
Robin Gasset, derrière les apparences
Derrière son patronyme prestigieux, l’entraîneur adjoint de Zoumana Camara cache un parcours atypique et une passion pour le foot qui défie toute concurrence. Rencontre
Le socle d’une vie s’inspire souvent – du moins au départ – de son héritage familial… A table, certains parlent politique, mode, vélo, écologie… Pour Robin Gasset, le fil rouge qui a toujours accompagné sa vie est celui du ballon rond. Mais pouvait-il en être autrement quand votre père a fait partie de staffs prestigieux, du MHSC à l’Equipe de France en passant – entre autres – par le Paris Saint-Germain ou l’Espanyol Barcelone ?

Le foot, c’était ma manière de partager du temps avec mon père. On regardait un match ensemble et il me disait ‘’C’est quoi le problème ? Qu’est-ce que tu mettrais en place pour contrer ça ? Quelle est la solution ?’’ J’allais dans sa vie pour être avec lui et la passion du foot est venue comme ça.
« Je voyais mon père se lever à 5h du matin, refaire des matchs en mettant des croix et des ronds sur une feuille de papier pour matérialiser les deux équipes, regarder sa tablette magnétique et faire bouger les aimants qui représentaient les 22 joueurs… », raconte Robin. « Je le voyais partir à 7h le matin et revenir autour de 20h le soir ; donc tout ce qui était devoirs et tout ça, c’était plus le rôle de ma mère. Le foot, c’était ma manière de partager du temps avec mon père. On regardait un match ensemble et il me disait ‘’C’est quoi le problème ? Qu’est-ce que tu mettrais en place pour contrer ça ? Quelle est la solution ?’’ J’allais dans sa vie pour être avec lui et la passion du foot est venue comme ça. »
Une passion dévorante qui ne l’a plus jamais quitté. « J’ai fait une multitude de sports dans ma vie, du basket, du judo, du karaté, du tennis, mais tout en ayant le foot à côté », raconte Robin. Passé par le Centre de Formation du MHSC, il a ensuite changé de club au gré des challenges de son père : à Caen, au PSG (où il a joué jusqu’en CFA 2) puis à l’Espanyol Barcelone « Tout le monde te dit toujours : ‘‘Tu signes parce que tu es le fils de’’ mais je me suis retrouvé à jouer alors qu’il y avait d’autres gardiens. C’est que je devais avoir une ou deux qualités quand même ! » (sourire). Pas assez cependant pour que cet ancien gardien de but communicatif, doté d’un bon jeu au pied, ne devienne professionnel. « Ce n’est pas un regret », assure-t-il sans se cacher pour autant : « Quand j’étais à Montpellier, la génération qui était au-dessus de ma catégorie d’âge, c’était Riou-Vercoutre et, en dessous, il y avait Pionnier et Viviani. Les 4 ont fait carrière. Dans les autres clubs pros au sein desquels j’ai évolué, je suis aussi tombé sur des gardiens qui, il faut être honnête, étaient plus forts que moi. J’aimais le foot mais ce n’était pas mon but premier de devenir pro et, de toute façon, je pense être assez réaliste pour dire que je n’avais pas le niveau pour le haut niveau. »

Le haut niveau – après avoir longtemps arpenté les terrains de DH et de DHR de la région – Robin Gasset l’a touché avec le beach-soccer. Sur le sable, celui qui est aujourd’hui âgé de 44 ans, compte 59 sélections en équipe de France et plusieurs compétitions internationales au compteur. Il a également participé, comme joueur et / ou entraîneur, à plusieurs reprises à la Winner Cup, l’équivalent de la Ligue des Champions, avec le MHSC Beach-Soccer. « Au début, j’y jouais au temple du foot de Laurent Castro et ça me plaisait beaucoup », se souvient Robin. « Au beach, gardien est le poste le plus important. Tu peux faire un arrêt mais aussi beaucoup de passes décisives et même marquer des buts. Ce sport me permettait aussi d’avoir un prénom. Là, je n’étais pas ‘’le fils de’’. Quand mon père venait en tribune, on lui disait ‘’vous êtes le père de Robin’’. »
J’aimais le foot mais ce n’était pas mon but premier de devenir pro et, de toute façon, je pense être assez réaliste pour dire que je n’avais pas le niveau pour le haut niveau

Nous y voilà. L’être humain aime trop souvent coller des étiquettes. Celle de Robin Gasset est forcément liée à son père, Jean-Louis, et même à son grand-père, Bernard, deux figures emblématiques de l’histoire du MHSC. Alors, forcément, depuis qu’il a rejoint le staff de l’équipe professionnelle, d’abord aux côtés de son père puis de Zoumana Camara, le raccourci du ‘’fils de’’ a souvent ressurgi : « Je lis et je sais ce que certains disent, sans même me connaître, que je suis là par rapport à mon père, mais ça fait partie de ce métier. » De là dire qu’il en souffre, il y a un pas que Robin ne franchira pas : « Jeune, je ne comprenais pas pourquoi on s’en prenait à mon père quand il n’y avait pas de résultat. Aujourd’hui, ce que j’entends parfois sur moi me fait sourire. Être le fils de Jean-Louis Gasset est une fierté. Je passe derrière quelqu’un qui a réussi, donc c’est toujours plus difficile, mais je n’ai pas l’objectif de l’égaler ou d’aller plus haut que lui. J’ai juste envie de faire mon travail du mieux possible et d’apporter tout ce que je peux à mon club de cœur. » Il poursuit : « Peut-être que certains pensent que je suis là parce que je suis le fils de, mais, dans ce monde, seuls les résultats comptent. Si on réussit, on dira que prendre le fils Gasset était une bonne idée… Et si on ne réussit pas, on dira qu’il ne fallait pas le prendre dans le staff. C’est comme ça. Je suis seulement heureux pour ma grand-mère, car je sais qu’elle est émue de voir une 3ème génération de Gasset entretenir le lien avec la famille Nicollin à laquelle nous sommes très attachés. »
Être le fils de Jean-Louis Gasset est une fierté. Je passe derrière quelqu’un qui a réussi, donc c’est toujours plus difficile, mais je n’ai pas l’objectif de l’égaler ou d’aller plus haut que lui. J’ai juste envie de faire mon travail du mieux possible et d’apporter tout ce que je peux à mon club de cœur

Atteint depuis son plus jeune âge par le virus de la tactique, Robin assure « vivre un rêve » de faire partie d’un staff professionnel, encore plus au MHSC : « Déjà, quand je jouais, j’aimais trop la tactique pour pas mettre mon grain de sel à un moment donné », sourit l’entraîneur adjoint du club pailladin. « Entraîner, c’était ce que je voulais arriver à faire à un moment donné ; quoi qu’il arrive je voulais entraîner dans un staff. Alors, quand l’opportunité s’est présentée, je n’ai pas hésité… et le fait que le MHSC reste le club de ma vie, celui où je suis né et dans lequel j’ai grandi, ça rajoute un côté encore plus beau à l’histoire. J’en suis profondément heureux mais ma volonté, c’est avant tout de faire le maximum pour aider cette institution. »

Quoi qu’il arrive je voulais entraîner dans un staff. Alors, quand l’opportunité s’est présentée (…) Le fait que le MHSC reste le club de ma vie, celui où je suis né et dans lequel j’ai grandi, ça rajoute un côté encore plus beau à l’histoire. J’en suis profondément heureux mais ma volonté, c’est avant tout de faire le maximum pour aider cette institution
Deuxième adjoint de Zoumana Camara derrière Nicolas Damont – « Nico a une connaissance terrain / entraînement et une connaissance de ce demande Zoumana Camara qui est très importante » – Robin Gasset décrit son rôle actuel de la façon suivante : « Il y a un côté terrain, notamment quand on travaille par groupe, que Nico en prend un et que je prends l’autre », explique-t-il. « Le jour du match, je suis placé en tribune aux côtés de Jonathan Llorente pour avoir une vision en hauteur et pouvoir ajuster certains aspects tactiques si besoin quand une équipe adverse nous fait mal par rapport à son positionnement par exemple. La semaine, j’ai aussi un regard sur l’adversaire pour perfectionner certains détails, mais, sur ce plan-là, les analystes vidéo font déjà un boulot remarquable et te mâchent déjà beaucoup le travail. »
Garçon d’un naturel plutôt impulsif – « Je suis du Sud et j’aime dire ce que je pense. Pour moi, c’est une qualité chez les gens ; Je préfère la personne qui va venir frontalement vers moi et me dire que j’ai tort, plutôt que de l’entendre me le dire dans le dos » – Robin Gasset est un homme droit dans ses bottes. Alors, quand vient le moment de parler du début de saison de son équipe, son constat est aussi clair que lucide : « Quand on regarde le groupe actuel, on est à 19 ou 20 joueurs en moins pour 9 arrivés et 6 jeunes qui ont signé pro. Je ne dis pas que si on avait l’équipe de l’année dernière, ça serait bien, parce que c’était primordial de changer des choses, mais tu ne peux pas être à 100% tout de suite », analyse notre interlocuteur. « Mettre des choses en place, ça prend du temps. Il faut aussi s’adapter à un nouveau championnat, la Ligue 2, que le MHSC n’avait pas connu depuis 16 ans, car ce n’est pas le même jeu. Il faut que tout le monde assimile les demandes du coach, ce qui ne peut pas se régler du jour au lendemain. J’espère qu’au fur et à mesure de la saison, on va être à 100%. De toute façon, c’est bien finir qui est important dans ce championnat. »

Prochaine étape ce vendredi avec la réception du voisin ruthénois, contre lequel le MHSC avait perdu en match de préparation d’avant saison (0-2) : « Rodez est une équipe typique de la Ligue 2, bien en place, qui te laisse peu d’espace et qui pratique un jeu rapide vers l’avant dès la récupération du ballon », souligne Robin. « En plus, ils ont des joueurs habitués à cette division, même si leur effectif a profondément évolué à l’intersaison. Ce sera à nous de ne pas répéter les mêmes erreurs que lors de notre préparation estivale pour bien savoir les contourner. »
Mettre des choses en place, ça prend du temps. Il faut aussi s’adapter à un nouveau championnat (…) et que tout le monde assimile les demandes du coach, ce qui ne peut pas se régler du jour au lendemain. J’espère qu’au fur et à mesure de la saison, on va être à 100%. De toute façon, c’est bien finir qui est important dans ce championnat.

Pour y parvenir, il est probable que Robin le casanier hors du terrain – « Ma seule passion hors du foot, c’est de passer du temps avec ma femme, mes enfants et ma famille » – se replonge dans les fameux tableaux magnétiques qui ont bercé son enfance… Toujours avec la même passion du ballon rond en toile de fond.


