Nathanaël Mbuku, de bourreau à héros ?
Prêté par Augsbourg jusqu’à la fin de la saison, l’ailier de 23 ans a retrouvé cet été un Stade de La Mosson dans lequel il a inscrit le plus beau but de sa carrière…. Avec l’espoir d’en marquer beaucoup d’autres, mais du bon côté cette fois
C’est bien connu, le foot aime les histoires originales. Parmi ces scénarios aussi atypiques que bien connus, il y a bien évidemment ce joueur qui a brillé contre un club avant d’y signer quelques mois plus tard. Ce fut le cas, pêle-mêle pour Sonny Anderson – auteur d’un doublé avec l’OM face à Monaco en janvier 1994 alors qu’il était quasi inconnu du grand public avant de rejoindre le club de la Principauté 6 mois plus tard – de Franck Ribéry (qui, sous le maillot messin, avait mis l’OM à ses pieds un soir d’août 2004 avant de signer sur la Canebière par la suite), ou bien encore du regretté Christophe Revault, multipliant les arrêts époustouflants au Parc des Princes le 14 avril 1993 et dont le PSG a fait le successeur de Bernard Lama durant l’été 1997.

Je suis quelqu’un de très réservé. J’ai besoin de bien connaître les gens pour me livrer et montrer qui je suis (…) Toute cette énergie que je retiens parfois dans la vie, je l’exprime et elle se reflète sur le terrain. J’ai ressenti ça dès mes premiers entraînements quand j’étais gamin
Pour Nathanaël Mbuku, le synopsis est un peu similaire. Ce 25 octobre 2020, il avait inscrit le plus beau but de sa carrière pro d’un magnifique retourné acrobatique dans un stade de La Mosson désespérément vide en cette période covid et attristé par un succès de Reims en terre héraultaise (0-4). « C’était mon deuxième ou troisième match de la saison en tant que titulaire », se souvient Nathanaël. « Je n’ai pas réfléchi. J’ai vu le ballon en l’air et je me suis dit que j’allais tenter. C’était clairement de l’instinct, de l’insouciance. »
Presque 5 ans plus tard, Nathanaël Mbuku a retrouvé l’antre pailladine cet été, avec cette fois, nous l’espérons toutes et tous, le rôle de l’enchanteur, prêt à faire se lever le public montpelliérain pour célébrer ses buts. Mais ne croyez pas pour autant que les décideurs languedociens se soient décidés à recruter leur nouveau n°7 sur un simple coup d’éclat ; tant son CV a pris de l’épaisseur depuis et que son profil avait tout de la bonne affaire.
Né à Villeneuve-Saint-Georges, dans le 94, c’est dans le club de sa ville natale, celui des Cheminots plus exactement, que Nathanaël Mbuku a tapé ses premiers ballons. Quand il évoque cette période, ses yeux s’illuminent et la passion qui transpire de chacune de ses paroles, tranche avec son timbre de voix qui trahit, d’ordinaire, une certaine timidité. « Je suis quelqu’un de très réservé. J’ai besoin de bien connaître les gens pour me livrer et montrer qui je suis », explique-t-il. « Toute cette énergie que je retiens parfois dans la vie, je l’exprime et elle se reflète sur le terrain. J’ai ressenti ça dès mes premiers entraînements quand j’étais gamin. J’ai tout de suite su que le foot était ma passion et que j’allais kiffer », raconte-t-il avec émotion. « Être pro, j’en rêvais depuis petit, depuis que je regarde le foot à la télé et ces joueurs qui me donnaient ces émotions comme Zidane ou Messi. Alors, je me suis dit, qu’à mon niveau bien sûr, je voulais moi aussi procurer des émotions et vivre de ma passion. »


Cette quête l’a d’abord poussé à barouder dans de nombreux clubs de la région parisienne afin de trouver le cocon le plus propice à son épanouissement. Déjà, à l’époque, cet ailier vif et rapide pouvant évoluer dans les deux couloirs offensifs et même en 2ème attaquant, attirait l’œil des recruteurs les plus avisés d’Île de France… Au point d’intégrer l’INF Clairefontaine dès l’âge de 13 ans, dans une génération où figuraient notamment Maghnes Akliouche, Sékou Mara et Pierre Ekwah. C’est à sa sortie de cette prestigieuse institution, à 15 ans, que le Stade de Reims est venu le chercher : « Reims est le premier club pro qui m’a fait confiance. Dès qu’ils sont venus, je n’ai pas réfléchi. David Guion (alors Directeur du Centre de Formation champenois, NDLR) m’a fait visiter les locaux et m’a fait comprendre qu’il me voulait vraiment », raconte Mbuku. « De mon côté, je savais que le Stade de Reims faisait confiance aux jeunes et que, comme ce n’était pas très loin de Paris, ma famille pourrait souvent venir me voir. Du coup, j’ai foncé. »
Plusieurs amis dont Elye Wahi et Tanguy Coulibaly m’ont parlé en bien du club. Ils m’ont dit que le MHSC était comme une famille et moi, je m’y retrouve directement quand il y a de la joie de vivre, quand les gens aiment cohabiter et évoluer ensemble. »

Deux ans plus tard, ce même David Guion lui a offert son baptême du feu dans l’élite, lors d’un match face à l’OM. Le début de 4 saisons ‘’chez les grands’’ au Stade de Reims, avant le grand saut à l’étranger, de l’autre côté du Rhin. Direction Augsbourg, à 70km de Munich… Et même si son aventure en Bundesliga n’a duré que 6 mois, le néo-Montpelliérain n’en tire que du positif : « L’Allemagne est un championnat qui m’intéressait beaucoup. Je voyais que les jeunes joueurs, notamment les excentrés offensifs comme moi, s’épanouissaient là-bas, qu’il y avait énormément d’espace. Je trouvais que ce championnat pouvait me correspondre. Le discours des dirigeants m’a plu et j’y suis allé », raconte-t-il « Le seul problème, c’est qu’ils me disaient d’être patients, que mon heure viendrait, alors que moi, je voulais jouer. »
Ma priorité était de rejouer au football, de regagner du temps de jeu, de reprendre du plaisir et de m’épanouir sur le terrain pour poursuivre mon évolution. Or, je savais qu’ici je pouvais m’épanouir et m’exprimer au maximum
Du coup, Nathanaël Mbuku est parti gagner du temps de jeu à Saint-Etienne entre janvier et juin 2024. Pari gagnant puisqu’avec son coéquipier Irvin Cardona (lui aussi prêté aux Verts par Augsbourg), il a grandement contribué au retour des Stéphanois dans l’élite, inscrivant notamment 4 buts en 21 matchs disputés.
De retour en Bavière à l’été 2024, Nathanaël choisit alors à nouveau l’exil pour gagner du temps de jeu, toujours sous forme de prêt, mais avec une destination plus inattendue, le Dynamo Zagreb, en Croatie : « Là-bas, j’avais la possibilité de jouer la Ligue des Champions, ce dont j’avais toujours rêvé, alors je me suis dit : ‘’Pourquoi ne pas tenter le coup ?’’ » Accompagné d’autres joueurs passés par le Championnat de France comme Maxime Bernauer, Kévin Théophile-Catherine ou Ronaël Pierre-Gabriel, Nathanaël a découvert un championnat qui l’a « agréablement surpris, différent des 5 ligues majeures en Europe mais très technique » et a participé à deux matchs de la plus prestigieuse des compétitions continentales, contre le Celtic Glasgow et le Milan AC. « Un super souvenir », se remémore notre interlocuteur.

Mon début de saison est mitigé, mais je sais que je vais monter en puissance
Cet été, il s’est retrouvé à la croisée des chemins, entre attendre son heure à Augsbourg, retrouver la Ligue 1 où Metz lui fait les yeux doux, ou relever le défi du MHSC, tout juste relégué en Ligue 2. « J’ai eu le coach montpelliérain au téléphone, nous avons beaucoup parlé et j’ai adhéré au projet et à ce qu’il voulait mettre en place », explique-t-il. « Plusieurs amis dont Elye Wahi et Tanguy Coulibaly m’ont aussi parlé en bien du club. Ils m’ont dit que le MHSC était comme une famille et moi, je m’y retrouve directement quand il y a de la joie de vivre, quand les gens aiment cohabiter et évoluer ensemble. Franchement, sur ce que je vois aujourd’hui, ils ne m’ont pas menti. Je me sens très bien ici »
Reste à revenir sur cette approche messine qui, selon certaines rumeurs, auraient pu lui faire changer d’avis au dernier moment : « C’est vrai que Metz est venu vers moi », reconnait l’ancien Rémois. « Il y avait cette question de savoir si je voulais évoluer en Ligue 1 ou en Ligue 2, parce qu’aujourd’hui, pour être tout à fait franc, je suis un joueur qui est un peu entre les deux et qui connait bien les deux championnats. Cela dit, ma priorité était de rejouer au football, de regagner du temps de jeu, de reprendre du plaisir à jouer et de m’épanouir sur le terrain pour poursuivre mon évolution. Or, je savais qu’ici je pouvais m’épanouir et m’exprimer au maximum. »
Quant au fait de retrouver la Ligue 2, l’intéressé assure que ça ne l’a pas effrayé une seconde : « Mais alors, pas du tout ! », sourit-il. « Je suis un joueur qui aime le football, qui veut jouer et aller en Ligue 2 n’est ni une déception ni une punition. Ce n’est pas quelque chose de mauvais. » Il poursuit : « A part peut-être Saint-Etienne qui est devant, la L2 est un championnat à la fois relevé et homogène où tout le monde peut battre tout le monde. Le défi proposé par le MHSC est passionnant. »


Passionnant sans doute mais difficile aussi pour un MHSC qui peine à trouver son rythme de croisière en ce début de saison. Venu apporter sa fougue, sa vitesse et son sens du dribble pour accélérer les attaques pailladines, Nathanaël Mbuku a lui aussi quelques difficultés puisqu’il n’a été décisif qu’à une seule reprise depuis le début de la saison, lorsqu’il a déposé le ballon sur la tête de Bećir Omeragic d’un joli coup-franc face au Red Star lors de la première journée : « Mon début de saison est mitigé, mais je sais que je vais monter en puissance », assure-t-il. « J’arrive dans une équipe en reconstruction, avec beaucoup de nouveaux joueurs et j’ai besoin de trouver mes repères. Concernant le côté purement statistique, je sais que ça va venir parce que je travaille dur pour à l’entraînement. Je suis conscient que je dois m’améliorer dans les 30 derniers mètres et dans le dernier geste mais je suis convaincu que ça va venir car j’ai la confiance du coach, de mes coéquipiers et de tout un club ! »
On manque de lucidité, de justesse dans les derniers gestes et de confiance aussi… mais quand chacun aura trouvé les repères, cette équipe fera de belles choses

Un optimisme que ce joueur au profil percutant mais très altruiste – qui aime avant tout faire jouer les autres, ce qui peut parfois lui porter préjudice – tient aussi à appliquer à son équipe : « Collectivement, notre début de saison est compliqué et ce n’est pas mentir que de dire que nous espérions mieux », analyse-t-il. « Après, je reste persuadé que le contenu est encourageant. On ne fait pas que des mauvaises choses, au contraire. Je suis persuadé que nous allons monter en puissance et que chacun s’y retrouvera. » Lorsqu’on lui demande ce qu’il manque à cette équipe, le nouveau n°7 montpelliérain ne se cache cependant pas derrière de faux-semblants : « On manque de lucidité, de justesse dans les derniers gestes et de confiance aussi… mais quand chacun aura trouvé les repères, cette équipe fera de belles choses. » Il reste aussi à s’adapter à un championnat que de nombreux joueurs de cet effectif n’ont pas connu depuis longtemps, voire, pas connu du tout. En cela aussi, Nathanaël Mbuku constitue, malgré son jeune âge, un relais plus qu’intéressant : « Sur certains aspects, la Ligue 2 est plus dure que la Ligue 1 parce que tu dois vite t’adapter. Tu dois voir avant parce qu’il y a beaucoup d’impact et moins d’espaces qu’en Ligue 1 », détaille-t-il. « C’est là où l’on doit faire la différence par notre qualité technique pour ‘’voir avant’’ et réaliser le bon geste au bon moment. Il ne faut pas oublier non plus qu’en Ligue 2, ça va au combat. »

Le prochain, programmé ce samedi à La Mosson, est une sacrée affiche puisque c’est l’AS Saint-Etienne, actuel leader du championnat, qui se présente au Stade de La Mosson. Un maillot vert qui rappelle forcément de bons souvenir à un Nathanaël Mbuku qui a « vraiment kiffé (son) passage là-bas avec la montée à la clé », mais le joueur prêté au MHSC par Augsbourg jusqu’à la fin de la saison n’a pas pour autant l’intention de verser dans la nostalgie, même s’il s’apprête à retrouver d’anciens coéquipiers à l’instar de Cardona, Bernauer, Nadé, Larsonneur ou Tardieu : « Saint-Etienne est un adversaire que je connais bien mais qui a aussi beaucoup recruté ces derniers temps », explique l’international congolais avec les Léopards de la RDC. « Cela dit, je suis persuadé que nous aurons un coup à jouer dans cette rencontre. Si on regarde notre saison jusqu’ici, les seules défaites que nous avons concédées, c’est presque nous qui les avons ‘’données’’ à nos adversaires. Je pense que si nous réalisons un match plein, en étant libérés, on peut faire un coup et surprendre beaucoup de monde. » Il insiste : « Oui, Saint-Etienne est une grosse équipe mais il ne faut pas nous sous-estimer non plus. Nous avons un effectif de qualité et je suis convaincu que nous pouvons réaliser de belles choses cette saison ».
Je remercie les supporters de nous encourager, d’être derrière nous et de ne pas nous lâcher. On va leur rendre, ça c’est sûr !

Personnage « réservé et très introverti », mais qui a « beaucoup de joie de vivre, d’amour à donner », Nathanaël Mbuku espère « avoir un maximum de temps de jeu pour m’épanouir, mettre mes qualités au service du collectif et montrer de quoi je suis capable. »
Attaché à l’idée de « voir les gens heureux autour de lui », le néo-Montpelliérain espère évidemment aussi pouvoir rapidement donner du bonheur à ses nouveaux supporters, très déçus après la défaite contre Boulogne lors du dernier match à domicile : « C’est normal qu’ils soient déçus vu qu’on leur laisse un goût amer en ne parvenant pas à enchaîner un bon résultat après la victoire contre Bastia », conclut Nathanaël. « Je tiens à ce qu’ils sachent que nous travaillons dur à l’entraînement et que nous sommes, nous aussi, peinés par la situation. Nous essayons ensemble de trouver des solutions pour sortir de ces difficultés et revenir encore plus forts. Je les remercie de nous encourager, d’être derrière nous et de ne pas nous lâcher. On va leur rendre, ça c’est sûr ! » En marquant, cette fois avec le bon maillot, Nathanaël leur ferai sans doute le plus beau des cadeaux.


