Formation masculine

« Ça reste gravé »

Ce samedi (15h), le MHSC se déplace en Bretagne pour y défier le Stade Rennais en demi-finale de Coupe Gambardella. Une opposition entre 2 grands clubs formateurs français qui promet beaucoup

D’Olivier Sorlin à Gaëtan Laborde, près d’une trentaine de joueurs professionnels ont joué à Rennes et Montpellier au cours de leur carrière. Si le MHSC est souvent allé chercher de l’expérience chez les joueurs passés chez les rouges et noirs (Utaka, Jeunechamp, Fugier, Mendes, Sio), Rennes a souvent pioché de la jeunesse pleine d’espoirs à Grammont, à l’image de Philippe Delaye, Cédric Barbosa ou Johan Carrasso. D’ailleurs, sur cette presque trentaine de joueurs qui ont porté les maillots des deux clubs, 6 ont été formés au MHSC (Jonas Martin, Philippe Delaye, Cédric Barbosa, Cédric Carrasso, Toifilou Maoulida et Anthony Ribelin), contre seulement 2 au Stade Rennais (Damien Le Tallec et Yassine Jebbour). Pour autant, après une première vague d’arrivées massives de joueurs venus de l’extérieur au moment de la prise du contrôle du club par la famille Pinault (1998), le Stade Rennais s’est peu à peu mué en club formateur reconnu.

Éclos à la fin des années 1990, Jocelyn Gourvennec et Sylvain Wiltord n’ont rapidement plus été les seuls étendards de la formation rennaise ; ils ont été rejoints par Mickaël Silvestre, Yann M’Vila, Anthony Réveillère, Jimmy Briand, Yoann Gourcuff et, plus récemment, Julien Jacquet, Ousmane Dembélé et Désiré Doué. Voilà qui rend la demi-finale de Coupe Gambardella que les jeunes Montpelliérains vont disputer ce samedi en terre bretonne (15h), encore plus passionnante : « Rennes, c’est d’abord un centre de formation qui est numéro un en France dans le classement de la fédération et qui a remporté la Coupe Gambardella la saison dernière* », souligne Bertrand Reuzeau, Directeur du Centre de Formation du MHSC. « C’est un gage de haute qualité et la présence de plusieurs joueurs formés au SRFC en équipe de France en est un autre. Pour toutes ces raisons, cette confrontation avec Rennes est un vrai challenge pour nous. »

Si les Bretons ne boxent peut-être « pas dans la même catégorie car ils ont plus de moyens que nous », encore plus depuis la relégation en Ligue 2, Bertrand Reuzeau croit en ses hommes et en cette formation ‘’Made In Paillade’’ mise en place par Louis Nicollin dès 1980 et perpétuée depuis par son fils, Laurent. « A Montpellier, la formation a toujours été dans l’ADN du club et de la famille Nicollin », explique celui qui dirige le Centre de Formation pailladin depuis 2022, après avoir porté les couleurs du club en tant que joueur entre 1991 et 1996. « Beaucoup de joueurs reconnus en Ligue 1, et même certains sur le plan international, ont été formés ici. Avant de revenir à Montpellier, j’ai dirigé les Centres de Formation de l’AS Saint-Etienne, du PSG et de l’AS Monaco, et je peux vous assurer que la formation montpelliéraine est reconnue partout en France. »

Il poursuit : « Avec la relégation en Ligue 2, nous sommes obligés d’être un peu plus attentifs sur notre organisation et sur le plan financier, ce qui est normal, mais cela ne nous empêche pas d’être en demi-finale. Cette présence dans le dernier carré de cette Coupe Gambardella montre qu’en étant un peu plus malin et en travaillant bien, nous pouvons rivaliser avec de gros clubs comme Strasbourg et Nice, que nous avons éliminés lors des deux tours précédents. Comme je le dis toujours, c’est surtout la qualité des hommes et la qualité des gens que vous avez qui fait que vous êtes capables de faire des choses intéressantes. »

Face au tenant du titre, vainqueur de 4 éditions dont 3 sur les 25 dernières années, le MHSC ne part donc logiquement pas favori, comme face aux Alsaciens et aux Azuréens d’ailleurs : « Nous sommes l’outsider mais ça nous convient bien », sourit Bertrand Reuzeau. « Après, un match de coupe reste un match de coupe, à fortiori une demi-finale. Dans ce genre de compétition, au-delà du niveau de chacun, il y a une part de réussite et les planètes doivent être alignées au bon moment. »

Face à une équipe rennaise « très compétitive et efficace », qui est aussi « habituée à disputer les phases finales des championnats de jeunes, en plus d’aller loin en Gambardella », les jeunes Pailladins ont, eux aussi, de nombreux et précieux arguments à faire valoir : « C’est un groupe solidaire, qui s’entend bien et qui, quand il le veut et que les choses sont bien claires, est à l’écoute tactique de ce qui va être mis en place », explique notre interlocuteur. « Ce groupe dégage une vraie écoute collective et s’adapte bien aux circonstances. C’est ce qui, en plus des qualités des joueurs bien sûr, rend notre équipe difficile à jouer. »

Autre atout pour le MHSC, celui de bien connaître ce dernier carré de la Coupe Gambardella. Vainqueurs à 3 reprises de cette compétition (1996, 2009 et 2017), le MHSC a aussi échoué 3 fois en finale : en 1985 face à Auxerre, en 1997 face à l’Olympique Lyonnais et en 1984 où la génération des Kader Ferhahoui, Laurent Blanc et Pascal Baills avait trébuché face au Stade Lavallois où figurait un jeune latéral droit nommé… Bertrand Reuzeau : « C’est quelque chose que tu gardes tout le temps en mémoire, encore plus à notre époque puisque les championnat U17 et U19 n’existaient pas. La Coupe Gambardella était la première compétition vraiment officielle en club », se souvient-il. « D’ailleurs, quand on se retrouve avec certains joueurs que j’ai connu ensuite en pro à Montpellier, et qui se sont construits depuis des palmarès importants, voire très importants, ils me parlent toujours de cette finale perdue. C’est pour dire l’importance que ça a. Un parcours en Coupe Gambardella, ça reste gravé. » Comme un clin d’œil du destin, Bertrand Reuzeau était d’ailleurs membre de l’effectif professionnel du MHSC en 1996, lors du premier succès héraultais dans cette compétition. Un succès 1-0 face à Nantes que les Montpelliérains du jeune capitaine Michel Rodriguez (aujourd’hui entraîneur de l’équipe Gambardella du MHSC) avaient remporté grâce à un but d’un jeune Ivoirien nommé Ibrahima Bakayoko, que Bertrand avait affronté plusieurs fois à l’entraînement : « Baka était attaquant robuste, rapide, puissant et difficile à marquer », se souvient-il.

Depuis, le MHSC a remporté cette compétition 2 fois de plus, en 2009 grâce à la génération Stambouli, Cabella, Belhanda, El Kaoutari (2-0 contre Nantes) et aux tirs au but face à l’OM (1-1 à la fin du temps règlementaire) en 2017, pour ce qui restera le dernier succès du Président Louis Nicollin. Mais lorsqu’on lui demande si ce serait un beau clin d’œil du destin de remporter une 4ème Coupe Gambardella cette année, 30 ans tout juste après le premier succès de l’histoire du club dans cette compétition et à quelques semaines de son départ en retraite, Bertrand Reuzeau préfère rester sur du concret : « Je ne me focalise pas là-dessus, sincèrement. Il reste un, voire deux gros matchs à jouer, à commencer par celui de samedi contre le Stade Rennais ».

Un match qui s’annonce ouvert ? Cadenassé ? Betrand Reuzeau ne se risque pas au jeu des pronostics ; par humilité d’abord et par souci de garder le suspense ensuite : « Je ne sais pas du tout », sourit-il. « Contre Strasbourg en 8ème de finale, nous avons acculé notre adversaire et nous l’avions mis en difficultés par rapport à notre jeu. Au tour suivant à Nice, nous sommes parvenus à les faire déjouer sur leurs points forts. Nous verrons ce que le coach décide. »

Dernier aspect, les Montpelliérains joueront cette rencontre de gala dans le magnifique cadre du Roazhon Park, l’enceinte habituelle de l’équipe professionnelle rennaise : « C’est une bonne chose », assure le Directeur du Centre de Formation montpelliérain. « Les garçons sont appelés à découvrir le football de haut niveau et jouer dans un tel lieu, c’est une chance pour eux et une très belle expérience à vivre. Ça nous permet aussi de voir comment ils vont agir et réagir dans un contexte comme celui-ci. À un moment, il faut aussi savoir appréhender cet environnement-là. C’est très intéressant. »

Car au fond, au-delà d’un beau parcours en Coupe Gambardella, la mission d’un Centre de Formation est d’abord et avant tout de former des joueurs capables de faire leur apparition ou de s’installer durablement en équipe fanion, comme le font actuellement Théo Chennahi, Axel Guéguin ou Noah Vidal-Cartoux : « Voir plusieurs de nos jeunes intégrer l’effectif professionnel, c’est l’objectif, la finalité et le plus important. J’espère que plusieurs autres jeunes suivront leurs traces dans les semaines, les mois et les années à venir », souligne Bertrand Reuzeau. « Quoi qu’il en soit, un beau parcours en Coupe Gambardella est très positif et valorisant pour le club parce que ça veut dire qu’il y a eu du travail de fait, tant dans le recrutement que sur le terrain. » Espérons que ce parcours dure encore, au moins un tour de plus… Allez les jeunes !

 

*les Rennais ont battu Dijon (3-2), en finale de la dernière édition. Avant de recevoir le MHSC ce samedi, ils ont acquis leur qualification en battant l’Olympique Lyonnais (3-0) au tour précédent, entre Rhone et Saône.

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