Magno Novaes, dynamique et atypique
Né et formé au Brésil, l’ancien portier du SC Bastia a effectué la quasi-totalité de sa carrière en France, avant de débarquer à Montpellier cet été comme nouvel entraîneur des gardiens pailladins. Carnet de route d’un aventurier pour qui gants de gardiens rime avec succès.
En l’écoutant parler, on se verrait presque sur une plage de Copacabana, en train de partager une caïpirinha face à la mer. « Mon accent, c’est compliqué de l’enlever : j’ai fait des efforts pourtant », sourit Magno Novaes. « Il est ancré en moi. » Aussi beau soit-il, cet accent brésilien est bien le seul cliché qui accompagne le parcours de vie du nouvel entraîneur des gardiens montpelliérains… Car pour le reste, l’itinéraire de notre interlocuteur est bien loin des standards.
Premier exemple : son poste. Quand on parle du Brésil, on pense meneurs de jeu, attaquants, défenseurs à la limite, mais certainement pas gardiens. C’est pourtant le poste choisi par le natif de Sao Paulo : « Je jouais souvent avec des copains, des voisins devant la maison et la passion est venue comme ça », raconte ce fils d’un père ébéniste et dont la mère était femme au foyer. « On dessinait la cage avec de la peinture sur le mur et on mettait du sable par terre pour que je puisse plonger. Ensuite, au collège, il y a eu un tournoi inter classes et il manquait un gardien, donc je suis allé dans le but. C’est parti comme ça. »

Quand je suis arrivé en France, on me disait : ‘‘Tu es un gardien, mais pourquoi ? Tu es Brésilien.’’
Le premier aspect atypique de Magno Novaes se situe donc là ; avoir voulu être l’héritier de Claudio Taffarel, seul gardien brésilien de stature internationale à la fin des années 1990, plutôt que le futur Ronaldo, Romario ou Bebeto. « Quand je suis arrivé en France, on me disait : ‘‘Tu es un gardien, mais pourquoi ? Tu es Brésilien.’’ Dans ma tête, je me disais que, pour jouer au foot, il fallait bien un gardien », poursuit avec humour celui qui a quitté son domicile familial pour rejoindre le Bahia SC, à deux heures d’avion de Sao Paolo dès l’âge de 12 ans. « Les choses ont changé aujourd’hui. Plusieurs gardiens brésiliens sont partis en Europe, notamment Dida (Milan AC), qui a été un des pionniers et, aujourd’hui, Alisson Becker (Liverpool) et Ederson (Fenerbahçe / ex-Manchester City), 2 deux des meilleurs gardiens du monde sont Brésiliens. Notre école des gardiens s’est améliorée, mais le football a aussi changé. Avant c’était très offensif et les Brésiliens étaient très centrés sur les buts marqués et non pas sur les buts encaissés. Aujourd’hui on donne beaucoup plus d’importance à la défense. »
Au-delà de sa nationalité, le profil de Magno Novaes interpelait aussi : « Je ne mesure qu’1m83 et aux yeux de beaucoup, ce n’était pas assez grand pour un gardien », se souvient-il. Un déficit de taille qu’il compensait par un profil très explosif. « J’étais un gardien vif qui était beaucoup dans l’anticipation et qui aimait beaucoup aller au duel. J’affectionnais aussi de jouer au pied, ce qui n’était pas encore très répandu à l’époque. J’ai toujours été à fond et je pense que ma persévérance m’a aidé à faire mon petit parcours. »
De Baia aux Corinthians, Magno fait ses classes au Brésil avant de tenter l’aventure en Europe dès 2005. Il transmet un DVD de ses performances à un ami brésilien qui le fait parvenir à son agent. Celui-ci l’emmène à Chypre pour signer un 1er contrat sur le Vieux Continent mais le deal capote à la dernière minute. Quelques semaines plus tard, il réalise un essai concluant à Moulins, alors en National. Sans le savoir, sa grande aventure en France venait de démarrer, avant de décoller définitivement 2 ans plus tard sous les couleurs de l’AC Arles. Sacré meilleur gardien du 3ème échelon du foot hexagonal, il attire l’œil du Sporting Club de Bastia, où il passe 5 ans entre 2008 et 2013. « J’ai passé des années formidables là-bas, si l’on enlève les 6 derniers mois un peu difficiles où je ne jouais plus. Les gens ont été super bien avec moi. C’est un club qui m’a profondément marqué. Je suis arrivé au Sporting en Ligue 2 et, quand j’en suis parti, le club était en Ligue 1. J’espère qu’il en sera de même avec le MHSC. Si tel est le cas, je signe tout de suite », sourit l’ancien joueur de 42 ans.

Après avoir perdu sa place au profit de Mickaël Landreau en décembre 2012, il rejoint Valenciennes après un échange avec Jean-Louis Leca. La suite de sa carrière le mena à Amiens, puis à Béziers avec lequel il a connu la montée en Ligue 2 en mai 2019… Malheureusement, une blessure au ligament croisé du genou au bout de 10 matchs la saison suivante brise son élan et le pousse peu à peu vers une fin de carrière. « J’ai demandé à passer des formations pour préparer mon avenir comme entraîneur. J’avais déjà envie de faire autre chose et, à 37 ans, je me suis dit qu’il fallait arrêter. Au final, quand je fais le bilan de ma carrière, je me dis que j’aurais pu faire mieux mais que c’est déjà pas mal pour quelqu’un qui est arrivé en France avec 50 € dans la poche et sans connaître personne », sourit notre interlocuteur.
Quand je fais le bilan de ma carrière, je me dis que j’aurais pu faire mieux mais que c’est déjà pas mal pour quelqu’un qui est arrivé en France avec 50 € dans la poche et sans connaître personne

Dès lors, le fait de devenir entraîneur des gardiens est presque venu naturellement. « C’était une évidence pour moi de vouloir transmettre. A 33 ans, alors que j’étais encore joueur, je pensais déjà à faire ça. Souvent, je prenais en charge les gardiens de l’équipe, je faisais quelques échauffements, quelques exercices », se souvient-il. « Ensuite, dans ma tête, je n’avais plus envie de recevoir mais de donner ; C’est là où j’ai commencé à passer ma formation pour devenir coach de gardiens. Cela me plaît parce que je suis un passionné par le poste. J’aime ce que je fais. Quand on est passionné et quand on a des gardiens réceptifs à ce qu’on propose, ce métier est un vrai bonheur »
Quand on est passionné et quand on a des gardiens réceptifs à ce qu’on propose, ce métier est un vrai bonheur
A Béziers d’abord, puis à Dijon – où il a retrouvé un certain Benoît Tavenot, connu à Bastia et aujourd’hui entraîneur principal du club corse – Magno Novaes a pu apprendre son nouveau métier et peaufiner sa vision de ce poste si particulier : « L’idée, c’est d’être précis et de travailler un peu tous les secteurs du jeu », explique-t-il. « J’aime travailler la vivacité, ce qui est peut-être aussi lié à mon passé vu que j’étais un gardien plutôt vif. Cela dit, on ne peut pas non plus imposer son style à tous les gardiens. On doit savoir avec qui on travaille pour ensuite proposer des choses qui sont faisables pour le gardien qu’on a en face de soi et qui sont surtout susceptibles de le faire progresser. Nous effectuons aussi des retours sur les matchs et des analyses des équipes adverses pour travailler sur des situations précises. Gardien, c’est un tout : les mains d’abord, mais aussi le jeu au pied, la prise d’informations, les déplacements, le positionnement… Le mot ‘’dynamisme’’ synthétise bien toute ma philosophie. »

Le MHSC a une histoire formidable, un titre de Champion de France de Ligue 1 en 2012, qui l’a rendu célèbre dans toute l’Europe… Faire partie de cette famille est une fierté
Des préceptes qu’il tente désormais de mettre en place au MHSC, où il est arrivé cet été : « Je suis très content d’avoir eu l’opportunité de venir ici », explique notre nouvel entraîneur des gardiens. « Le MHSC est un club que je connaissais sans y être, puisque ma famille et moi sommes à Béziers depuis 2015. Mais au-delà de l’aspect familial, le projet sportif m’a vraiment attiré. Le MHSC a une histoire formidable, un titre de Champion de France de Ligue 1 en 2012, qui l’a rendu célèbre dans toute l’Europe… Faire partie de cette famille est une fierté. »
Heureux de travailler dans son nouvel environnement, Magno Novaes salut aussi les 4 gardiens dont il dispose régulièrement à l’entraînement, Simon Ngapandouetnbu, Mathieu Michel, mais aussi les deux ‘’jeunes’’, Viktor Džodić et Kévin Kamdem : « Chacun d’entre eux a ses qualités et ses axes de progression et je suis très heureux de travailleur avec eux. Je n’aime pas les fainéants et ce sont tous les 4 des bosseurs qui sont à l’écoute et très réceptifs. »
De leur progression dépendront aussi, en partie, les résultats du MHSC cette saison. « Nous sommes dans une phase de reconstruction. Ça veut dire qu’il y a des choses qu’on a envie de mettre en place, mais qu’il faut du temps », tempère Magno. « Il est certain que, dans le foot, on n’en a jamais beaucoup et que tout doit aller vite, mais je suis persuadé qu’avec le travail qu’on fournit au quotidien, que ce soit le staff ou les joueurs, ça va finir par payer. Aujourd’hui, nous sommes en milieu de tableau, ça pourrait être mieux, mais je connais assez bien ce championnat pour savoir que si on arrive à enchaîner 3 ou 4 séries de victoires, ça peut vite basculer du bon côté. »

Avant de croiser à nouveau ce samedi la route d’un SC Bastia qu’il connait si bien, Magno Novaes espère en tout cas « apporter de bonnes choses au MHSC, redonner espoir en l’avenir et si possible l’aider à revenir en Ligue 1. »
Une trajectoire pas si éloignée de celle qu’il avait connu avec le Sporting en somme… « A Bastia, nous avions réussi à emmener le public avec nous par le jeu, mais aussi par l’envie qu’on donnait sur le terrain et c’est ce qu’il faut parvenir à faire ici », conclut Magno Novaes. « J’espère vivre des saisons magnifiques et pouvoir remplir, si possible un jour, le stade avec un match décisif pour la montée, ça serait le top du top. Il faut être patient mais nous allons tout faire pour arriver à ce moment-là. » Ce serait sans doute beaucoup moins calme que la quiétude d’une plage de Copacabana, mais tout aussi paradisiaque…. Dans un autre style bien sûr !
Le mot ‘’dynamisme’’ synthétise bien toute ma philosophie


