Nasser Ouadah : « Des moments inoubliables »
Promu en Ligue 1 avec le MHSC en 2009, le meneur de jeu formé à Nancy revient sur ses années de formation en Lorraine et sur sa belle aventure au MHSC, tout en posant son regard sur la rencontre du jour
En premier lieu, que deviens-tu ?
J’habite toujours dans la région de Montpellier et je profite de ma petite famille.
Tu es formé à Nancy où tu as passé 7 ans entre 1993 et 2000 entrecoupé d’un passage à Epinal en prêt. Que nous dirais-tu de ces années-là ?
Ce sont des souvenirs inoubliables. J’ai fait toute ma formation à Nancy, où j’ai eu la chance de côtoyer les équipes de France de jeunes. Nous avons vécu une épopée exceptionnelle avec l’ASNL où nous avons atteint la finale du championnat de France U17. Durant ces années au centre de formation nancéen, je me suis construit en tant que joueur et en tant qu’homme parce que j’ai eu la chance de partager mon quotidien avec des personnes dont certaines sont devenues des amis

J’ai vécu de super moments à Nancy, avec notamment deux montées en Ligue 1
Il y a eu aussi tes débuts en pro…
Mon 1er match pro en compétition officielle, c’était à Nîmes le 11 novembre 1993, un Nîmes-Nancy, sous la direction d’Olivier Rouyer. Ensuite, tout s’est enchaîné. En pro on passe de coéquipiers de notre catégorie d’âge, où on voit les choses de la même manière, à un groupe d’adultes où il y a des pères de famille, des joueurs qui ont 5 ou 10 ans d’expérience du haut niveau. J’ai vécu de super moments à Nancy, avec notamment 2 montées en Ligue 1 dont une aux côtés de nombreux joueurs du Centre de Formation comme Tony Vairelles, Eric Rabesandratana, Christophe Bastien, Vincent Hognon, Sébastien Schemmel ou Christophe Bastien, ainsi que des joueurs expérimentés comme Tony Cascarino. On avait une grosse équipe. Il y avait aussi l’entraîneur actuel, Pablo Correa, attaquant à l’époque, à côté duquel j’étais assis dans le vestiaire (sourire).
Quelles sont pour toi les différences entre la Ligue 2 telle que tu l’as vécue et celle d’aujourd’hui ?
Quand on voit les noms de la Ligue 2 à l’époque comme Jean-Claude Darcheville et les super joueurs qui étaient des espoirs à l’époque et ce qu’ils sont devenus aujourd’hui ; les équipes qu’il y avait… Il y en aura sans doute certains qui sont en L2 aujourd’hui et qui éclateront en L1 dans quelques années, il faut se laisser du temps… Pour ce qui est des différences, je dirai qu’à mon époque, il y avait plus de maîtrise technique. Aujourd’hui, on est plus sur un aspect physique, avec beaucoup de courses, etc. Il y a 20-25 ans, on avait plus de joueurs avec des affinités techniques que physiques.

Après Nancy, tu restes en D2, à Niort, tu pars en Ligue 1, à Ajaccio, Metz, puis Sedan, avant de retourner en L2, à Montpellier, durant l’été 2007. Comment ton arrivée chez nous s’est-elle concrétisée ?
Rolland Courbis, que j’avais connu à l’AC Ajaccio, venait de sauver le MHSC de la descente en National et me propose de relever le défi de monter en Ligue 1 avec Montpellier. J’étais libre et j’avais plusieurs propositions, dont Nantes et Valenciennes, mais le défi de Montpellier m’a vraiment attiré. Le Sud, la ville, la présence de Rolland et la perspective de côtoyer un Président comme Louis Nicollin – paix à son âme – un personnage du paysage footballistique français…
C’est toujours compliqué de digérer une relégation (…) Il faut laisser le temps au coach de trouver la bonne formule

out ça a fait pencher la balance en faveur de Montpellier. On s’est rencontré à Aix-en-Provence avec Rolland, Michel Mézy et Laurent Nicollin et quand je vois l’effectif qui comptait notamment Bruno Carotti, Philippe Delaye, Nenad Džodić et Grégory Lacombe que j’avais côtoyé à Ajaccio, je me dis qu’il y a une très belle équipe. J’arrivais dans un contexte que je savais familial et, en plus, je connaissais pas mal de joueurs, donc c’était le top. Tout avait bien commencé pour moi ; je marque un beau coup-franc lors de mon 1er match à Libourne, mais ensuite je manque une partie de la saison suite à deux blessures : une fracture du pied et une récidive d’hernie discale. On ne remonte pas mais la seconde année, avec un super recrutement (Marveaux, Bocaly, Sabo, Compan, Camara…), on réussit le pari. De mon côté, je tiens à remercie Philippe Sablayrolles et Olivier Mégel qui ont toujours été là pour m’aider à revenir. Ils ont été d’un soutien énorme.
On te sent ému…
Oui. Au-delà du foot, Montpellier reste un très bon souvenir parce que j’y ai rencontré ma femme et je remercie Dieu tous les jours de l’avoir aujourd’hui à mes côtés. Mes trois enfants sont nés à Montpellier donc je suis très attaché à cette ville.
Nancy est dans une phase de reconstruction après avoir passé des moments difficiles ces dernières années et l’ASNL ne pouvait pas trouver mieux que Pablo Correa pour pouvoir reconstruire le club et fédérer autour de lui
Quel regard portes-tu sur la situation actuelle du MHSC ?
Il faut remettre les choses dans leur contexte. Le MHSC vient de vivre une énorme désillusion avec cette relégation en Ligue 2, par rapport à l’effectif qu’ils avaient et à la stabilité que le club avait trouvée depuis 16 saisons dans l’élite. Malheureusement, le football est ce qu’il est et il y a eu cette descente. Il faut déjà la digérer car c’est toujours compliqué de digérer une relégation. Aujourd’hui, un nouvel entraîneur est arrivé, je pense qu’il fait du bon boulot mais il faut lui laisser le temps. Je pense qu’il arrivera, à terme, à faire remonter cette équipe. Aujourd’hui, avec une victoire de plus, le MHSC serait dans la course pour les playoffs et tout le monde dirait ‘’on est dans les temps’’. Tout reste serré. Il faut laisser le temps au coach de trouver la bonne formule… Et je ne doute pas un seul instant que Zoumana Camara va la trouver, parce que je pense que c’est quelqu’un de très compétent et, en plus, de très bien humainement. Plutôt que de voir le verre à moitié vide, je préfère le voir à moitié plein. Ce n’est qu’une question de temps et de patience. Si tu arrives à enchaîner une ou deux victoires, tu peux vite te retrouver dans les 5 premiers. A partir de là, tout est possible parce que pour moi, cette équipe est capable de battre n’importe qui en Ligue 2. Quand je vois l’effectif, je pense que le recrutement est bon ; le Président Laurent Nicollin se donne corps et âme pour son club, tout ça mis bout à bout, ça va finir par payer. Peut-être pas dès cette année mais l’année prochaine.

Quand je repense à ce dernier match décisif contre Strasbourg devant près de 30 000 personnes, j’en ai encore des frisons
Comment vois-tu le match du jour entre le MHSC et Nancy, qui effectue un bon début de saison pour un promu ?
Pour connaître un peu Pablo Correa, Nancy est une équipe qui court car les préparations physiques de Pablo, c’est assez costaud ! Donc, physiquement, Nancy va répondre présent, ça c’est une certitude. Pablo aime aussi les joueurs qui vont apporter cette touche technique, mais avec beaucoup de volume de jeu donc il faut s’attendre à un adversaire et, globalement au vu du potentiel des deux équipes, à une rencontre de qualité. Je m’attends à un beau match, serré, entre deux équipes qui, pour moi, peuvent facilement être dans les cinq premiers. Vu son histoire et son passé récent, le MHSC ne peut pas avancer masqué et Nancy peut jouer les troubles fête. Nancy est dans une phase de reconstruction après avoir passé des moments difficiles ces dernières années et l’ASNL ne pouvait pas trouver mieux que Pablo Correa pour pouvoir reconstruire le club et fédérer autour de lui.
Impossible de terminer cet entretien, sans revenir sur cette fameuse remontée en Ligue 1 du MHSC, en 2009, à laquelle tu as participé….
C’était un moment exceptionnel ! Pour l’anecdote, quand je signe mon contrat avec le MHSC, Michel Mézy me dit : «Tu sais que tu es là pour monter.» Moi, je ne suis pas devin mais je lui ai répondu «Je suis venu pour monter et on montera. Quand je partirai, on se serrera la main et Montpellier sera en Ligue 1.» Et c’est ce qui est arrivé. En plus, notre parcours avait été assez atypique puisqu’à 8 journées de la fin, on est «cuit» et on fait une remontada exceptionnelle avec des joueurs qui ont porté l’équipe comme Philippe Delaye ou Tino Costa pour ne citer qu’eux. Quand je repense à ce dernier match décisif contre Strasbourg devant près de 30 000 personnes (27 481 en vrai), j’en ai encore des frisons. C’était un moment fantastique et absolument inoubliable.



