
Théo Sainte-Luce : « S’accrocher jusqu’au bout »
Pas épargné par les blessures depuis son arrivée il y a 4 ans, le latéral gauche de 27 ans enchaîne les matchs de qualité ces dernières semaines. Rencontre
Ça fait quoi de retrouver les terrains et un statut de titulaire régulier, ce qui est ton cas depuis quelques matchs maintenant ?
Ça fait du bien ! (sourire) Je reviens un peu là où je m’étais arrêté au moment de ma blessure, juste avant les vacances de Noël. Je m’étais blessé à l’ischio lors du match à La Mosson contre Pau et je suis à nouveau opérationnel depuis janvier donc je suis très content.

J’arrive à bien équilibrer travail et performance
Tu as souvent été blessé depuis ton arrivée au MHSC durant l’été 2022. As-tu dû apprendre à vivre avec ça ? N’est-ce pas difficile moralement ?
Même si j’avais eu une petite alerte au mois de septembre, ça faisait un moment que j’avais plus de soucis car je pense avoir trouvé la routine qu’il me faut ; j’arrive à bien équilibrer travail et performance, donc il y a moins de risques que ça arrive. Après, j’ai beau tout mettre en place pour que ça n’arrive pas, il y a des moments où ton corps te rappelle que tu n’es pas un robot. Ça n’a pas été trop dur à vivre moralement, parce que j’ai accepté que ça pouvait arriver. J’étais en forme avant que ça arrive, donc je me suis dit qu’il n’y avait pas de raison pour que ça ne soit plus le cas après. En plus, j’ai eu la chance de vivre le plus beau moment de ma vie peu après cette période compliquée, avec la naissance de ma fille, le 27 janvier. C’était magnifique. On dit souvent que c’est un moment qu’on ne peut pas décrire, mais cette phrase est réelle car c’est vraiment un instant incroyable, encore plus quand on ne l’a jamais vécue auparavant. Même si les nuits sont un peu agitées, ce n’est que du bonheur.
Comment as-tu vécu la première partie de saison jusqu’à ta blessure ?
Plutôt bien. Collectivement, à un moment donné, nous avons vécu une belle série en termes de résultats qui nous a permis d’y croire. A ce moment-là, certaines déclarations ont, peut-être pu être mal interprétées, mais ça a aussi montré que nous sommes un groupe ambitieux. Même s’il ne fallait pas se projeter trop vite, on a su montrer aux autres équipes qu’on était là et on est toujours là. Étant un club emblématique comme Montpellier – relégué de Ligue 1 qui plus est – je pense que beaucoup de personnes attendaient forcément mieux de notre part sur cette première partie de saison ; maintenant, je trouve qu’il y a eu énormément de progrès, que ce soit collectivement ou individuellement chez chacun d’entre nous. C’est ce que j’ai envie de retenir, d’abord et avant tout.


Comment évalues-tu ta saison personnelle jusqu’ici ?
Je suis quelqu’un qui a besoin d’enchaîner les matchs et d’engranger beaucoup de temps de jeu pour retrouver pleinement confiance. C’est ce qui m’arrive aujourd’hui ; j’ai la chance que mon corps me laisse un peu tranquille entre guillemets et j’ai la chance aussi d’avoir un coach qui me fait confiance. Il est vrai que ça a été compliqué pour pouvoir d’enchaîner les matchs ces dernières saisons, mais aujourd’hui, c’est le cas ; j’en suis fier et je retrouve petit à petit un niveau auquel j’ai pu être auparavant et auquel je dois être. Ça me fait vraiment plaisir car, quand tu as des coups d’arrêt tous les trois mois ou que tu joues peu, c’est compliqué d’avoir le niveau et surtout d’être en confiance.
Je retrouve petit à petit un niveau auquel j’ai pu être auparavant et auquel je dois être

Tu es au MHSC depuis 4 ans. Il y a eu 17 départs cet été mais, toi, tu es resté. N’as-tu pas l’impression de redécouvrir un autre club et surtout d’avoir un autre statut ?
Même si le staff était déjà présent en fin de saison dernière et qu’ils avaient pu mettre des choses en place, il est certain que l’effectif a été profondément renouvelé cet été. Ça a été un chamboulement mais ça a aussi apporté un vent de fraîcheur. Ce nouveau groupe travaille bien, avec un staff qui sait où il veut aller et ça nous tire vers le haut. Concernant mon statut, il est forcément différent car ça fait 4 ans que je suis ici et que je prends de l’âge aussi ! (rire) Même si je n’ai que 27 ans, je fais partie des plus expérimentés de l’effectif.
L’effectif a été profondément renouvelé cet été. Ça a été un chamboulement mais ça a aussi apporté un vent de fraîcheur
Comment décrirais-tu la méthode de Zoumana Camara et de son staff?
Ils sont hyper exigeants et pointilleux sur un peu tous les aspects. Tout est fait pour que nous soyons dans les meilleures dispositions en match, surtout tactiquement, sur nos ressorties de balle et sur nos placements défensifs. Je trouve que ça nous permet d’énormément progresser. C’est un travail de fond avec beaucoup de rigueur. Ce que l’on travaille la semaine, c’est à 80-90 % ce à quoi nous sommes confrontés le week-end ; du coup, c’est plus facile d’être en confiance et d’avoir les bonnes armes au bon moment. Le coach a touché le très haut niveau en tant que joueur, donc c’est quelqu’un qui est très exigeant et qui ne peut que nous faire progresser. On sent aussi un côté formateur et ça se voit avec les jeunes joueurs. Il est là pour les aider, pour les faire progresser et demain, s’il a besoin d’eux, il n’hésitera pas à les faire jouer, à l’image d’un Théo Chennahi par exemple : Il lui a dit de beaucoup travailler, quand il a senti qu’il était prêt, il l’a fait jouer et aujourd’hui, Théo enchaîne les matchs.

à nous de rester le plus longtemps possible en position de chasseur et, s’il y a un sprint à faire à la fin du championnat, on devra les dépasser à ce moment-là
Quel regard portes-tu sur ta saison personnelle ?
Je trouve que je suis monté en puissance. Comme je le disais précédemment, j’avais besoin d’enchaîner et, au fur et à mesure des matchs, je me sens de mieux en mieux et de plus en plus performant.
Comment analyses-tu la saison de l’équipe avec des hauts, des bas, des moments où on espère et des moments où on se dit que c’est fini à cause de cette irrégularité quelque peu chronique ?
A titre personnel, je la vis différemment de quelqu’un qui nous voit de l’extérieur parce que, quand on voit nos résultats de l’extérieur, on se dit : « Ils ont gagné, peut-être qu’ils vont monter » ou « Ils ont perdu, on ne montera pas ». Mais nous, dans le feu de l’action, on est obligé de rester concentré, de se dire qu’il faut garder une ligne de conduite émotionnelle et s’accrocher jusqu’au bout. Si on commence à être euphorique à chaque victoire et à baisser la tête et se dire que c’est mort à chaque défaite, c’est compliqué de pouvoir avancer dans la stabilité. Du coup, je me dis que ce championnat est très serré et que chaque point qu’on prendra pourra nous faire monter de plus en plus haut au classement. Si toutes les équipes classées devant nous aujourd’hui gagnent tous leurs matchs, ce sera forcément compliqué mais c’est à nous de rester le plus longtemps possible en position de chasseur et, s’il y a un sprint à faire à la fin du championnat, on devra les dépasser à ce moment-là.


Comment trouves-tu la Ligue 2 que tu avais fréquentée il y a quelques années ?
C’est un championnat qui évolue très bien. La Ligue 2 me semble beaucoup plus compétitive et plus serrée que lors de mon précédent passage dans cette division. Il y a des clubs qui sont beaucoup plus structurés, à l’image par exemple de Rodez qui, aujourd’hui, dispose d’un vrai stade et qui est un club bien installé dans ce championnat. Il me semble que le niveau a bien augmenté ces 4 ou 5 dernières années. Le fait que beaucoup de joueurs issus de ce championnat arrivent à s’imposer en Ligue 1 montre qu’il y a beaucoup de qualité. Il est certain qu’il y aura toujours un écart par rapport à la Ligue 1, même si, de mon point de vue, il y a des joueurs de Ligue 2 qui auraient totalement leur place en Ligue 1 mais qui, par manque de chance ou d’opportunité, ne la découvriront peut-être jamais.
La Ligue 2 me semble beaucoup plus compétitive et plus serrée que lors de mon précédent passage dans cette division

Quelles sont les différences avec la Ligue 1 ?
Ce sont deux championnats assez différents d’un point de vue technique, tactique et dans l’impact physique. Quand on dit qu’en Ligue 2, ça ‘‘charbonne’’ un peu plus, c’est réel. En Ligue 1, le jeu va être un peu plus affiné et stratégique, même si, sur ce dernier point, je trouve que la Ligue 2 se rapproche de plus en plus de l’élite.
Tu fais partie des défenseurs latéraux de L2 qui vont le plus vers l’avant. C’est toujours une volonté chez toi ?
Je pense que cela fait partie des caractéristiques pour lesquelles le MHSC m’a recruté il y a 4 ans. Aujourd’hui, comme je retrouve ce plaisir de jouer et que je parviens à retrouver petit à petit mon niveau, je retrouve aussi ce goût d’aller de l’avant, même si, dans le rôle dans lequel le coach me demande de jouer, je suis peut-être moins basé sur les actions offensives parce qu’il veut que je sois plus présent sur les ressorties de balle. Cela dit, j’essaie d’aller au maximum de l’avant. Ça a toujours été dans ma philosophie et ma façon de jouer.


En quoi as-tu changé en 4 ans et quel regard portes-tu sur tes années au MHSC ?
J’ai beaucoup appris ; j’ai vécu pas mal de choses qui m’ont fait grandir et évoluer, des choses qui m’ont endurci… Au niveau mental, ça m’a aussi permis de relativiser parce qu’à certains moments, c’était tellement dur que j’étais obligé de relativiser et de me dire que il y avait pire dans la vie et qu’il fallait que je continue à avancer. Ça m’a permis de voir la vie autrement, de trouver le bonheur dans des choses simples et ça m’a prouvé que j’étais très solide mentalement. J’ai aussi appris à connaître mon corps, à savoir ce que je devais faire ou non, ce que je devais manger ou non… toutes ces petites choses qui sont des détails mais qui, au final, comptent beaucoup. Mon meilleur souvenir à Montpellier ? Mon but contre Nice la saison dernière. C’était un moment très fort.
Mon meilleur souvenir à Montpellier ? Mon but contre Nice la saison dernière. C’était un moment très fort

Comment abordes-tu la réception du Stade Lavallois, ce vendredi ?
C’est une équipe qui est dans le dur. Forcément, en venant chez nous, on n’a pas envie de les relancer. C’est presque une obligation de prendre les 3 points, surtout à la maison où nous parvenons à rester solides ces derniers temps. Laval est une équipe en difficulté mais avec de très bonnes individualités et qui, elle aussi, va vouloir jouer le coup à fond parce qu’à un moment donné, ils doivent prendre les points tout autant que nous. Ça promet un match intéressant à suivre.

Que le MHSC peut-il espérer pour cette fin de saison ?
D’accrocher ce qu’on pourra accrocher. A nous de prendre les matchs un par un – même si c’est une phrase bateau – et nous ferons les comptes à la fin.
À nous de rester le plus longtemps possible en position de chasseur et, s’il y a un sprint à faire à la fin du championnat, on devra les dépasser à ce moment-là

Un petit message pour les supporters pour conclure….
Je tiens à les remercier, autant pour leur soutien en déplacement que pour l’ambiance qu’ils mettent au stade. Avec la descente en Ligue 2, il y a des clubs où les supporters auraient pu lâcher mais eux sont toujours là. Un grand merci à eux et j’espère qu’ils seront avec nous jusqu’à la fin de saison, même si je n’ai aucun doute là-dessus.


