Équipe pro masculine

Yaël Mouanga, en mission ballon rond

Formé en région parisienne avant de subir de plein fouet la rétrogradation des Girondins de Bordeaux, le défenseur de 20 ans s’est accroché à son rêve pour devenir professionnel cet été au MHSC. Itinéraire d’un modèle de volonté et de résilience.

Il y a ceux qui font de beaux rêves en y repensant régulièrement avec une pointe de mélancolie, et il y a les personnes qui donnent tout pour que ce rêve devienne réalité.
De toute évidence, Yaël Mouanga fait partie de cette dernière catégorie. Né à Créteil avant de déménager à Vert-Saint-Denis dans le 77, il a toujours été animé par ce désir de devenir footballeur professionnel ; pas par appât du gain ou de gloire, mais d’abord et avant tout par plaisir pour un sport qui le fascine. Passé par le club de la ville où il a grandi, puis par Sénart Moissy – l’un des clubs les plus huppés d’Île de France, entre son 9ème et son 14ème anniversaire – il participe alors régulièrement à des tournois ou des détections. C’est là qu’un recruteur bordelais le repère. Direction les Girondins pour un stage qui se transforme en un ticket d’entrée pour le Centre de Formation, à l’orée de la saison 2019-2020. S’en suivent un apprentissage classique au Haillan, jusqu’aux premières minutes chez les pros lors d’un déplacement à Concarneau le 10 mai 2024. Une première pleine d’espoirs suivie d’un violent coup de semonce 2 mois plus tard, lorsque le club au Scapulaire est rétrogradé en National 2, ce qui induit la perte du statut professionnel et la libération des joueurs sous contrat.

Je dois encore améliorer pas mal de points, dont mon pied gauche et ma prise d’information

Alors qu’il pensait toucher son rêve du doigt, Yaël Mouanga se retrouve sur le carreau, sans avoir signé de 1er contrat pro… mais il parvient finalement à rebondir du côté de Grammont. « Le MHSC m’a sollicité dans une période où j’étais à la recherche d’un nouveau club », se souvient-il. « Avec mes parents et mon frère, nous sommes venus visiter les installations, nous avons été bien reçus par Bernard Maraval, qui a beaucoup plu à mes parents et qui a su nous convaincre. En plus, le MHSC est un club familial et, quand on évoque son Centre de Formation, ça parle tout de suite. Le projet m’a vraiment plu ».

Tout s’est ensuite accéléré fin octobre 2025. A l’époque, le regretté Jean-Louis Gasset vient de débarquer sur le banc du MHSC et doit faire face à une cascade d’absences en charnière centrale pour composer son onze de départ, 4 jours plus tard contre Toulouse à La Mosson. Défenseur central de la réserve héraultaise, Yaël Mouanga apparait alors comme un recours crédible, et le voilà plongé dans le grand bain face aux Toulousains… Pas le temps de rêver que la première action du match agit comme un dur retour à la réalité : « Il y a une passe dans mon dos, je n’apprécie pas très bien la trajectoire du ballon, l’attaquant adverse part seul au but et marque », se remémore notre interlocuteur. « Sur le coup, je ressens le haut niveau, je me dis que ça va vite et que chaque erreur va se payer cash. » A cet instant, beaucoup auraient pu douter, voir même sombrer, mais pas lui. Il se reprend en seconde période et récolte les louanges de son entraîneur lors de la conférence de presse d’après match. « J’ai pris conscience que je devais me remettre dedans tout de suite, ne plus trop penser à cette action-là et revenir dans le match. »
Voilà, en dehors de son talent bien sûr, ce qui fait la force de Yaël Mouanga :« Quand il y a des difficultés, il faut aller au-devant et les surmonter », explique-t-il. « Dans tous les cas, j’avais déjà fait une erreur et je devais me lâcher si je ne voulais pas faire pire mais, au contraire, être meilleur. » Une réaction qui en dit long sur l’état d’esprit et le mental du garçon : « Quand tu es dedans, tu es obligé d’aller au combat ; tu ne peux plus te défiler. Tu peux avoir les pieds qui tremblent quelques instants, mais au bout d’un moment, cette sensation part. Elle est obligée de partir. »

Apparu à 14 reprises toutes compétitions confondues avec les pros la saison dernière, Yaël avoue avoir beaucoup appris durant cette période : « Je l’ai prise comme une saison d’apprentissage. Je prenais tout ce que j’avais à prendre, que ça soit en positif ou en négatif. J’étais vraiment dans un état d’esprit où, quoi que je fasse ou que je vive, ça allait m’apporter. Du coup j’étais à l’écoute et concentré pour donner le meilleur de moi-même », explique-t-il. « Quand on en reparle parfois entre nous, on se dit que la saison dernière a compté triple en termes d’expérience. C’était éprouvant mais enrichissant, même si, évidemment, nous aurions préféré une autre issue. »

à mon âge, quel que soit le poste, le plus important, c’est de jouer, car c’est sur le terrain que tu progresses le plus

Au cœur de cet exercice de sinistre mémoire, les qualités footballistiques et mentales de Yaël sont apparues comme une vraie lueur d’espoir pour l’avenir ; raison pour laquelle les dirigeants du MHSC lui ont fait parapher son 1er contrat professionnel durant l’été 2025. « C’était un aboutissement, parce qu’il y a beaucoup eu de travail derrière, de ma part bien sûr mais aussi de ma famille et de mon entourage », explique celui qui a choisi le n°23 en référence à sa date d’anniversaire du 23 juillet. « Quand je suis arrivé ici, après mon départ de Bordeaux, je n’avais signé qu’un an stagiaire. Dans ma tête, j’étais en mission pour aller chercher ce contrat pro qui comptait vraiment pour moi. Cette mission est réussie, mais ce n’est qu’une étape. »
La suivante a été de s’installer durablement dans le onze de départ, ce que ce défenseur central de métier est parvenu à faire dès le début de saison, mais à un poste de milieu de terrain défensif, à priori inhabituel pour lui. Quoi que…. « En préformation à Bordeaux, j’étais milieu défensif et, un jour, lors d’un tournoi avec la génération au-dessus, un défenseur central s’est blessé et j’ai été amené à le suppléer. Visiblement ça a plu aux coachs et c’est à ce moment-là que j’ai basculé en défenseur central », raconte-t-il. « Quand le coach Camara m’a mis au milieu, j’ai dû réapprendre ce poste et il m’a donné des conseils pour me sentir à l’aise. Ça a pris et ça prend encore du temps mais après c’est comme tout ; il faut se mettre au boulot. J’ai confiance en moi et cette polyvalence peut aussi être un atout. C’est à moi de montrer mes qualités. De toute façon, à mon âge, quel que soit le poste, le plus important, c’est de jouer, car c’est sur le terrain que tu progresses le plus. »

Quand on est en défense centrale, on a le jeu en face de soi alors que, quand tu joues n°6, tu es au cœur du jeu ; Il peut y avoir des joueurs dans ton dos, à ta droite, à ta gauche, devant. Ça nécessite plus d’orientation et une meilleure prise d’informations. C’est ce qui diffère en premier lieu

Depuis le début de la saison, cet admirateur de Presnel Kimpembe – « J’ai toujours bien aimé le fait que ce soit un défenseur moderne qui prenne le ballon et qui casse les lignes par ses rushs ou ses passes » – alterne donc entre le poste de défenseur central et de milieu défensif, comme Bruno Carotti en son temps au MHSC, ou bien encore Franckie De Jong aujourd’hui au FC Barcelone. L’occasion d’évoquer avec notre interlocuteur les différences entre les deux postes : « Quand on est en défense centrale, on a le jeu en face de soi alors que, quand tu joues n°6, tu es au cœur du jeu ; Il peut y avoir des joueurs dans ton dos, à ta droite, à ta gauche, devant. Ça nécessite plus d’orientation et une meilleure prise d’informations. C’est ce qui diffère en premier lieu. » A cela s’ajoute une variante tactique puisque, depuis le déplacement à Bastia fin janvier, Zoumana Camara est passé d’un système en 4-2-3-1 en double pivot au milieu, à un 4-1-4-1 où Yaël Mouanga est prioritairement placé en sentinelle devant la défense.

Depuis tout jeune, dans ma tête, quand j’arrivais quelque part, j’étais vraiment en mission, sérieux, peut-être un peu fermé, parce que je voulais vraiment réussir. Ça me tenait énormément à cœur

« Quand tu joues à 2 au milieu, tu es cantonné à un côté si je peux dire, alors qu’en sentinelle tu dois te balader sur toute la largeur du terrain et savoir bien compenser tactiquement. »
Quel que soit le registre dans lequel il est utilisé, le Francilien apporte sa hargne, son impact dans les duels et sa qualité d’anticipation, tout en ayant conscience de « devoir encore améliorer pas mal de points, dont son pied gauche et sa prise d’information », ainsi que le fait de devoir
« gagner en lucidité technique ».

Une chose est sûre, Yaël Mouanga le casanier qui « passe beaucoup de temps avec son frère » a franchi un cap, et pas seulement sur le terrain. Il semble plus souriant, mieux intégré, presque libéré en somme : « Au premier abord on pourrait croire que je suis un mec timide et renfermé sur moi-même, mais ce n’est pas le cas », explique-t-il. « Je suis vraiment une personne qui vit foot, mange foot, regarde du foot… C’est à la fois une passion et un métier. Depuis tout jeune, dans ma tête, quand j’arrivais quelque part, j’étais vraiment en mission, sérieux, peut-être un peu fermé, parce que je voulais vraiment réussir. Ça me tenait énormément à cœur », détaille-t-il. « Avec l’âge et le fait que je grandisse, j’apprends à m’ouvrir et à montrer plus mes émotions. Je fais des efforts pour paraître plus jovial. Je suis un bon vivant quand on me connaît. »

L’obtention de ce 1er contrat pro l’a peut-être aussi libéré d’un poids ? : « Inconsciemment peut-être un peu oui, puisqu’une étape importante a été franchie, mais il y en a encore beaucoup d’autres à passer et je sais très bien que rien n’est acquis. On reste toujours concentré et on avance », sourit-il. Cette passion pour le foot fait en tout cas plaisir à voir, tant elle semble se raréfier chez certains jeunes footballeurs au fil des années : « Dès que j’ai du temps libre, je regarde des matchs », reconnait-il. « Quand on regarde, on apprend, on voit ce qu’est et ce que demande le haut niveau. On se dit, on voit toutes les marches qu’il nous reste à gravir pour l’atteindre. »

Dès que j’ai du temps libre, je regarde des matchs. Quand on regarde, on apprend, on voit ce qu’est et ce que demande le haut niveau. On se dit, on voit toutes les marches qu’il nous reste à gravir pour l’atteindre

La prochaine étape justement, c’est la réception de l’ESTAC ce samedi à La Mosson, dans le cadre de la 29ème journée de championnat. Un adversaire leader du championnat aujourd’hui mais contre lequel le MHSC – pourtant en infériorité numérique – s’était incliné sur la plus petite des marges au match aller (1-0). « Ce n’est plus du tout le même rapport de force car, à l’époque (3ème journée, NDLR), Troyes n’était pas leader du championnat et nous, parce que nous étions un récent relégué de Ligue 1, nous étions très attendus. Le meilleur exemple, c’est que, même à onze contre dix, les Troyens ne venaient pas trop nous chercher », analyse notre interlocuteur. « Aujourd’hui, le rapport s’est un peu inversé car ce sont eux, en tant que leader du championnat, qui sont en position de force. Du coup, c’est à nous d’installer le doute dans leur tête parce que c’est difficile de garder la première place. Si on arrive à faire ça, alors nous aurons un coup à jouer », estime-t-il avant d’ajouter : « Il faudra tout donner pour le club et nos supporters car il faut vraiment les remercier. Malgré les déceptions de la saison dernière, ils sont toujours là pour nous soutenir. Ce n’est pas facile de voir son club descendre en Ligue 2 et, malgré-ce, d’aller encore au stade pour nous supporter. Nous sommes vraiment contents qu’ils soient derrière nous et nous allons tout faire pour les rendre fiers. »

Au moment d’analyser la saison sur un plan plus personnel, Yaël Mouanga estime son 1er exercice à temps plein chez les pros comme étant « un peu mitigé car j’ai eu des coupures, mais je suis tout de même assez satisfait », estime-t-il avant d’ajouter : « Dire que je suis content, ce serait un grand mot car je pense d’abord au collectif, donc, cela va dépendre de ce qu’on ira chercher ou non en fin de saison. Il est donc trop tôt pour répondre. » Il poursuit : « J’espère qu’on va attraper les barrages parce que c’est l’objectif. Une chose est sûre, quelle que soit l’issue de la saison, je pense qu’on a vraiment progressé collectivement et individuellement. On a passé des caps et ce groupe a encore une marge de progression. Rien que le fait de gagner à la maison et de retrouver cette force à domicile, le fait de redonner de l’espoir aux supporters ce sont des premières réponses »
Les bonnes réponses, Yaël Mouanga ne cesse de les donner sur le terrain au fil des semaines… Et c’est bien là l’essentiel

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