Ghislain Printant, l’homme derrière la gouaille
Arrivé en octobre dernier dans le sillage de Jean-Louis Gasset, l’entraîneur adjoint du MHSC évoque un parcours souvent méconnu et ce fil aussi inclassable qu’incassable qui le lie au club pailladin.
Quand on s’approche des terrains du complexe Bernard-Gasset, la voix de Ghislain Printant est souvent celle qu’on entend en premier ; parce qu’elle porte et qu’elle est reconnaissable entre mille… Une originalité vocale qui lui avait d’ailleurs valu une caricature pas forcément très flatteuse de l’aboyeur, bâtie par un humoriste alors pensionnaire de la chaîne cryptée : « Aujourd’hui, le football est devenu très médiatique. Il y a un nombre incalculable de matchs tous les jours à la télé, d’émissions de sport dans les médias et les gens ne se rendent pas tous compte de la chance qu’ils ont de pouvoir travailler grâce au football d’une manière ou d’une autre, que ce soit en tant que consultant, journaliste, humoriste, ou intervenants divers et variés », analyse Ghislain Printant. « Du coup, pour exister parfois, ils ne se rendent pas compte qu’ils peuvent faire beaucoup de mal. D’un autre côté, dans la mesure où on fait un métier public, il faut arriver à faire abstraction de ça. C’est à la famille que ça fait le plus de peine, pas forcément à moi, même si ça n’a pas été facile tout le temps, ça fait partie du métier tu dois te forger une carapace. Le plus difficile c’est d’être parfois jugé par des personnes qui ne connaissent pas la façon dont du travailles, mais ça fait partie du jeu malheureusement. On voit d’ailleurs souvent qu’il y a des débordements à ce niveau-là et le fléau des réseaux sociaux en atteste : pour se montrer important on tombe souvent dans l’excès, la méchanceté. Après, quand je regarde les choses avec du recul, je n’oublie pas que j’ai une chance énorme de faire ce métier et je dois me focaliser là-dessus. »

J’accorde beaucoup de place au travail et d’ailleurs, pour moi, ce n’est pas seulement un travail. C’est avant tout un plaisir car c’était mon voeu de devenir ce que je suis aujourd’hui
Cette gouaille, Ghislain Printant ne la renie pas car elle fait partie intégrante de sa personnalité. D’ailleurs, nombre de joueurs qu’il a eu sous sa coupe, que ce soit en tant que formateur ou bien chez les pros, pourront vous dire que ses colères peuvent être mémorables. Pour autant, limiter l’influence du technicien de 63 ans à celle d’un ‘‘gueulard’’ serait réducteur et outrancier, tant son parcours force le respect.
Pour le comprendre, il faut remonter en 1989. Cette année-là, Ghislain travaille dans une clinique privée, tout en étant gardien de but au niveau amateur, à Vendargues, et en s’occupant de l’école des gardiens au MHSC. C’est alors que cet Héraultais pur jus bascule dans le grand monde en devenant entraîneur adjoint en charge des gardiens de but de l’équipe première montpelliéraine, alors dirigée par Aimé Jacquet. « Ensuite, tout s’est enchaîné, que ce soit avec Michel Mézy mais aussi Henryk Kasperczak », se remémore le technicien de 63 ans.

A l’époque, passer dans le monde pro pour un ancien joueur amateur était encore plus rare et dur qu’aujourd’hui : « À un certain moment, c’était un handicap mais ça oblige à toujours travailler. J’en ai gardé le fait que je suis toujours dans la recherche, dans le but de m’améliorer parce que j’estime que je peux encore apprendre des choses et essayer de les transmettre. Ça demande un gros travail sur soi-même. On ne peut pas se reposer en disant : ’’ça y est, je suis arrivé’’. J’accorde beaucoup de place au travail et d’ailleurs, pour moi, ce n’est pas seulement un travail. C’est avant tout un plaisir car c’était mon voeu de devenir ce que je suis aujourd’hui. »
j’ai eu la chance de côtoyer des gens qui avaient un passé footballistique énorme. J’ai fait en sorte d’être une éponge de prendre le bon de chacun

S’il reconnait ressentir « une certaine fierté » à l’évocation de ce parcours démarré d’en bas, Ghislain avoue s’être construit sans un seul modèle à proprement parler : « J’avais une réelle envie de devenir entraîneur ; je voulais m’ouvrir à beaucoup de choses et l’ensemble des gens avec qui j’ai travaillé m’ont fait confiance et m’ont accordé beaucoup de place dans le travail. Je n’ai d’ailleurs quasiment jamais été cantonné au seul poste d’entraîneur des gardiens de but », souligne-t-il. « Tous les entraîneurs avec qui j’ai travaillé m’ont apporté quelque chose. J’ai essayé de prendre le meilleur de chacun afin de me former un profil propre mais j’ai toujours été à l’écoute de toutes les nouveautés dans le football ; que ce soit sur un plan physique, tactique, sur l’évolution du jeu… J’essaie toujours de comprendre pourquoi tel ou tel technicien fait ça, quel est objectif ? pourquoi il joue comme ça ? Je pense que c’est comme ça qu’on évolue et qu’on progresse. Pour résumer, j’ai eu la chance de côtoyer des gens qui avaient un passé footballistique énorme. J’ai fait en sorte d’être une éponge de prendre le bon de chacun. »
Tant que j’ai la flamme, je peux être formateur, entraîneur d’une équipe professionnelle ou même retourner dans le monde amateur. Entraîner c’est ma passion

Un discours humble et empreint d’une certaine pudeur qui lui fait d’ailleurs dire au sujet de notre entretien du jour : « faire cet article me dérange un peu. Moins on parle de moi, mieux je me porte. » Certes… Mais son parcours vaut quand même la peine d’être raconté. Tour à tour entraîneur des gardiens, entraîneur adjoint, co-entraîneur de l’équipe première du temps du trio BaillsPrintant-Bernardet qui mena ce dernier à Lourdes en 2003, puis entraîneur de l’équipe réserve, Ghislain a aussi connu les joies de diriger une équipe première, à Bastia (2014-2016), puis à Saint-Etienne (2019). « A Bastia, ce n’était pas du tout programmé », se souvient notre interlocuteur. « Je suis arrivé en tant que Directeur du Centre de Formation, tout en gardant un pied sur le terrain puisque j’avais en charge l’équipe U19 et, à un moment donné, il a fallu faire un dépannage à la tête de l’équipe première. » Un dépannage qui s’est avéré concluant puisque Bastia a sauvé sa place dans l’élite et atteint la finale de la Coupe de la Ligue 2015. Preuve de sa loyauté, après avoir été écarté de son poste en janvier 2016, il préfère partir que de retourner à la formation : « J’avais bâti quelque chose au niveau de la formation et il était hors de question pour moi, quand cette aventure à la tête de l’équipe première s’est terminée, de prendre la place de quelqu’un que j’avais installé, même si j’avais encore des années de contrat. »

Ce que j’ai vécu avec Jean-Louis est extraordinaire et je lui en suis profondément reconnaissant. Je ne sais pas si j’aurais vécu tout ça sans lui
Du bleu de Corse au vert du Forez, sa deuxième expérience à la tête d’une équipe professionnelle le mena à Saint-Etienne, durant l’hiver 2017. « Jean-Louis Gasset m’avait fait venir avec lui et mon premier souhait était de repartir avec lui. L’occasion de rester en n°1 s’est présentée et comme c’était en accord avec lui, j’ai accepté. De toute façon, je ne suis fermé à rien. Tant que j’ai la flamme, je peux être formateur, entraîneur d’une équipe professionnelle ou même retourner dans le monde amateur. Entraîner c’est ma passion. »
Quand on lui demande ce qui change entre la formation et une équipe fanion, le natif de Vendargues répond sans détour : « Que tu travailles bien ou moins bien – même si je pense qu’à ce niveau-là tout le monde travaille bien – tu es avant tout lié aux résultats. Ce sont les résultats qui font que tu n’es pas vu de la même manière… Mais il ne faut pas perdre de vue que ça peut changer du jour au lendemain », analyse-t-il. « En formation, tu regardes le nombre de joueurs que tu as formé et comment tu les as formés. Après quand tu les vois évoluer en pro tu te remets en question tu te dis : ‘’Tiens, il manque ça, il manque ça…’’ mais ça ne met pas en danger ton travail. En revanche, quand tu diriges une équipe fanion, quel que soit le niveau, tu es tributaire des résultats. »

Retracer le parcours de Ghislain Printant, c’est aussi évoquer le lien indéfectible qui le lie à Jean-Louis Gasset. Si les deux hommes se sont connus à la formation puis en équipe première à Montpellier, ils ont aussi vécu de nombreuses expériences communes où Ghislain était l’adjoint de Jean-Louis, que ce soit à Saint-Etienne mais aussi à la tête de la sélection ivoirienne, ou bien encore à l’OM durant la 2ème partie de saison dernière : « Ce sont de très belles expériences. Entraîner à Geoffroy-Guichard, disputer une demi-finale de coupe d’Europe avec Marseille au Stade-Vélodrome, c’était quelque chose de fabuleux. Vivre la CAN avec la Côte d’Ivoire, dans le contexte d’une sélection nationale, ce qui était tout nouveau pour nous ; tout comme la vie en Afrique d’ailleurs, c’était très enrichissant. Je me suis vraiment régalé », se souvient l’actuel entraîneur adjoint du MHSC. « Ce que j’ai vécu avec Jean-Louis est extraordinaire et je lui en suis profondément reconnaissant. Je ne sais pas si j’aurais vécu tout ça sans lui. »
Avec Jean-Louis Gasset, l’un et l’autre, on a la sensation de se connaître et de savoir ce que pense l’autre avant d’avoir parlé. À partir de là, ça facilite pas mal de choses
Il ajoute au sujet de sa complicité avec ‘’JLG’’ : « Je n’étais pas encore dans le monde professionnel que je travaillais déjà avec lui. Je pense que nous avons la même vision de la vie et, footballistiquement, nous sommes assez proches. Nous sommes des travailleurs et nous avons beaucoup de points communs. J’aime travailler, être sur le terrain, transmettre au groupe et je l’accompagne avec grand plaisir. La clé de notre binôme ? La fidélité, l’honnêteté et la confiance. J’ai un ressenti chez lui d’une grande confiance et vice versa. L’un et l’autre, on a la sensation de se connaître et de savoir ce que pense l’autre avant d’avoir parlé. À partir de là, ça facilite pas mal de choses. »

Alors forcément, quand Jean-Louis Gasset l’a appelé pour reconstituer leur duo afin de venir en aide au MHSC, fin octobre, Ghislain n’a pas hésité : « On n’a pas fait de réunion. On sait l’attachement que Jean-Louis a pour le MHSC. Lui comme moi, c’est notre club. On y a passé beaucoup de temps. Même s’il en a passé encore plus que moi, c’était impossible de refuser », avoue-t-il : « J’ai vu mes parents s’investir, donner de leur personne dans ce club. Mon fils Florian en a défendu les couleurs pendant plus de 14 ans », révèle-t-il au moment d’évoquer son attachement au MHSC. « Comme je l’ai dit précédemment, je suis issu du monde amateur et j’ai eu la chance de trouver des Présidents, Louis et Laurent Nicollin, qui m’ont accordé leur confiance, ce qui n’était pas évident. Pour moi, Montpellier Hérault, c’est mon départ ; ma base. Ça m’a permis d’être ce que je suis aujourd’hui. Même si à un moment donné, mon parcours s’est éloigné de ce club, le MHSC restera à jamais mon lieu de naissance footballistique professionnelle et j’y suis profondément attaché. » Le passé montpelliérain de Ghislain Printant se conjugue donc à nouveau au présent avec, comme lors de leur 2ème passage commun avec Jean-Louis Gasset, en 2017, le maintien comme objectif : « C’est différent car, à l’époque, nous n’étions pas relégables et encore moins derniers. Sur le plan comptable la situation n’était pas la même », tempère Ghislain. « Là, on sait qu’il va nous falloir faire un parcours énorme en deuxième partie de saison pour tenter de vous sortir de là et, pour l’instant, nous ne sommes pas parvenus à inverser la tendance. »
Je suis issu du monde amateur et j’ai eu la chance de trouver des Présidents, Louis et Laurent Nicollin, qui m’ont accordé leur confiance, ce qui n’était pas évident. Pour moi, Montpellier Hérault, c’est mon départ ; ma base. Ça m’a permis d’être ce que je suis aujourd’hui. Même si à un moment donné, mon parcours s’est éloigné de ce club, le MHSC restera à jamais mon lieu de naissance footballistique professionnelle et j’y suis profondément attaché
Il y avait pourtant eu du mieux fin 2024, notamment à domicile, avant la terrible rechute au Puy en Coupe de France : « Celle-là fait très mal », reconnait l’ancien entraîneur du Sporting Club de Bastia. « Il faut arriver à évacuer cette déception même si ce ne sera pas facile parce que cette défaite laisse une trace profonde et je pense que ça fait du mal à tout le monde. Quand j’y repense, j’ai un sentiment de honte par rapport à cette élimination. Je ne le cache pas et j’espère que nous sommes nombreux à avoir ce sentiment-là. Désormais, il faut avoir un esprit de revanche pour arriver à se révolter et à décrocher ce maintien. »

Nouvelle étape ce dimanche, avec la venue d’Angers à La Mosson, dans une confrontation directe pour le maintien justement : « Quand je vois cette équipe du SCO, je trouve qu’elle joue ensemble. Avec ses qualités et ses défauts, mais ‘’ensemble’’, ‘’en équipe’’ », analyse Ghislain. « C’est une formation qui lutte, comme nous, pour éviter d’être dans les trois mauvaises places en fin de saison et qui essaie de répondre présent à chaque rencontre avec ses moyens. Cet adversaire sera, certes, difficile à manoeuvrer, mais si Montpellier est à son niveau, Montpellier doit gagner. »
Si on sent parfois de la colère et de la frustration de leur part, c’est parce qu’ils ne veulent que le bonheur du club. A nous de prendre conscience qu’on doit également leur offrir quelque chose. Si on leur offre quelque chose, on se l’offrira à nous-même et à tous les salariés du club qui vivent avec l’espoir que le MHSC soit encore en Ligue 1 la saison prochaine
Et quand on lui demande ce qui lui fait encore croire au maintien, Ghislain Printant répond du tac au tac : « Mon club ! Je vois qu’à l’extérieur il y a des gens tristes de voir qu’on est dans cette situation et qui nous font passer beaucoup de messages positifs parce qu’ils ont envie d’y croire… et ça nous pousse encore plus à y croire. Même si je sais que la clé appartient aux joueurs, c’est nous qui devons transmettre au groupe ce sentiment de pouvoir y arriver. Je veux qu’on se révolte. De toute façon ça passera par-là : une révolte individuelle et collective de l’ensemble des composantes du club. » Et notre interlocuteur de conclure par un message rassembleur : « On a besoin de nos supporters. On sait qu’on ne leur donne pas la fierté qu’ils mériteraient d’avoir. Si on sent parfois de la colère et de la frustration de leur part, c’est parce qu’ils ne veulent que le bonheur du club. A nous de prendre conscience qu’on doit également leur offrir quelque chose. Si on leur offre quelque chose, on se l’offrira à nous-même et à tous les salariés du club qui vivent avec l’espoir que le MHSC soit encore en Ligue 1 la saison prochaine. » C’est notre souhait à toutes et tous.



