
Bruno Carotti : « Une très belle aventure »
En visite au Cameroun pour découvrir l’académy Foot de Douala – dont le MHSC est actionnaire principal – le Directeur Sportif montpelliérain livre son sentiment sur cette infrastructure et comment le club compte la développer
Quelles sont vos premières impressions en arrivant à Douala ?
C’est la première fois que je viens au Cameroun. L’accueil a été extraordinaire. Nous sommes arrivés de nuit donc nous sommes un peu fatigués mais, très vite, nous avons été plongés dans le bain du foot avec des matchs dès le lendemain. C’était bien car nous essayons de voir le maximum de choses et surtout le maximum de joueurs dans le temps imparti.

C’est toujours bien de venir sur place pour voir les installations, la manière de travailler et la philosophie qui est mise en place, afin de voir si cette philosophie correspond à ce que nous mettons en place au club
Pourquoi était-il important pour vous, en tant que Directeur Sportif du MHSC, de venir découvrir sur place l’Académy Foot de Douala ?
C’est un projet que nous voyons progresser depuis quelques années maintenant mais je n’avais jamais eu l’occasion de venir. J’ai, bien sûr, les retours de l’équipe en place puisque cette académie s’est surtout créée grâce à la confiance que nous avons envers Henri Bedimo ; par rapport à son œil, à l’équipe qu’il a mis en place et pour le suivi des jeunes. C’est toujours bien de venir sur place pour voir les installations, la manière de travailler et la philosophie qui est mise en place, afin de voir si cette philosophie correspond à ce que nous mettons en place au club.
Comment décririez-vous cette collaboration entre le MHSC et l’Académie Foot de Douala ?
Elle est basée sur la confiance et sur l’humain ; la relation entre les personnes et le respect. Si ces notions sont réunies, je pense qu’on peut travailler dans de bonnes conditions et surtout, amener des joueurs avec un certain état d’esprit qui correspond à ce que nous voulons.

Comment jugez leur évolution, leur progression et leur adaptation lorsque les joueurs de l’Académy arrivent à Montpellier ?
L’adaptation est toujours très compliquée et c’est logique. Partir très jeune du Cameroun pour venir s’installer en France avec des codes forcément différents, ce n’est pas simple. Nous avons peut-être fait certaines erreurs et nous sommes en train d’y remédier. Nous voulons faire très attention à l’adaptation et à la manière dont les joueurs qui arrivent chez nous voient le football et la vie, tout simplement. Il y a encore beaucoup de travail à faire mais ça porte peu à peu ses fruits puisqu’effectivement, que ce soit au niveau des matchs joués ou dans le groupe, certains jeunes commencent à montrer de belles choses à Montpellier.
Nous voulons faire très attention à l’adaptation et à la manière dont les joueurs qui arrivent chez nous voient le football et la vie, tout simplement

Vous avez assisté à plusieurs rencontres à Douala. Qu’est-ce qui vous a le plus marqué en observant les jeunes talents au Cameroun ?
Je dirai les conditions. Les installations sont intéressantes. On voit qu’il y a de l’application, de la volonté, de l’engagement, de l’ambition et une grosse motivation… Ce sont les caractéristiques fortes du footballeur camerounais. Je trouve que ce sont des garçons capables de s’adapter à toutes les situations. Ils dégagent beaucoup d’envie, de fraîcheur, et c’est très bien. Venir ici et les voir jouer entre eux, voir le travail qui est fait à l’Académie, c’est intéressant. Nous ne voulons pas dénaturer le footballeur, ni sa façon de s’entraîner. Nous voulons l’accompagner pour essayer de trouver la meilleure solution pour que tout le monde s’exprime pleinement.
On voit qu’il y a de l’application, de la volonté, de l’engagement, de l’ambition et une grosse motivation… Ce sont les caractéristiques fortes du footballeur camerounais
Que représente ce partenariat avec l’Afrique – et particulièrement avec le Cameroun – pour le MHSC ?
Nous avons une histoire avec le Cameroun. Roger Milla a été un joueur emblématique du MHSC. Henri Bedimo a fait partie des joueurs qui ont écrit une belle page de l’histoire du club. Par rapport à cette confiance et à cette vision qu’il a aussi, il n’y a pas que le côté football ; Il y a aussi le côté humain et social. Notre volonté est de créer une académie qui permette de mettre en avant les valeurs que nous prônons au MHSC. C’est une très belle aventure humaine.

il n’y a pas que le côté football ; Il y a aussi le côté humain et social
Quelles perspectives avez-vous pour renforcer ce pont qui existe déjà entre Montpellier et l’Académy Foot de Douala ?
Il y a toujours du travail, à tous les niveaux ; que ce soit chez les entraîneurs, chez les joueurs, chez les accompagnants. Il y a plein de petits détails à améliorer pour que nous puissions aller vers quelque chose d’assez professionnel, sans perdre – je le redis encore une fois parce que c’est très important – les caractéristiques des joueurs et leur personnalité.
Que pensez-vous des infrastructures ; notamment du siège, que vous avez visité pendant votre séjour ?
Nous avons prévu de faire les choses par étape. Cela ressemble aujourd’hui à ce que nous nous étions imaginés. Même si nous avons pris un petit peu de retard, nous allons le compenser. Nous avons trouvé le terrain pour le futur centre d’entraînement et pour que les jeunes puissent aussi vivre sur place. La prochaine étape, ce sera la première pierre mais ça n’empêche que, pour l’instant, nous continuons à bâtir au niveau des entraînements et des matchs. Nous avons pu voir plusieurs matchs sur 3-4 jours et c’est très intéressant. Tout le monde doit être gagnant dans ce partenariat. Chaque personne a un rôle important, que ce soit dès l’hébergement, dès la scolarité, l’accompagnement au quotidien… On sait que les conditions ne sont pas si simples et nous essayons de les faciliter pour que nos jeunes se consacrent au football et qu’ils puissent vraiment ambitionner d’être un jour footballeur professionnel. On fait partie de ce rêve, on essaie de le construire avec eux et c’est encore une fois, je le répète, une très belle aventure.

L’oeil de Bernard Maraval : « Voir l’évolution des garçons »
Responsable du recrutement au Centre de Formation du MHSC, Bernard Maraval était également présent lors de ce voyage. Il s’agissait de sa cinquième venue au Cameroun où il a « toujours été très bien accueilli, ce qui est très agréable ». A cette occasion, il s’est confié sur les raisons de ce déplacement au pays des Lions Indomptables : « En venant ici, notre but est de voir l’évolution des garçons qui sont à l’Académie et nous voyons de bonnes choses », souligne-t-il. « On sent des garçons qui évoluent et qui progressent. Ces visites nous permettent aussi de voir si certains joueurs peuvent correspondre à des profils que nous recherchons pour nos équipes de jeunes ; avec, bien entendu, l’objectif d’aller vers le groupe professionnel. »
Lui-même ancien pensionnaire du Centre de Formation du MHSC avant de jouer en professionnel à Sochaux et Bastia, Bernard Maraval a tenu à saluer l’implication de l’encadrement sportif et administratif sur place, ainsi que l’état d’esprit des joueurs observés : « Ce sont des garçons qui sont très à l’écoute, qui ont beaucoup d’ambition, mais tout en étant très respectueux. Ça nous fait plaisir de voir des garçons arriver avec un tel état d’esprit », a-t-il conclu. « Chaque année, nous arrivons à faire venir des jeunes de l’Académie. Cela prouve que le football camerounais a de la qualité, même si je sais qu’il traverse une période un petit peu tendue. Il y a toujours des périodes fastes et d’autres un peu plus compliquées, mais c’est le propre de chaque sélection nationale. Le foot camerounais va rebondir parce que, quand on voit les jeunes ici, ça donne de l’espoir. D’ailleurs, pourquoi pas voir un jour des jeunes de l’Académy porter le maillot de la sélection camerounaise ? »

Henri Bedimo : « J’ai confiance dans tout le travail qui est fait, à la fois sur place et ici à Montpellier »
« Durant ma carrière, je m’étais déjà plusieurs fois investi dans le football camerounais et j’avais pour objectif de le faire de façon plus structurée. J’en ai discuté avec le Président Laurent Nicollin, qui a très gentiment accepté qu’on travaille ensemble. On a mis le projet sur la table, on l’a développé petit à petit et l’Académy Foot de Douala est née en 2018. Il y a d’abord eu une première phase avec la volonté de recruter les éducateurs et de structurer sur place en trouvant les infrastructures adaptées. Actuellement, nous sommes dans la 2ème phase qui est celle de former les éducateurs. C’est la raison pour laquelle Jean-Pascal Beaufreton est arrivé sur place de façon plus régulière et sur des durées plus longues. Aujourd’hui, le Centre accueille 50 garçons âgés de 12 à 17 ans, avec l’objectif de bien les former, que ce soit au niveau sportif et au niveau scolaire. Notre volonté est que ces jeunes soient les moins déracinés possible quand ils arrivent en France, car je sais que cette transition est difficile puisque je l’ai moi-même vécue. J’ai confiance dans tout le travail qui est fait, à la fois sur place et ici à Montpellier, pour que tout se passe bien et que, dans les années qui arrivent, nous puissions amener des jeunes issus de l’Académy qui soient capables d’intégrer l’équipe professionnelle et d’apporter une plus-value positive pour le MHSC. »

Jean-Pascal Beaufreton (Responsable de la méthodologie de formation au sein de l’Académy Foot de Douala) :
« Les jeunes sont très investis »
« L’Afrique est un continent que j’apprécie énormément. J’y suis né (à Brazzaville, NDLR) et j’y suis resté jusqu’à l’âge de 10 ans avant d’y retourner grâce à Robert Nouzaret lorsque celui-ci était sélectionneur de la Guinée. Nous y sommes restés 3 ans avec beaucoup de voyages à l’intérieur des terres et une Coupe d’Afrique des Nations disputée. Je suis arrivé au Cameroun le 1er octobre en tant que référent club de l’Académie, aux côtés d’Henri (Bedimo). Henri étant éducateur au MHSC en charge des U17 Nationaux, je suis chargé de faire le lien via des voyages réguliers au Cameroun pour essayer de former les éducateurs et de bien connaître les joueurs. Avec le temps, nous nous sommes rendus compte que les jeunes garçons arrivaient à Montpellier avec quelques lacunes que nous essayons désormais, avec les éducateurs sur place, de combler en amont. C’est pourquoi j’essaie d’effectuer des passages plus longs au Cameroun. Lorsque je rentre à Montpellier, je fais le lien au Président et j’effectue des rapports que je remets à Bertrand Reuzeau (Directeur du Centre de Formation du MHSC) et à Bernard Maraval (Responsable du recrutement des jeunes). Le Président Nicollin et Henri Bedimo ont vraiment fait des efforts pour mettre en place des infrastructures et un staff de qualité. On essaie aussi de mettre en place un suivi scolaire. Tout est fait pour gommer leurs lacunes et développer leurs qualités. Les jeunes sont très investis. »


