Équipe pro masculine

Téji Savanier, des chiffres et bien plus que cela…

Le 11 janvier dernier à Metz, le meneur de jeu pailladin a disputé son 200ème match et inscrit son 50ème but en orange et bleu. L’occasion d’un entretien avec un homme discret et pudique, qui a accepté une parenthèse le temps de se livrer.

Ce lundi-là, Grammont est entre deux eaux ; coincé entre le fait de savourer la victoire à Metz en Coupe de France et la nouvelle du décès de Rolland Courbis, tombée quelques minutes plus tôt. « Je connaissais personnellement Rolland et je l’avais eu il n’y a pas si longtemps au téléphone », se souvient Téji. « Je m’entretenais souvent avec lui ; c’était un ami parce que, quand j’avais des conseils à lui demander, il était toujours là pour m’en donner. Après le décès de Jean-Louis (Gasset, survenu le 26 décembre, NDLR), ça fait 2 personnes que j’aimais beaucoup qui sont parties. Jean-Louis, en dehors du football, je l’appelais l’oncle. Il faisait partie de ma famille, c’était quelqu’un que j’appréciais et que je respectais énormément. Sa disparition m’a touchée. » Des mots sont simples, sincères et qui viennent du cœur…

DES CHIFFRES HALLUCINANTS

Mais là où il s’exprime le mieux, c’est sur le terrain ; et il l’a encore prouvé lors de la victoire en Coupe de France à Metz le 11 janvier dernier. Un rendez-vous particulier puisqu’il s’agissait de sa 200ème rencontre disputée sous le maillot pailladin et qu’il a fêté, outre la victoire, par un match plein et un but inscrit dès la 7ème minute de jeu, sur penalty, son 50ème en orange et bleu. « C’est une fierté d’avoir pu jouer 200 matchs avec mon club formateur, mon club de cœur, et celui de ma ville natale. Ça me fait très plaisir », reconnait-il. « Après, je ne suis pas un joueur qui regarde les chiffres ou qui se dit ‘’j’ai fait ceci, j’ai accompli cela…’’ Je suis content oui, mais ça ne s’arrête pas à moi. Nous avons vécu des semaines compliquées avant le match de Metz. Encore plus pour ma part, parce que Jean-Louis Gasset faisait partie comme de ma famille et que la défaite contre Dunkerque, pour le match qui lui était dédié, nous a laissé un goût amer. On s’est rattrapé à Metz, même si ce n’est pas le championnat. Je pense que ce match nous fait énormément de bien. »

Je ne joue pas au foot pour avoir des statistiques mais pour prendre du plaisir et faire marquer mes coéquipiers

Pas un homme de chiffres, peut-être, mais ceux de Téji Savanier sont tout de même hallucinants. Avec 50 buts marqués et 39 passes décisives délivrées depuis son arrivée à l’été 2019, Téji est impliqué sur plus d’un but sur quatre des Pailladins sur la période (88/320), ce qui le place dans le top 10 des joueurs les plus décisifs parmi les 5 grands championnats européens (Ligue 1 + Ligue 2). Ça vous pose l’impact d’un homme sur son équipe. Ses buts préférés ? « Il y a le coup franc inscrit à Metz (le 1er décembre 2021), la reprise de volée contre Toulouse (le 3 mai 2024) et le coup franc contre Nice (11 janvier 2023), mais mon meilleur souvenir reste mon 1er but inscrit avec le MHSC, à La Mosson, à la 74ème minute du match contre Toulouse (le 10 novembre 2019). Marquer mon 1er but pour mon club de cœur lors de la minute du Président Louis Nicollin, c’était très fort. »

Et lorsqu’on le relance sur sa prépondérance et le poids de ses statistiques depuis son arrivée au club, le meneur de jeu montpelliérain insiste : « Je ne joue pas au foot pour avoir des statistiques mais pour prendre du plaisir et faire marquer mes coéquipiers. Je ne suis pas un joueur qui regarde les chiffres. Tout ce qui tourne autour du terrain, ça ne me regarde pas. »

UN JEU QUI A ÉVOLUÉ

Si l’homme a grandi et mûri – « J’essaie de tempérer mes émotions parce qu’à un certain moment, j’étais plus nerveux, je me pénalisais et je pénalisais l’équipe par des gestes et des cartons inutiles » – le mythique n°11 pailladin a aussi vu son jeu évoluer entre les bords de La Mosson et le plateau de Grammont. Sentinelle du milieu de terrain de l’autre côté du Vidourle, il est d’abord monté d’un cran, en n°8, dès son arrivée, sous les ordres de Michel Der Zakarian, avant d’être installé au poste de n°10 par Olivier Dall’Oglio, poste qui est toujours le sien aujourd’hui. Un changement qui l’a poussé à faire évoluer son jeu, sans pour autant le dénaturer. « J’aime ces deux ou 3 postes », assure-t-il d’emblée, avant d’en évoquer les spécificités : « Quand tu es plus bas sur le terrain, comme c’était mon cas à Nîmes, tu as le jeu face à toi. Plus haut, les joueurs qui sont derrière toi, ils veulent te rentrer dedans pour récupérer le ballon, mais tu es plus proche du but et tu peux être plus décisif. Ce sont deux rôles différents dans lesquels je me sens bien. »

Le dribble, c’est le dernier recours. Tu ne dois l’utiliser que lorsque tu es dans une impasse

Décrypter le jeu de Téji Savanier, c’est inéluctablement parler de cet art de la passe, de cette faculté à voir le jeu avant les autres, à prendre l’espace ou mettre un ballon dans un intervalle que le joueur moyen n’avait même pas vu. « Mon jeu, c’est de faire des passes vers l’avant et d’essayer de faire marquer mes coéquipiers », détaille-t-il. « J’aime marquer quand je peux marquer mais, comme j’ai toujours dit tout au long de ma carrière, pour moi, le plus important, c’est de prendre du plaisir… et je suis plus content de faire une passe décisive à un copain que de marquer moi-même… parce que nous sommes 2 à le célébrer, que nous sommes allés au bout d’une action et que moi et mes coéquipiers, nous sommes contents. »

L’autre art du jeu façon Téji, c’est sa faculté à se déplacer et à se rendre disponible, malgré le fait qu’il soit souvent marqué de près par ses adversaires. Un chiffre vaut mieux que 1000 mots : Téji Savanier a subi 470 fautes en championnat (Ligue 1 + Ligue 2), depuis son arrivée en 2019, soit au moins 90 de plus que tout autre joueur sur la période. Il se classe 10e dans ce classement si on l’élargit aux cinq grands championnats européens et leur seconde division dans ce secteur. « Je ne dirai pas que ça me fait plaisir, mais ça veut dire que je suis quand même un peu important », sourit-il. « Si on fait des fautes sur moi, ça veut dire que je suis un joueur cible. J’en ai l’habitude. Ça fait partie de mon métier. » Certes, mais ce facteur l’a tout de même poussé, au-delà d’un altruisme déjà très développé, à s’adapter pour éviter cet impact et être plus efficace : « Dès ma prise de balle, j’essaie toujours d’aller vers l’avant et vers le joueur qui est libre », explique-t-il. « Sur mes déplacements, c’est pareil. J’essaie de voir avant de recevoir le ballon où est le bon espace et où je dois me situer. A mon sens, c’est ce qui est le plus important dans le football parce, que si tu n’as pas vu avant, soit l’adversaire va te rentrer dedans, soit tu vas partir dans la mauvaise direction. » Lui, le dribbleur au talent technique hors norme, poursuit même par une confidence étonnante : « En fait, le dribble, c’est le dernier recours. Tu ne dois l’utiliser que lorsque tu es dans une impasse, soit parce que n’as pas vu avant comme je le disais précédemment, soit parce qu’il n’y a pas de démarquage au niveau des coéquipiers. »
Le dernier aspect marquant de son jeu reste bien évidemment les coups de pied arrêtés, un art aussi esthétique qu’important dans lequel il est un des maîtres incontestés de l’Hexagone. De fait, il a inscrit 7 coups francs directs depuis son arrivée au MHSC en 2019 (seuls Messi, Esposito et Ward-Prowse font mieux en Europe sur la période) et il a effectué pas moins de 17 passes décisives sur coups de pied arrêtés, deuxième meilleur total dans les 5 grands championnats européens, Ligue 1 et Ligue 2 confondues : « Les coups de pied arrêtés, c’est un geste que j’ai travaillé tout au long de ma carrière, notamment lors de mes débuts en professionnel à Arles-Avignon, avec l’entraîneur des gardiens, Fabien Campioni. », ajoute-il simplement.

UN COME-BACK RÉUSSI

Si l’histoire de Téji Savanier est aussi belle, c’est qu’elle a ce goût de love story, celle d’un amour impossible entre un gamin de Montpellier et son club formateur, le MHSC, qu’il avait dû quitter à l’issue de ses années de formation, en 2011, avant d’y revenir par la grande porte à l’été 2019. Dès lors, la question se pose : Un peu plus de 6 ans plus tard, ce come-back dans son club de cœur est-il réussi ? « Je suis fier d’avoir fait ce chemin pour revenir au MHSC et de ce que j’ai accompli jusqu’ici à La Paillade », explique l’enfant prodige de la cité Gély. « En revenant ici, je ne pensais pas vivre d’aussi bons moments. Il y a eu des hauts, des très hauts, des bas aussi mais ça fait partie d’une carrière et d’un club. Aujourd’hui, je suis fier d’avoir pu vivre ces 200 matchs chez moi, dans mon club, dans ma ville, entouré de ma famille et de mes amis. » Il ajoute cependant : « Honnêtement, je pense que oui, mon come-back est réussi, mais pas totalement parce qu’aujourd’hui, le club est en Ligue 2. J’ai fait des bonnes choses, des moins bonnes aussi, mais je suis convaincu que le club évoluera à nouveau en Ligue 1 dans le futur. »

PLAIE CICATRISÉE ET RETOUR AU PREMIER PLAN

Et puis il y a eu la saison dernière et son issue fatale collectivement, associée au déclassement de Téji du terrain au banc de touche. Il s’est ensuite ajouté une blessure au genou contractée lors du dernier match de la saison passée, à Nantes, qui l’a contraint à passer par la case intervention chirurgicale. A son retour, pas de come-back dans le onze de départ et un temps de jeu famélique. Pour la première fois depuis son retour dans son club de cœur, le petit magicien pailladin avait son (et sa) statut déboulonné. « Mon statut, je m’en foutais, franchement. Comme je l’ai dit précédemment, je ne regarde pas ce qui se passe à l’extérieur ou ce que les gens pensent de moi », assure-t-il. « Je sais que j’essaie de donner le maximum sur le terrain et les gens le plus proches de moi savent que je n’ai jamais triché. C’était une mauvaise saison pour tout le monde : le club, les joueurs et tout ce qui va avec. Et cette année, nous sommes repartis de zéro »

Je pense que oui, mon come-back est réussi, mais pas totalement parce qu’aujourd’hui, le club est en Ligue 2. J’ai fait des bonnes choses, des moins bonnes aussi, mais je suis convaincu que le club évoluera à nouveau en Ligue 1 dans le futur

De zéro mais sans lui au départ. Entré en toute fin de match lors de la première journée face au Red Star, resté sur le banc les deux suivantes au Mans et à Troyes, il n’a pourtant pas manqué de fêter le but victorieux d’Alexandre Mendy dans la Sarthe, là où d’autres auraient fait la gueule en voyant qu’ils étaient remplaçants. La preuve d’une belle mentalité : « Même si je ne jouais pas, je faisais partie de l’équipe et je suis allé célébrer ce succès avec le buteur. C’est un truc qui ne se réfléchit pas, c’est le cœur qui parle. Certes, j’étais déçu de pas jouer, mais c’était une belle émotion. »

Puis est arrivé le moment du retour en grâce avec ce coup-franc magnifique synonyme d’un point arraché dans les derniers instants d’un match très mal engagé contre Amiens. Un geste magique dont il a le secret et un vrai régal pour les yeux, annonciateur d’un retour au premier plan : « J’ai ressenti beaucoup de fierté de marquer devant ma famille, beaucoup de soulagement aussi parce que c’était dur pour moi d’être sur le banc. Je n’avais jamais connu ça auparavant. Marquer ce coup franc à la maison, ça m’a fait beaucoup de bien et voir les supporters réagir comme ça avec moi, c’était très fort aussi. »
S’il assure ne pas avoir trop douté – « Je sais ce que je vaux, je connais mes capacités, il me fallait juste du temps et faire un peu plus pour redevenir titulaire » – il savoure la réconciliation avec ce public pailladin qui lui est si cher : « ça me fait du bien parce que jouer dans son stade, à La Mosson, et se faire siffler, je ne l’avais jamais vécu et ça m’a touché. Aujourd’hui, c’est du passé, une nouvelle saison a débuté et je suis très fier des supporters. Ils sont toujours là à nous pousser vers le haut. Merci à eux ! »

LA SAISON DE L’ÉQUIPE

Voilà qui nous amène à évoquer la saison du MHSC, actuel 9ème de Ligue 2 à 6 points du top 5 et des barrages d’accession : « Personnellement comme collectivement, je pense que je et que nous pouvons faire mieux », assure Téji Savanier. « Nous devons nous améliorer sur pas mal de choses dans tous les secteurs, notamment en étant encore plus tueurs devant le but, mais l’équipe travaille bien et j’espère que cela va se traduire par une bonne 2ème partie de saison. Le championnat est encore long, nous ne sommes pas décrochés par rapport aux équipes de tête et nous savons que tout est possible chaque week-end car c’est un championnat un peu fou. A nous de garder la tête haute, d’aller de l’avant, et de toujours regarder vers le haut pour grappiller des points et rester dans la course le plus longtemps possible. »

Marquer ce coup franc à la maison, ça m’a fait beaucoup de bien et voir les supporters réagir comme ça avec moi, c’était très fort aussi

Au sujet de ce championnat de Ligue 2 qu’il redécouvre pour la première fois depuis la saison 2018-2019, notre interlocuteur estime « qu’il y a des très bonnes équipes. C’est un championnat très difficile, avec beaucoup d’impact physique et où les espaces sont beaucoup plus réduits. Quand tu reçois le ballon, tu peux moindre prendre le temps qu’en Ligue 1. » Une chose est sûre, même sans le brassard de capitaine, Téji Savanier reste l’un des éléments-clé du MHSC, autant sur le terrain qu’en dehors : « Je suis impliqué, je suis là, avec mon capitaine qui est Bećir Omeragic et j’essaie de guider au mieux les joueurs qui sont avec moi sur le terrain»

Il le prouve lors de chaque match depuis son retour en grâce. 200 matchs officiels après son arrivée, Téji reste un joueur et surtout un homme à part, que l’on aime avoir dans son effectif. Parce qu’il est décisif mais aussi et surtout parce qu’il correspond à une certaine idée du foot, avec sa part d’instinct et le fait qu’on attende avec des yeux émerveillés de voir quel beau geste il va bien pouvoir nous inventer

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