Histoire

Nenad Džodić : « Une période magnifique »

Auteur de 262 matchs en 2 passages sous le maillot montpelliérain, le défenseur serbe évoque cette période avec émotion dans le cadre de notre rubrique consacrée aux 50 ans du club

Quand on te dit que le MHSC a 50 ans, ça t’inspire quoi ?
Même si notre Président-fondateur, Louis Nicollin, qui a tout construit et tout imaginé avec son ami Bernard Gasset n’est plus là, le club a poursuivi sa route et je trouve ça très beau. 50 ans, c’est à la fois peu et beaucoup pour un club. Durant cette période, en plus de son évolution, notamment au niveau des infrastructures, le MHSC a vécu des moments extraordinaires et glané des titres importants comme la Coupe de France 1990 ou le championnat de France de Ligue 1 en 2012. Il a aussi vécu plusieurs campagnes européennes. Ces 50 années ont été bien remplies, le club a bien évolué grâce aux gens qui l’ont construit, à ses dirigeants actuels et aux personnes qui sont là au quotidien pour l’aider à avancer et je suis persuadé que le MHSC va encore accomplir de belles chose à l’avenir.

le club a bien évolué grâce aux gens qui l’ont construit, à ses dirigeants actuels et aux personnes qui sont là au quotidien pour l’aider à avancer et je suis persuadé que le MHSC va encore accomplir de belles chose à l’avenir

A titre personnel, cela fait 30 ans que je suis en France où je n’ai connu que deux clubs : le MHSC et l’AC Ajaccio. Sur ces trois décennies, j’ai passé 20 ans à Montpellier, soit plus de la moitié du temps. J’ai grandi avec ce club, j’en ai vu l’évolution et quand je vois où il est aujourd’hui, même si sportivement c’est difficile en ce moment, je me dis qu’il a beaucoup évolué dans le bon sens, notamment parce qu’il s’est pérennisé en Ligue 1. Je sais qu’il est capable de rester dans l’élite en fin de saison. J’y crois dur comme fer.

Comment ton arrivée au MHSC, en 1997, s’est-elle concrétisée ?
À l’époque j’avais 20 ans et demi. Je venais de disputer les Jeux Méditerranéens à Bari, en Italie, avec la sélection yougoslave. Nous avions remporté notre premier match 3-1 contre l’Albanie avant de perdre de justesse (1-0) contre l’Italie où figuraient Gianluigi Buffon et Francesco Totti. À l’issue de ces deux rencontres, des émissaires du MHSC étaient venus me voir pour me présenter le projet du club. J’avais aussi eu des propositions en Italie mais j’ai choisi la France et le club montpelliérain.

Quel bilan tires-tu de ton premier passage au MHSC (1997-2004) ?
Pour moi, ce premier passage est celui de la progression. Ma première année ici avait été très difficile. J’arrivais de Serbie, seul puisque ma femme m’a rejoint l’année suivante, et je ne parlais pas le français. Je me suis rapidement blessé et c’était encore plus compliqué parce que, quand tu joues, le temps passes plus vite. À l’issue de cette première année je n’étais pas franchement dans les petits papiers d’ailleurs, j’avais des propositions pour partir à l’étranger mais je voulais absolument m’imposer ici. À partir de la deuxième année, j’ai commencé à jouer, j’ai poursuivi ma progression plusieurs saisons d’affilée et je suis devenu un titulaire régulier.

ça m’avait beaucoup marqué et je m’étais toujours dit que si un jour l’opportunité d’aider le MHSC à retrouver l’élite se présentait je ne la laisserai pas passer

J’ai aussi réussi à réaliser un rêve : celui de devenir international yougoslave lors d’une tournée aux États-Unis où nous avions affronté le Mexique (victoire 2-1). C’était un immense honneur pour moi. Ces 7 première années représentent toute cette progression et cette maturité gagnée, sur le terrain comme en dehors. J’ai fini ma formation en tant que joueur au MHSC, j’ai pu progresser à mon poste, ce qui m’a permis de découvrir la sélection nationale et d’être un titulaire régulier en Ligue 1. J’ai franchi plusieurs caps avec Montpellier.

Je voulais revenir mais le corps ne pouvait pas répondre et quand ton corps te dit stop, il faut s’arrêter même si c’est très dur

Comment ton retour ici, en 2008, s’est-il concrétisé ?
J’étais parti sur une descente, à l’été 2004. À l’époque, le club avait fait le choix de ne pas conserver les joueurs en fin de contrat dont je faisais partie je me suis retrouvé libre. J’avais plusieurs opportunités, notamment en Espagne et en Angleterre mais ce n’était que sur des contrats courts. En plus, ma femme était enceinte de notre premier enfant à l’époque. Après un mois de chômage, mon agent m’a alors proposé le défi de rejoindre l’AC Ajaccio où j’ai passé 3 saisons. J’ai vécu une belle aventure là-bas au cours de laquelle j’ai notamment été entraîné par Rolland Courbis. Ce dernier m’a appelé à l’été 2007 pour me dire qu’il avait repris Montpellier et qu’il souhaitait que je vienne avec lui pour aider le MHSC à remonter en Ligue 1. J’étais parti sur une descente en 2004, ça m’avait beaucoup marqué et je m’étais toujours dit que si un jour l’opportunité d’aider le MHSC à retrouver l’élite se présentait je ne la laisserai pas passer… et c’est ce qui est arrivé. Ça me tenait à cœur. Lors de la première année, nous ne sommes pas passés loin mais les planètes n’étaient pas alignées et nous y sommes finalement arrivés à l’issue de la saison 2008-2009 avec ce dernier mois de compétition absolument fabuleux, conclu par cette ‘’finale’’ inoubliable contre Strasbourg la Mosson.

quand on est sorti du tunnel lors de ce dernier match contre Strasbourg, j’avais le sentiment qu’on ne pouvait pas perdre, quoi qu’il arrive. C’était un bonheur immense

Et ton second passage dans sa globalité (2007-2011) ?
Il a été absolument fabuleux. Il y a eu la montée, la qualification pour la Coupe d’Europe en étant promu la saison suivante puis la finale de la Coupe de la Ligue en 2011 et, enfin, le titre de Champion de France, même si j’avais dû m’arrêter avant en raison de mes blessures. Je dirai que nous avons entamé une nouvelle ère avec cette montée. À l’époque il s’est installé une dynamique et une philosophie que le club a conservée depuis en s’appuyant sur des jeunes du Centre de Formation qui étaient encadrés par des joueurs d’expérience pour les guider et les accompagner, sans oublier quelques recrues étrangères. Cela crée une alchimie qui a permis au club d’aller jusqu’au titre de champion de France en 2012 et de disputer la Ligue des Champions. C’était une période absolument magnifique. Il y avait une osmose entre nous. On était dans la rigueur, on souffrait mais toujours avec le sourire.

Le seul bémol a été ta fin de carrière plombée par les blessures…
J’ai souvent été blessé durant ma carrière mais j’ai toujours pris ça comme un défi et je suis parvenu à me relever à chaque fois. Je n’ai jamais baissé les bras, sauf à la fin où j’ai compris que mon corps n’arrivait plus à suivre mon esprit. Je voulais revenir mais le corps ne pouvait pas répondre et quand ton corps te dit stop, il faut s’arrêter même si c’est très dur.

Quel est ton meilleur souvenir au MHSC ?
Mon premier but, ici, à La Mosson contre le Paris Saint-Germain et, bien évidemment, cette montée en Ligue 1 de 2009. Quand je suis revenu, dans ma tête j’avais une mission personnelle qui était d’aider Montpellier à retrouver l’élite et la sensation d’y être parvenu ce soir-là était extraordinaire. J’en ai souvent parlé dans mes interviews précédentes mais quand on est sorti du tunnel lors de ce dernier match contre Strasbourg, j’avais le sentiment qu’on ne pouvait pas perdre, quoi qu’il arrive. C’était un bonheur immense.

Qu’est-ce qui fait la spécificité du MHSC selon toi ?
Ce n’est pas très original et ça a sans doute dû être dit auparavant mais je dirai son aspect familial. Quand tu es joueur ici, tout est fait pour te mettre dans les meilleures conditions et quand tu t’arrêtes, du moins ça été le cas pour moi, tout a été fait pour que la transition se passe bien et que je puisse trouver quelque chose pour l’après-carrière. C’est quelque chose de très rare et de très précieux. Pour avoir vécu les deux périodes. Ce côté humain, des dirigeants bien sûr mais aussi des gens qui travaillent au club au quotidien, c’est très spécial. Après, sur le terrain il y a cette philosophie de ‘’grinta’’ qui nous a été transmise par les anciens et que nous avons ensuite essayé à notre tour de transmettre aux plus jeunes qui se résume à la phrase suivante :

Il faut toujours honorer ce maillot et ce blason. J’espère que cette philosophie perdurera au fil du temps

« Nous avons le droit de perdre mais pas n’importe comment ». Il faut toujours honorer ce maillot et ce blason. J’espère que cette philosophie perdurera au fil du temps.

Que deviens-tu aujourd’hui ?
Je suis membre de la cellule recrutement du MHSC depuis une dizaine d’années. Un travail passionnant que j’apprécie beaucoup.

Quel regard portes-tu sur le MHSC d’aujourd’hui ?
Je sais depuis le début que ça va être compliqué mais je suis persuadé que nous avons les capacités pour nous maintenir en Ligue 1 à l’issue de cette saison. Après, bien sûr, cela dépend des joueurs. J’espère que la victoire contre Monaco a servi de déclic et qu’ils parviendront à répéter ces performances à plusieurs reprises jusqu’à la fin de la saison en mettant la même exigence et le même état d’esprit. Si tel est le cas, je suis convaincu que nous arriverons à nous maintenir dans l’élite.

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