Équipe pro masculine

Victor Orakpo, l’effet 3 en 1 ?

Prêté par Nice jusqu’à la fin de la saison, l’attaquant de 19 ans rêve d’éclore à Montpellier et de franchir une nouvelle étape dans un parcours peu commun qui l’a notamment vu fréquenter les équipes de jeunes du Bayern Munich.

Dans l’esprit des supporters montpelliérains les plus superstitieux, Victor Orakpo cochait beaucoup de cases, à peine son contrat signé. Porter le même prénom qu’un attaquant colombien qui a fait chanter la Butte à tue-tête pendant presqu’une décennie (en deux passages), être prêté par Nice comme une véritable légende du club lors de sa première saison héraultaise et enfin être Nigérian comme un double buteur un soir de titre de Champion de France à Auxerre, ça fait beaucoup de clins d’œil du destin. Si on signerait volontiers pour qu’il soit un mélange de Montaño, Camara et Utaka, 3 hommes au Panthéon du MHSC, Victor Orakpo rêve, lui, simplement d’écrire sa propre histoire.

Pour le moment, on a fait des bons matchs, mais je trouve que nous n’avons pas été récompensés du point de vue des résultats

Le premier chapitre de sa vie, le nouvel attaquant montpelliérain a commencé à l’écrire à Lokoja, ville de l’état de Kogi où ses parents travaillaient chacun dans le commerce : celui du sport pour son père tandis que sa mère tenait une boutique pour enfants. « Cela dit, je suis originaire d’une autre région : Anambra, une ville de taille moyenne à 2 heures de route de la capitale, Abuja », précise-t-il.

Aîné d’une famille de 6 enfants (il a quatre frères et une sœur), Victor Orakpo avait donc des prédispositions à tomber dans la marmite du football dès son plus jeune âge… et il ne s’en est pas privé : « Mon père est un fan de football. Il adore ce sport. Plus jeune, il a joué au foot mais il n’a pas réussi à passer pro et jouait dans la région près de chez nous », raconte Victor. « Quand il s’est rendu compte qu’il ne serait pas professionnel, il a sans doute secrètement rêvé qu’un de ses enfants puisse y parvenir à sa place. C’est pour cela que, dès l’âge de 3 ou 4 ans – je ne me souviens plus de l’âge exact, mais c’était très jeune – il m’a emmené dans une académie près de chez nous. C’est là que tout a commencé. »

Victor Orakpo a peaufiné ses évidentes qualités naturelles dans un petit club de quartier, près de la maison familiale, puis dans une plus grande académie tenue par un très bon ami de son père. « C’est là que c’est devenu plus sérieux », se souvient-il. « Ensuite, j’ai à nouveau changé d’académie pour aller au FC Bako, une structure plus importante à Lokoja. »

Le Bayern ? J’ai pris ça comme un challenge. Je sortais de ma zone de confort, je changeais de pays, de vie…

C’est là que le Bayern de Munich a repéré cet attaquant à la fois véloce et fin dans ses déplacements, capable de prendre le bon espace pour se retrouver en position de marquer, ou de décrocher entre les lignes pour créer du liant et bien servir un coéquipier. Il avait alors tout juste 16 ans… mais le jeune homme n’a pas reculé devant cette formidable opportunité : « Je n’avais pas peur », affirme-t-il. « Je tiens ça de mes parents, il n’y a pas grand-chose qui m’effraie. Je l’ai pris comme un challenge. Je sortais de ma zone de confort, je changeais de pays, de vie, mais j’ai toujours gardé contact avec ma famille et mes amis. Ça m’a aidé à tenir. »

Le coach m’a expliqué ce qu’il attendait de moi, la vision qu’il avait de mon jeu et je me suis dit que le MHSC était la meilleure option

Sélectionné pour intégrer un programme spécifique du Bayern visant à repérer chaque année de jeunes talents aux quatre coins du globe, Victor a profité de l’occasion pour beaucoup voyager : « La première fois, nous sommes allés en Argentine »,  raconte-t-il. « Nous avions joué trois matchs et j’avais inscrit deux buts. Ensuite, au retour en Allemagne, j’avais marqué trois fois en trois matchs. » Des performances qui permettent au jeune Nigérian d’être retenu pour s’entraîner avec les U19, puis la réserve du club bavarois et qui attirent l’œil de plusieurs clubs… Mais c’est Nice qui parvient à le recruter en janvier 2024. « Nice était vraiment le meilleur endroit pour débuter ma carrière », raconte Victor. « J’ai eu l’occasion d’en discuter avec mon compatriote nigérian Terem Moffi. En plus du projet du club, je sentais que sa présence pouvait me permettre de gagner du temps, notamment en termes d’adaptation… et ça a bien été le cas. »

J’ai le gabarit pour jouer devant mais j’aime bien aussi me sentir au cœur du jeu. Parfois, je vais décrocher pour toucher le ballon, parfois je vais prendre la profondeur

D’abord placé au sein du groupe élite du club azuréen, il a ensuite intégré le groupe professionnel durant la préparation estivale la saison dernière. Durant cette période, il s’est d’ailleurs fait remarquer en inscrivant 2 buts contre Rizespor et Ipswich. Des performances qui lui ont ouvert les portes de la Ligue 1, où il a pris part à 4 rencontres durant l’exercice écoulé. Suffisant pour séduire la cellule de recrutement du MHSC, qui a poussé pour obtenir la finalisation de son prêt pour une saison avant même la reprise de l’entraînement. Victor, lui, n’a pas hésité à relever le défi orange et bleu, même si cela l’oblige à s’éloigner – un temps du moins – de la Ligue 1. « On a fait une visioconférence avec le coach et j’ai apprécié son discours », raconte-t-il. « Il m’a expliqué ce qu’il attendait de moi, la vision qu’il avait de mon jeu et je me suis dit que le MHSC était la meilleure option pour moi.

En plus, je connaissais Montpellier puisque mon père supporte deux clubs en France : le PSG où est passé l’international nigérian Jay-Jay Okocha et le MHSC où évoluait notre compatriote John Utaka. »
De là à lui demander s’il va suivre les traces de ce dernier, il y a un pas que Victor Orakpo ne franchira pas (pour le moment du moins)… Question de modestie sans doute comme de ne pas se mettre de pression inutile : « Ce sera difficile, car chacun a son propre chemin et sa propre histoire. Moi, je veux juste grandir, aller le plus haut possible, marquer beaucoup de buts et gagner des titres », assure-t-il. « Je n’ai pas encore rencontré John Utaka, mais j’espère en avoir l’opportunité un jour. »
S’il lui reste évidemment encore pas mal de paliers à franchir pour atteindre le niveau de son glorieux aîné, le jeune homme de 19 ans n’a pas tardé à montrer ses qualités : celles d’un avant-centre au sens du but aiguisé, mais pas le genre d’attaquant qui va rester dans la surface adverse pour attendre les longs ballons, même si sa grande taille (1,95m) pourrait lui permettre de jouer le ‘’target-man’’ à l’anglaise. « J’ai le gabarit pour jouer devant mais j’aime bien aussi me sentir au cœur du jeu », détaille-t-il lorsqu’on lui demande d’évoquer son style de jeu. « Parfois, je vais décrocher pour toucher le ballon ; parfois je vais prendre la profondeur ou, au contraire, attendre une passe dans les pieds. Je peux jouer dans les deux registres. »

Admirateur de Harry Kane, Victor Osimhen et Terem Moffi, fan de Thierry Henry, Victor Orakpo a été ralenti durant la préparation estivale des Pailladins par un choc à la cheville lors de la rencontre face à Aubagne à Grammont, puis par un petit virus contracté après le 4ème match de préparation contre Bastia. Du coup, il était absent lors de la soirée d’ouverture contre le Red Star à La Mosson et a dû retrouver le rythme en réserve avant de faire ses premiers pas avec l’équipe fanion contre Amiens, à quelques heures de la trêve internationale de septembre. « Contre Amiens, j’étais sur le banc et j’attendais avec beaucoup d’impatience que le coach me donne ma chance », raconte le nouveau n°14 du MHSC. « Quand il l’a fait, je suis rentré dans cette rencontre avec beaucoup d’envie et très déterminé pour faire la différence. Je voulais montrer à tout prix mes qualités. » Histoire de valider sur le terrain le ressenti très positif qui est le sien depuis son arrivée dans l’Hérault : « Je me sens très bien ici », assure-t-il. « Montpellier est une très belle ville et, côté club, le groupe est assez jeune mais très enthousiaste. Tout se passe très bien ! »

Je sais que ça n’a pas été facile pour les amoureux du MHSC dernièrement, mais nous donnons tout et nous travaillons très dur au quotidien avec l’équipe. Je suis persuadé qu’avec le temps ça va porter ses fruits

Personnalité joviale et sympathique hors du terrain, Victor Orakpo aime – comme la majeure partie des jeunes de son âge – écouter de la musique, regarder des films et jouer aux jeux vidéo, dont FIFA et Call of Duty : « J’aime aussi les jeux de basket sur lesquels je prends souvent les Lakers ou les Bucks de Milwaukee où jouent Giannis Antetokoumpo », rigole-t-il. « Sinon, et plus sérieusement, j’aime bien prendre soin des gens que j’aime et les faire rire. »
Un côté altruiste qui le pousse à d’abord évoquer la situation collective de son équipe plutôt que son cas personnel : « Pour le moment, nous avons fait des bons matchs, mais je trouve que nous n’avons pas été récompensés du point de vue des résultats », analyse-t-il avant d’adresser un petit message à ses nouveaux supporters. « Donnez-nous un peu de temps et je suis persuadé que tout va très vite rentrer dans l’ordre et que nous allons remonter au classement. Je sais que ça n’a pas été facile pour les amoureux du MHSC dernièrement, mais nous donnons tout et nous travaillons très dur au quotidien avec l’équipe. Je suis persuadé qu’avec le temps ça va porter ses fruits. »
Titularisé pour la première fois cette saison lors du déplacement à Guingamp il y a à peine un peu plus d’une semaine, puis samedi dernier contre Bastia, l’attaquant nigérian monte en puissance au fil des semaines et aura sans doute à nouveau sa chance assez rapidement dans un championnat de Ligue 2 réputé difficile et éprouvant. La deuxième réception consécutive en 3 jours, ce mardi soir contre Boulogne-sur-Mer, sera peut-être le bon timing…. « J’espère marquer des buts et faire des passes décisives pour aider l’équipe à atteindre l’objectif suprême : la remontée en Ligue 1 », conclut-il lorsqu’on lui demande d’évoquer ses aspirations cette saison. S’il prend un peu de Souleymane Camara et un brin des qualités de Victor Hugo Montaño , le tout saupoudré d’un zeste de John Utaka – et s’il exploite surtout pleinement ses propres qualités – il n’y a pas de raison que ça ne fonctionne pas entre Victor Orakpo et le MHSC… et là, plus question de superstition…

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