Zoumana Camara : « Je vois les choses de manière positive »
A l’aube de la 2ème partie de saison, l’entraîneur montpelliérain nous a accordé un entretien pour évoquer ses 9 premiers mois à la tête de l’équipe première et les 6 premiers de la saison en cours. Un savant mélange d’ambition et de réalisme
Impossible de commencer cette interview sans évoquer la disparition de Jean-Louis Gasset…
C’est une bien triste nouvelle, très surprenante, et un grand choc. Ça fait mal… Au-delà d’être mon prédécesseur au poste d’entraîneur du MHSC, je connaissais Jean-Louis depuis longtemps. Il a été mon coach quand j’étais joueur, je suis ensuite devenu entraîneur adjoint à ses côtés sous la direction de Laurent Blanc, donc il y avait une relation particulière. En venant ici, je l’avais toujours au téléphone ; on échangeait souvent. Après les matchs, nous avions nos petites habitudes de débriefs parce qu’il avait toujours le cœur pailladin. C’est d’ailleurs pour ça qu’il était revenu, la saison dernière, pour cette mission dans son club de cœur. Au-delà du football, ce que j’ai envie de dire au sujet de Jean-Louis – et à travers les nombreux témoignages qu’on a pu voir, c’est de qui ressort – c’est avant tout l’homme qu’il était et sa générosité. Il était dans le partage. L’une de ses qualités, c’est qu’il savait donner à chacun de nous du temps, de l’écoute, du partage et on avait tous le sentiment d’avoir une relation privilégiée avec lui. Je pense que c’est ce qui restera. Aujourd’hui, le MHSC et le football français perdent quelqu’un d’important. Ce ne sera pas facile, mais il faudra continuer à avancer. On va essayer de lui faire honneur à travers tout ce qu’on fera au quotidien et durant les années à venir pour lui rendre hommage de la meilleure des façons. J’ai une énorme pensée pour son fils Robin, qui est dans mon staff, sa fille Coralie, sa maman qui est toujours présente et pour l’ensemble de sa famille. Tant que nous serons ici, nous les accompagnerons et nous serons avec eux.

Jean-Louis Gasset avait toujours le cœur pailladin
Quel bilan tirez-vous de cette première partie de saison ?
Nous avons remis une bonne ambiance de travail, retrouvé un état d’esprit et un bon fonctionnement au quotidien, à la fois dans les séances et dans l’organisation. J’ai un groupe investi, qui fait des efforts, qui se bat avec par moment des bons résultats et par moment un peu de frustration ; mais c’est comme ça qu’on va avancer et s’améliorer. Cela dit, j’estime que le bilan est positif par rapport à d’où l’on vient et ce qu’on a connu il n’y a pas si longtemps.
Malgré quelques faux-pas, on a l’impression que le MHSC est toujours dans la course…
C’est un championnat très homogène, où tout le monde peut battre tout le monde et où, quand on est régulier, on arrive à grimper au classement. Je parle souvent de manière imagée mais, pour moi, la Ligue 2 est un marathon. Nous avons eu du mal à démarrer avant, ensuite, de trouver notre rythme. Nous avons vécu une bonne période où on a augmenté la foulée et puis on s’est rapproché des clubs qui étaient devant ; avant de connaître un coup de moins bien et d’être rattrapés par le peloton. Malgré ce, je vois les choses de manière positive parce que, si on est capable d’augmenter notre rythme de foulée et de se rapprocher de ceux qui sont devant, ça montre notre potentiel et nos capacités. La difficulté va être de le refaire, mais d’essayer, cette fois, de maintenir cette cadence. C’est un peu notre plafond de verre en ce moment. A nous de nous améliorer pour que les bonnes séries soient beaucoup plus longues.

En disséquant cette 1ère partie de saison, vous semblez être parti sur une idée de jeu forte basée sur la possession, avant, à partir du match de Bastia, de prendre moins de risques et de jouer plus direct…
Effectivement. On m’a recruté en partie pour des idées, pour une façon de voir le football, mais j’estime que mon rôle d’entraîneur est de mettre les joueurs dans les meilleures dispositions possibles. Après ce qu’il s’est passé la saison dernière, il reste encore des cicatrices ; donc il faut du temps. Il faut retrouver une certaine confiance et si, pour y parvenir, il faut revenir à des choses beaucoup plus simples pour qu’ils se sentent mieux, c’est l’essentiel. S’il faut faire un jeu direct et être au deuxième ballon pour marquer un but, plutôt que d’avoir la possession, être en bloc haut et créer des décalages et leur donner confiance, je suis capable de m’adapter. Le plus important, c’est que les joueurs soient à l’aise pour pouvoir donner le maximum et surtout qu’ils commencent les matchs avec une certaine confiance.
Une équipe ne peut pas rester sur un style de jeu unique et immuable (…) Il faut pouvoir alterner

Cela dit, je pense qu’il faut être capable d’avoir plusieurs facettes ; une équipe ne peut pas rester sur un style de jeu unique et immuable. On ne peut pas être, ni une équipe qui joue et qui ressort le ballon tout le temps, ni une équipe qui pratique systématiquement du jeu direct. Il faut pouvoir alterner, y compris à l’intérieur d’un même match, selon ce que l’adversaire propose. C’est pour cela que nous évoluons avec plusieurs options et, ensuite, ce sont les joueurs qui se les approprient et qui décident sur le terrain. Mon travail c’est que, quand il y a un blocage ou un problème, on l’ait travaillé durant la semaine et que les joueurs soient capables d’utiliser le bon outil au bon moment.
Avoir plus de maturité dans notre jeu, plus d’impact pour gagner les duels et l’ambition de gagner des ballons plus haut sur le terrain
À quel moment avez-vous senti que la saison était lancée et que le groupe a connu un certain ‘’déblocage psychologique’’ ?
On m’a souvent posé cette question. Pour moi, la saison a été lancée dès la première journée. Sauf que dans ta phase de reconstruction, il faut accepter que ça démarre peut-être moins vite que ce qu’on veut ; il y a des réajustements à faire, des complémentarités à trouver, une confiance à redonner ou à donner…
Le football, c’est un équilibre et cet équilibre ne se trouve pas en un claquement de doigts. Contre le Red Star, nous avons vécu une première mi-temps compliquée, mais nous avons complètement dominé la seconde et, bizarrement, on se rend compte quelques semaines plus tard que cette équipe du Red Star est toujours dans le haut du classement et qu’elle performe. Pourtant, après ce match-là, si on avait écouté un peu partout, c’était : « un nul contre le Red Star, ça ne commence pas bien, ce n’est que le Red Star… » Il faut être mesuré dans les émotions, dans la joie comme dans la déception et garder une certaine constance pour pouvoir continuer à travailler et à avancer.

Nous sommes la 2ème meilleure défense du championnat ; c’est quelque chose qu’il faut maintenir et consolider
Quels sont, pour vous, les axes de progression à l’aube de cette deuxième partie de saison ?
Je pense aussi à l’envie d’être beaucoup plus tueur devant le but par rapport aux occasions que l’on se crée. Concernant ce dernier point, j’ai dit aux joueurs que, plus que la qualité, c’est une question d’état d’esprit et de mental. Marquer des buts, c’est ce qu’il y a de plus difficile dans le football et c’est un état d’esprit. Quand on a des difficultés pour le faire, il ne faut pas chercher l’esthétisme mais l’efficacité. Un but ‘’moche’’, du genou, de la nuque, ce que vous voulez, ça compte quand même.
Vous avez majoritairement trouvé un onze type, sauf au poste de milieu défensif où les paires changent beaucoup. Pourquoi ?
A ce poste, j’ai Bećir Omeragic, notre capitaine, dont la position préférentielle est en défense centrale, même s’il peut rendre des services au milieu. De temps en temps, je l’utilise au milieu quand j’ai tout le monde à disposition. De temps en temps, je le mets derrière. Après, j’ai des jeunes joueurs : Yaël Mouanga, qui est un défenseur, milieu de terrain de formation, Théo Chenahi, un jeune joueur qui évoluait avec la N3 la saison passée et Everson Jr, lui aussi très jeune, qui arrive d’Ajaccio. A ce poste, je n’ai pas ce joueur expérimenté autour duquel il pourrait y avoir une rotation. J’ai des jeunes joueurs qui progressent et qui doivent gagner en constance. Ils restent dans un apprentissage rapide mais ils progressent donc, selon les adversaires et le contexte, je choisis d’utiliser une paire plutôt que l’autre ou une complémentarité plutôt qu’une autre. Cela dit, je suis satisfait avec ceux que j’ai. J’espère qu’en enchaînant les matchs, ils vont prendre en expérience et continuer à progresser.

L’équipe a eu du mal à gagner contre des membres du top 8 depuis le début de la saison. Quel regard portez-vous sur cet aspect ?
Les statistiques de ce genre peuvent montrer où sont nos limites du moment, tout simplement. Après, dans ce championnat, que peut-on figer ? Que peut-on déterminer comme acquis ou pas puisque ça peut changer d’une journée à l’autre ? Il y a deux mois est-ce qu’on aurait eu le même discours après la belle série qu’on a faite ? Il faut rester mesuré. C’est la réalité du moment, même si ça changera peut-être. La vérité aussi, c’est qu’on ne boxe pas dans la même catégorie aujourd’hui que des équipes comme Saint-Etienne ou Troyes, il faut le reconnaitre. Est-ce que ça veut dire qu’on manque d’ambition face à ces équipes là et qu’on ne joue pas pour gagner ? Bien au contraire ! Mais au niveau des effectifs, des transferts, on ne joue pas dans la même cour. Cependant, encore une fois, ça ne veut pas dire qu’on manque d’ambition quand on joue ces équipes-là. La réalité, c’est qu’aujourd’hui, on a montré nos limites face aux équipes qui sont mieux classées que nous.
Il faut être patient, mais cela ne veut pas dire manquer d’ambition. Il faut aller étape par étape

Le bon point, c’est la solidité, puisque l’équipe prend beaucoup moins de buts que la saison passée…
On a essayé de bâtir une équipe en commençant par son assise défensive, avant de pouvoir se pencher sur l’aspect offensif. Nous sommes aujourd’hui la 2ème meilleure défense du championnat ; c’est quelque chose qu’il faut maintenir et consolider. Défendre, c’est un état d’esprit collectif.
En revanche, le MHSC a du mal à marquer….
C’est une réalité, on le sait. Je parlais tout à l’heure du plafond de verre par rapport à d’autres équipes. Saint-Étienne a gardé sa ligne d’attaque avec des joueurs comme Stassin, Cardona ou Bouaké, qui étaient déjà là la saison dernière. Reims a gardé des joueurs importants en attaque, comme Nakamura, Salama ou Daramy qui va revenir de blessure, alors que nous, on reconstruit complètement. Il faut plus de temps. Je ne suis pas là pour vendre du rêve. Je suis très terre à terre et très réaliste. Dans cette phase de reconstruction, il faut être patient, mais cela ne veut pas dire manquer d’ambition. Il faut aller par étape, tout simplement.

Quel match vous a le plus satisfait depuis le début de la saison ?
J’ai aimé pas mal de séquences de plusieurs rencontres, mais si je devais citer un match dans son ensemble, je dirais notre succès contre Annecy début novembre à La Mosson (1-0) dans la solidité qu’on a pu avoir face à un adversaire qui nous a proposé énormément d’intensité et de courses. Il nous a fallu beaucoup de travail, d’unité et de patience pour ne pas céder à certains moments, avant de débloquer le score et de remporter ce match.
Et celui qui vous laisse le plus de regrets ?
La défaite contre Boulogne fin septembre (1-3), parce qu’on venait de gagner à la maison et qu’on avait l’envie de confirmer une deuxième fois à la Mosson. Il y a des matchs comme ça où tout nous échappe. On a l’impression que rien ne va dans le bon sens ; des cartons, des blessures, la performance collective… Quand on vit ça, on attend juste la fin du match pour retourner au travail et essayer d’oublier.
Il y a eu énormément de chemin de parcouru depuis votre arrivée. Avec un peu de recul, comment jugez-vous votre adaptation au MHSC, à sa culture et sa région ?
Je suis content d’être là et fier d’être l’entraîneur du MHSC. Je collabore avec des gens – dont certains étaient déjà au club – qui ont de la qualité. Je découvre une région que je ne connaissais pas ; une mentalité aussi… J’essaie de m’adapter, mais ça se passe plutôt bien. Je suis content d’être là, de me lever tous les matins et de venir travailler à Grammont.
Je suis content d’être là et fier d’être l’entraîneur du MHSC

Vous découvrez aussi le poste d’entraîneur n°1 chez les pros, ainsi que la Ligue 2 où vous aviez joué il y a presque 30 ans. Qu’est-ce qui vous a surpris ?
Dans le fait d’être n°1, pas grand-chose. Je gère juste des joueurs pros dans un club historique. J’estime que j’ai la responsabilité de véhiculer une image à travers mon comportement, mon attitude et aussi à travers le style de jeu que j’essaie de donner à l’équipe. Mon objectif est que le club et les gens de la ville se retrouvent dans une équipe combative, avec un état d’esprit irréprochable. Pour moi, c’est primordial. Pour le reste, je suis toujours le même dans le management, dans le partage, et l’écoute. Mon bureau est ouvert, que ce soit pour les joueurs ou pour mon staff.
Concernant la Ligue 2, c’est un championnat homogène, avec différents systèmes de jeu, des jeunes joueurs car, tout comme la Ligue 1 la Ligue 2 s’est rajeunie. On voit des entraîneurs intéressants qui proposent différentes choses, beaucoup d’intensité, de jeu, de combativité, de rythme et d’impact aussi. Ce n’est pas une surprise pour moi.

Vous avez été joueur, formateur et maintenant entraîneur principal. Quels sont les grands changements quand on passe ces 3 étapes-là ?
Joueur, on pense forcément à ses performances, on est centré sur soi parce qu’il faut qu’on soit bon pour que l’équipe gagne. Quand on est à la formation, on est plus dans le développement du joueur. Il faut être un peu plus patient. On est, entre guillemets, un peu moins dans les résultats, même si avoir les U19, c’est déjà être dans de la compétition. Entraîneur principal, c’est être dans une vision beaucoup plus globale : on gère un staff, un groupe… On essaie de créer des associations, des complémentarités, d’anticiper et d’organiser les choses. On essaie de donner un chemin dans lequel on doit aller. Il y a tout un côté organisationnel qu’on ne voit pas forcément quand on est joueur. C’est différent mais tout aussi passionnant
Mon objectif est que le club et les gens de la ville se retrouvent dans une équipe combative, avec un état d’esprit irréprochable

Quel message adresseriez-vous aux supporters pailladins après une année civile 2025 très compliquée ?
De continuer à venir nombreux au stade. Nous avons besoin d’eux, ils nous suivent, ils se déplacent et c’est très important pour nous. Je leur demande de la patience parce que pour rebâtir, il faut du temps. J’ai conscience d’utiliser souvent ces mots-là, mais c’est une réalité. Il faut du temps, mais nous avons besoin qu’ils nous soutiennent et qu’ils viennent nombreux au stade. Ce que je peux garantir et leur promettre, ce sont des joueurs et une équipe combative qui donnera tout et qui aura un bon état d’esprit. Il faut qu’ils continuent à être ce 12e homme qui peut galvaniser les joueurs et que la Mosson redevienne une forteresse imprenable.
Quels sont vos objectifs pour la deuxième partie de saison ?
Consolider ce qu’on fait de bien et continuer à améliorer les points dans lesquels nous sommes encore perfectibles. J’ai envie de continuer à voir cette équipe et ce groupe progresser, évoluer, s’améliorer, gagner en expérience et en maturité. Nous devons continuer d’avoir un état d’esprit irréprochable et continuer à être combatif. Il faut maintenir cette rigueur, cette discipline et ce respect.
Nous devons continuer d’avoir un état d’esprit irréprochable et continuer à être combatif. Il faut maintenir cette rigueur, cette discipline et ce respect.

Un mot sur la réception de Dunkerque, ce lundi à La Mosson ?
Je m’attends à un match difficile. Pour moi, Dunkerque est l’une des meilleures équipes du championnat, avec un vrai projet de jeu. Ils sont bien structurés et quand on a un chemin et que l’on sait où on va et qu’on est bien structuré, on peut perdre des hommes, mais la structure permet de continuer à avancer. Ils ont perdu leur coach (Luis Castro, parti à Nantes et qui a quitté les Canaris avant la trêve, NDLR), ils ont perdu des joueurs importants, mais ils sont allés chercher un entraîneur (Albert Sanchez), et des joueurs qui rentrent dans la philosophie de ce qu’ils veulent mettre en place. Du coup, on retrouve de nouveau une équipe qui, collectivement, propose des choses très intéressantes et selon moi, fait partie des équipes qui proposent un des meilleurs football de ce championnat.


