Nicolas Godemèche : « Des émotions partagées »
L’ancien milieu de terrain formé au MHSC (41 ans), a également passé 6 mois en prêt à Reims entre janvier et juin 2007. L’occasion d’aller à sa rencontre pour qu’il nous présente le match de ce dimanche
Quand on te dit que le MHSC a 50 ans, ça te fait quoi ?
Ça me fait repenser à toute une période que j’ai connue ici à Montpellier, que ce soit au Centre de Formation ou au niveau professionnel. Toutes les cérémonies autour des 50 ans m’ont permis de revoir des joueurs avec qui j’ai gardé contact et que j’ai toujours autant de plaisir à retrouver. Cela m’a aussi permis de revoir des joueurs que j’avais perdu de vue pour certains et que j’avais vu pour la dernière fois il y a 10 ans lors de la cérémonie des 40 ans, voir même celle des 30 ans durant laquelle j’étais encore joueur du club. Ça fait plaisir de se replonger dans cette période-là car le MHSC nous a permis d’évoluer en tant que joueur, ça c’est la vitrine que tout le monde a dans les yeux, mais aussi en tant qu’homme. Je suis arrivé à l’âge de 16 ans au club, j’en suis reparti à 23 ans ; c’est une période charnière.

Le MHSC nous a permis d’évoluer en tant que joueur mais aussi en tant qu’homme
Comment arrives-tu à Montpellier ?
À l’époque, j’étais au Centre de Formation de l’OM et il n’était pas du tout prévu que je signe à Montpellier parce que, selon les règles d’un accord cordial, les clubs pros ne viennent pas se ‘‘chasser’’ les joueurs entre eux mais il y a certaines choses qui ne m’ont pas plu là-bas à une certaine époque et j’ai décidé de signer dans un club amateur de la ville. C’est là que le MHSC est venu me chercher.
Que retiens-tu de tes années au Centre de Formation du club montpelliérain ?
Je fais partie de la génération 1984 au même titre que Stéphane Darbion et Fatih Atik. Après, selon que l’on soit surclassé ou non, on peut dire que les générations 1983-84-85 sont toutes plus ou moins mélangées à ce moment-là. Ça m’a permis aussi d’évoluer avec des joueurs comme Mansour Assoumani, Valéry Mézague, Bertrand Robert ou Abdoulaye Cissé par exemple. On avait la chance de faire partie d’un club qui fonctionnait bien au niveau de la formation. Les résultats étaient bons, même si nous n’étions pas parvenus à aller en finale de la Coupe Gambardella après avoir été éliminés en quart de finale par l’Olympique Lyonnais d’Hatem Ben Arfa. D’ailleurs, avec l’équipe réserve qui évoluait alors en CFA (équivalent du National 2 d’aujourd’hui), nous avions manqué de peu le titre de champion. Ça reste des années qui sont très formatrices où on avait avant tout énormément de plaisir à jouer ensemble.

Quels souvenirs gardes-tu de ton passage chez les pros ?
J’ai disputé mon 1er match en ouverture de la saison 2003-2004 contre le Stade Rennais de Lucas et Turdo à La Mosson (1-1). Gérard Bernardet avait choisi de me titulariser et, derrière, nous avions réussi à gagner à Bordeaux lors de la deuxième journée (0-1) ce qui n’était pas arrivé au club depuis de nombreuses années. Malheureusement, ensuite tout s’est déréglé et nous avons fini la saison en étant relégués en Ligue 2. Pour les jeunes joueurs dont je faisais partie à l’époque, c’est toujours un peu compliqué de découvrir le haut niveau dans cette atmosphère de match couperet tous les week-ends pour se maintenir, parce qu’on savait que, plus on perdait des matchs, plus on se rapprochait d’une relégation… dont on se sentait aussi responsables. Même si ça fait partie de la vie de passer parfois par la case Ligue 2,
c’est toujours très difficile à vivre.
Quand tu es formé dans un club et que tu arrives à passer toutes les étapes jusqu’à jouer des matchs dans l’élite, ça crée une excitation et une fierté qui sont forcément légitimes

As-tu tout de même réussi à garder quelques bons souvenirs ?
Bien sûr que oui. J’avais 19 ans, je découvrais la Ligue 1 et cette année-là nous avions joué contre Monaco et contre l’Olympique de Marseille qui avaient tous les deux terminé la saison par une finale européenne : la coupe de l’UEFA (actuelle Europa Ligue) pour l’OM contre le FC Valence et la Ligue des Champions pour l’AS Monaco (défaite en finale contre le FC Porto de José Mourinho). On avait affronté le Marseille de Drogba et le Monaco de Deschamps avec Giuly, Rothen, Evra, Morientes… ce n’était pas rien. Quand tu es formé dans un club et que tu arrives à passer toutes les étapes jusqu’à jouer des matchs dans l’élite, ça crée une excitation et une fierté qui sont forcément légitimes…
Depuis que le Stade de Reims est remonté dans l’élite, il tire globalement plutôt bien son épingle du jeu
Comment as-tu vécu cette relégation ?
C’était très dur. On savait aussi que, pour un jeune joueur, c’est toujours plus facile de s’épanouir en Ligue 1 qu’en Ligue 2 où les clubs ont toujours plus tendance à faire appel à des joueurs expérimentés qui connaissent bien ce championnat. D’ailleurs, même si la première année nous avions terminé dans le peloton de tête, il nous a sans doute manqué ce petit plus d’expérience pour nous permettre d’accrocher les trois premières places synonymes d’accession. Ensuite, c’est devenu plus difficile et, en 2009, Rolland Courbis avait fait appel à des joueurs très expérimentés pour permettre au club de remonter. Durant la période où j’étais présent en Ligue 2, Il y avait une très bonne entente entre les plus jeunes et les plus anciens, les jeunes étaient très respectueux et les anciens faisaient tout pour bien nous intégrer mais pour avoir connu le monde professionnel après, nous avions trop peu de joueurs entre 25 et 30 ans. Même si ça n’a pas toujours été facile en Ligue 2, ce sont des expériences qui sont très formatrices et qui t’apprennent la difficulté de joueur professionnel.

Notre victoire contre le PSG à La Mosson en 8ème de finale de la Coupe de la Ligue (1-0 sur un penalty le 21 décembre 2004) reste un souvenir extraordinaire
Si tu devais donner ton meilleur et ton plus mauvais souvenir chez nous ?
Le plus mauvais, ça reste la descente en Ligue 2 de 2004. Une fois que tu sais que tu es mathématiquement relégué, c’est très difficile à vivre quand on voit la déception des supporters, de la direction,… même nous en tant que joueur on se demande comment ça va se passer. De plus, même si le club n’était pas structuré comme il l’est aujourd’hui, on sentait que ça touchait aussi les salariés et pas seulement le domaine sportif.
Pour ce qui est du meilleur souvenir, c’est difficile de n’en retenir qu’un, que ce soient les étapes au niveau de la formation, les tours franchis en Coupe Gambardella, ou bien les matchs de CFA un peu accrochés, c’était vraiment chouette à vivre. Après, au niveau pro, notre victoire contre le PSG à La Mosson en 8ème de finale de la Coupe de la Ligue (1-0 sur un penalty le 21 décembre 2004) reste un souvenir extraordinaire.
Que retiens-tu de ta période rémoise ?
Elle a été très courte puisque j’y suis arrivé fin janvier 2007 pour en repartir à la fin du championnat, mi-mai. J’en retiens beaucoup de positif car c’est un club qui m’a permis de rejouer après une période à Montpellier où je jouais moins. J’avais besoin de retrouver du temps de jeu parce que je n’avais que 22 ans à ce moment-là. Le seul truc qui m’avait chagriné, c’est que je m’étais blessé à la cheville en arrivant là-bas et j’avais mis un gros mois pour me soigner. C’est dommage parce que, preuve que le club comptait sur moi, durant ma période rémoise, à chaque fois que j’ai été disponible pour jouer, j’ai joué.
Comment décrirais-tu le club champenois ?
À l’époque, le Stade de Reims était en train de se structurer. Le centre d’entraînement actuel était en construction et nous n’évoluons pas encore dans les infrastructures actuelles. On sentait que le Président (Jean-Pierre Caillot) mettait des choses en place et qu’il avait établi une ligne de conduite qu’il voulait suivre. Déjà, à ce moment-là, il avait envie de remonter en Ligue 1 et il y est parvenu quelques années plus tard. Je trouve d’ailleurs que depuis que le Stade de Reims est remonté dans l’élite, il tire globalement plutôt bien son épingle du jeu.

Racontes-nous la suite de ta carrière ?
J’ai joué au Portugal et en Roumanie, ce qui m’a permis de vivre des expériences inoubliables. Au Portugal, avec mon club de Naval, on jouait clairement le maintien mais, finalement, on avait terminé pas loin de l’Europe et nous étions allés en demi-finale de la coupe du Portugal. Ça m’a permis de jouer dans des stades pleins et dans un pays de passionnés puisque le Portugal est une vraie terre de football. J’ai eu l’opportunité de jouer plusieurs fois contre le Benfica, le FC Porto, le Sporting Portugal… Ce sont de très bons souvenirs. J’y ai passé 4 ans et, ensuite, je suis parti à Cluj. Dès ma première saison, nous avons terminé champion de Roumanie. Pour l’anecdote, c’était d’ailleurs la même année que le titre de Champion de France du MHSC (2011-2012). Ce titre nous a permis de déclencher un beau parcours en coupe d’Europe. Nous étions passés par les tours préliminaires en éliminant notamment le FC Bâle d’un certain Mohamed Salah. Lors de la phase de poule, nous nous étions retrouvés dans le même groupe que Galatasaray, Manchester United et Braga.
J’ai joué au Portugal et en Roumanie, ce qui m’a permis de vivre des expériences inoubliables

Nous avions fait 10 points et avions terminé à égalité à la seconde place avec Galatasaray qui ne s’était qualifié qu’au bénéfice de la différence de buts particulière. Nous avions battu Manchester United à Old Trafford, au cœur d’une aventure où nous avions découvert en vrai des stades que, d’ordinaire, nous ne voyions qu’à la télévision. Une fois reversés en Europa Ligue, nous nous étions faits sortir par l’Inter Milan où figuraient encore des joueurs qui avaient remporté la Ligue des Champions deux ans plus tôt comme Diego Millito, Esteban Cambiasso, Javier Zanetti ou Antonio Cassano. C’était vraiment une aventure magnifique qui m’avait permis de grandir. Même en Roumanie, à cette époque-là, jouer contre le Steaua, le Rapid Bucarest ou Vaslui, c’était tout de même des matchs d’un très bon niveau. Je me suis régalé.
Que deviens-tu aujourd’hui ?
Après une dernière aventure en Belgique, à Waasland-Beveren, j’ai mis un terme à ma carrière en 2015 et j’ai entamé une reconversion professionnelle. Aujourd’hui, je suis kinésithérapeute dans la région de Marseille.
Comment analyses-tu la situation actuelle du MHSC ?
J’ai toujours gardé un œil sur les résultats du club et c’est triste aujourd’hui de savoir que nous sommes proches d’une descente en Ligue 2. On sait ce que ça implique sportivement et pas seulement… Je ne suis pas à l’intérieur du club, donc je n’ai pas tous les tenants et les aboutissants pour porter un quelconque jugement sur la situation. Je dis juste que c’est triste de voir un club comme le Montpellier Hérault descendre en Ligue 2
car, pour moi, sa place est en Ligue 1, de par son histoire, ses infrastructures et les hommes qui sont autour. Je n’oublie pas non plus que, même si je n’étais plus au club à cette époque-là, avoir vu le MHSC champion de France en tant que supporter, c’était quelque chose de fort. Quand on passe un jour au MHSC, on en reste toujours supporter, même quand on en part
C’est triste de savoir que nous sommes proches d’une descente en Ligue 2. On sait ce que ça implique sportivement et pas seulement…

Quel regard portes-tu sur la rencontre du jour contre Reims ?
Comme je le disais précédemment, même si on se doute que ça peut arriver, et si au fil des matchs on se doute que ça se rapproche, quand la relégation devient effective mathématiquement, ça met un gros coup sur la tête. C’est pour cela que ça reste mon plus mauvais souvenir en tant que joueur du MHSC. Même si c’est difficile d’y croire vu la tendance, quand tu es joueur et que mathématiquement ça reste possible, tu dois tout donner. Quelle que soit la situation comptable, en tant que joueur montpelliérain, il faut se dire qu’on a la possibilité de gagner des matchs et que les semaines sont quand même plus belles dans la foulée de victoires, quelle que soit l’issue finale du championnat. De son côté, Reims a aussi besoin de points, même s’ils ont su gagner des matchs importants où on ne les attendait pas forcément, notamment contre l’OM.
Pour conclure, quel message adresserais-tu aux supporters, aux dirigeants et aux amoureux du MHSC ?
Je tiens simplement à remercier tout le monde car j’ai passé de très bons moments au club. J’ai aussi une pensée pour le Président Laurent Nicollin et pour Louis qui est malheureusement parti. Je tiens à les remercier chaleureusement. Même si mon passage ne coïncide pas avec les plus belles années sportives de l’histoire du club, pour nous, humainement, nous avons tout de même traversé ces années avec beaucoup de bonheur à travers les amis que l’on s’est fait et les émotions partagées. Pour un footballeur qui a arrêté sa carrière, ce qui manque parfois le plus, ce sont justement ces émotions partagées avec autant d’intensité.


