Cyrielle Blanc – Christopher Jullien, destins croisés
Tous deux victimes d’une blessure au ligament croisé du genou, Cyrielle et Christopher racontent leur chemin pour retrouver la compétition et croisent leur regard sur cette journée où les équipes féminines et masculines du MHSC affrontent tour à tour l’AS Saint-Etienne au Stade de La Mosson.
En premier lieu, revenons sur les circonstances de votre blessure au genou, toutes les deux subies en fin de saison dernière ?
Cyrielle BLANC : Nous avons joué notre dernier match officiel de la saison dernière contre Fleury. Après 4 jours de repos, nous sommes revenus à l’entraînement le lundi. Nous n’avions plus de match au programme, donc c’était une séance assez basique. Sur la dernière phase de jeu, je pars en profondeur, le ballon est légèrement derrière donc je prends un appui pour revenir afin de le récupérer et le genou lâche sur cet appui-là, en hyperextension. Je n’avais jamais eu de blessure au ligament croisé mais j’ai entendu craquer à l’intérieur du genou et je me suis dit que c’était sans doute cette blessure-là.
Christopher JULLIEN : C’était dans les 10 dernières minutes de notre dernier match de la saison passée à Lens. Je n’avais pas vécu une saison à la hauteur de celle que j’aurais souhaité, avec des hauts et des bas, mais je trouvais que l’équipe revenait bien et que moi aussi puisque j’arrivais à enchaîner les matchs. Je me sentais bien. A un moment donné, le ballon est un petit peu devant moi, comme ça arrive des dizaines de fois dans chaque match et à chaque entraînement. D’habitude, je prends toujours le pied gauche pour dégager et là, je ne sais pas pourquoi mais j’ai voulu dégager de l’extérieur du droit. À ce moment-là, Elye Wahi arrive et, en voulant m’éviter, il me touche à peine le genou alors que mon pied venait de se planter au sol. C’était tout à fait involontaire. J’ai senti mon corps partir sur la gauche et un craquement juste derrière. Je ne pensais pas que c’était le ligament croisé mais…

« Pour moi, ce sera une première sur la pelouse du Stade de La Mosson. C’est un signe fort et une belle marque de reconnaissance »
Cyrielle BLANC
La frustration a-t-elle été décuplée par le fait que la saison était terminée ?
Christopher : Oui et non. D’un côté oui parce que tu sais que ça va modifier tes plans de vacances, d’autant plus que je devais me marier 15 jours après. C’est d’ailleurs la première question que j’ai posée au kiné. Je lui ai dit : « Ce n’est pas possible, je me marie dans deux semaines ». Mais d’un autre côté, quand tu réfléchis à l’aspect sportif, tu te dis que tu peux peut-être ‘‘gratter’’ un mois sur la récupération afin de revenir plus tôt. Pour l’anecdote, j’ai tout de même attendu mon mariage avant de me faire opérer. J’ai même eu la force de danser pour ouvrir le bal avec Madame (sourire).
Cyrielle : Au départ oui, c’est frustrant parce que c’était la fin de saison et que c’était bête de se blesser à ce moment-là. Après, je me suis dit que j’allais gagner du temps en vue de mon retour parce qu’il nous restait encore un mois d’entraînement puis la préparation physique à effectuer pour la suivante donc que c’était du temps de gagné par rapport à la reprise des matchs officiels. Même s’il n’y a pas de période idéale pour se blesser, je suis revenue à la compétition en janvier, donc je n’ai loupé que 3 ou 4 mois de championnat.
Comment avez-vous vécu votre période d’inactivité ?
Cyrielle : Tout s’est vite enchaîné. Une fois passée la première phase où j’étais déçue et triste de ma blessure, je suis rapidement passée à autre chose puisque, contrairement à Christopher, je me suis faite opérer trois jours après. Ensuite est venu le temps de la rééducation, puis j’ai rapidement recouru. J’ai passé deux semaines à Clairefontaine et j’ai repris l’entraînement collectif fin 2024, puis les matchs en janvier. Tout s’est plutôt bien passé.


Christopher : Nous n’avons pas eu le même protocole d’opération pour la bonne et simple raison que, pour faire court, comme j’avais déjà été blessé à un genou, je ne pouvais pas me faire opérer de la même façon que Cyrielle, en me faisant prélever un bout de tendon pour le substituer au ligament croisé. C’est quelque chose que l’on ne peut faire qu’une fois dans une carrière et je l’avais déjà fait lors de ma blessure à Glasgow, même si c’était une rupture du ligament externe et postérieur. Ce sont les deux autres ligaments du genou mais pas le croisé. Du coup, ce protocole, mettait un peu plus de temps. Cela dit, concernant ma période d’inactivité, le fait d’avoir déjà vécu une longue blessure à un genou m’a aidé à mieux l’appréhender. Dans cette période-là, si tu n’es pas bien mentalement, que tu n’as pas tes proches à côté de toi pour t’aider, te remonter le moral ou pour te permettre de penser à autre chose qu’au football, tu peux vite broyer du noir. J’ai eu la chance d’être bien entouré et tout s’est plutôt bien passé. J’ai beaucoup travaillé, j’ai essayé parfois de faire des breaks aussi, d’aller travailler dans d’autres endroits aussi pour changer de décor, notamment à Clairefontaine en décembre dernier. C’est important de changer d’air parce que, quand tu fais ta rééducation au club et que tu vois tes coéquipiers sortir pour s’entraîner et que toi tu restes dans la salle de musculation c’est très difficile à vivre. Si on y ajoute les mauvais résultats auxquels tu assistes tout en étant impuissant parce que tu ne peux pas les aider, c’est compliqué. Tu peux essayer mais motiver tes coéquipiers quand tu es sur le terrain et quand tu es en dehors c’est complètement différent. C’est aussi en cela que participer progressivement aux entraînements collectifs depuis quelques jours me fait énormément de bien. J’espère être de retour à la compétition prochainement.
« Je compte sur le soutien indéfectible des supporters tout au long de la journée Je leur demande de croire en nous. Nous avons besoin de vous »
Christopher JULLIEN


Pour conclure, quel message adresseriez-vous aux supporters ?
Cyrielle : Les supporters veulent des victoires et je comprends leur déception… Après, ce sont des matchs très importants et, sur des rencontres comme celle-là, les supporters, même s’ils ne sont pas contents, doivent supporter leur club. Les garçons en auront besoin parce que ce match est vraiment important et, nous aussi, nous aurons besoin de leur soutien. Leurs encouragements seront très importants pour nous.
Christopher : Ce sont deux matchs difficiles et nous avons besoin du soutien des supporters. Nous espérons qu’ils seront derrière nous et qu’ils transformeront toute leur déception et leur frustration qui est tout à fait compréhensible en un soutien indéfectible tout au long de la journée. Les scénarii des matchs et des défaites qui s’y rattachent sont très difficiles à encaisser pour eux, mais je sais qu’ils ont aussi conscience que l’amour du club passe avant tout. S’ils viennent nous pousser jusqu’au bout, au moins eux, ils pourront se regarder dans la glace en fin de saison et dire qu’ils ont donné tout ce qu’ils avaient à donner. De notre côté, nous allons essayer de faire le maximum. Je leur demande juste de croire en nous. Nous avons besoin de vous ! J’espère que Cyrielle marquera et que ça nous donnera des idées. Si je peux l’imiter, je ne m’en priverai pas (sourire). J’aimerais aussi que nous arrivions à réaliser un clean-sheet parce que nous vivons mal de ne pas y parvenir. Quand je vois mon ami Benjamin Lecomte aller chercher le ballon au fond des filets ça me fait mal pour lui.
Cyrielle : J’avais le même ressenti et la même frustration. Souvent, j’arrivais à la salle avant les filles, elles arrivaient ensuite pour faire leur pré-échauffement, on passait grand maximum une heure ensemble et le plus dur était de les voir partir sur le terrain pour faire du foot et me dire que je devais rester faire de la musculation. C’est aussi en cela que le retour sur le terrain fait énormément de bien.
« Les filles suivent beaucoup les garçons. Nous sommes souvent au stade et c’est très compliqué de les voir perdre et souffrir à ce point »
Cyrielle BLANC
Comment analysez-vous la saison de vos équipes respectives ?
Cyrielle : Elle est un peu en dents de scie. En début de saison, nous avons découvert un nouvel effectif, très rajeuni, avec pas mal de départs et peu de recrues. Il a fallu trouver nos repères avec un onze de départ très renouvelé par rapport à la saison dernière. Il y a des matchs que nous aurions dû gagner. Le premier exemple qui me vient à l’esprit, ce sont ces deux défaites consécutives contre le Havre, en championnat puis en Coupe de France face à une équipe contre laquelle, sur le papier, nous aurions dû l’emporter. Ça a été très difficile à encaisser. Ensuite, nous avons rencontré le PSG et l’Olympique Lyonnais avec deux défaites à la clé. Dans ce contexte, la victoire à Reims il y a 15 jours (4-2) a fait énormément de bien. Aujourd’hui, c’est difficile de se fixer un objectif précis en termes de classement car la 4ème place semble assez loin. L’idée, c’est simplement de gagner le match qui vient et nous ferons les comptes à la fin. On va déjà prendre les choses dans l’ordre en essayant de rattraper Fleury qui nous précède au classement.

« Ce sont deux matchs très importants pour les deux équipes et j’espère que filles comme garçons, nous les gagnerons tous les deux »
Cyrielle BLANC
Christopher : Il y a tellement d’adjectifs qui pourraient définir cette saison… je dirai juste qu’elle n’est pas bonne et qu’avoir si peu de points à ce stade du championnat, c’est très dur à dur à vivre. Comme je le disais précédemment, le plus difficile, c’est de ne pas avoir pu aider mes coéquipiers depuis le début de la saison. On m’a souvent dit : « Dans la vie, contrôle ce que tu peux contrôler » et, aujourd’hui, la seule chose que je peux contrôler c’est ma santé mentale, et, peu à peu, les capacités de mon genou afin de revenir le plus fort possible. L’idée, c’est que je puisse prochainement apporter ma pierre à l’édifice. Je suis convaincu qu’il y a de la qualité dans notre groupe. Malheureusement, on a perdu cette force mentale qui fait que, quand on est mené, l’équipe a du mal à revenir. À moi d’essayer d’amener ma fraîcheur et mon envie pour essayer de changer ça. Je ne perds pas non plus de vue que nos résultats ont et vont impacter le club à plusieurs niveaux, pas seulement sportifs.
Et sur la saison de vos homologues féminins et masculins ?
Cyrielle : Nous ne sommes pas dans le groupe donc on ne peut pas le ressentir de la même manière mais, les filles suivent beaucoup les garçons. Nous sommes souvent au stade et c’est très compliqué de les voir perdre et souffrir à ce point. On espère toujours une victoire et on l’attend avec beaucoup de bienveillance et d’impatience. Bien sûr qu’on sait qu’il y aura des répercussions pour l’ensemble du club et peut-être pour la section féminine, nous ne sommes pas bêtes, mais je pense que le groupe féminin pense d’abord au maintien des garçons en Ligue 1 plutôt qu’à notre cas personnel. Nous essayons de ne pas trop y penser, du moins pour l’instant.


Christopher : Cyrielle a bien résumé la situation. Les féminines vivent une saison un petit peu en dents de scie, due notamment à la jeunesse de leur effectif. L’équipe avait bien démarré, ensuite, il y a eu des hauts et des bas mais cela fait partie d’une saison. Concernant les éventuelles répercussions j’en reviens à l’expression que j’employais tout à l’heure : « contrôle ce que tu peux contrôler » et ce qui est dur pour les filles justement, c’est qu’elles vont peut-être être impactées par quelque chose qu’elles ne peuvent pas contrôler. Je trouve que c’est très dur à vivre… C’est la même chose pour les salariés. Je suis persuadé d’ailleurs que si on demandait aux joueuses de venir nous aider sur le terrain, elles le ferait. En tout cas bravo à elles pour leur parcours !
« J’espère que cette rencontre sera un bon point de départ pour débuter notre remontée au classement et nous allons tout faire pour que ça le soit »
Christopher JULLIEN

Voir l’équipe féminine évoluer en lever de rideau de l’équipe professionnelle masculine cet après-midi, ça vous inspire quoi ?
Cyrielle : Pour moi, ce sera une première sur la pelouse du Stade de La Mosson puisque la dernière fois que l’équipe féminine a joué sur cette pelouse, c’était en Ligue des Championnes en 2018 et je n’étais pas encore au club. C’est un signe fort de pouvoir jouer dans le grand stade de la ville entre guillemets ; choses que nous avons peu l’occasion de faire. Jouer à La Mosson, c’est une belle marque de reconnaissance. Globalement, ce sont deux matchs très importants pour les deux équipes et j’espère que filles comme garçons, nous les gagnerons tous les deux.
Christopher : C’est vraiment une belle initiative de voir les deux équipes féminines et masculines réunies lors d’une même après-midi. C’est une belle récompense pour les filles, d’abord d’évoluer au stade de La Mosson mais aussi pour les fans parce que ça leur permet de voir les deux équipes l’une après l’autre dans un même lieu et de passer un bon moment en famille.

Comment abordez-vous vos rencontres respectives ?
Cyrielle : Ce sera un match important pour espérer recoller au classement et notamment à Fleury qui est juste devant nous ; mais au-delà de ça, ce serait bien pour la confiance de pouvoir enchaîner deux succès consécutifs après notre victoire à Reims. Cela ne nous est pas arrivé depuis pas mal de temps. Sur le papier, Saint-Etienne est un adversaire à notre portée mais il faut faire attention et ne pas être trop confiantes non plus. Il faut jouer ce match pour le gagner… et derrière, nous resterons pour soutenir les garçons ! (Sourire).
Christopher : Il reste neuf matchs en comptant celui de ce dimanche donc c’est impossible de voir ça comme une finale parce que, dans l’état actuel des choses, si ce match était le dernier de la saison, les deux équipes seraient condamnées à la relégation. Pour moi ce match est une étape importante. J’espère que cette rencontre sera un bon point de départ pour débuter notre remontée au classement et nous allons tout faire pour que ça le soit. A l’aller, les Verts avaient gagné avec pas mal de réussite et j’espère que, ce dimanche, la victoire sera pour nous. Quoi qu’il en soit, l’objectif prioritaire c’est de se concentrer sur nous et non pas sur notre adversaire.


