Vitorino Hilton, une évidence qui l’est enfin devenue
Après avoir longtemps hésité à embrasser une carrière de technicien, la légende brésilienne du MHSC a finalement endossé le rôle d’entraîneur adjoint de Jean-Louis Gasset. Une nouvelle vie qu’il évoque avec passion et détermination, comme dans sa précédente vie de joueur
Dans l’inconscient de chaque supporter montpelliérain, voir Vitorino Hilton embrasser un jour la carrière d’entraîneur – de préférence au MHSC bien sûr – apparaissait presque comme une évidence. Pourquoi ? Parce qu’il cochait beaucoup de cases : celle d’un joueur de talent, à la lecture du jeu et au sens tactique hors-pair d’abord, mais aussi parce qu’il avait, sur le terrain comme dans le vestiaire, l’âme d’un leader respecté de tous. Un destin à la Didier Deschamps en somme, comme lorsque ce dernier avait rejoint Monaco dans la foulée de l’arrêt de sa carrière, même s’il est encore un petit peu trop tôt pour le dire.

C’est une mission qui me tient à cœur, parce que même si je ne suis pas formé ici, j’ai passé plus de 10 ans au club et le MHSC compte beaucoup pour moi. J’y suis vraiment attaché
Fallait-il encore que l’intéressé le veuille vraiment ; et ça, en revanche, ce n’était pas une évidence : « Pendant longtemps, je ne pensais pas forcément devenir entraîneur », reconnait Vito. « Mais les années sont passées, j’ai côtoyé bon nombre de joueurs qui sont devenus techniciens ou d’entraîneurs, qui m’ont dit qu’ils me verraient bien dans ce rôle-là, d’abord auprès d’un staff. Petit à petit, ça a mûri dans ma tête, j’ai commencé à réfléchir et je me suis dit ‘’pourquoi pas ?’’. »
Pour en arriver à cette décision, l’homme aux 354 matchs disputés sous le maillot orange et bleu a d’abord fait une pause dans la foulée de l’arrêt de sa carrière en 2021 pour devenir consultant télé, avant de commencer à passer ses diplômes l’année suivante : d’abord le BEF aux côtés du coach des U19 du MHSC, Michel Rodriguez, puis en National 3 l’année suivante aux côtés de Frédéric Garny.

Puis, il y a eu ce coup de fil, fin octobre, durant lequel tout s’est accéléré : « J’ai appris qu’il y avait un changement d’entraîneur à la tête de l’équipe première et que Jean-Louis Gasset avait pris les commandes », raconte l’ancien joueur de Bastia, Lens et Marseille. « Deux jours plus tard, j’ai reçu un coup de fil de sa part en me disant qu’il voulait que j’intègre son staff pour cette mission d’aider le club à sortir de cette position de relégable. J’ai été très honoré d’être contacté directement par le coach. C’est une mission qui me tient à cœur, parce que même si je ne suis pas formé ici, j’ai passé plus de 10 ans au club et le MHSC compte beaucoup pour moi. J’y suis vraiment attaché. »
C’est un honneur mais je connais aussi la responsabilité du poste et du staff. Nous allons essayer de faire une très bonne deuxième partie de saison pour sortir le club de cette situation

Vito que Jean-Louis Gasset connait bien pour avoir été l’entraîneur de février à juin 2017. Appelé à succéder à Frédéric Hantz alors que le MHSC était en difficultés au classement, ‘‘l’homme à la casquette’’ avait alors réussi sa mission de maintenir le MHSC en Ligue 1 en fin de saison : « J’espère qu’il en sera de même à la fin de cette saison. » sourit Vito.
Il faut qu’on arrive à trouver collectivement, dans toutes les zones du terrain

Avoir évolué sous les ordres de JLG, comme joueur puis entraîneur adjoint fait en tous cas de Vitorino Hilton un témoin privilégié pour décrire la ‘’méthode’’ Gasset : « Quand j’étais joueur, il nous apportait déjà beaucoup d’expérience et de connaissances tactiques », détaille Vito. « Aujourd’hui que je suis dans son staff, je me rends compte qu’il a, aussi, une grande intelligence. Il analyse énormément les adversaires et lit vraiment très bien le jeu. Pour preuve, à chaque fois qu’il prépare un match, quand celui-ci démarre, on se rend compte que tout ce dont il nous avait parlé se met en place. J’apprends énormément de choses à ses côtés comme à ceux de Ghislain (Printant). »
Voilà qui nous amène à évoquer plus précisément son rôle au sein du nouveau staff technique héraultais : « Je suis là en tant que second adjoint ; Ghislain Printant étant l’entraîneur adjoint principal », explique-t-il. « On se partage les séances d’entraînement et on les anime ensemble, chacun à sa façon. C’est une chance pour moi car Ghislain est un entraîneur d’expérience avec lequel j’apprends énormément. » Pour le reste, Vito intervient aussi aux côtés l’analyste vidéo Jonathan Llorente « en ce qui concerne les coups de pied arrêtés », tandis que Jean-Louis Gasset « a un regard un peu plus en retrait. Son expérience nous apporte vraiment un plus. »

je ne me considère pas encore comme un entraîneur. Je suis en train de me former. Je ne sais pas si je serai un bon coach un jour mais je vais tout faire pour y arriver
Mais ce plongeon anticipé dans le grand bain est-il suffisant pour définitivement susciter chez notre ancien capitaine, la vocation d’entraîneur ? : « Oui ! » répond-t-il. « J’ai eu la chance de recevoir de bons conseils et, peu à peu, j’y ai pris goût. On verra jusqu’où cela me mènera. », sourit-il avant d’évoquer, à notre demande, ses sources d’inspiration : « Il y en a beaucoup. Jean-Louis Gasset en est une, tout comme Lucien Favre ou Éric Gerets que j’ai côtoyé à Marseille. Chaque entraîneur a quelque chose ; sa manière de coacher, sa personnalité… Il faut essayer de prendre le meilleur de chacun d’entre eux. Maintenant, je ne me considère pas encore comme un entraîneur. Je suis en train de me former. Je ne sais pas si je serai un bon coach un jour mais je vais tout faire pour y arriver. »
En attendant, une mission l’attend pour aider le staff du MHSC à maintenir le club en Ligue 1… Et s’il reconnait avoir ressenti une certaine émotion au moment de fouler à nouveau le terrain d’entraînement des pros – « beaucoup de bons souvenirs sont remontés à la surface », reconnait-il – la réalité du présent et de sa mission ont vite repris le dessus.

On se doute d’ailleurs qu’en tant qu’ancien grand défenseur de Ligue 1, voir le MHSC encaisser autant de buts depuis le début de la saison ne lui plait guère : « Quand une équipe prend beaucoup de buts, on dit souvent que ça vient de la défense mais en fait c’est tout un équilibre qu’il faut qu’on arrive à trouver collectivement, dans toutes les zones du terrain », souligne Vito. « C’est évidemment très difficile de voir que l’on n’arrive pas à stopper cette hémorragie. On a failli l’arrêter à Lyon… Malheureusement, il y a ce but à la fin qui fait mal. »
Les joueurs s’investissent à chaque entraînement. Je pense qu’ils sont plus conscients de la situation et que ce défi du maintien nécessite beaucoup d’investissement et de concentration
Revenu au plus près du groupe, le plus Montpelliérain des Brésiliens – qui passe actuellement son DES en parallèle de sa mission au club – estime en tout cas que « l’équipe va de mieux en mieux. Les joueurs commencent à retrouver un peu plus d’assurance. Ils s’investissent à chaque entraînement et je pense qu’ils sont plus conscients de la situation et que ce défi du maintien nécessite beaucoup d’investissement et de concentration. »

Reste cependant à savoir si la voix de Vitorino Hilton, l’un des plus grands capitaines de l’histoire du MHSC, portera autant en tant qu’adjoint que lorsqu’il portait encore le brassard sur le terrain : « J’espère qu’elle porte toujours », avoue notre interlocuteur. « Quand vous êtes joueur, c’est plus simple parce que vous êtes acteur sur le terrain et, même si le coach nous dit certaines choses, c’est sur le terrain que ça se passe et les acteurs restent les joueurs. En tant que membre du staff, on donne des conseils, des clés et on essaie de transmettre du vécu pour les joueurs. Pour le moment, il manque quelque chose mais je pense que ça va finir par porter ses fruits. »
Jean-Louis Gasset analyse énormément les adversaires et lit vraiment très bien le jeu. Pour preuve, à chaque fois qu’il prépare un match, quand celui-ci démarre, on se rend compte que tout ce dont il nous avait parlé se met en place
Et quand on lui demande s’il a eu peur d’écorner son image de joueur mythique en passant de l’autre côté de la barrière, le natif de Brasilia balaie cette hypothèse d’un revers de la main : « Je ne pense pas à ça. J’ai un lien très fort avec le MHSC. J’y suis arrivé pour deux ans et finalement j’y suis resté une décennie. Quoi qu’il arrive, je resterai attaché à vie au MHSC vu tous les bons moments que j’y ai vécu », expose-t-il. « Après, le football va très vite et on ne sait jamais réellement ce qu’il peut se passer. Jean-Louis Gasset a eu lui aussi une histoire avec ce club qui lui appartient. Il est parti, il est revenu… Le MHSC est comme ça. Il y a une forme de reconnaissance de la part des Présidents et, les gens qui ont tout donné pour ce club par le passé, essaient toujours de l’aider à nouveau quand il ne va pas bien. Je m’inscris dans cette volonté de l’aider au maximum. » Il ajoute : « Je ne m’attendais pas à être dans ce staff là aujourd’hui, et encore moins dans cette situation, mais j’ai été appelé pour ça, je suis venu et je n’ai pas hésité une seconde. C’est un honneur mais je connais aussi la responsabilité du poste et du staff. Nous allons essayer de faire une très bonne deuxième partie de saison pour sortir le club de cette situation. »

Prochaine étape ce vendredi soir avec, pour premier adversaire de la phase retour, l’AS Monaco à La Mosson. « Une grosse équipe européenne qui a battu le Barça en Ligue des Champions, ce qui n’est pas neutre », dixit notre interlocuteur, mais face à laquelle le MHSC aura un coup à jouer : « Le charme de la Ligue 1, c’est que tout le monde peut chuter contre tout le monde, donc, même si Monaco n’évolue pas dans la même partie du tableau que nous, nous allons tout faire pour essayer de gratter quelque chose. »
Il faut y croire et nous encourager ! Je sais que ce n’est pas facile de supporter une équipe qui, chaque week-end, n’a pas le résultat que l’on espère à savoir la victoire mais un Pailladin ne lâche rien, jamais !
Le dernier message de cet entretien, Vitorino Hilton tient à l’adresser aux supporters pailladins qui l’ont tant aimé : « Il faut y croire et nous encourager ! », exhorte-t-il. « Je sais que ce n’est pas facile de supporter une équipe qui, chaque week-end, n’a pas le résultat que l’on espère à savoir la victoire mais un Pailladin ne lâche rien, jamais ! Même si on n’a pas encore les résultats escomptés, on montre l’image d’une équipe qui se bat. On l’a vu il y a 15 jours à Lyon où l’équipe méritait sans doute un autre résultat, mais le football ne pardonne pas. Il faut être efficace dans les deux surfaces. Cette efficacité nous manque en ce moment et nous allons tout faire pour inverser la tendance. À partir du moment où nous aurons retrouvé cette efficacité, je pense qu’on va commencer à gagner des matchs. Il faut qu’on arrive à faire une petite série positive pour retrouver cette confiance. »

Une chose est sûre, Vitorino Hilton s’épanouit dans son nouveau rôle : « De toute façon, dès l’instant où l’on rentre sur le rectangle vert, il faut prendre du plaisir sinon ce n’est pas la peine, même si, évidemment, personne n’occulte la situation qui n’est pas évidente », conclut-il. « Je suis persuadé que nous allons y arriver. Nous savions que la mission n’était pas facile et il nous reste une moitié de saison pour remonter la pente et nous allons tout donner pour y parvenir et sortir de cette dernière position qui ne reflète pas l’histoire du MHSC. » Une histoire que Vitorino Hilton continue d’écrire, dans un rôle différent mais avec la même passion. Comme une évidence…


