Victor-Hugo Montaño : « La Colombie est un pays de football »
Alors que l’équipe de France masculine de football s’apprête à défier la Colombie ce dimanche en match amical, nous avons passé un petit coup de fil à l’un des plus célèbres Cafeteros passés par le MHSC : le mythique attaquant Victor-Hugo Montaño. Souriant, affûté et ému comme en témoignent les images lors de notre entretien en visioconférence, ‘’Vic’’ est toujours ‘’Vic’’ : Passionné, Jovial, sincère et attaché à ‘’son’’ MHSC

Je profite de la chance qui est la mienne de faire ce métier et j’essaie de rendre au football tout ce qu’il m’a donné
En premier lieu, que deviens-tu Victor ?
Tout va bien pour moi, merci beaucoup. Je profite de ma vie, de ma famille et, tant qu’on a la santé, c’est le plus important. J’ai mis un terme à ma carrière de joueur il y a 7 ans, et je suis devenu entraîneur. Je vis actuellement ma deuxième saison en tant que coach des U16 de Leyendas Del Valle, un club, basé à Cali. C’est un club jeune, qui a été créé il y a 3 ans à peine, et qui dispose de toutes les catégories de la formation, des U6 jusqu’aux U16. Je profite de la chance qui est la mienne de faire ce métier et j’essaie de rendre au football tout ce qu’il m’a donné ; de transmettre tout ce que j’ai appris tout au long de ma carrière, et notamment lors de mon passage en France… Et je pense que ça ne marche pas trop mal ! (sourire)
A quoi et à qui ressemble Victor-Hugo Montaño version coach ?
Même si j’étais attaquant et que je travaille chaque aspect du jeu, je dois reconnaître que j’insiste un peu plus sur le côté défensif qu’offensif. Je suis un coach qui aime que ses joueurs se battent sur le terrain. Avec le ballon, on essaie de jouer, de faire beaucoup de combinaisons et, sans le ballon, je veux garder un certain équilibre et tout donner pour le récupérer. Sur le plan de l’intensité et de se donner à fond, tu ne négocies pas avec moi. Sans ballon, il faut être intense, impliqué et agressif, sans pour autant être méchant. Je suis un peu un mélange de Rolland Courbis et de Frédéric Antonetti, que j’ai connu en France. La Grinta, c’est une base de travail ! (sourire)

Justement, comment tu as appris et vécu la disparition du coach, Rolland Courbis ?
J’ai gardé contact avec Grégory Lacombe et c’est lui qui m’a qui m’a annoncé la nouvelle de sa disparition. Ça m’a fait mal, tout comme ça a affecté ma femme et mes enfants car nous étions très proches de lui. C’est une grande perte pour le football français. Le coach Rolland m’a fait progresser dans ma manière de faire le bon geste devant le but pour bien terminer mes actions ; Il m’a donné la confiance. J’ai beaucoup progressé avec lui. A l’entraînement, quand j’arrivais devant le but, il me disait : « Arrête de tout faire à 200 à l’heure ; essaie de descendre les vitesses : 5ème, 4ème, 3ème, et quand le moteur s’est calmé, tu réfléchis et tu places ton ballon comme il faut ! Mets-moi un plat des pieds, petit filet et après, c’est bon ! » Ce sont des souvenirs que j’ai toujours gardé en tête. Rolland m’a énormément aidé et a beaucoup compté pour moi. Sa disparition m’a beaucoup fait pleurer. Ça fait partie de la vie malheureusement. Je suis heureux et chanceux d’avoir croisé sa route.
Sur le plan de l’intensité et de se donner à fond, tu ne négocies pas avec moi. Sans ballon, il faut être intense, impliqué et agressif, sans pour autant être méchant

C’est lui qui t’avait surnommé « Pépito » ?
Non, c’est Greg Lacombe car ma fille mangeait tout le temps un gâteau qui s’appelait comme ça en France. Je ne sais pas si ça existe toujours ! (rire)
Rolland (Courbis) m’a énormément aidé et a beaucoup compté pour moi. Sa disparition m’a beaucoup fait pleurer.
Presque 10 ans après ton départ, quels souvenirs gardes-tu de tes 2 passages au MHSC ?
La montée en Ligue 1 de 2009 est évidemment le souvenir qui me revient en premier. Avoir pu, avec mes coéquipiers bien sûr, donner cette joie, cette émotion à tous les supporters, voir le Stade de La Mosson plein à craquer, c’était magnifique. Permettre à ce club de retrouver l’élite, c’était un moment très, très fort.

Le MHSC, c’était une aventure footballistique et humaine magnifique
Ensuite, il y a beaucoup d’autres souvenirs qui me reviennent en tête, dont ce fameux but du maintien en Ligue 2 face à Grenoble 2 ans plus tôt (victoire 1-0 sur penalty le 25 mai 2007, NDLR), qui était un moment exceptionnel. Dans les deux cas, mon plaisir et le dénominateur commun entre ces 2 événements, c’était le bonheur de voir les gens heureux autour de nous. Le MHSC, c’était une aventure footballistique et humaine magnifique. Quand tu arrêtes ta carrière, tu commences à assimiler et à te rendre compte de ce que tu as pu réaliser. A l’époque, les coéquipiers, le staff, les dirigeants, les gens du club, nous étions tous une famille et je pense que c’est ça qui nous a nous a donné les forces pour aller chercher cette montée-là.
Comment as-tu vécu le fait que le MHSC soit relégué en Ligue 2, il y a bientôt un an ?
Ça m’a fait mal. C’est dur à accepter mais, aujourd’hui, je pense que la cellule de recrutement a pris les joueurs qu’il fallait pour cette compétition. J’espère que, dès cette saison ou à l’issue de la prochaine, le MHSC retrouvera l’élite car sa place est en Ligue 1.

Justement, toi qui as connu la Ligue 2, même si c’était il y a 20 ans, qu’est-ce qu’il faut pour remonter en Ligue 1 ?
Il faut croire au travail, à la valeur et à l’importance de ce mot-là. Il est aussi important que les joueurs soient une famille, parce que le MHSC, c’est une famille. Il faut être solide et y croire jusqu’au bout.
Il faut croire au travail, à la valeur et à l’importance de ce mot-là

Qu’as-tu ressenti la saison dernière au moment de fouler à nouveau la pelouse du Stade de La Mosson dans le cadre des 50 ans du club et que représente le MHSC pour toi ?
Pour ce qui est du fait de rejouer au Stade de La Mosson, je me sentais comme la première fois, lorsque j’ai joué mon 1er match avec Montpellier. J’étais sur le banc avec Greg Lacombe et je lui répétais : « J’ai envie de jouer, je veux jouer, je veux jouer » J’avais cette émotion, cette boule au ventre et ce bonheur en même temps de retrouver ce stade et ce public avec lequel j’ai vécu tant de bons moments. Quand je revois ces supporters, cette ambiance et cet anniversaire magnifique, je me dis qu’en fait, même 10 ans plus tard, c’était comme si je n’étais jamais parti. En plus, le fait d’avoir marqué, j’étais comme un gamin. J’ai pris du plaisir et j’étais très content… profondément heureux même. Je suis né à Cali, et Montpellier c’est ma deuxième ville. Ça représente beaucoup pour moi. Je n’ai que de très bons souvenirs de mon passage au MHSC.

On sent beaucoup d’émotions quand tu en parles.
Oui, beaucoup parce que mes enfants sont Montpelliérains ; ils sont nés là-bas, à la clinique Saint-Roch. Pour moi, Montpellier c’est tout ! J’apprécie beaucoup la ville, j’y ai laissé de nombreux amis… J’ai été profondément marqué par mon passage au MHSC.
Dimanche, l’équipe de France joue contre la Colombie en match amical. Quel regard portes-tu sur cette rencontre ?
Je m’attends à un très bon match. L’équipe de France a des très bons joueurs, des joueurs de qualité et de très haut niveau. Pour nous, les Colombiens, cette rencontre va être un bon test, du fait d’être confrontés à une telle adversité avant la prochaine Coupe du Monde.
Il y a aussi, en Colombie, de très bons jeunes joueurs et il faudra trouver le bon dosage, le bon timing pour les incorporer peu à peu en équipe nationale afin de leur donner de la confiance et que, peu à peu, nous retrouvions une équipe aussi compétitive que celle qui a brillé lors du Mondial 2014 au Brésil.

La France a cette capacité de toujours se renouveler avec des joueurs de talent et c’est aussi le défi qui attend la Colombie aujourd’hui. Nous avons encore des joueurs qui ont brillé durant les Coupes du Monde précédentes et qui vont sans doute vivre leur dernier mondial cet été, à l’image de James Rodriguez ou du gardien David Ospina pour ne citer qu’eux. Il y a aussi, en Colombie, de très bons jeunes joueurs et il faudra trouver le bon dosage, le bon timing pour les incorporer peu à peu en équipe nationale afin de leur donner de la confiance et que, peu à peu, nous retrouvions une équipe aussi compétitive que celle qui a brillé lors du Mondial 2014 au Brésil.
La Colombie est un pays de football. Ici, le ballon rond est une vraie passion pour tous dans le pays, des plus jeunes aux plus anciens. Nous avons une manière particulière, intense et passionnelle de vivre le foot.


