Xavier Gravelaine : « Il ne faut jamais oublier l’histoire »
L’ancien international français, passé par le MHSC et le HAC revient sur ses aventures dans les deux clubs et porte un regard à la fois lucide et plein d’affect sur la situation des deux formations et du football français dans son ensemble. A lire absolument
Que devenez-vous aujourd’hui ?
Je suis Directeur Sportif de l’US Avranches, en National 2. Après mes deux dernières aventures dans le monde professionnel, à Caen puis à Guingamp, Gilbert Guérin, l’ancien Président – qui est malheureusement décédé aujourd’hui – et Jean-François Fortin que j’avais connu à Malherbe m’ont demandé de venir donner un coup de main. Je boucle la boucle dans le monde amateur, en essayant de structurer un club où il y a beaucoup de bénévoles très dévoués et de belles choses à faire.

Quand vous rencontrez un Monsieur comme Louis Nicollin, ça change la donne
Quand on vous dit que le MHSC a 50 ans, ça vous inspire quoi ?
J’étais présent aux 40 ans et j’ai l’impression que c’était hier ; c’est ça qui me tue ! (rires). Plus sérieusement, je n’ai malheureusement pas pu venir pour la cérémonie des 50 ans en raison de soucis familiaux et j’en suis désolé. Ça aurait été un plaisir d’être là. Ce qu’ont fait la famille Nicollin, mais aussi Jean-Louis Gasset et son père Bernard pour ce club, c’est extraordinaire. Je trouve que les gens en France oublient beaucoup de choses. Le football est entré dans une nouvelle ère qui est assez catastrophique avec les problèmes des droits télé. On se retrouve aussi avec des clubs qui appartiennent à des fonds de pension ou à des multimillionnaires comme Monsieur Pinault à Rennes mais, en dehors de ce schéma-là, c’est assez difficile d’exister par moments et j’en suis triste. Je peux vous assurer que ce n’est pas la peine de rester quatre ans dans un club pour y être attaché. Même si mon passage à Montpellier n’a duré que six mois il m’a profondément marqué. Jacques Brel disait « Ce qui compte, c’est l’intensité d’une vie, pas la durée d’une vie » Ça résume bien la beauté de mon passage au MHSC.
Comment votre arrivée au MHSC, durant l’été 1998, s’est-elle concrétisée ?
Il me restait un an de contrat à l’OM et j’avais refusé de prolonger aux conditions qui m’avaient été proposées ; donc, je m’attendais à effectuer ma dernière année de contrat à Marseille avant de me retrouver libre l’été suivant. Je venais même de changer de maison. Un jour, Alain Migliaccio, qui était mon impresario à l’époque, me téléphone en me disant que le Président Louis Nicollin me voulait absolument. Je lui ai répondu que, par respect, j’allais le rencontrer mais j’avais vraiment dans l’idée de terminer mon contrat à Marseille. On s’est retrouvé au restaurant et je me souviendrai toute ma vie de ce repas avec Louis Nicollin. On avait longuement parlé football, il m’avait expliqué ce qu’il voulait faire avec l’équipe et il m’a mis le doute alors que j’étais persuadé de rester à l’OM. Je suis rentré chez moi, j’ai attendu 48 heures et j’ai dit « j’y vais » Quand vous rencontrez un monsieur comme Louis Nicollin, ça change la donne. J’ai peut-être fait des erreurs dans ma carrière mais l’affectif est quelque chose qui compte énormément et c’est aussi pour ça que je suis venu à Montpellier. J’ai toujours eu l’image d’un mercenaire alors que cela fait 35 ans que j’explique que, comme j’ai commencé à jouer sur le tard, j’avais toujours envie de jouer et que dès que je sentais que ça n’allait plus être le cas, je préférais partir. Sinon j’aurais fait comme plein de joueurs, vu les contrats que j’avais, je serais resté sur le banc à prendre mon argent.


Quel souvenir gardez-vous de vos 6 mois en orange et bleu (juillet-décembre 1998) ?
Je n’oublierai jamais mon passage à Montpellier. Quand je revois Laurent (Nicollin), Pascal Baills ou Jean-Louis Gasset par exemple, on se tombe dans les bras et on s’embrasse. À domicile, on ‘’torchait’’ tout le monde ; on avait une super équipe. À l’extérieur, c’était un peu plus dur et Louis Nicollin ne manquait pas de me le faire remarquer d’ailleurs. Mais honnêtement, à la maison, on marchait comme des avions. On avait un super secteur offensif avec des joueurs comme Laurent Robert, Philippe Delaye et, bien entendu, Ibrahima Bakayoko. Si on y ajoute Jean-Christophe Rouvière qui évoluait un poste un peu plus défensif, on avait beaucoup de jeunes devant et des vieux briscards derrière comme Pascal Baills, Franck Silvestre, Franck Sauzée, Bruno Martini…
Jacques Brel disait ‘‘Ce qui compte, c’est l’intensité d’une vie, pas la durée d’une vie’’ Ça résume bien la beauté de mon passage au MHSC

Pourquoi avoir décidé de quitter le club, 6 mois seulement après votre arrivée ?
Fin août, Louis Nicollin m’a dit qu’il vendait Ibrahima Bakayoko alors que je m’entendais à merveille avec lui. Au départ, il ne pensait pas vendre mais… À l’époque, je n’avais pas bien accepté mais aujourd’hui que je suis dirigeant, je comprends. Quand on est joueur, on ne saisit pas forcément ce qu’est la gestion d’un club… mais quand vous basculez en tant que dirigeant, vous comprenez ce qu’il se passe et c’est à ce moment-là que j’ai compris qu’il ne pouvait pas faire autrement que d’accepter l’offre d’Everton… et pourtant, ‘’Baka’’ était comme son fils.
Si ce n’était pas le Paris Saint-Germain qui était venu me chercher je ne serai sans doute jamais parti, avec ou sans le départ d’Ibrahima Bakayoko
Quelques semaines plus tard, lorsque nous avons reçu et battu le Paris Saint-Germain à La Mosson, l’entraîneur parisien, Artur Jorge est venu me voir à la fin du match – alors qu’il ne m’avait pas calculé lors de mon premier passage à Paris et avait choisi de me vendre à Marseille 2 ans plus tôt – en me disant qu’il était intéressé pour que je revienne au PSG. J’étais vraiment embêté pour le Président et pour Jean-Louis (Gasset) qui est quelqu’un que j’adore. J’en ai parlé à Loulou, on s’est engueulé mais quelques jours plus tard il a compris et il m’a dit qu’il avait trouvé un accord avec Paris dans le cadre d’un échange avec Nicolas Ouédec. J’y suis allé parce que c’était une petite revanche pour moi de revenir alors qu’ils m’avaient viré et vendu à Marseille. Avec le recul, je pense que, même si je suis Tourangeau, j’avais un tempérament assez sudiste et j’étais vraiment bien à Montpellier…. Mais c’était difficile pour moi de refuser le PSG et Louis Nicollin l’a compris. Même si je n’ai fait que six mois à Montpellier j’ai pris énormément de plaisir dans ce club et si ce n’était pas le Paris Saint-Germain qui était venu me chercher je ne serai sans doute jamais parti, avec ou sans le départ d’Ibrahima Bakayoko.

Je ne sais pas si Laurent Nicollin a fait une erreur ou pas, je ne suis pas là pour juger (…) mais je trouve qu’il est sévèrement traité
Vous semblez très attaché à notre Président fondateur…
Oui et à Laurent aussi, que j’ai souvent côtoyé lors de mon passage à Montpellier. Concernant Loulou, je me souviens que, la veille de mon départ, un dimanche, j’étais allé chez lui, au Mas. J’avais commandé des soldats de plomb pour lui offrir parce que je savais qu’il faisait la collection. On a bu un coup, on s’est embrassé et je suis parti. C’était incroyable.
Je me souviens aussi d’une anecdote : Un jour, je me suis fait expulser à Rennes et je me suis retrouvé suspendu pour la réception de l’OM à La Mosson. Malgré ce, je viens dans le vestiaire. J’étais assis à côté de Pascalou (Pascal Baills), mon pote que j’avais connu à Strasbourg, un mec de club, très droit… j’étais en civil et j’avais pris ‘’une branlée’’ du patron devant tout le monde parce qu’il m’accusait d’avoir fait exprès de m’être fait expulser pour ne pas jouer ce match. De tous les présidents que j’ai eus, Louis Nicollin est sans doute celui qui m’a mis le plus de ‘’tampons’’. Ce n’est pas que j’adorais ça parce que, quand Loulou se fâchait, tout le monde se cachait, mais c’était toujours franc. Avec des gens comme lui, on se serrait la main et il n’y avait pas besoin de papier, ce qui n’est plus le cas à l’heure actuelle. De plus, il faut garder à l’esprit que, contrairement à beaucoup de Présidents que j’ai connu, lui sortait l’argent de sa poche. Beaucoup flambent, beaucoup parlent, mais des présidents qui mettent leur propre argent sur la table, il n’y en a pas 50. Dans ce contexte-là, qui que tu sois, quel que soit ton palmarès, ton passé ou ton statut, quand un Président comme lui se permet de te mettre minable alors qu’il te paye avec son argent, tu te tais. J’ai souvent répondu à des gens qui se servaient de leur titre mais, devant lui, je fermais ma gueule. Quand on voit qu’il avait fait aussi son équipe corpo, on mesure à quel point c’était quelqu’un de passionné.

Quel regard portez-vous sur le MHSC d’aujourd’hui ?
Le MHSC est un club formidable et leur situation, notamment en raison de la baisse des droits télé, me peine beaucoup. Même si c’est dur de voir son club avoir de mauvais résultats, le public doit rester derrière son équipe. L’histoire du MHSC est vraiment à part : c’est une histoire familiale et s’il n’y avait pas eu Louis Nicollin et Bernard Gasset, le club n’existerait pas. Ils sont même arrivés jusqu’au titre de champion de France ce qui est quelque chose d’extraordinaire en soi.
Il ne faut pas oublier que le foot à Montpellier existe grâce à la famille Nicollin

Aujourd’hui, c’est plus dur, certes, mais, en France, on a malheureusement tendance à brûler très vite ce que l’on a aimé. Il ne faut pas oublier que le foot à Montpellier existe grâce à la famille Nicollin. Le métier de Président, de dirigeant et d’entraîneur devient de plus en plus compliqué. Aujourd’hui, certains jeunes quand ils ont fait 5 matchs en Ligue 1, tu as l’impression qu’ils sont internationaux. Ça n’a plus rien à voir avec notre époque où il fallait prouver sur la durée. Et quand tu commençais à te monter trop haut, Loulou te défonçait il venait te voir le lendemain en te disant : « Ça y est ? tu est réveillé ? »
Aujourd’hui, la nouvelle génération est différente. Quand ils ont fait cinq matchs en pro l’entourage vient te voir pour te demander les gros salaires. C’est de notre faute, c’est la faute du milieu, du système, de beaucoup de choses… C’est une forme de décadence. Quand je vois Laurent Nicollin se faire attaquer avec une telle violence…

Ça vous agace ?
Oui. Il ne faut jamais oublier l’histoire ; il ne faut pas la rabâcher mais il faut respecter. Quand on voit la conjoncture du football français aujourd’hui et tout le boulot qui a été bien fait depuis une dizaine d’années, même si cette année c’est compliqué – et il faut bien se dire que ça va être de plus en plus compliqué – je trouve que, par rapport à tout ce qu’il a fait, Laurent Nicollin en prend beaucoup dans la tête ces derniers temps. Depuis 10 ans, on assiste à un emballement médiatique, un emballement des salaires dans le monde du foot et il faut arriver à y faire face. Ce ne sont pas les bons joueurs qui coûtent cher ce sont les joueurs moyens qui sont surpayés. Nous on devait faire nos preuves pendant trois ou quatre ans avant de demander quoi que ce soit. Je ne sais pas si Laurent a fait une erreur ou pas, je ne suis pas là pour juger, mais je dis simplement que je connais l’homme, je connaissais son père, je connais le club et je trouve qu’il est sévèrement traité. Il faut aussi bien se dire que ce n’est pas que Montpellier qui a des difficultés. Plusieurs clubs sont dans ce cas. Maintenant on a affaire à des pays ou des fonds de pension qui achètent les clubs comme ça et attendent ensuite un seuil de rentabilité. Je comprends la famille Nicollin. Si, chaque année, il leur manque 30 millions tu fais comment ? Cela me fait de la peine par rapport à Laurent et Olivier. Ce sont eux qui mettent de l’argent. Je sais que c’est dur mais à un moment donné quand tu aimes ton club, c’est quand il va mal que tu montres que tu l’aimes. C’est pareil dans la vie : Quand ça va bien, tu as plein d’amis et quand ça va mal, tu les comptes. C’est aussi pour ça que je ne me permettrai jamais de dénigrer la famille Nicollin. Ce n’est pas parce qu’on se loupe une année que l’on est forcément mauvais.
Le MHSC a aussi retrouvé Jean-Louis Gasset, qui était votre entraîneur à Montpellier…
Jean-Louis représente énormément pour moi. Quand je suis arrivé à Montpellier c’était sa première expérience en tant qu’entraîneur n°1. C’est un mec formidable. C’est difficile quand vous avez tout fait dans un club, que ce soit joueur, formateur, entraîneur de la réserve ou adjoint, de vous retrouver en tant que coach principal pour la première fois. Beaucoup de gens, que ce soient des entraîneurs dont il a été l’adjoint ou des joueurs, lui doivent une grande partie de leur carrière car il leur a permis de réussir.
Quand ça va bien, tu as plein d’amis et quand ça va mal, tu les comptes. C’est aussi pour ça que je ne me permettrai jamais de dénigrer la famille Nicollin

Jean-Louis sait te faire monter aux arbres. Il sait te mettre un coup de chaud, un coup de froid mais il sait surtout scanner les gens pour en tirer le meilleur. C’est aussi pour ça que j’adore Jean-Louis. D’ailleurs, quand je suis revenu à Istres en tant qu’entraîneur après en être parti dans la foulée de la montée en D1, j’avais besoin d’un entraîneur diplômé à mes côtés et j’ai voulu que ce soit lui. Il m’a appris beaucoup de choses. Être revenu à Montpellier aujourd’hui, il l’a fait par amour parce que c’est son club. Même s’il a souvent été adjoint durant sa carrière Jean-Louis est un vrai bon n°1. Il fait partie des meilleurs entraîneurs que j’ai eu.
Que retenez-vous de vos six mois au Havre (janvier-juin 2000) ?
À l’époque, j’évoluais à Watford, en Premier League anglaise. Je m’y sentais bien mais j’ai eu l’opportunité de revenir à l’Olympique de Marseille. J’arrive à me libérer de mon contrat avec Watford, j’attends que l’OM me rappelle mais sur les coups de 22h, 20h30, le dernier jour du mercato, Francis Smerecki (alors entraîneur du HAC) m’appelle et me propose de venir. Je lui dis que je vais signer à l’OM et il me répond que ce n’est pas possible puisque Marseille venait d’engager Cyrille Pouget… qui arrivait du Havre. J’ai compris que c’était foutu et j’ai rejoint le HAC dans la foulée, d’autant que je m’étais très bien entendu avec Francis lors de notre passage commun à Guingamp quelques années plus tôt. Au Havre, on avait une bande de bons jeunes joueurs parmi lesquels Souleymane Diawara. Je me suis éclaté avec eux mais, malheureusement, nous n’avons pas pu sauver notre place en L1 cette année-là
Jean-Louis Gasset est un vrai bon n°1. Il fait partie des meilleurs entraîneurs que j’ai eu

À quel genre de match vous attendez-vous ce dimanche ?
J’apprécie beaucoup Mathieu Bodmer. C’est un garçon très intelligent et un futur grand dirigeant. Il l’était déjà à lâge de 17 ans quand il a commencé avec Franck Dumas et moi lorsque nous sommes revenus terminer notre carrière de joueur à Caen et que Mathieu débutait la sienne. Il fait du très bon boulot au Havre, avec des moyens limités. Si vous me demandez un pronostic, au niveau du cœur je vous dirai match nul mais ça n’avancera aucune des deux équipes (sourire). Je pense que dans l’intérêt des deux équipes il faut un vainqueur. C’est celui qui aura le moins la trouille qui gagnera.


