
Téji Savanier, l’instinct du jeu et d’une vie
Après 7 saisons en orange et bleu, l’emblématique milieu de terrain pailladin quitte le MHSC. Retour sur un joueur, un homme et un destin hors normes, qui aura marqué toute une génération de supporters héraultais
Combien de fois, en regardant un match ou, de plus près, un entraînement, on s’est dit : « C’est quoi ça ? » en évoquant une frappe en lucarne, un dribble, une roulette, un passement de jambes… Puis, quelques secondes plus tard, la réponse est venue d’elle-même, comme une évidence : « Ben, c’est Téji ! » Comme s’il n’existait que lui pour inventer ce geste et le réaliser, là, à cet instant précis.
Définir Téji Savanier, c’est d’abord décrire un joueur d’un autre calibre, d’un autre temps aussi. Un joueur rare dont le jeu déséquilibrant et instinctif est une vraie bouffée d’oxygène dans un football actuel très (trop) régi par les données physiques des GPS et les analyses vidéo qui, lorsqu’elles sont utilisées à l’excès uniquement, stéréotypent certaines façons de jouer. Lui a gardé son côté instinctif, forgé dans la cour de la cité Gély lorsqu’ils fallait slalomer entre les murs, les trottoirs, le goudron cabossé et les garçons plus âgés et plus costauds que lui. Une formation façon football de rue, qui a peaufiné sa technique autant que son côté accrocheur et imprévisible, tant redouté par ses adversaires… Car derrière son regard bleu se cache une vision du jeu à nulle autre pareille.
Téji Savanier, c’est aussi et surtout une histoire de football romantique qu’aucun scénariste de Netflix n’aurait renié. Celle d’un gamin loin des standards du football actuel, recalé une première fois en 2011, alors qu’il évoluait avec l’équipe réserve du MHSC, en National 3. Trop petit, trop frêle, pas assez physique disait-on. Un coup sur la tête mais pas un coup de bambou. Tel un toréador du ballon rond en quête de reconnaissance, Téji est aller se forger dans deux hauts lieux de la tauromachie, l’un jaune et bleu, couvé par Jean-Louis Saez, l’autre teinté de rouge, sous la direction du duo Bernard Blaquart – Jérôme Arpinon.
Il fallait voir le sourire de Téji en ce 2 juillet 2019, lorsqu’il est revenu au MHSC, 8 ans après son départ, auréolé du plus gros transfert de l’histoire du club. Réalisée dans un petit bureau du domaine de Grammont sous les yeux émus de son père, sa première interview transpirait le bonheur de revenir dans son club de cœur par la grande porte ; sans arrogance mais avec des mots simples et sincères… A son image en fait. « C’était un rêve depuis tout petit de pouvoir jouer dans ce stade avec le maillot du club de ma ville, les supporters, ma famille », disait-il alors sur notre site. « Ça ne peut que me faire plaisir de revenir ici et je suis excité à l’idée de démarrer cette saison. »
Son retour officiel en orange et bleu fut différé de quelques semaines ; la faute à une blessure au genou contractée de l’autre côté de la Manche, lors d’un ultime match de préparation à Huddersfield. A son retour, il fut placé par Michel Der Zakarian dans les 2 n°6 du 3-5-2 pailladin, juste derrière Florent Mollet, avec lequel il formait un duo de n°10 à la créativité sans égal dans l’histoire récente du MHSC. Un duo qui, associé à Gaëtan Laborde et à son ami Andy Delort, s’est bientôt transformé en un quatuor qui a terrorisé les défenses de Ligue 1, au point d’être la 4ème meilleure attaque du championnat 2020-2021 (60 buts marqués).
Son premier but ? tout un symbole là-aussi… Il fut inscrit le 10 novembre 2019 d’une frappe flottante depuis l’extérieur de la surface, qui envoya le ballon pleine lucarne. Un but venu parachever un succès 3-0 à La Mosson et inscrit à la 74ème minute de jeu, comme pour rendre un hommage plus vibrant encore à notre Président-fondateur, Louis Nicollin. « Sur le coup je n’ai pas réalisé. J’étais simplement heureux parce que c’était mon 1er but, mais lorsqu’Andy (Delort) m’a glissé à l’oreille ‘‘regarde le temps’’, j’ai compris et ça a été un immense plaisir. Ce but était pour lui », nous avait-il glissé quelques jours plus tard.
Un but qui fut aussi l’occasion de découvrir sa célébration iconique, à genou, les deux bras pliés et les deux index pointés vers le ciel que Téji a eu l’occasion de reproduire à 50 reprises tout pile en 209 matchs disputés avec le MHSC toutes compétitions confondues.
Replacé en n°10 par Olivier Dall’Oglio au début de l’exercice 2021-2022, Téji Savanier y trouva sa pleine mesure et a affolé les compteurs. 50 buts inscrits en 209 matchs disputés donc, ce qui fait de lui le joueur montpelliérain le plus utilisé sur la période et le plus décisif aussi. Si l’on cumule ses buts et ses passes décisives, Téji est impliqué sur 88 buts du MHSC, soit 25 % des réalisations pailladines sur la période. Parmi eux figurent quelques ‘’bangers’’ comme disent les jeunes, comme ce coup-franc magistral à Lorient durant l’exercice 2022-2023, ou bien cette reprise de volée stratosphérique à Toulouse la saison suivante (liste loin, mais alors très loin d’être exhaustive).
Alors, bien sûr, au milieu de ces moments de grâce, il y eut quelques rares instants d’incompréhension, dont le paroxysme fut une défaite en Coupe de France au Puy la saison dernière, point le plus bas d’une saison 2024-2025 de triste mémoire qui l’a marqué au fer rouge. Cette saison-là, Téji l’artiste, s’est montré moins performant et plus vulnérable, mais il a aussi prouvé qu’il était humain, et tout humain peut vivre un coup de moins bien, à fortiori dans une équipe qui tourne à l’envers.
Derrière cette vulnérabilité se cache un homme à part, bien loin du footballeur. Un joueur dont les passes cassent les lignes autant que ce que l’être humain qu’il est casse les codes. Capable d’assister ou de participer à une partie de pétanque en plein été, de passer ses vacances au camping là ou d’autres vont aux Maldives ou à Dubaï, et de te dire ce qu’il a sur le cœur sans se soucier des répercussions des réseaux sociaux…

Il aurait pu aller à Lyon, à Milan, en Espagne, en Italie, mais il a choisi d’être lui et de vivre sa passion avec son club de cœur et auprès des siens. Un choix de vie qui fait de lui un homme à part et qui rappelle ses caractéristiques sur le terrain : affectif, instinctif, décisif et sans chichi.
Son seul voyage footballistique au-delà de la région marqua sans doute l’apogée de sa carrière, lorsqu’en 2021, il fut la tête de gondole de l’équipe de France Olympique lors des JO de Tokyo. Buteur face à l’Afrique du Sud le 25 juillet 2021, il inscrit à cette occasion son seul but en bleu, marquant ainsi une reconnaissance nationale qui aurait sans doute mérité d’être plus grande.
Le 2 mai dernier contre Clermont, Téji Savanier a dit au revoir à son public de La Mosson dans un tour d’honneur aussi improvisé que poignant. Resté dans l’Hérault malgré la descente en Ligue 2, il y a réalisé une dernière saison moins dans la peau d’un titulaire mais toujours avec le sang orange et bleu. Ses performances salvatrices contre Amiens et Bastia notamment, ont prouvé qu’il était toujours décisif et impliqué, même si son rôle était différent. Il a su remettre l’équipe sur les bons rails à un moment où elle avait du mal a démarré sa saison 2025-2026 et ça, personne ne l’a oublié. Ses coéquipiers (actuels et anciens, jeunes et moins jeunes), ont d’ailleurs tous salué, notamment via les réseaux sociaux, celui qui a souvent été qualifié de « légende » par celles et ceux qui l’ont côtoyé. Aujourd’hui, à l’issue d’un tour d’honneur où il fut acclamé par les supporters montpelliérains et le public de La Mosson dans son ensemble, Téji Savanier quitte le MHSC. Il est revenu tel un Jedi, il repart en Maestro
Merci Téji pour ces buts, ces passes, ces instants suspendus où, quand tu posais le ballon pour frapper un coup-franc, on s’attendait à voir les filets trembler, comme si mettre un coup-franc de 25 mètres dans la lucarne était aussi facile que de claquer des doigts.
Avec ton instinct et ton sens du jeu, tu as fait basculer des matchs en même temps que ce que tu nous as tous fait lever de notre siège, dans le stade ou devant la télé.
Un magnifique chapitre de l’histoire du club se ferme avec ton départ et nous en gardons, toutes et tous, de très beaux souvenirs. L’histoire d’un footballeur et d’un être humain à part, qui aura porté haut les couleurs et les valeurs de son club auquel il s’est toujours identifié et inversement. Au-delà de ses buts, ces passes et ses dribbles, elle est sans doute là, aussi, la trace indélébile que tu as laissée, Téji !
Pailladin un jour, Pailladin toujours !



