Bertrand Reuzeau : « Un travail d’équipe »
Très discret médiatiquement depuis son arrivée au MHSC il y a 4 ans, le Directeur du Centre de formation pailladin a accepté notre invitation pour évoquer le travail effectué, sa vision de la formation et bien évidement son passage au club, en tant que joueur, il y a un peu plus de 30 ans.
Vous avez entamé en juillet dernier votre 4ème saison en tant que Directeur du Centre de Formation du MHSC. Quel bilan tirez-vous des trois premières ?
A mon arrivée, j’ai fait une sorte d’audit, un peu dans tous les domaines, que ce soit, sur l’organisation générale, l’organisation sportive, la méthodologie et le projet de jeu, afin que tout soit en adéquation par rapport à ce que je souhaitais mettre en place. Certaines personnes sont là depuis longtemps, elles sont compétentes, j’en connaissais certaines puisque j’ai eu la chance de jouer au MHSC il y a quelques années, et il fallait leur faire comprendre mon fonctionnement et faire en sorte que tout se passe en douceur. Les formateurs ont une certaine liberté, mais tout en restant dans le cadre et la philosophie qui sont mis en place.

Le MHSC a été précurseur dans le domaine de la formation, grâce à la famille Nicollin
Vous avez dirigé – entre autres – les Centres de Formation de l’AS Monaco et du PSG. Au MHSC, est-ce réellement le même métier ?
Sur le fond, oui. Tu formes des joueurs pour le haut niveau. La différence va se faire par rapport aux moyens, que ce soit au niveau du recrutement, de l’encadrement, des outils qui vont accompagner la formation du joueur, voire même de l’organisation avec l’école, etc. Mais, de ce côté-là, le MHSC était quand même bien outillé par rapport à l’histoire de sa formation et au fait que le club a été précurseur dans ce domaine grâce à la famille Nicollin, notamment avec son lycée privé, pour pouvoir travailler correctement. Les bases existaient avant mon arrivée. Par rapport à des clubs comme le PSG ou l’AS Monaco, l’enjeu est d’amener une méthodologie qui nous permette de travailler comme je l’avais fait un peu dans ces clubs précédents, mais d’une manière un peu différente, en nous appuyant sur nos forces et notre identité. Avant de parler de moyens, la qualité de la formation vient d’abord des éducateurs et du projet qui est mis en place.
Qu’est-ce qui vous a séduit dans le projet du MHSC ?
J’ai joué 5 saisons ici dans les années 1990. J’y ai laissé de très bons souvenirs, ma fille est née à Montpellier et c’est quelque chose qui était resté au fond de moi… Et puis, il y avait bien entendu, la perspective de retrouver la famille Nicollin. Nous avons discuté avec le Président Laurent Nicollin et tout s’est rapidement concrétisé. Comme je le disais précédemment, le MHSC possède une vraie culture de la formation, c’est un club bien structuré et qui me lassait l’opportunité de mettre en place les choses comme je le souhaitais. Ça a beaucoup joué dans ma décision de venir ici. Quand vous êtes dans les grands clubs, il y a beaucoup de monde, beaucoup de strates à passer avant de mettre en place une politique et un projet de jeu. Ici, il y a plus de proximité. On revient à des valeurs familiales, de convivialité, ce qui n’empêche pas d’être professionnel et de travailler. Il est hors de question pour moi de critiquer ce que j’ai vécu auparavant ; ce n’est pas mon propos, mais je voulais revenir un petit peu à ce mode de fonctionnement.

Après votre carrière de joueur, vous avez toujours été formateur. Pourquoi ce choix ?
J’avais déjà passé pas mal de diplômes quand j’étais joueur. Quand j’ai intégré le Centre de Formation de Sochaux, dans la continuité de ma carrière de joueur, c’était pour transmettre aux jeunes ce que le football m’avait apporté et je me suis pris au jeu. J’ai vite compris que la formation, c’était là où je me sentais le mieux. C’est beaucoup de travail, de disponibilité mais c’est aussi une fonction un peu plus à l’écart qui vous permet de travailler un peu plus sur du moyen ou du long terme. Que ce soit à Sochaux, Saint-Etienne, Sedan, au PSG, à l’AS Monaco ou au MHSC, que ce soit en Ligue 1 ou en Ligue 2,
c’est toujours un réel plaisir pour moi de voir des garçons qu’on a connu à 14 ou 15 ans, évoluer, se former, progresser pour finalement parvenir à s’installer en équipe première. Ça a toujours été mon plus grand bonheur et c’est là où je m’épanouis le plus. Cet épanouissement, je le dois aussi à mon épouse qui s’est un petit peu sacrifiée entre guillemets avec tous mes longs déplacements, les changements de clubs, et je tiens à l’en remercier.
C’est toujours un réel plaisir de voir des garçons qu’on a connu à 14 ou 15 ans, évoluer, se former, progresser pour finalement s’installer en équipe première

Vous avez vu éclore des joueurs comme Mike Maignan ou Adrien Rabiot…
La formation, c’est avant tout un travail d’équipe ; c’est le projet d’un club et pas d’une seule personne. Quand vous faites de la formation, il faut que le club soit avec vous, qu’il vous donne les moyens, qu’il vous fasse confiance et qu’il accepte de mettre en place ce que vous souhaitez. C’est tout un travail de club. J’ai eu la chance d’avoir sous ma direction, dans les différents centres de formation où je suis passé, des joueurs qui ont fait des grandes carrières et c’est un bonheur. Cela dit, il faut relativiser. Je pense que ces grands clubs-là, par leurs moyens de recrutement, formeront toujours des grands joueurs. Je suis presque plus content et valorisé quand on arrive à former des top joueurs dans des clubs qui ont moins de moyens et où il faut vraiment être très patient et très précis dans ce que vous faites parce que le challenge est encore plus difficile.
La formation, c’est avant tout un travail d’équipe ; c’est le projet d’un club et pas d’une seule personne
Dernier petit flashback : que retenez-vous de votre passage de joueur au MHSC (1991-1996) ?
C’était d’abord une bonne bande de copains, une bonne ambiance façonnée par le Président Louis Nicollin. C’était quelque chose de très atypique, ça l’est resté d’ailleurs, mais qui faisait que nous étions une vraie famille. C’est le mot que je retiens de mes 5 années de joueur au MHSC avec, comme dans une vraie famille, des moments de joie, d’autres plus difficiles, mais surtout des liens très forts, gravés dans cette ambiance et qui sont restés forts malgré le temps qui passe. C’est d’ailleurs sûrement ça aussi, qui m’a poussé à revenir ici il y a bientôt 4 ans.
Le côté sudiste ne vous a pas ’’effrayé’’ ?
J’ai travaillé dans pas mal de clubs et de régions différentes. C’est toujours important de s’adapter et de ne pas vouloir tout révolutionner. Il y a des choses que vous ne pouvez pas changer comme l’histoire du club, son environnement ou sa culture. C’est en partie pour cela que la formation française est très forte : parce que chaque formateur s’adapte aux circonstances du club, de sa région et de sa culture. Les parents, les jeunes, la scolarité, l’environnement, la réglementation, la région : ce sont des paramètres primordiaux, une sorte de formation invisible, dont il est très important de tenir compte, notamment via des formateurs français qui ont la connaissance de l’ancrage local.

Un joueur aura peut-être plus les caractéristiques pour jouer en L1 ou en L2, mais il y a quand même un socle de bagages communs à avoir
Quand on est formateur, existe-t-il des différences selon que l’équipe première soit en Ligue 1 ou en Ligue 2 ?
Oui, bien sûr. La base de tout centre de formation est de former des joueurs pour son équipe première. Après, selon que vous soyez en Ligue 1 ou en Ligue 2,
le niveau et les exigences du jeu sont différents. Un joueur aura peut-être plus les caractéristiques pour jouer en L1 ou en L2, mais il y a quand même un socle de bagages communs à avoir. A cela s’ajoutent bien sûr les moyens qui sont forcément différents avec certaines restrictions budgétaires et / ou d’encadrement. Il faut être plus malin, notamment en termes de recrutement, pour qu’il n’y ait pas trop d’impact et que le travail puisse perdurer efficacement. Il est aussi important de souligner que le Président Laurent Nicollin a toujours voulu que la formation soit importante et il a fait le nécessaire pour nous permettre de continuer à travailler dans de bonnes conditions.
Est-ce une fierté pour vous de voir que de nombreux joueurs formés ou post-formés au club évoluent aujourd’hui en équipe première ?
C’est une fierté pour moi et surtout pour le club. Il y a des joueurs qui ont été formés avant que j’arrive, d’autres que nous avons recruté avec Bernard Maraval et son équipe, qui ont été formés par les staffs selon la méthodologie que je souhaitais mettre en place, mais c’est vraiment un travail collectif. Il y a eu un avant, il y a un pendant et je suis sûr qu’il y aura un après Bertrand Reuzeau. Le garant de la formation, ça reste le Président et la direction du club. Tant qu’il y a un entraîneur qui est à l’écoute de la formation mais surtout un Président et une Direction qui veulent que la formation existe et qu’elle soit efficace, la formation gardera un rôle central… et je suis assez serein de ce côté-là.
Votre discours aux parents change-t-il avec la relégation en L2 ?
Il est certain que, quand vous avez un club qui fait jouer énormément de jeunes issus de sa formation, quand vous discutez avec les familles ou avec les joueurs, vous le mettez forcément en avant. On ne peut rien promettre car rien n’est jamais acquis, mais on insiste sur le fait que, si un jeune joueur franchit les paliers et qu’il arrive en haut, la porte s’ouvrira parce que le club fait confiance aux jeunes. Ça nous permet de recruter des joueurs intéressants, qui ont de vrais bons profils.

Qu’est-ce qui définit, selon vous, l’ADN de la formation montpelliéraine ?
Le fait d’avoir des qualités physiques, techniques, ça, c’est valable partout. Pour moi, l’ADN de la formation du MHSC, ce sont des joueurs qui ont un mental de compétiteur, qui ne lâchent pas et s’intègrent facilement dans un collectif et dans un vestiaire. Ce sont des joueurs ‘’club’’, solidaires et qui ont un bon état d’esprit. J’ai eu la chance de jouer ici ;
c’était déjà comme ça à l’époque et c’est important de le garder aujourd’hui, même si, évidemment, les époques et les mentalités changent. C’est notamment pour cela que nous avons mis en place un projet de jeu avec du pressing, parce que je trouve que ça correspond bien à l’état d’esprit du club.
Comment transmettre l’Esprit Paillade aux nouvelles générations ?
C’est difficile parce que les mentalités ont changé. Les jeunes ont beaucoup moins cet état d’esprit, cette mentalité-là. On se dit moins : « Je veux gagner des titres avec mes copains et pour mon club » mais plus : « Je suis là pour mon projet personnel et faire carrière ». Ça fait partie de l’évolution. Pour autant, je pense qu’on peut inculquer l’esprit Paillade par la formation. Ça passe par un projet de jeu, un fil conducteur important et que cet état d’esprit transpire tout au long de chaque semaine aux entraînements.
Pour moi, l’ADN de la formation du MHSC, ce sont des joueurs qui ont un mental de compétiteur, qui ne lâchent pas et s’intègrent facilement dans un collectif et dans un vestiaire

Un mot sur la signature du 1er contrat professionnel du jeune Laciné Megnan-Pavé…
Je l’ai connu à mon arrivée il y a 4 ans, lorsqu’il avait 11-12 ans. Laciné a toujours été surclassé. C’est un joueur qui a déjà les aptitudes pour le haut niveau sur ses différentes qualités, par son profil, que ce soit athlétique ou mental. Tactiquement, c’est pas mal et techniquement, il a des bonnes bases aussi. Bien sûr, il est très jeune, donc il y a encore du travail pour qu’il progresse, mais il a déjà ces aptitudes-là pour le haut niveau. Il est aussi capitaine de l’équipe de France U16, ce qui n’est pas rien. Il reste quelques années pour qu’il puisse confirmer tous les espoirs placés en lui, mais c’est très rare de voir une telle précocité chez un jeune joueur.
Dans les périodes compliquées de son histoire, le MHSC s’est toujours appuyé sur sa formation. Est-ce une pression supplémentaire ?
Non. Que ce soit dans les bons ou dans les moments plus difficiles, il faut toujours avoir cette ligne directrice. L’équipe première, c’est un TGV parce qu’il faut gagner tous les week-ends. La formation, c’est plus un train de marchandises qui avance doucement, jusqu’à déposer des joueurs ‘’maison’’ dans le TGV de l’équipe fanion. Quand ça va mal, il faut être prêt et quand ça va bien, il faut être prêt aussi pour alimenter l’équipe pro selon les besoins. C’est aussi pour cela que nous ne sommes pas dans la ’’championnite’’ chez les jeunes, tout en gardant à l’esprit que nous avons un standing à tenir. Chez les jeunes, on ne peut pas seulement penser aux résultats, mais on ne peut pas totalement les occulter non plus. C’est un équilibre.


La jeunesse de l’effectif pro et les nombreux jeunes joueurs incorporés en équipe fanion vous oblige-t-elle à travailler différemment, notamment en surclassant des joueurs ?
Oui. Nous sommes jeunes tous les week-ends dans toutes les catégories. Notre équipe réserve compte beaucoup de U19, les U19 beaucoup de U18 et de U17 et ainsi de suite. Nos groupes d’entraînement sont assez jeunes, on surclasse beaucoup, mais c’est ma conception aussi. Jouer contre des joueurs plus âgés permet au jeune joueur de développer d’autres qualités pour compenser son déficit physique et c’est souvent positif pour son avenir et sa progression. L’idée générale, c’est d’abord de se maintenir parce qu’on voit quand même qu’il y a des gros clubs surtout dans les réserves qui descendent. C’est très important de maintenir la réserve en National 3. Concernant les U17 et les U19, en fonction des années, quand on termine dans les 5 premiers, c’est bien.
Les mentalités ont changé (…) Pour autant, je pense qu’on peut inculquer l’esprit Paillade par la formation
Quel regard portez-vous sur les débuts de nombreux jeunes joueurs formés au club en équipe première cette saison ?
Je suis content, c’est bien pour la formation, ça donne de l’élan et de la motivation pour tout le monde ; mais, pour eux, le plus dur commence. Faire quelques minutes, c’est bien, mais l’idée, c’est qu’ils puissent avoir une belle carrière professionnelle et qu’ils puissent jouer longtemps. La réussite de la formation, c’est quand ils seront aptes à être titulaires. Cela dit, c’est une première étape qui est déjà intéressante et qui nous permet aussi de continuer à travailler.
Quel bilan tirez-vous des résultats des équipes de jeunes à mi-parcours ?
Il est assez satisfaisant puisque quasiment toutes les catégories sont dans les cinq premières places en U17 et U19 et que notre équipe réserve est en milieu de tableau de N3 avec deux matchs en retard. Pour le moment c’est assez positif, surtout qu’on évolue avec des effectifs très jeunes comme expliqué précédemment. Pour l’instant, c’est une belle réussite mais il faut rester vigilant et continuer de travailler. Je n’oublie pas la Coupe Gambardella qui est une compétition importante. Ayant pas mal de U18 qui jouent avec l’équipe réserve, il faut un peu jongler avec cet aspect-là, mais pour l’instant, ça se passe bien, en espérant bien sûr aller le plus loin possible, ça c’est sûr.

Un mot sur la scolarité…
Le projet de la formation a deux piliers : le sportif et le scolaire et il est impossible de les dissocier. Nous sommes dans un sport-études de haut niveau et dans sport-études il y a études. Chaque enfant qui rentre au Centre de Formation à 15 ans, à la sortie de sa troisième, doit pouvoir décrocher un diplôme, un bac général, un bac technologique, mais il doit décrocher un diplôme. L’année dernière, nous avons eu 100% de réussite au bac. C’est à souligner. Nous avons une structure scolaire qui est hyper efficace, très à l’écoute et très dévouée aux jeunes. Il y a aussi une bonne alchimie avec les staffs techniques, ce qui nous permet, lorsqu’il y a des petits problèmes, de les régler sur le plan sportif et de remettre le joueur dans le ‘‘droit chemin’’. Cette collaboration entre le sportif, la scolarité, voire même l’éducation, a toujours été la marque de fabrique du MHSC et c’est important de la garder.
Chez les jeunes, on ne peut pas seulement penser aux résultats, mais on ne peut pas totalement les occulter non plus. C’est un équilibre
Pour conclure, quels sont vos objectifs pour la deuxième partie de saison ?
Continuer à faire progresser les jeunes, qu’ils réussissent leurs examens scolaires en fin de saison. et qu’on puisse, en plus, avoir des résultats qui nous permettent d’avoir une petite cerise sur le gâteau, que ce soit en Gambardella ou en participant à une phase finale de championnat, en U19 ou en U17. Après, c’est tellement aléatoire par rapport à nos compositions d’équipes et aux redescentes, qu’il faut rester prudent et mesuré.


