Nina Ngueleu, fausse neuf, vrai atout
Après une première saison montpelliéraine compliquée, l’attaquante de bientôt 20 ans semble franchir un cap cette saison. Portrait
En inscrivant le but qui a permis au MHSC de décrocher une précieuse victoire au Havre il y a 15 jours (1-0), Nina Ngueleu a enlevé une sacrée épine du pied de son équipe. Pourtant, l’attaquante pailladine tient à rester mesurée : « Bien sûr que ce but m’a fait du bien, d’autant que le MHSC m’a recruté en tant que buteuse, mais j’aime presque plus faire marquer que marquer donc, je suis contente, mais l’essentiel, c’est que l’équipe gagne avant tout. »

À chaque Noël, mon père m’offrait un ballon de foot
En creusant un petit peu, on se rend compte que cette phrase, somme toute assez étonnante pour une numéro 9, n’a rien du cliché ou de la fausse modestie : « Je suis une attaquante rapide et puissante ; je sais bien caler les ballons aussi, donc, de par mon profil, on m’a toujours vue numéro 9 », détaille Nina Ngueleu, « mais j’aime avant tout décrocher, recevoir le ballon dans les pieds et faire la dernière passe. D’ailleurs, j’ai toujours préféré jouer à deux devant et tourner autour d’une ‘’vraie’’ numéro neuf en fait. » Faut-il y voir un lien de cause à effet ? Il est sans doute trop tôt pour le dire mais c’est exactement dans ce registre, alors qu’elle tournait autour de sa coéquipière Ifeoma Onumonu, que Nina a inscrit ce fameux but face aux Havraises.
Cela dit, même si elle n’est pas « focalisée sur le fait de marquer » selon ses propres termes, ce but est venu récompenser le bon début de saison de Nina. Pleine d’envie et de détermination lors de son entrée en jeu face au PSG, sa prestation contre Reims la semaine suivante a confirmé un regain de forme qui tranche aisément avec une saison dernière très difficile où elle a peiné à trouver ses marques (20 apparitions en D1 pour 7 titularisations et seulement un but : « La saison dernière, je n’y arrivais pas, tout simplement. Ce n’était pas moi », dit-elle sans détour. « Je ne suis pas quelqu’un qui arrive à faire semblant, que ce soit sur ou en dehors du terrain. Je ne saurais pas réellement expliquer pourquoi mais je ne me sentais pas à ma place. À un moment donné je me suis même posé la question de savoir si j’avais fait le bon choix de venir ici. »
Et lorsqu’on lui demande si le fait de n’avoir marqué qu’un seul but lors du dernier exercice, pèse dans son ressenti, Nina répond simplement : « je ne pense pas que ce soit lié à ça. Je suis d’un naturel assez solitaire et, comme je ne me sentais pas bien globalement, je me suis renfermée et j’ai mis une carapace. »
Pour le comprendre, il faut sans doute se replonger dans le parcours de notre interlocutrice. Née à Yaoundé, Nina a grandi dans la ville voisine de Mbalmayo, et plus précisément dans le quartier de Ngallan, où elle a tapé ses premiers ballons en même temps qu’elle a appris à marcher : « À chaque Noël, mon père m’offrait un ballon de foot », sourit Nina. « J’ai toujours eu ça dans la peau. »

Arrivée à Paris à l’âge de 9 ans, la jeune attaquante (qui aura 20 ans en décembre prochain), a d’abord rejoint le Racing Club de France – « Je voulais juste m’entraîner, pas forcément avoir une licence » – mais elle a bien fini par porter le prestigieux maillot ciel et blanc en match officiel. Partie ensuite évoluer dans le club de la ville de Saint-Germain en Laye, sa vie a basculé lorsque sa professeure de sport lu a proposé d’aller faire des détections au Paris Saint-Germain… Avant de finalement intégrer le PSG à l’âge de 12 ans. « Je me souviens qu’avec Paris, j’ai fait un tournoi en Espagne en tant que défenseuse centrale », raconte notre n°21. « Plus tard, j’ai aussi joué en fausse n°9 et j’ai toujours préféré ce rôle-là, car je préfère faire marquer que marquer moi-même. »
J’ai toujours préféré jouer à deux devant et tourner autour d’une ‘’vraie’’ numéro neuf

Finir quatrième serait vraiment bien. Je pense que cette équipe a le potentiel pour y parvenir
Lancée en Ligue des Champions à 17 ans par Gérard Prêcheur, Nina Ngueleu avait notamment fait une entrée en jeu remarquée contre Chelsea… Mais après avoir passé presque la moitié de sa vie à Paris, la Camerounaise a fait le choix de rallier Montpellier l’été dernier : « Je me suis dit que rester au PSG, ce serait trop facile dans le sens où ce club m’avait fait grandir, j’étais depuis l’âge de 12 ans et je me suis dit que si je restais là-bas, ce serait juste pour le confort, être dans un grand club et avoir un petit peu de temps de jeu de temps en temps », explique-t-elle. « A l’inverse, je me suis dit que si je partais, j’aurais plus de temps de jeu pour montrer ma valeur… et j’ai choisi Montpellier parce que le feeling avec le coach a été bon. »

Après une première année compliquée dans l’Hérault, comme elle l’a précédemment expliqué, Nina Ngueleu semble avoir trouvé un second souffle cette saison : « Le fait d’avoir été sélectionnée et d’avoir participé activement à la Coupe du Monde U20 avec la sélection camerounaise l’été dernier en Colombie (2 passes décisives, NDLR), m’a fait grandir »,
détaille l’attaquante montpelliéraine. « Durant cette Coupe du Monde, j’ai beaucoup appris. Je me sentais bien, libre, à l’aise… Je ne ressentais aucune pression et je me sentais à ma place. Ça m’a permis de me relâcher et d’arriver à jouer comme je l’ai toujours fait »
Si on pense que, parce que les Guingampaises sont lanterne rouge, on va pouvoir jouer dans un fauteuil, on se trompe

Depuis, Nina semble être une autre joueuse dans le bon sens du terme, pour le plus grand bonheur du MHSC, qui voit un atout se révéler en interne dans un secteur offensif totalement recomposé cette saison après les départs de Robert, Gejl, Gordon et Mondésir : « Il y a des places à prendre en attaque », reconnaît Nina. « Après, ce sont les choix du coach mais moi je me sens prête »… Et quand on lui demande si la jeunesse du secteur offensif de son équipe (Lola Gstalter, 19 ans, Esther Mbakem-Niaro, 22 ans, Rose Kadzere, 18 ans), l’inquiète, la Lionne indomptable répond : « ça ne doit pas être une pression supplémentaire pour nous, au contraire. Que l’on joue bien ou non, les gens vont toujours parler. Quand il s’agit de football ça se passe toujours comme ça, donc autant jouer notre jeu pour permettre à notre équipe de faire la différence. »
Côté collectif justement, Nina estime qu’« il est trop tôt pour tirer un premier bilan car nous avons affronté le PSG et Lyon lors des cinq premières journées, donc c’est très difficile de se faire une idée du niveau réel de l’équipe. On y verra plus clair d’ici décembre mais je pense qu’on peut viser le top 5. Finir quatrième serait vraiment bien car cela nous permettrait de participer aux playoffs en fin de saison. Je pense que cette équipe a le potentiel pour y parvenir. En tout cas, nous allons tout faire pour. »

Une chose est certaine, ne comptez pas sur Nina pour s’inquiéter du fait que son équipe n’ait inscrit que 3 buts en 5 journées : « Je ne m’inquiète pas car je suis sûre que ça va aller dans le bon sens et que nous allons parvenir à marquer plus de buts. Il faut juste qu’on joue l’une pour l’autre et, si on pense qu’une coéquipière est mieux placée que nous pour marquer, il ne faut pas hésiter à lui donner le ballon. Tant qu’on gagne, peu importe qui marque. »
La saison dernière, je ne me sentais pas à ma place

Gagner sera justement l’objectif ce samedi contre Guingamp à Grammont. Un succès face à la lanterne rouge bretonne permettrait de bonifier le succès ramener du Havre avant la trêve internationale (victoire 1-0) et de retrouver le chemin du succès à domicile après les deux points lâchés à la maison lors de la dernière réception, face à Strasbourg : « Je n’ai pas forcément envie de me focaliser sur notre adversaire mais plutôt sur notre jeu », souligne Nina. « Quant au fait que les Guingampaises soient dernières au classement, il ne faut surtout pas y penser. Le ballon est rond pour les deux équipes, donc il peut tourner dans tous les sens. C’est à nous de faire le maximum pour qu’il tourne bien en notre faveur. Si on pense que, parce qu’elles sont lanterne rouge, on va pouvoir jouer dans un fauteuil, on se trompe. » Le message est clair pour Nina, qui espère simplement « avoir encore plus de temps de jeu pour montrer de quoi (elle) est capable, marquer et faire marquer ». Pour l’instant, c’est plutôt encourageant…



