Modibo Sagnan, sacrée bonne pioche
Arrivé il y a un an sur les bords de La Mosson, l’international malien de 25 ans s’est rapidement imposé au sein de la charnière centrale héraultaise et reste un des éléments clés du club pailladin dans sa quête de maintien
Il y tout juste un an, alors qu’ils étaient à la recherche d’un défenseur central gaucher pour pallier le départ de Maxime Estève à Burnley, les dirigeants montpelliérains avaient jeté leur dévolu sur un certain Modibo Sagnan. Un inconnu du grand public, pensionnaire du FC Ultrecht en Eredivisie (D1 néerlandaise) et qui, bien que formé au RC Lens, n’avait jamais évolué en Ligue 1. Un choix qui avait de quoi intriguer mais qui est aujourd’hui gagnant puisque, sur la période depuis son arrivée jusqu’à aujourd’hui, Modibo est le joueur montpelliérain qui a disputé le plus de matchs (31) et le 2ème qui a vécu le plus de titularisations (27*) : « J’essaie de me préparer au mieux pour être le moins blessé possible, que ce soit via les soins, la récupération ou l’entraînement invisible », raconte Modibo. « Malheureusement, parfois ça ne suffit pas mais j’essaie de mettre toutes les chances de mon côté en tout cas. » Et si ça ne suffit pas, Modibo serre les dents, à l’instar de la réception de Toulouse en octobre dernier : « J’avais des soucis physiques et seulement deux entraînements dans les jambes mais j’ai joué vu que l’effectif était restreint et je ne regrette pas. Vu la situation du club, il fallait que je joue. »

Dans le duel, il n’y a pas que du physique ; c’est aussi beaucoup de travail. Je ne suis pas le plus grand mais j’ai quelques qualités physiques dont une certaine détente. Ensuite, l’état d’esprit fait la différence
Voilà qui illustre bien le premier trait de caractère de Modibo Sagnan. Celui d’un combattant qui ne lâche jamais rien et dont le tempérament colle parfaitement à l’esprit Paillade. La preuve en stats ? Modibo est le joueur montpelliérain qui a gagné le plus de duels aériens (48) depuis son arrivée : « Quand on est défenseur et qu’on voit arriver un ballon aérien, c’est un combat dans la tête et on se dit qu’il faut le gagner », estime-t-il lorsqu‘on lui demande d’analyser ces statistiques. « Après, dans le duel, il n’y a pas que du physique ; c’est aussi beaucoup de travail. Je ne suis pas le plus grand mais j’ai quelques qualités physiques dont une certaine détente. Ensuite, l’état d’esprit fait la différence. »

Un sens du timing qui trouve son écho dans le chiffre suivant puisque l’ancien défenseur d’Ultrecht est le joueur montpelliérain qui a réalisé le plus d’interceptions sur la période (34). Limiter l’impact de Modibo à son impact physique justement, serait donc aussi réducteur que trompeur : « Je regarde beaucoup de matchs et notamment les déplacements des défenseurs sur certaines situations difficiles que j’ai encore du mal à appréhender », explique-t-il. « J’observe leurs déplacements mais aussi à quel moment ils interviennent. C’est très important. Sur un tacle par exemple, soit le joueur passe et tu fais faute, sois tu as la balle, donc c’est quitte ou double. Il faut avoir un bon timing et de bonnes anticipations. Ce sont des qualités similaires pour les interceptions. Il faut bien lire le jeu et toujours avoir un œil sur le joueur qui n’a pas la balle parce qu’au final c’est lui qui est le plus dangereux ».

Loin de se reposer sur ses lauriers, Modibo ajoute : « Même si ces statistiques sont positives, je sais que je dois encore beaucoup progresser dans ce secteur-là et dans d’autres bien sûr. »
S’il prenait beaucoup de cartons jaunes lors de ses débuts en orange et bleu, ‘‘Mister Sagnan’’ a aussi appris à canaliser cette énergie pour devenir un défenseur plus propre dans ses interventions comme dans ses relances :
« Je ne suis pas très ‘‘tacle glissé’’ parce que, pour moi, le bon défenseur est celui qui reste debout. Une fois que tu t’es jeté pour tacler, tu sais que tu ne peux plus intervenir, c’est terminé. Le meilleur exemple c’est à Lens cette année où, malheureusement, je n’ai pas respecté mes convictions et où je me suis dit que j’allais tacler. Au final, le joueur lensois est passé et on prend but derrière », se souvient Modibo. « C’est la raison pour laquelle j’essaie de rester sur mes appuis le plus longtemps possible. »
Je ne suis pas très ‘‘tacle glissé’’ parce que, pour moi, le bon défenseur est celui qui reste debout. Une fois que tu t’es jeté pour tacler, tu sais que tu ne peux plus intervenir, c’est terminé


Parce que tous ces chiffres ne sont pas neutres et que Modibo Sagnan a énormément progressé depuis son premier match montpelliérain, la saison passée à Rennes, l’international malien s’est imposé comme une des révélations de la Ligue 1 à son poste sur les 12 derniers mois. Un pari pourtant loin d’être gagné d’avance puisque celui qui a également participé aux JO de Tokyo avec l’équipe de France Olympique a dû emprunter de nombreux chemins de traverses entre sa formation à Lens et ses débuts dans l’élite, passant notamment par les D2 espagnole et portugaise puis la D1 néerlandaise avant de découvrir l’élite de son pays natal : « Quand j’ai intégré le Centre de Formation du Racing Club de Lens, mon objectif était de jouer en Ligue 1 », raconte Modibo : « Après, les événements ont fait que ça n’a pas été le cas tout de suite mais ça restait tout de même un objectif pour moi et je suis très heureux d’y être parvenu ici, à Montpellier. »
Le MHSC est un club familial dans lequel j’ai été bien accueilli et où je me suis tout de suite bien senti

Une élite hexagonale qu’il décrit de la façon suivante : « Il y a de bons joueurs techniquement et beaucoup de qualités individuelles et physiques chez les joueurs. C’est aussi un championnat très intense pour ce qui est du rythme », analyse le défenseur central montpelliérain. « Le plus surprenant ? C’est que tout le monde peut battre tout le monde, excepté évidemment les très gros clubs comme le PSG par exemple. Quoi qu’il en soit, il n’y a aucun match facile. Ajouté au fait qu’avec les nouvelles règles, un match a beaucoup plus de temps additionnel qu’avant, et tu sais que si tu perds trop de temps ça peut se retourner contre toi la fin ». Comme un trait d’union vers l’actualité récente du MHSC, Modibo enchaîne par une anecdote sur le match d’il y a 15 jours contre Monaco à La Mosson : « A un moment donné, dans le temps additionnel, je me suis retourné vers le coach et je lui ai demandé combien de temps il restait alors qu’on commençait à prendre des rafales. Quand il m’a dit 6 minutes, je n’étais pas bien (rires). Heureusement, ça c’est bien fini ! »
La transition est toute faite pour recentrer notre entretien sur le MHSC : « J’ai découvert un bon club et des bons coéquipiers dans le vestiaire », raconte Modibo : « Le MHSC est un club familial dans lequel j’ai été bien accueilli et où je me suis tout de suite bien senti. ».

Croyez-moi, cette situation ne nous laisse pas indifférent. On sait que le club traverse une période très difficile et on a vraiment envie de le sortir de-là. Nous sommes déterminés et nous savons ce que nous voulons
Pilier de cet effectif pailladin version 2024-2025, ‘’Modi’’ reste cependant mesuré lorsqu’on évoque ses performances personnelles : « Je suis content parce que j’arrive à enchaîner les matchs. J’essaie de bien défendre, de gagner mes duels, de bien relancer même si évidemment il y a encore beaucoup de choses à améliorer. Je sens que je progresse mais j’ai encore de la marge. Il faut que je continue à travailler. Il faut que je fasse encore plus », dit-il. « En plus, quand tu prends autant de buts et que tu n’as fait encore aucun clean sheet depuis le début de la saison, en tant que défenseur tu ne peux pas être pleinement satisfait ; ce n’est pas possible. On est toujours dans le questionnement à chercher ce que l’on peut faire de mieux. »
Une saison collectivement « très difficile parce que nous n’arrivons pas à enchaîner des prestations positives. Lors des rares victoires que nous avons glanées depuis le début de la saison, on s’est dit que ça allait revenir, qu’on était sur le bon chemin et derrière on a rechuté, soit en faisant un mauvais match soit en faisant un bon match mais en n’étant pas récompensés de nos efforts », avoue Modibo, qui reconnait que le fait d’avoir occupé la dernière place du classement depuis un certain temps déjà n’était pas neutre :
« Bien sûr que c’était pesant. Nous n’étions pas contents et les supporters non plus mais pour renverser cette tendance, il faut gagner des matchs et prendre des points. C’est aussi pour ça que la victoire à Toulouse la semaine dernière a été un grand soulagement. D’abord parce que ces 3 points nous permettent de quitter la zone rouge et parce que nous sommes enfin parvenus à enchaîner deux résultats positifs, ce qui ne nous était jamais arrivé cette saison »


Ces deux succès ont « ravivé une flamme et, désormais, c’est à nous de la faire perdurer. » selon les propres mots de Modibo. « On doit être fort mentalement, retenir le bon visage que l’on a montré sur certains matchs et je suis persuadé qu’à force de travail, ça va bien finir par tourner dans le bon sens, comme à Toulouse. »
Et pourquoi pas ce vendredi soir contre Lens, dans un match qui sera forcément particulier pour Modibo Sagnan : « Lens est mon club formateur et je ressentirai toujours quelque chose de spécial en regardant jouer cette équipe, sauf quand je l’affronterai », assure-t-il. « Je connais d’ailleurs encore beaucoup de gens là-bas, que ce soit au niveau des joueurs ou de l’encadrement. C’est toujours plaisant d’affronter son club formateur et de revoir les gens avec lesquels tu as grandi. » Il pourrait même croiser son petit frère, Souleymane, qui évolue avec la réserve des Sang et Or et fait quelques entraînements avec l’équipe première.
Ces deux succès contre Monaco et Toulouse ont ravivé une flamme. Sésormais, c’est à nous de la faire perdurer

Mais en dehors de cette dimension affective, ce n’est rien d’autre qu’une victoire montpelliéraine que Modibo Sagnan espère vendredi soir : « Croyez-moi, cette situation ne nous laisse pas indifférent. On sait que le club traverse une période très difficile et on a vraiment envie de le sortir de-là. Nous sommes déterminés et nous savons ce que nous voulons », insiste notre interlocuteur : « Quand on joue, on essaie de rendre fier nos familles, le club et les supporters. Tout ça c’est un tout. On sait que les supporters souffrent et que le club souffre. C’est en cela que les victoires contre Monaco et Toulouse ont fait autant de bien. Ces victoires sont positives mais il n’y a rien de fait et nous sommes vraiment déterminés à connaitre à nouveau ce goût de la victoire. Nous sommes très heureux de voir que les supporters ne nous ont pas lâchés. On sait qu’ils sont toujours là et on se doit de tout donner à chaque fois. »

Pour terminer sur une note plus légère, impossible de clôturer cet entretien sans évoquer ces longues séances de travail devant le but à l’entraînement au cours desquelles il n’est pas rare de voir Modibo Sagnan occuper le poste d’avant-centre : « Dans les catégories de jeunes, notamment en pré-formation. J’ai toujours aimé les exercices de finition. D’ailleurs, le coach me chambre quelques fois en me demandant quel entraîneur m’a fait passer à un poste défensif. Ça lui arrive même de m’appeler Lukaku », raconte Modibo. « Plus sérieusement, j’essaie d’apporter le maximum dans tous les secteurs, y compris offensivement car, grâce à mon gabarit je peux le faire sur du jeu de tête. » Les buts précieux qu’il a inscrit à Reims ou contre Metz à La Mosson la saison passée sont là pour en attester, tout comme son but rageur lors de la victoire contre Auxerre à La Mosson cette saison (3-2), et bien sûr, celui de l’égalisation à Toulouse la semaine dernière, d’un magnifique enchaînement digne d’un numéro 9. Et si on remettait le couvert vendredi soir Modibo ?


