu chambrer, c’est normal, mais j’ai toujours senti un profond respect parce que les supporters du MHSC savent que je n’ai jamais triché.
La Ligue 2 est athlétique, C’est vrai, mais c’est aussi un championnat où l’on cherche de plus en plus à jouer


Sportivement, quel regard portes-tu sur la saison écoulée ?
Comme vous, c’est à dire de manière cauchemardesque. Tu dis qu’à un moment donné, il va y avoir ce sursaut d’orgueil, qui, finalement, n’est jamais venu. Pourquoi ? Comment ? Je n’ai pas la réponse. Il faut être à l’intérieur pour savoir vraiment ce qu’il se passe et connaître le pourquoi du comment. Chacun a sa raison, sa vision des choses mais il a manqué trop de choses un peu partout. Je ne tire à boulets rouges ni sur Michel Der Zakarian, ni sur Jean-Louis Gasset. A un moment donné, tu aurais pu mettre n’importe quel entraîneur… Après, il faut aussi se dire les choses : Il faut que les joueurs prennent leurs responsabilités et prennent conscience dans quelle situation ils se mettent et dans quelle situation ils mettent le club dans sa globalité, sinon ça devient compliqué.
Le danger, c’est de ruminer la descente. Le mal est fait, tu ne pourras pas revenir là-dessus !
Le MHSC va retrouver la Ligue 2, 16 ans après son dernier passage dans cette division. Toi qui le connaît si bien pour le commentater depuis des années, comment décrirais-tu ce championnat ?
Ce n’est plus le même championnat que quand Montpellier y était. Ça va faire maintenant 14 ans que je le commente et quasiment plus de 30 ans que je le connais puisque j’y ai longtemps évolué en tant que joueur. C’est un championnat qui évolue de saison en saison. On dit qu’il est athlétique ? C’est vrai, mais c’est aussi un championnat où l’on cherche de plus en plus à jouer, comme on a pu le voir avec Dunkerque la saison dernière, le Paris FC, Lorient ou Metz pour ne citer qu’eux. Il y a de belles équipes, avec des coachs qui ont des projets de jeu intéressants. La Ligue 2 de la saison dernière a été l’une des plus prolifiques depuis quelques années en termes de buts marqués. Ça prouve qu’on cherche à gagner les matchs et pas seulement à ne pas les perdre.

Si tu penses que tu vas t’en sortir juste parce que tu t’appelles Montpellier Hérault, la saison va être compliquée
Par rapport à la Ligue 1, qu’est-ce qui change le plus ?
En Ligue 1, même si tu as le ballon, c’est toujours dans les 30 derniers mètres – qu’ils soient offensifs ou défensifs – que se fait la différence ; sauf si tu t’appelles le PSG et que tu fais la différence partout sur le terrain. Même si la Ligue 2 a fait de gros progrès sur l’aspect tactique, il reste encore des progrès à faire dans ce secteur par rapport à la Ligue 1.
Cela dit, la plus grosse différence pour moi, c’est en termes d’efficacité. Lorient l’a fait la saison passée en étant d’une efficacité assez impressionnante, mais c’est ce qui manque peut-être sur certains matchs, contrairement à la Ligue 1 où la moindre erreur se paie cash.
Quel est le piège dans lequel il ne faut pas tomber, spécifiquement quand on est relégué de Ligue 1 ?
Le danger, c’est de ruminer la descente. C’est bon, ça va, le mal est fait, tu ne pourras pas revenir là-dessus ! C’est pour ça que je pense que Zoumana Camara est arrivé au bon moment. La fin de saison dernière lui a permis de commencer à poser certaines bases pour, aujourd’hui, avoir un groupe solide. Il ne faut plus reparler de la saison passée, c’est terminé, c’est fait. Il faut se concentrer sur l’objectif actuel qui est de remettre le MHSC là où il était, c’est à dire en Ligue 1. Si tu rumines, c’est la pire des choses. La Ligue 2 n’est pas un championnat ‘’vilain’’ Après, ceux qui estiment ne pas vouloir jouer en Ligue 2, doivent prendre exemple sur ce qu’a fait Lorient l’année dernière, c’est à dire que des joueurs qui auraient eu le niveau pour jouer au-dessus ont fait le job. Je pense à Talbi, Mvogo, Kroupi Jr, Pagis ou Abergel, qui ont été exemplaires tout au long de la saison. Même chose pour Metz avec Hein ou Udol pour ne citer qu’eux. En Ligue 2, l’état d’esprit est extrêmement important. C’est un championnat long, piégeux, où tout le monde peut battre tout le monde. Si tu penses que tu vas t’en sortir juste parce que tu t’appelles le MHSC, la saison va être très compliquée. Par contre, si tu mets les valeurs que le club connait, le talent des joueurs et l’efficacité, à mon avis, tu es parti pour faire une bonne saison.

Quel regard portes-tu sur notre recrutement 2025-2026, même si le mercato ne ferme ses portes que début septembre ?
Il me semble très intéressant et très homogène, même si je sais que Zoumana (Camara) va repartir avec un effectif assez rajeuni. Birama Touré, qui est monté avec l’AJ Auxerre est revenu de prêt, Mathieu Michel est un gardien qui connaît très bien la Ligue 2, tout comme Alexandre Mendy qui, pour moi, est un attaquant qui peut faire une très belle saison. Julien Laporte arrive aussi pour renforcer le secteur défensif, tout comme le petit Naoufel El Hannach qui est un bon garçon. Il a faim et il va beaucoup apporter. Idem pour Nathanaël Mbuku que j’ai beaucoup aimé lors de son passage à Saint-Etienne… Pour toutes ces raisons, et sans compter les éventuels départs bien sûr, l’effectif est très intéressant. Après, la réponse du terrain, c’est autre chose. Il faut se mettre au diapason et au niveau de la Ligue 2. Si tu te mets dans ce truc-là, tu te mets dans les bonnes dispositions pour pouvoir vivre un championnat intéressant.
l’effectif est très intéressant

Au niveau des adversaires, même si c’est un peu tôt, qui vois-tu comme favoris ?
Tout comme moi à l’époque quand j’y étais, quand tu t’appelles le Montpellier Hérault SC, tu fais forcément partie des favoris. Tu ne peux pas y échapper, même si tu veux rester prudent, ce qui est logique. Je pense aussi à Saint-Étienne, tout comme à Clermont, malgré la saison ratée en 2024-2025. Vu son très bon dernier exercice, Dunkerque fait aussi partie de cette liste, même s’ils vont, forcément, être un peu plus attendus. Guingamp va aussi se retrouver dans cette lutte, tout comme Troyes et la traditionnelle surprise qu’on a, chaque saison, en L2. Pour le top 5, ça reste très ouvert, car les 5 premières places sont concernées pour tenter de monter, en plus des 2 premiers qui permettent d’accéder directement à l’élite. C’est aussi ça qui est intéressant.
Un petit mot sur notre calendrier avec la venue du Red Star puis deux déplacements consécutifs, au Mans puis à Troyes, avant la venue d’Amiens…
Le Red Star a obtenu un maintien un peu douloureux, mais l’a obtenu quand même avec un coach, Grégory Poirier, qui fait un travail remarquable. Le déplacement à Troyes va te permettre d’être tout de suite fixé aussi parce que c’est une équipe qui a très mal débuté l’an dernier, avant de bien redresser la barre…. Enfin, Amiens est une formation accrocheuse, rôdée à cette Ligue 2 avec Omar Daf à sa tête, qui cherche toujours à bien faire jouer ses équipes ; même si cette saison risque d’être un petit peu plus difficile parce que beaucoup de ses cadres sont partis. C’est un début de championnat qui devrait permettre au MHSC de savoir d’entrée où il met les pieds.
Pour conclure, les supporters du MHSC sont évidemment déçus de descendre en Ligue 2, ce qui est logique. Qu’est-ce que tu leur dirais pour leur donner envie de de participer à cette opération reconstruction ?
Reconstruction est le bon mot. Tu repars avec un nouvel entraîneur, pas mal de nouveaux joueurs… Est-ce que ceux qui n’étaient pas performants la saison dernière sont capables, ne serait-ce que de rendre au MHSC ce que le MHSC leur a donné et d’essayer de remettre Montpellier en Ligue 1 ? Ce serait quelque chose de gratifiant mais il ne faut pas être non plus obnubilé par la remontée immédiate, même si je pense que, quelque part, c’est un objectif qui doit être secret.
La saison dernière, les supporters montpelliérains ont tellement été déçus que j’espère qu’ils vont pardonner

Je pense qu’il faut se donner un objectif sur 2 saisons pour pouvoir bien faire les choses, ne pas brûler les étapes, incorporer des jeunes de la formation et leur laisser du temps… J’ai confiance en Zoumana (Camara) pour gérer tout cela. Il connait le très haut niveau, il a connu une montée en tant que joueur, il a affronté les plus grandes équipes européennes, comme joueur puis en étant dans de grands staffs techniques… Si les joueurs l’écoutent, s’ils suivent son chemin, vous verrez qu’il y aura de belles choses. Après, encore une fois, il faut du temps. Si ça se concrétise en une saison, tant mieux… Mais si ça se fait en 2, dans le pire des cas en 3 saisons, mais que tu bâtis quelque chose qui va te permettre de retrouver l’ADN de Montpellier, à savoir : former des joueurs, faire de la bonne post-formation et flairer les bons coups en termes de recrutement, ça finira par porter ses fruits.
Ce renouveau ne se fera pas, non plus, sans les supporters. Il leur faudra ne pas être impatients, même si tout le monde rêve que Montpellier remonte tout de suite. A terme, le MHSC doit retrouver la Ligue 1, et ça se fera aussi avec eux. C’est pour cela que ça me ferait plaisir de voir La Mosson pleine à quasiment à chaque rencontre. La saison dernière, les supporters montpelliérains ont tellement été déçus que j’espère qu’ils vont pardonner. Je me répète mais, malgré l’énorme déception que je comprends amplement, ça ne sert à rien de ruminer le passé. Désormais, il faut insuffler un nouveau souffle et sentir cette communion pour que tout le monde soit derrière l’équipe et le club pour l’aider à remonter en Ligue 1. Combien de temps ça va prendre ? Je ne sais pas ; mais il faut donner un cap avec des bases solides. Une fois que tu as ça, généralement, tu n’es pas très loin.



