Jordan Ferri, l’hyperactif qui vous veut du bien
Suspendu la semaine passée contre le PSG, le milieu de terrain montpelliérain devrait être de retour dans le groupe cet après-midi pour la réception du RC Lens. Auteur de prestations de grande qualité ces dernières semaines, l’ancien Lyonnais n’élude aucun sujet à l’heure d’évoquer l’actualité du MHSC.
S’il y a des actions qui valent un but sans en être un, le rush de Jordan Ferri pour venir empêcher Golovin d’inscrire le 4e but monégasque en poussant le ballon dans le but vide il y a 15 jours à La Mosson fait partie de celles-là. « Sur le moment, je me suis demandé si je ne m’étais pas cassé quelque chose parce que je prends vraiment le poteau sur le tibia, raconte Jordan. En plus, j’arrivais un peu fort, donc, sur le moment, j’ai eu un peu peur mais Olivier (Mégel, le kiné) m’a très vite rassuré en me disant que ce serait juste un gros hématome. »
Le Vauclusien est dur au mal, c’est donc une certitude, mais cette action montre aussi et avant tout l’état d’esprit du personnage. Certains auraient sans doute regardé mourir le ballon au fond des filets en mettant les mains sur les hanches, lui s’est arraché pour éviter à son équipe de perdre tout espoir de revenir au score. Une action qui symbolise aussi la forme actuelle de l’ancien Lyonnais, sans doute un des meilleurs Montpelliérains depuis quelques matchs. A voir son nombre incalculable de courses, ses nombreuses récupérations de balles (il est d’ailleurs le meilleur Montpelliérain dans ce secteur avec 131 ballons récupérés) et son nombre de passes (958 dont 478 dans le camp adverses, soit, dans les 2 cas, les meilleurs totaux de son équipe), Jordan Ferri justifie au fil des matchs toute la confiance qui avait été placée en lui lors de son recrutement par le MHSC à l’été 2019. Ralenti par une blessure au ligament latéral interne du genou au milieu de la phase aller la saison dernière, cette mésaventure n’est désormais plus qu’un lointain souvenir. « J’avais bien commencé la saison et puis il y a eu cette blessure à peu près à la moitié de la 1ère partie de saison. Il a fallu la digérer physiquement et mentalement, ce qui a été quelque peu compliqué pour moi, parce que c’était la première fois que j’étais indisponible si longtemps, se souvient-il. J’ai peut-être voulu revenir un peu trop vite aussi. J’étais pressé et il m’a fallu plus de temps que ce que je le pensais pour retrouver mon niveau… Et au moment où je commençais à retrouver le rythme, la saison s’est terminée en raison du Covid. Pour toutes ces raisons, ma 1ère saison montpelliéraine a été assez particulière et j’avais vraiment à coeur d’effectuer une bonne préparation pour être le plus prêt possible dès la reprise. »

Pari gagné, car, depuis, son influence au coeur du jeu montpelliérain ne cesse de grandir. Placé en pointe basse du milieu à 3 montpelliérain depuis le déplacement à Saint-Étienne et l’instauration du 4-3-3 le 1er novembre dernier, Jordan rayonne dans un rôle de sentinelle qui n’était pourtant pas sa position naturelle au départ. « A Lyon, j’étais plus relayeur ou un peu plus excentré lorsqu’on évoluait en losange, explique-t-il. J’avais eu l’occasion de jouer quelques fois à ce poste de sentinelle, mais jamais d’y enchaîner les matchs. Honnêtement, j’étais un peu surpris, dans le sens où, généralement, à ce poste-là, on installe plutôt un joueur plus athlétique que moi, mais je prends vraiment énormément de plaisir dans ce rôle. » S’il n’a ni la taille ni l’impact physique d’un Alou Diarra, homme clé du titre des Girondins de Bordeaux en 2009 dans ce registre précis, Jordan compense par son activité incessante… et ne comptez pas sur lui pour refuser le duel, pas le genre du personnage (il est d’ailleurs le 4e Montpelliérain qui en livre le plus cette saison). « Il te faut constamment penser à équilibrer l’équipe, détaille Jordan. Quand on est devant la défense, on est le premier relanceur, on est en soutien des autres. Dès que c’est fermé d’un côté, on est souvent le premier joueur que tu vas trouver pour passer de l’autre côté. Je le répète, mais je ne m’attendais pas à prendre autant de plaisir dans ce rôle, même si je suis moins aux abords de la surface que ce que j’ai pu l’être par le passé, justement parce que tu as plus un rôle d’équilibre et de compensation. Tu touches énormément de ballons et c’est aussi pour ça que j’apprécie énormément ce poste. Après, je pense qu’on arrive à produire autant de jeu à quatre qu’à cinq derrière. c’est important pour nous de savoir maîtriser plusieurs systèmes pour la suite de la saison. »

Un poste de sentinelle qu’il a donc appris à aimer et où il se montre quasi-indispensable au fil des matchs. Pour autant, le natif de Cavaillon ne se montre pas adepte des superlatifs au moment d’évoquer sa saison personnelle : « C’est toujours compliqué de se juger, encore plus en milieu de saison, temporise-t-il. J’aimerai, peut-être, être un peu plus décisif dans les dernières passes mais, avec ce repositionnement, ce n’est pas non plus mon rôle premier. Je dois sans doute regarder les autres statistiques, comme les ballons récupérés ou le pourcentage de passes réussies par exemple. Ce qui est certain, c’est que je prends du plaisir et que je sais qu’en prenant du plaisir je vais être performant. De ce point de vue-là, je suis satisfait, mais je ne suis pas un joueur qui va regarder sa petite personne. Le plus important, c’est l’aspect collectif. Je ne serai content que si l’équipe fait une belle saison et si nous avons atteint nos objectifs ensemble. »
La transition est toute trouvée pour évoquer la saison de l’équipe, mais là aussi, s’il est lucide, Jordan Ferri reste pondéré et positif, même quand il faut mettre sur la table la série de 7 matchs sans victoire que traverse actuellement son équipe. « C’est normal que cette série nous pèse. Nous sommes compétiteurs et nous voulons gagner, c’est quelque chose de normal mais il n’y a rien d’alarmant, temporise le n°12 montpelliérain. Nous n’avons fait que les deux premières rencontres de la phase retour, il reste énormément de matchs à jouer et de points à prendre, et je suis convaincu que cette équipe a le potentiel pour aller chercher ces points-là et repartir de l’avant parce qu’elle a énormément de caractère. On l’avait contre Monaco où, même en étant mené 3-0, on n’a pas lâché ; on est revenu à 3-2, et ça se joue à rien pour qu’on revienne à 3-3. »

Lorsqu’on lui demande pourquoi la machine montpelliéraine s’est enrayée après avoir connu 5 succès en 6 matchs entre début octobre et mi-novembre, l’ancien Lyonnais analyse la situation sans se dérober : « Je ne pense pas qu’elle se soit enrayée. Il ne faut pas oublier que nous avons rencontré de belles équipes, notamment du haut du tableau, qui nous ont mis en difficulté et contre lesquelles on a fait des erreurs qui ne pardonnent pas ; mais aucune de ces équipes-là ne nous a surclassés. C’est ce qui est à la fois frustrant et porteur d’espoir et qui nous montre la progression que l’on doit avoir c’est-à-dire de laisser le moins d’opportunités possibles à l’adversaire de nous mettre en difficulté, souligne-t-il. L’équipe joue bien et je suis convaincu qu’on peut repartir de l’avant et faire une belle série qui nous permettra de reprendre confiance en nous et de recoller avec les équipes de devant, mais ça demande des efforts, de la rigueur comme dit le coach, notamment de la rigueur défensive ce qui nous fait un peu défaut en ce moment, et de retrouver aussi de la réussite devant le but. » Il poursuit : « Si on n’y croit pas nous, ça ne sera pas bon pour la suite. Tous les clubs vivent une période difficile dans la saison. On est conscient de la période compliquée que l’on vit et on espère y mettre un terme très rapidement. »

Suspendu pour le déplacement au Parc des Princes la semaine passée, Jordan devrait retrouver une place dans le groupe ce samedi lors de la réception de Lens dans une rencontre qui promet beaucoup, surtout après la victoire spectaculaire 3-2 des Montpelliérains à l’aller dans le Nord. « Nous avions vécu un match magnifique. Malgré le fait qu’elle évolue à cinq derrière, Lens est une équipe très joueuse, qui ne calcule pas. Cela avait donné lieu à un match très ouvert, se souvient Jordan. On avait su marquer le but de la victoire après s’être fait remonter au score donc c’était très positif. J’espère qu’on connaîtra la même réussite samedi. » Si Jordan continue sur sa lancée actuelle, il n’y pas de raison que l’affaire ne bascule pas – enfin – du bon côté. « Je me sens épanoui parce que j’ai ce que je suis venu chercher ici, c’est-à-dire du temps de jeu, de la confiance du plaisir sur le terrain avec mes coéquipiers, avoue-t-il sans détour. Même si, en ce moment, ça marche un peu moins bien collectivement pour nous, je crois en cette équipe et je prends énormément de plaisir sur le terrain, même s’il est évident que l’aboutissement reste la victoire ce week-end. » On espère qu’elle viendra le plus rapidement possible, pour le club, pour l’équipe, pour Jordan, mais aussi pour les supporters que le milieu de terrain montpelliérain n’a pas oublié. « Les supporters sont importants pour nous.. Je sais que c’est compliqué pour eux de ne pas pouvoir venir au stade, ni être en contact avec nous, ça l’est pour nous aussi. Sans eux, ça fait un vide et on pense fort à eux », ajoute-t-il avant de conclure. « J’aime l’état d’esprit du club et celui des supporters. J’ai eu un souci par rapport à ce qui s’est passé avec le maillot, mais j’ai su repartir de l’avant, leur montrer mon état d’esprit, l’homme que j’étais, et maintenant, j’espère que tout ça est derrière nous. Ce que les supporters veulent c’est qu’on mouille le maillot, qu’on représente bien l’esprit Paillade et c’est ce que j’essaie de faire ensemble lors de chaque match. Je reçois beaucoup de messages positifs de leur part, que ce soit personnellement ou sur l’équipe. Nous sentons beaucoup de soutien malgré cette période difficile et je les en remercie. » Au fait Jordan, ''hyperactif'', ça te va comme titre ? « Sur un terrain oui, parce que j’aime avoir le ballon, j’aime gagner, je ne vais pas m’économiser, quitte à être ‘’mort’’ à la 80e minute et me faire remplacer, conclut-il en souriant. Après, hyperactif dans la vie de tous les jours, c’est autre chose. Je suis plutôt quelqu’un de calme et de casanier, encore plus avec la période actuelle » Avec ses mouvements incessants, ses récupérations de balle, sa grinta de tous les instants, hyperactif s’est presque imposé de lui-même. On y rajoutera ‘‘qui vous veut du bien’’, car, vu la franchise du garçon et sa gentillesse tout au long de cet entretien, il le mérite amplement !

Hyperactif, vraiment ?
Montpelliérain qui récupère le plus de ballons cette saison (131), Jordan Ferri est aussi celui qui réalise le plus de passes (958 dont 478 dans le camp adverses, soit, dans les 2 cas, les meilleurs totaux de son équipe). Des chiffres qui se confirment au delà de cette saison puisqu’il est le 3e joueur du MHSC qui réalise le plus de passes depuis son arrivée en juin 2019 (1401, seuls Vitorino Hilton et Daniel Congré font mieux). Avec 235 ballons récupérés il est aussi le 3e Montpelliérain le plus performant dans ce secteur sur cette période. Seuls Téji Savanier (253) et Vitorino Hilton (282) font mieux. Jordan Ferri aurait-il 3 poumons ? : « Je ne sais pas, sourit-il. En milieu de terrain, tu es constamment en mouvement, constamment dans l’équilibre de l’équipe et c’est sans doute pour cela que les milieux de terrain, à défaut d’être ceux qui comptent le plus de sprints, sont ceux qui parcourent le plus de kilomètres »


