Simon Ngapandouetnbu, l’espoir précoce
Passé pro à 16 ans à l’OM, le gardien Franco-Camerounais découvre la Ligue 2 cette saison avec le MHSC après un apprentissage accéléré qui mérite vraiment d’être raconté.
A y regarder de plus près, l’itinéraire footballistique de Simon Ngapandouetnbu ressemble à un véritable tourbillon. Avant de débarquer au MHSC cet été, et même sans aucun match de Ligue 2 au compteur, son CV avait quelque chose de différent.
Pourtant, rien ne le prédestinait réellement à cela. Né à Foumban, à l’Ouest du Cameroun, le jeune homme a grandi à Yaoundé, la capitale, aux côtés de sa mère, avant de rejoindre son père en France à l’âge de 6 ans. Ce n’est qu’une fois dans la cité phocéenne, dans la cour de l’école avec ses copains, que Simon découvre les joies du football. A l’époque, la famille Ngapandouetnbu habite Castellane, à ne pas confondre avec La Castellane, quartier de Marseille où a grandi Zinedine Zidane. D’ailleurs, dans ses clubs successifs de l’époque – l’ASPTT Marseille, l’avant-garde Marseille, puis la Blancarde – son père l’imagine bien en futur milieu de terrain… Mais Simon, lui, a d’autres plans, et s’imagine gardien, comme l’idole de son enfance, Steve Mandanda : « Au début quand on lui a dit ‘‘Votre fils va être gardien’’, mon père ne voulait pas », raconte Simon. « Pourtant, c’est le poste que j’aimais le plus. »

Au début quand on lui a dit ‘‘Votre fils va être gardien’’, mon père ne voulait pas
Alors, de temps en temps, son coach à La Blancarde lui fait alterner de jouer dans les buts et dans le champ… Mais quand, à 11 ans, l’OM vient le recruter, c’est définitivement pour enfiler les gants : « Quand le club phare de ta ville t’appelle, c’est quelque chose de fort », raconte Simon. « En plus, il y avait Steve Mandanda qui était une sacrée source d’inspiration pour moi. »
Au fil du temps, Simon se fait un nom à la Commanderie et c’est un autre gardien de classe internationale, Andoni Zubizarreta, qui va donner un gros coup d’accélérateur à sa carrière. Véritable légende du football espagnol au poste de gardien, portier du grand Barça de Johan Cruyff vainqueur de la Ligue des Champions 1992, celui qui a également été sacré 6 fois champion d’Espagne au cours de sa carrière de joueur est alors Directeur Sportif de l’OM. Séduit par son profil, ce dernier propose à Simon son 1er contrat pro dès l’âge de 16 ans, ce qui suscite espoir et curiosité à la fois : « J’étais jeune ; il n’y a qu’aujourd’hui que j’arrive vraiment à comprendre ce qu’il s’est passé à l’époque et à quel point c’était rare », raconte le néo-Montpelliérain. « Je suis très reconnaissant envers ‘’Zubi’’ parce qu’il avait une grande confiance en moi. Faire signer pro un gamin de 16 ans dans un club comme l’OM, encore plus au poste de gardien, c’était fort. »
Cerise sur le gâteau, en plus de plonger dans le grand monde professionnel, Simon s’entraîne quasi-quotidiennement avec Steve Mandanda : « C’était incroyable de le voir de près », sourit-il. « Au-delà de ça, il me donnait beaucoup de conseils pour que je progresse. Il était là pour moi ; Il était ouvert et je sentais qu’il me voulait du bien. Avant d’être un grand joueur, un grand capitaine, c’est surtout un grand homme »

Jamais aligné en match officiel par l’OM, il réalise sa première saison pleine l’an passé de l’autre côté du Vidourle, avant de rallier Montpellier cet été : « Le MHSC est un grand projet pour moi. Ce n’est pas n’importe quel club ; c’est un club historique en France. Ça m’a touché qu’une telle équipe veuille me recruter. »
Après en avoir parlé avec ses amis Elye Wahi, Bamo Meïté, Ambroise Oyongo et Enzo Tchato (les deux derniers côtoyés en sélection camerounaise, NDLR), il a donc quitté son club formateur pour découvrir un nouvel environnement et franchir une nouvelle étape en évoluant pour la première fois de sa carrière dans l’antichambre de l’élite : « La ville est plus calme que Marseille mais très attrayante aussi. Je m’y sens bien, tout comme au sein du club où j’ai été bien accueilli. Le projet du coach m’a plu et c’est un club qui me voulait vraiment. Ça a pesé dans la balance. En plus, il y a pas mal de points communs avec l’OM. » (sourire)
Ste Mandanda me donnait beaucoup de conseils pour que je progresse. Il était là pour moi ; Il était ouvert et je sentais qu’il me voulait du bien. Avant d’être un grand joueur, un grand capitaine, c’est surtout un grand homme

Gardien explosif et plutôt bon sur sa ligne, Simon Ngapandouetnbu se définit comme un gardien « plutôt offensif, qui n’aime pas trop subir les événements. » Cela a pu fonctionner, comme contre Laval où il a effectué de nombreux arrêts, ou lui faire commettre quelques erreurs : « Cela m’a apporté quelques difficultés sur certains matchs cette année », reconnait-il sans détour. « Il faut que je me canalise, c’est-à-dire ne pas tout le temps vouloir faire l’arrêt ou aller chercher le ballon alors que je ne dois pas aller le prendre. Je dois gagner en régularité et ne pas vouloir trop en faire. »
Le constat a le mérite de la franchise… et quand on lui demande d’évoquer son match stratosphérique à Laval, Simon reste modeste et focalisé sur ses axes de progression : « Il faut faire attention avec le foot car tout va très vite dans les deux sens », temporise-t-il.
Le MHSC est un grand projet pour moi. Ce n’est pas n’importe quel club ; c’est un club historique en France. Ça m’a touché qu’une telle équipe veuille me recruter
« Cette victoire à Laval, c’est grâce à l’équipe. J’avais traversé une semaine très compliquée par rapport à ma performance contre Boulogne et j’ai senti que mes coéquipiers et le coach ne m’avaient pas lâché. Désormais, je dois continuer à travailler pour progresser. » Il ajoute « A ce titre, les supporters m’ont bien accueilli et bien soutenu aussi après cet épisode. Ils aimeraient nous voir plus haut, c’est certain, mais ça fait du bien de sentir qu’ils sont là tous les week-ends, à domicile comme à l’extérieur. En tout cas, avec l’équipe, nous allons tout faire pour leur rendre cette confiance en ayant les meilleurs résultats possibles. »
Voilà qui nous amène à évoquer les résultats du MHSC depuis le début de la saison, plutôt en dent de scie jusqu’ici : « On peut mieux faire. Je pense qu’on n’a pas montré toutes nos capacités », estime le gardien montpelliérain. « Je ne sais pas comment l’expliquer mais il manque ce truc et je sais que, quand on aura ce fameux truc, ça va aller tout seul. Il nous manque encore un cap à franchir. »
Personnellement, Simon a franchi celui du National vers la Ligue 2 cette saison. L’occasion d’évoquer ce qui change entre les deux divisions : « Il y a des changements bien sûr, mais pas tant que cela », détaille le portier pailladin : « Ça se joue beaucoup sur la combativité. La plupart du temps, ce n’est pas l’équipe la mieux placée ou la mieux armée, mais celle qui a le plus envie qui remporte le match. Après, la Ligue 2 plus spécifiquement est un championnat où il faut tout le temps jouer à fond ; il n’y a pas de temps morts, c’est box-to-box, ça envoie des courses… c’est un peu fou-fou en fait. »

Le bon début de saison de Nancy peut surprendre certains mais pas moi. C’est une équipe très cohérente
La comparaison tombe d’autant mieux que c’est l’AS Nancy Lorraine, Champion de France de National en titre et donc promu en Ligue 2 qui se présente cet après-midi à La Mosson. Un adversaire que Simon a affronté la saison dernière et dont il n’est pas surpris du bon début de saison : « Même s’ils étaient descendus, Nancy est au minimum un club de Ligue 2. Sur ce que j’ai vu l’année dernière et en ce début de saison, c’est une belle équipe qui ne lâche rien. Leur bon début de saison peut surprendre certains mais pas moi. C’est une équipe très cohérente. »
Personnage calme, posé et réservé en dehors du terrain, qui « aime bien passer du temps en famille et aller voir des films au cinéma, même dans des styles très différents », Simon Ngapandouetnbu « aime aussi voyager ». Il aura peut-être l’occasion d’aller au Maroc en janvier prochain si, comme lors de la dernière édition en Côte d’Ivoire il y a 2 ans, il est retenu pour disputer la prochaine Coupe d’Afrique des Nations : « Ça fait partie de mes objectifs », répond-il simplement. L’occasion de lui demander parmi les grands gardiens qui ont jalonné l’histoire des Lions Indomptables tels Thomas Nkono, Joseph Antoine Bell ou André Onana, quel est celui dont il se sent le plus proche : « Ce sont tous de grands gardiens qui ont marqué l’histoire du football camerounais, tout comme Alioum Boukar qui a gagné deux fois la CAN », détaille Simon. « J’ai beaucoup de respect pour eux mais je vais essayer de tracer mon propre chemin car, même si nous avons des similitudes, nous sommes tous différents. Chacun a son style. »
A Simon d’imposer peu à peu le sien, d’abord à Montpellier pour mieux l’exporter sur la scène internationale ensuite : « Je suis persuadé que le MHSC est un top club pour me permettre de progresser et d’avancer », conclut-il. Si tel est le cas, ce serait du gagnant-gagnant…



