« Une relation très chaleureuse avec les deux clubs »
Formé à Grenoble et Champion de France avec le MHSC, Jonathan Tinhan revient sur son histoire avec les deux clubs et porte son regard sur l’actualité et la rencontre du jour
En premier lieu, que deviens-tu ?
J’ai mis un terme à ma carrière à la fin de la saison interrompue par le Covid (2019-2020), à tout juste 30 ans. C’est à ce moment-là que j’ai démarré ma 2ème vie. J’ai travaillé au GF38 pendant 5 ans en tant que responsable RSE. A côté de ça, pendant ma carrière, j’avais repris mes études dans le marketing digital et la création de site internet et ce poste au sein du club grenoblois m’a permis d’utiliser ces deux casquettes. Depuis février 2025, j’ai quitté le club et j’ai créé ma société (Une histoire de com), qui œuvre dans ces deux activités : D’un côté, tout ce qui est marketing, stratégie de communication digitale avec création de site internet et de l’autre, tout ce qui est l’accompagnement RSE pour les entreprises (audit, bilan carbone…) Disons que j’essaie de faire mon petit bout de chemin dans ma vie d’entrepreneur et ça se passe plutôt bien.

Je suis content de faire partie des deux histoires du GF38 : celle d’avant puis d’après le dépôt de bilan de 2011
Ta vie de footballeur a été profondément marquée par le GF38 et le MHSC. Peux-tu nous raconter ton 1er passage à Grenoble ?
Je suis né à Grenoble et j’ai rejoint le Centre de formation du club à l’âge de 15 ans. Mes deux premières années chez les pros ont d’ailleurs été difficiles puisque j’ai connu deux relégations consécutives, de Ligue 1 à Ligue 2 à l’issue de la saison 2009-2010, puis en National une saison plus tard, avec en prime un dépôt de bilan. C’était vraiment dur à vivre et ça fait encore plus mal quand c’est ton club formateur et celui de ta ville
Pourtant, même si les joueurs que je vais citer sont tous un peu plus jeunes que moi, il y avait de belles générations qui arrivaient à Grenoble avec des joueurs qui ont fait de belles carrières ensuite, à l’image de Florian Thauvin, Saphir Taïder (qui a quand même joué à l’Inter Milan ensuite), Ruben Aguilar (qui a fait un beau passage à Montpellier quelques années plus tard), Brice Maubleu (aujourd’hui à Saint-Etienne), ou bien encore Sofiane Fegouli (passé notamment par le FC Valence et Galatasaray, NDLR). De mon côté, j’avais fait quelques apparitions en L1 et marqué mes premiers buts en L2, même si, avec ces 2 relégations et le dépôt de bilan, mes 2 premières années professionnelles ont été très difficile à vivre. Heureusement, dans la foulée, j’ai pu rejoindre Montpellier et vivre tout de suite cette aventure magnifique qui a mené jusqu’au titre de Champion de France en mai 2012. Emotionnellement, c’était le grand écart.

Revenons sur ton passage au MHSC…
J’avais 21 ans à l’époque et je n’étais jamais parti de Grenoble. C’était donc aussi la découverte de changer de cadre de vie, de sortir de son confort, de ne pas avoir ses repères ni tous ses proches autour. Cependant, j’ai été très bien accueilli. Il y a beaucoup de clubs qui se disent ‘’club familial’’ mais au MHSC, c’est vraiment la définition qui convient le mieux. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien si, quand je suis revenu, que ce soit pour les festivités des 10 ans du titre ou pour les 50 ans du club, j’ai revu beaucoup de personnes que j’avais côtoyé au club lors de mon passage à Montpellier.
Il y a beaucoup de clubs qui se disent ‘’club familial’’ mais au MHSC, c’est vraiment la définition qui convient le mieux

Pour en revenir à mon arrivée en 2011, j’ai aussi eu la chance de retrouver beaucoup de jeunes de mon âge comme Benjamin Stambouli, Rémy Cabella, Younes Belhanda ou Mapou Yanga-Mbwa pour ne citer qu’eux. Nous ne nous connaissions pas forcément mais nous nous étions souvent affrontés chez les jeunes et cela a facilité mon intégration, tout comme la présence d’Olivier Giroud, que je connaissais de Grenoble et qui m’a beaucoup aidé. De plus, le groupe marchait tellement bien sportivement, sur le terrain comme en dehors et encore plus dans une saison couronnée de succès comme celle-là, que tout était réuni pour que je m’intègre au mieux. Je suis arrivé au bon moment et cette aventure montpelliéraine a tout simplement était extraordinaire.
Être champion de France et vivre une Ligue des champions, jamais je n’aurais espéré connaître ça
Quel regard portes-tu sur ton passage chez nous dans sa globalité ?
Je pense que c’est la période qui m’a fait le plus grandir, que ce soit en tant que joueur aussi ou en tant qu’homme. C’est là où j’ai connu mon premier succès sportif collectif, mais aussi mes premières blessures, mes premiers doutes, le fait de se remettre en question, d’avoir énormément de concurrence…. Même si je n’ai pas énormément joué à Montpellier, je ne retiens que du positif de cette aventure en orange et bleu. J’ai vécu 3 ans exceptionnels, en étant bien entouré et dans un super état d’esprit. C’est d’ailleurs toujours un plaisir de suivre ce club et d’y revenir de temps en temps.

A l’époque, il me restait encore un an de contrat à Troyes mais j’ai pu me mettre d’accord pour résilier et signer à Grenoble. Dans ma tête, je savais que je voulais finir ma carrière là-bas.
Et puis il y a ce fameux titre de Champion de France…
Ce titre compte beaucoup pour moi. Honnêtement, quand j’étais jeune, le foot n’a jamais été ma vocation première. C’est d’ailleurs aussi pour ça que j’ai repris mes études avant de mettre un terme à ma carrière en étant assez jeune car j’ai toujours pensé à l’après au football. Ce titre compte énormément pour moi. Être champion de France et vivre une Ligue des champions, jamais je n’aurais espéré connaître ça.
Preuve de ton attachement au GF38, après des aventures à Amiens et à Troyes notamment, c’est à Grenoble que tu as choisi de terminer ta carrière, à tout juste 30 ans. Pourquoi ?
Justement parce que, dans ma tête, j’étais déjà en fin de carrière. Je pensais à l’après, j’avais envie de rentrer chez moi et de retrouver mes repères. Il me restait encore un an de contrat à Troyes mais j’ai pu me mettre d’accord pour résilier et signer à Grenoble. Dans ma tête, je savais que je voulais finir ma carrière là-bas. Certes, j’ai fini sur l’année covid, avec l’arrêt des compétitions en cours de saison, sans match d’adieu ; c’était un arrêt brutal mais je n’ai même pas eu la force mentale de refaire une saison derrière. Mentalement ça faisait déjà 2 ans que je me préparais à l’après. En football, pour rester professionnel, il y a un investissement et une motivation à avoir et je ne l’avais plus. J’étais motivé par un autre challenge, hors du football, même si, finalement je suis resté un petit peu au GF38 en tant que responsable RSE. Ce qui a fait que je suis resté au club aussi, c’est que l’histoire était belle parce que j’étais formé à Grenoble et que j’y ai débuté et terminé ma carrière. Quand le Directeur Sportif, Max Marty, me dit que l’histoire ne peut pas se terminer comme ça et que le club créé un poste pour moi, ce n’est pas rien. Ça m’a permis de faire la transition et de découvrir tous les aspects d’un club au-delà du sportif, car je ne voulais pas avoir de lien avec le sportif. J’ai appris à connaître un club de foot d’une autre manière. C’était très enrichissant.

Comment décrirais-tu ta relation avec les deux clubs, leurs points communs et leurs différences ?
J’ai une relation très chaleureuse avec les deux clubs. Quand je reviens à Montpellier, je me sens comme si j’étais encore au club et c’est aussi le cas à Grenoble où j’ai eu la chance de travailler après ma carrière, donc j’ai un peu le même ressenti. L’histoire des deux clubs est très différente, ne serait-ce déjà parce que celle du GF38 a été coupée en deux, avant et après le dépôt de bilan de 2011. Il y a quand même un avant et un après et je suis content de faire partie de ces deux histoires.
A chaque fois que je reviens au MHSC, j’ai l’impression de n’être jamais parti. J’ai été très touché d’être convié aux 10 ans du titre et aux 50 ans du club. C’est incroyable de venir après tant d’années et de connaître toujours tout le monde. C’est ce qui fait la force de ce club, j’espère que ça perdurera dans l’avenir.
A chaque fois que je reviens au MHSC, j’ai l’impression de n’être jamais parti. J’ai été très touché d’être convié aux 10 ans du titre et aux 50 ans du club. C’est incroyable de venir après tant d’années et de connaître toujours tout le monde. C’est ce qui fait la force de ce club, j’espère que ça perdurera dans l’avenir.

Quel regard portes-tu sur la saison des deux clubs ?
Le GF38 un club qui fait ce qu’il peut pour tenir bon et pour continuer d’aller de l’avant. Quand on n’a pas de Centre de Formation, c’est compliqué de faire des plus-values, donc le club essaie d’en faire avec des joueurs qu’il recrute pour les vendre ensuite. C’est un modèle économique. On peut aimer ou ne pas aimer mais le club a le mérite de faire avec ses moyens et d’y parvenir. Je pense que tant qu’il n’y aura pas un vrai centre de formation, le club aura du mal à franchir ce cap supplémentaire.
Concernant le MHSC, j’étais venu donner le coup d’envoi fictif de la rencontre charnière contre Saint-Etienne à La Mosson la saison dernière. A ce titre, je tiens à remercier les dirigeants et les supporters pour leur accueil qui m’a fait chaud au cœur. Il y a un mot qui les définit, c’est la reconnaissance. On ne voit pas ça partout et je trouve que c’est une qualité exceptionnelle, donc franchement, un grand merci à eux.

Pour en revenir à l’aspect sportif, ça m’a fait mal au cœur de voir le MHSC descendre en Ligue 2. J’espère qu’ils vont remonter. Ça risque d’être compliqué cette saison, même si les barrages restent mathématiquement accessibles. Cela dit, quand on descend en Ligue 2, c’est très dur de remonter tout de suite, mais il faut essayer d’y parvenir dans les deux saisons qui suivent. Je trouve que le MHSC s’est bien redressé après un début de saison très compliqué. Quand on est dans une mauvaise spirale de Ligue 1, que tu descends et que le début de saison est compliqué, ça peut vite mal se goupiller et le MHSC a su trouver les ressources pour rebondir. C’est positif.
Quand on est dans une mauvaise spirale de Ligue 1, que tu descends et que le début de saison est compliqué, ça peut vite mal se goupiller et le MHSC a su trouver les ressources pour rebondir. C’est positif.

Comment analyses-tu le match aller (1-1 en décembre dernier au Stade des Alpes) ?
J’avais assisté à un beau match, avec une équipe montpelliéraine qui avait bien maîtrisé le ballon. C’était un des plus beaux matchs au Stade des Alpes cette saison. Le MHSC est une équipe joueuse et, quand une équipe joue, ça permet à celle d’en face de jouer aussi. On sent que Montpellier a beaucoup de potentiel mais ils ont du mal à concrétiser, peut-être par manque de réussite. Sur ce que j’ai vu cette saison, s’ils avaient 5-6 points de plus, ce ne serait pas immérité. Grenoble va sans doute essayer d’acquérir mathématiquement son maintien. J’espère que ce sera un match ouvert.


