Équipe pro masculine

Alexandre Mendy, buteur altruiste

Meilleur buteur de Ligue 2 en activité, l’attaquant de 31 ans a rejoint le MHSC cet été pour tenter d’aider le club à retrouver l’élite. Rencontre avec un buteur au profil atypique qui détonne dans le foot moderne par son sens du sacrifice et sa vision collective du foot. Rencontre

Son action sur le 3ème but contre Le Mans il y a 15 jours synthétise à merveille le sens du jeu façon Alexandre Mendy. Dos au but, il a mobilisé le ballon et la charnière centrale adverse avant de décaler Nicolas Pays qui a débordé puis centré pour le buteur, Yanis Issoufou. Une action pleine de rage, de hargne mais de justesse aussi, qui n’est pas sans rappeler son magnifique débordement au bout du temps additionnel au match aller dans la Sarthe, lorsqu’il avait offert le but de la victoire à Junior Ndiaye au prix d’un rush plein d’abnégation. Un ‘’sale boulot’’ si l’on peut s’exprimer ainsi, qui correspond exactement à la vision du foot du nouvel avant-centre pailladin, capable de se sacrifier pour le collectif et de batailler pendant 95 minutes pour créer des brèches, des espaces et des décalages pour ses coéquipiers, au risque parfois que cela lui enlève de la lucidité lorsqu’il se retrouve lui-même en position de marquer. « C’est dans mon ADN. Dans un groupe, il faut des joueurs beaux à voir jouer – comme Téji par exemple – et des joueurs de devoir. Je pense faire partie de ces joueurs de devoir. J’ai quand même des pieds, mais ‘’joueur de devoir’’, est sans doute l’expression qui me définit le mieux. »
Mais faire ce travail de l’ombre n’a-t-il pas un côté frustrant parfois ? « Ça peut l’être en effet, surtout quand tu dépenses beaucoup d’énergie, que tu vas au duel et que t’es pas récompensé par un but ou une action décisive, mais bon, ça fait partie du boulot. »

Dans un groupe, il faut des joueurs beaux à voir jouer – comme Téji par exemple – et des joueurs de devoir. Je pense faire partie de ces joueurs de devoir

Un profil ‘’besogneux’’ et altruiste de plus en plus rare que le natif de Toulon doit à sa mentalité – « J’ai été élevé comme ça : plus tu donnes, plus tu reçois » – mais qui a sans doute été aussi façonné en partie par son parcours de vie. Né à Toulon, Alexandre Mendy a grandi à Marquisanne, à l’ouest de la ville et à Mon Paradis, toujours dans les quartiers ouest, à proximité du stade Bon Rencontre, l’antre footballistique d’une ville plus connue aujourd’hui pour les performances de son équipe de rugby. Entouré de son père qui travaillait à l’arsenal de Toulon et sa mère qui faisait des ménages, ce 3ème enfant d’une famille nombreuse a vite compris ce que signifiait la valeur du travail. Même chose sur le rectangle vert où rien n’est arrivé tout cuit.

Jamais passé par un Centre de Formation classique, Alexandre Mendy a fait toutes ses classes à Toulon, entrecoupées d’un passage au Cavigal Nice en U14 et d’un autre à l’AS Cannes en U19. C’est là, après un match réussi face aux Aiglons, que l’OGC Nice décide de le recruter pour renforcer l’équipe réserve, et ce malgré un certain scepticisme. « Les seuls qui croient en moi à l’époque, ce sont Manu Pirès (le coach de la réserve), Jean-Philippe Mattio et Franck Sale, mais, autour, je sens bien qu’ils ont des doutes », se remémore Alexandre Mendy. Qu’importe ! Malgré son contrat amateur et son statut de joueur de complément, le Toulonnais se bat, gagne sa place et enchaîne les bonnes performances. A tel point que, contre toute attentes, l’entraîneur niçois Claude Puel, lui offre ses premières minutes dans l’élite, malgré un secteur offensif niçois 5 étoiles où figurent, entre autres, Valère Germain, Hatem Ben Arfa et Alassane Pléa. Buteur lors du succès 6-1 des Niçois face à Bordeaux, Alex commence à se faire un nom parmi les recruteurs. Il découvre d’abord le National, à Nîmes puis à Strasbourg, avant de s’établir enfin en Ligue 1, à Guingamp, lors de l’exercice 2016-2017, sous les ordres d’Antoine Kombouaré. Une magnifique récompense à l’issue d’un parcours foncièrement atypique, façon itinéraire bis : « Ce parcours m’a formé et m’a forgé », explique notre interlocuteur. « Tout ce que j’ai eu durant ma vie et ma carrière, je suis allé le chercher avec le travail et la persévérance. Pas grand monde croyait en moi au début. Mais aujourd’hui, je suis là. »

Des ingrédients qui lui ont permis de fréquenter 3 clubs dans l’élite : Guingamp à deux reprises, Brest et Bordeaux où une rupture du ligament croisé du genou et les 10 mois de souffrances qui ont suivi n’ont pas eu raison de son inébranlable motivation. Parti à Caen en janvier 2020, dans la foulée de son prêt finistérien, Alexandre Mendy s’y affirme comme un buteur régulier, empilant plus de 15 buts en championnat lors de 3 de ses 5 saisons caennaises :

Tout ce que j’ai eu durant ma vie et ma carrière, je suis allé le chercher avec le travail et la persévérance. Pas grand monde croyait en moi au début. Mais aujourd’hui, je suis là

« La première année avait été moyenne, dans un club qui est en reconstruction, qui plus est en pleine période Covid, mais je me suis bien senti dans le projet », se souvient le meilleur buteur de l’histoire du club caennais (75 buts). « En plus, le coach Stéphane Moulin, me voulait déjà lorsqu’il officiait à Angers et tout s’est enchaîné. » En Normandie, il devient aussi le meilleur buteur de L2 en activité.

Je me sens de mieux en mieux

De quoi lui demander ce qui lui plaît dans ce championnat et ce qui a fait qu’il a moins scoré en Ligue 1. « Ce n’est pas qu’il y a un truc qui me plaît spécialement dans ce championnat. C’est juste qu’à Caen, j’ai réussi à trouver cette stabilité car, auparavant, je faisais souvent un an quelque part avant de bouger à nouveau. Le seul regret que je peux avoir sur ma carrière, c’est peut-être de ne pas avoir pris le temps de faire une deuxième saison parce que, quand on arrive dans un club, il y a tout le temps un temps d’adaptation ; mais ça, je l’ai compris avec l’expérience », explique-t-il. Et quand on lui demande ce qui lui a manqué pour s’imposer dans l’élite, Alex Mendy reste sur la même ligne : « Même si je n’oublie pas qu’en Ligue 1, ça va beaucoup plus vite, il m’a peut-être manqué de vivre un projet où il y avait de la continuité et m’installer tout simplement. La Ligue 2 est un championnat très dur aussi, que ce soit physiquement, ou en termes d’intensité. Pour moi, c’est plus ce qui a fait la différence que mon style de jeu à proprement parler. »

Le seul regret que je peux avoir sur ma carrière, c’est peut-être de ne pas avoir pris le temps de faire une deuxième saison parce que, quand on arrive dans un club, il y a tout le temps un temps d’adaptation ; mais ça, je l’ai compris avec l’expérience

Un style de jeu aussi rare que précieux ; celui d’un pivot à la fois finisseur et altruiste, capable de marquer comme de créer des espaces pour son équipe et faire jouer ses partenaires. Ils sont rares aujourd’hui à pouvoir s’asseoir à cette table en France, si ce n’est peut-être Ludovic Ajorque (Brest), Joaquin Panichelli (Strasbourg) et bien sûr, le maître incontesté en la matière, celui qu’un certain Eden Hazard n’a pas hésité à qualifier de meilleur pivot du monde lorsqu’ils évoluaient ensemble à Chelsea : Olivier Giroud. « Mon idole, c’est Zlatan Ibrahimovic », assume Alex Mendy. « C’est un joueur pivot, costaud mais super technique, donc je ne pourrais pas vraiment m’identifier à lui, notamment sur ce dernier point. Sa mentalité m’a aussi beaucoup marqué. Je suis un combattant sur le terrain mais, par moment, je suis trop gentil. J’aurais aimé être comme lui pour réclamer plus de ballons ou exiger plus de choses, mais c’est mon caractère. Je n’ai pas envie de me forcer pour être un Zlatan, même si j’aurais aimé l’être naturellement. »

Peu importe au fond. Ce sens du sacrifice fait du nouvel attaquant montpelliérain un joueur hyper important de son équipe. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’il est le joueur montpelliérain le plus utilisé par son entraîneur depuis le début de la saison (23 matchs de L2 démarrés sur 23). Il est aussi le joueur pailladin qui remporte le plus de duels (119) et qui réalise le plus de sprints à haute intensité (768, 5ème meilleur total du championnat). Des statistiques qui ne font qu’affirmer sa prépondérance dans le jeu de sa nouvelle équipe : « C’est bien de le souligner car tout le monde ne le voit pas forcément », sourit Alexandre Mendy. « Quand tu es attaquant, on te juge seulement par les buts, mais pas par ce que tu peux apporter d’autre. J’essaie d’être le plus disponible pour l’équipe, que ce soit sur le terrain et en dehors. » Une vision loin d’être celle du n°9 classique, qui, pour gonfler ses statistiques, doit faire preuve d’un certain égoïsme devant le but :
« Je dois reconnaître que je ne le suis pas assez parfois et que cela me ‘’coûte’’ des buts », avoue notre interlocuteur. « Mais c’est dans ma nature et je n’ai pas envie de forcer les choses. Ce ne serait plus moi et il est important de rester soi-même en toutes circonstances. »

Une nature qu’il n’a pas changé au moment de poser ses valises à Montpellier. « Ce n’est pas un secret, j’avais une proposition de Watford en Angleterre, d’autres dans le Golfe, mais le discours du coach a vraiment fait la différence. Fin mai, j’avais déjà eu un rendez-vous avec lui et nos échanges m’ont convaincu. »
Véritable pierre-angulaire du nouveau projet héraultais, celui qui a déjà inscrit 12 buts et délivré 1 passe décisive toutes compétitions confondues depuis le début de la saison, se félicite d’avoir vu sa nouvelle formation s’adapter si rapidement à la Ligue 2 après sa relégation au printemps dernier : « J’ai vécu la même chose à Caen et ça me faisait un peu peur de voir dans quel état seraient les joueurs et l’environnement parce que, pour une équipe qui descend de Ligue 1 c’est difficile de s’adapter directement à l’intensité et au combat physique de la Ligue 2 », reconnait l’attaquant pailladin. « Mais j’ai vu dès les matchs amicaux que cette équipe s’adapterait, notamment parce que je l’ai sentie capable d’aller à la bagarre. Ce serait incorrect de réduire nos performances à cet aspect-là mais ça fait partie des éléments qui nous permettent d’être là où on est aujourd’hui. »

La transition est toute trouvée pour évoquer la saison de l’équipe : « Dire qu’on est satisfait, ce serait un grand mot, mais je pense qu’on est dans les temps de passage. L’équipe est jeune et doit gagner en expérience dans ce championnat pour essayer de se projeter rapidement. Il faut qu’on soit en position de pouvoir encore jouer quelque chose sur les 5 derniers matchs et, si c’est le cas, la fougue et la jeunesse de ce groupe nous permettront peut-être de faire la différence », explique-t-il.

Il faut qu’on soit en position de pouvoir encore jouer quelque chose sur les 5 derniers matchs

« Ce groupe est très bien, avec des jeunes respectueux et de bons mecs. J’ai aussi une relation spéciale avec Téji Savanier que je côtoie souvent puisque nos deux fils jouent dans la même équipe. Nous nous entendons bien sur le terrain comme en dehors. Je n’oublie pas non plus que nous avons un staff super intelligent, qui a su fédérer tout le monde et qui sait être sérieux ou rigoler avec le groupe au bon moment. C’est une vraie famille et j’englobe le coach aussi. Nous sommes une vraie famille. »
Reste cependant à évoquer ces problèmes d’irrégularités du MHSC, capable de souffrir au point d’être au bord de la rupture en première période face au Mans, avant de martyriser la meilleure défense du championnat au retour des vestiaires : « Il faut essayer d’être le plus régulier possible mais quand on a beaucoup de jeunes joueurs comme c’est notre cas, il faut accepter qu’on fasse des erreurs et des contre-performances »,
souligne l’attaquant de 31 ans. « C’est à nous, les plus anciens, de veiller à tout ça. A cela s’ajoute le manque d’expérience de la Ligue 2 qui est un championnat à part. C’est aussi pour cela que le club a fait appel à des joueurs comme Julien Laporte et moi, qui avons la connaissance de ce championnat si particulier. Pour moi, ça fait partie de l’apprentissage. »

Il poursuit : « Aujourd’hui, Troyes est leader, mais je les ai vu passer tout près de la descente et même être relégués avant d’être repêchés. L’an passé, Clermont a dû passer par les barrages pour se sauver. C’est très dur de s’adapter quand on descend de Ligue 1. La seule exception c’est Metz car ils font souvent le yo-yo. »

C’est très dur de s’adapter quand on descend de Ligue 1

Ce vendredi soir, c’est justement d’un match entre relégués de Ligue 1 dont il sera question entre le MHSC et le Stade de Reims. L’occasion pour Alexandre Mendy de poursuivre sa belle saison : « Mes débuts ont été très compliqués ; pas seulement pour moi mais aussi pour mes enfants », explique le buteur montpelliérain au moment de tirer un 1er bilan de sa saison personnelle. « Ici, il y a le soleil, la région est magnifique mais mes enfants avaient perdu leurs repères et il leur faut forcément du temps pour les retrouver, ce qui est très important pour moi car je suis très famille. Tant que ma famille est heureuse et qu’elle se sent bien, ça va se retranscrire sur le terrain. De mon côté, je me sens de mieux en mieux. » Suffisant pour augmenter son avance en tête du classement des meilleurs buteurs de Ligue 2 en activité ? « Je l’espère, même si, en arrivant ici, je ne savais pas que j’étais en tête de ce classement. Ça fait plaisir, mais c’est un plus. Sans mes coéquipiers, que ce soit ici ou dans les autres clubs, je n’aurais jamais pu atteindre un tel nombre de buts inscrits », assure-t-il de façon aussi humble que sincère. « Quand on est n°9, on est plus attendu. En plus, cela fait un moment maintenant que j’évolue en Ligue 2 donc je ne bénéficie plus de l’effet de surprise que pourrait avoir un jeune joueur qui débute. Ça m’oblige à continuer d’essayer de bien faire ce que je sais faire tout en essayant de m’adapter et de me réinventer parfois aussi », conclut-il. « Je vais tout faire pour y parvenir, pour le club, pour moi mais aussi pour nos supporters qui sont tout le temps derrière nous, même dans les moments plus difficiles. » Une chose est sûre, avec Alexandre Mendy, les supporters pailladins ont trouvé bien plus qu’un grand buteur…

*Toutes les statistiques contenues dans cet article ont été ‘‘arrêtées’’ après la 23ème journée de L2.

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