Les paradoxes gagnants de Sonia Ouchene
En à peine 18 mois de présence au club, la milieu de terrain de 24 ans s’est imposée comme une des pièces maîtresses du dispositif de Yannick Chandioux. Décryptage avant la réception de Lyon ce vendredi soir
Parler football avec Sonia Ouchene est toujours un moment agréable. Au-delà de son côté joviale, souriante et pleine d’humour, la milieu de terrain montpelliéraine possède en effet une vraie réflexion sur le foot et le monde qui l’entoure… Avec de l’intelligence mais sans se prendre la tête pour autant. De quoi l’interroger sur les paradoxes de son jeu qui font d’elle une joueuse à part, autant que prépondérante pour son équipe

PETIT FORMAT, MAXI COMBAT
Dans un football où les qualités physiques ont de plus en plus d’importance, Sonia Ouchene est la preuve vivante que le football n’est pas seulement une question de taille. Pour preuve, du haut de son mètre 58, la n°8 montpelliéraine est la 3ème joueuse qui a disputé le plus de duels cette saison en Arkema Première Ligue (144) et la 5ème qui en a le plus remportés sur l’ensemble du championnat (74)

Au début, j’avais tendance à éviter le duel mais, avec l’âge, je me sens de mieux en mieux dans ce domaine. Je me force un peu aussi parce que ça fait partie du foot et je dois faire face à ça
« Cette statistique me surprend parce que, les duels , ce n’est vraiment pas ce que j’aime », révèle Sonia. « C’est peut-être mon jeu qui fait que je me retrouve souvent dans une situation de duels, et c’est aussi accentué par mes petits appuis et mon centre de gravité assez bas qui me rendent un peu compliquée à arrêter. J’aime bien porter le ballon aussi, peut-être pas toujours au bon endroit et au bon moment, mais j’aime bien provoquer et aller vers l’avant. Du coup, mes conduites de balle amènent souvent à des duels et des contacts. » Notre interlocutrice n’hésite d’ailleurs pas non plus à disputer des ballons de la tête. Là aussi, pas question de gabarit :
« C’est un aspect que j’essaie de travailler parce que je ne suis pas franchement aidée par mon physique sur ce coup-là (sourire). Plus sérieusement, j’essaie de me dire que ce n’est parce que je suis petite que ça doit me bloquer dans ce secteur-là. J’y vais, même si, parfois, le duel est presque perdu d’avance mais ça ne va pas m’empêcher de sauter. »
Une qualité qui n’était pas forcément innée et qu’elle a dû développer. « Au début, j’avais tendance à éviter le duel mais, avec l’âge, je me sens de mieux en mieux dans ce domaine. Je me force un peu aussi parce que ça fait partie du foot et je dois faire face à ça. »

DES DRIBBLES AU SERVICE DU COLLECTIF
Souvent, le côté dribbleur est associé à l’aspect soliste et individualiste d’un joueur ou d’une joueuse. Là aussi, Sonia Ouchene casse les codes autant que ce qu’elle cultive les paradoxes car ses dribbles sont teintés de collectif. Pour preuve, si elle est la Montpelliéraine qui a tenté (87) et réussi (39) le plus de dribbles depuis son arrivée en début de saison dernière, l’ex-Rémoise s’en sert avant tout pour faire jouer son équipe, comme une vraie meneuse de jeu doit le faire : « je n’ai pas peur de tenter mais je n’ai pas forcément de vrai dribble. On me verra rarement faire des passements de jambes, des roulettes ou des choses comme ça. Je préfère les petits crochets. »

« je n’ai pas peur de tenter mais je n’ai pas forcément de vrai dribble. On me verra rarement faire des passements de jambes, des roulettes ou des choses comme ça »
Un côté dribbleuse sans l’être qui colle avec sa double culture. En effet, Sonia a effectué une partie de sa formation en Espagne (son pays natal), là où l’on préfère faire courir le ballon plutôt que de tenter des un-contre-un et où le jeu de position détrône le jeu de transition et de provocation individuelle : « Récemment, j’ai pu affronter l’Espagne avec l’équipe de France U23 et je me suis rappelée à quel point ce jeu de passes me correspond », souligne-t-elle. « Je suis dans les dribbles parfois, mais j’adore aussi le jeu de passes dans les petits espaces ».
Sonia Ouchene y voit d’ailleurs un axe de progression bien précis : « Je n’ai pas assez tendance à regarder plus loin ou faire des jeux longs. C’est quelque chose que je dois développer. Ça me ferait peut-être aller un peu à l’encontre du jeu espagnol mais bon… J’ai un petit mélange on va dire » (sourire)

GRANDE INFLUENCE SUR LE JEU
Son influence sur le jeu du MHSC ne se dément pas puisqu’elle est impliquée dans la quasi-totalité des actions offensives de son équipe. Un phénomène qui s’explique par sa faculté à se rendre disponible dans le bon espace au bon moment… Et tant pis si, parfois, elle multiplie un peu trop les touches de balles : « Il y a des moments où je devrais lâcher le ballon plus vite ; c’est quelque chose qu’on m’a répété ici, à Montpellier, comme en sélection. Ça me permettrait d’apporter plus à l’équipe », avoue Sonia. « C’est un aspect que je garde en tête : prendre l’information plus vite, ce qui me permettrait de lâcher le ballon plus rapidement, d’être moins dans le duel et plus efficace en allant vers l’avant. »

« J’essaie de relativiser en me disant que, tant que je reste influente dans le jeu de l’équipe et que je suis assez souvent impliquée dans des buts, c’est positif. Mais ça me ferait du bien de marquer et d’avoir plus de passes décisives au compteur. Maintenant, je ne dois pas trop me focaliser là-dessus parce qu’il y a plein d’autres aspects sur lesquels je dois aussi progresser »
Ce côté ‘‘taquineuse de ballon’’ ne l’empêche pas de savoir faire jouer les autres. Pour preuve, l’internationale U23 tricolore est la 2ème joueuse qui tente et réussit le plus de passes dans le dernier tiers du terrain depuis le début de la saison (232/355, juste derrière Marion Torrent, 339/531). Malgré cette indéniable influence, Sonia Ouchene n’a pas encore marqué depuis le début de la saison et délivré une seule passe décisive : « ça a été une frustration jusqu’à encore très récemment car je sais que les statistiques sont très importantes. C’est ce qui reflète un petit peu ta saison », explique-t-elle. « J’essaie de relativiser en me disant que, tant que je reste influente dans le jeu de l’équipe et que je suis assez souvent impliquée dans des buts, c’est positif. Mais ça me ferait du bien de marquer et d’avoir plus de passes décisives au compteur. Maintenant, je ne dois pas trop me focaliser là-dessus parce qu’il y a plein d’autres aspects sur lesquels je dois aussi progresser. »
Dernier aspect chiffré, Sonia Ouchene est la joueuse montpelliéraine qui a tenté le plus de tirs depuis le début de la saison en championnat (50, dont 23 hors surface), là aussi, plus gros total de sa formation. Ajoutez-y le fait qu’elle est la milieu de terrain montpelliéraine qui a touché le plus de ballons dans la surface adverses depuis son arrivée au club il y a 18 mois (68) et voilà qui met encore un peu plus en lumière son activité incessante aux 4 coins du terrain : « Je ne savais pas pour les frappes », appuie Sonia. « Ce qui est certain, c’est que j’essaie toujours d’aller vers l’avant. Je pense avoir cette capacité à casser des lignes, donc il faut que j’en joue, chose que je n’ai pas assez faite en début de saison par exemple. C’est la raison pour laquelle, à chaque match et à chaque entraînement, je travaille sur ma prise d’informations et mes contrôles pour aller le plus possible vers l’avant. »

LA SAISON DE L’ÉQUIPE
Un aspect qui a beaucoup manqué aux Montpelliéraines, notamment sur le dernier match de championnat face au Havre (défaite 1-3) il y a 15 jours. « On a manqué de verticalité sur cette rencontre. On a joué de façon trop horizontale, ce qui a facilité la tâche de nos adversaires pour défendre », analyse la n°8 montpelliéraine. « Il n’y a pas eu assez de prises de risques dans les un-contre-un, or, c’est ce qui va créer des décalages. Il faut que tout le monde ose aller vers l’avant et faire des passes qui cassent des lignes. Parfois ça va passer, parfois non, mais les fois où ça ne passera pas, on défendra ensemble pour récupérer le ballon, repartir vers l’avant et re-tenter notre chance. Il n’y a que comme cela qu’on arrivera à se créer des occasions. »

quand tu fais un bon match contre l’OL ou le PSG, même si tu perds, tu as toujours cette satisfaction d’avoir fait une belle prestation face à de telles joueuses. Si on fait les choses comme il faut, ça peut être un match qui nous relance
Voilà qui nous amène à évoquer plus globalement la première partie de saison des Héraultaises, actuellement 6èmes au classement, à 4 points de la 4ème place qualificative pour les playoffs en fin de saison : « Je la qualifiera d’encore un peu irrégulière. Le bilan de la phase aller aurait pu être très bon, mais les revers contre Dijon et Fleury nous ont un peu mises dans le dur », analyse notre interlocutrice. « Malgré ce, ça reste quand même une bonne saison jusqu’ici selon moi, même en comptant la défaite contre Le Havre en championnat. Ce sera peut-être un mal pour un bien qui va nous réveiller. Avec les nombreux départs de joueuses importantes l’été dernier, nous n’avons pas débuté la saison avec de grandes ambitions chiffrées mais nos performances montrent que la qualité individuelle des joueuses n’est pas seulement ce qui fait la différence.
Notre force aujourd’hui, c’est le collectif et je trouve que nous sommes mieux que la saison dernière, même si nous avons fait des faux pas. Ça reste quand même une bonne saison par rapport à ce qu’on produit. Pour moi, l’objectif reste le même : jouer les play-off. »
LE MATCH DU JOUR CONTRE LYON

Pour moi, l’objectif reste le même : jouer les play-off
Certes, mais après la double réception du Havre (double défaite en championnat et en Coupe de France), la venue des Lyonnaises ne constitue pas forcément l’opposition la plus aisée pour tenter de se relancer.
« On a perdu beaucoup de points à domicile et les revers contre Fleury et bien sûr Le Havre ont été très frustrants », détaille Sonia. « Si on est réaliste, ce n’est pas le match de Lyon sur lequel on compte le plus pour gratter des points mais c’est un match qu’on doit jouer sans complexe, car c’est toujours un plaisir de se confronter à de telles équipes. A nous de défendre comme on peut et d’essayer de bien utiliser le ballon dès qu’on l’aura. De toute façon, quand tu fais un bon match contre l’OL ou le PSG, même si tu perds, tu as toujours cette satisfaction d’avoir fait une belle prestation face à de telles joueuses. Si on fait les choses comme il faut, ça peut être un match qui nous relance ». Les belles prestations réalisées par les Montpelliéraines face aux deux »ogres’’ du championnat lors de la phase aller sont là pour en attester. « J’espère qu’il y aura du monde pour nous soutenir. Nous allons tout donner »,
ajoute Sonia
LA FIERTÉ DU CAPITANAT

Son absence est importante mais cette nouvelle nous apporte une force supplémentaire au groupe. Désormais, nous devons aussi gagner pour Marion (Torrent) et sa petite famille. Je lui souhaite tout le bonheur du monde
Dernier aspect à évoquer, le fait que Sonia ait été nommée capitaine en début de saison durant l’absence de Marion Torrent. Un choix qui pouvait surprendre puisque la Valencienne de naissance n’était arrivée au club qu’en début de saison dernière, mais qui s’explique aussi par son adaptation express à son nouvel environnement pailladin. Précieuse sur le terrain comme dans la vie de groupe, Sonia a vite trouvé sa place dans le vestiaire, de par son talent et son côté attachant apprécié de toutes et tous
« Porter ce brassard a été une surprise. Je ne m’y attendais pas », avoue Sonia. « C’est toujours un plaisir et une fierté d’avoir ce type de responsabilité. C’est dur de passer après Marion (Torrent). J’essaie de faire au mieux, même si je ne serai jamais à la hauteur d’une joueuse et d’une capitaine comme elle. C’est aussi une marque de confiance de la part du coach. J’en suis très reconnaissante. »
L’occasion de conclure par un petit message sympa pour sa coéquipière, absente des terrains pour une – très – bonne raison, puisqu’elle attend un heureux événement : « Je suis et nous sommes toutes très contentes pour Marion. Quand elle a annoncé la nouvelle à l’équipe, j’ai senti beaucoup d’émotion au sein du groupe. Son absence est importante mais cette nouvelle nous apporte une force supplémentaire au groupe. Désormais, nous devons aussi gagner pour Marion et sa petite famille. Je lui souhaite tout le bonheur du monde »
Belle conclusion…



